Le soleil, jeudi, m’incite à aller m’asseoir en terrasse au Marégraphe où l’on ne m’a pas vu depuis longtemps. Un serveur place une table et une chaise exactement là où j’ai envie d’être puis m’apporte un café verre d’eau. Grâce au ciel (bleu), la musique qu’on y entend est une honnête salsa à faible volume, pas de quoi me gêner. J’achève la lecture de l’essai de Georges Picard De la connerie, en écoutant celles qui se disent à la table voisine :
-Pour un mois de novembre c’est exceptionnel.
-Oui, je disais, on revit, hein !
-Si ça pouvait continuer comme ça jusqu’à Noël.
J’écris sur la connerie, sans doute pour conjurer la mienne à travers l’évocation de celle des autres, écrit Picard. C’est aussi pour cela que je le lis, m’y croisant ici ou là, moins gravement atteint que les autres évidemment.
Une question le laisse sans réponse claire : s’agglutine-t-on par connerie ou devient-on con parce qu’on s’agglutine ? Je sais, et lui aussi, qu’on peut très bien l’être tout seul.
Ma lecture finie, après une courte attente parmi des tousseux et tousseuses, je fais connaissance avec mon nouveau médecin, ma nouvelle médecin, choisie après conseil de ma pharmacienne. Ma première impression est bonne. J’aime qu’elle soit directe et franche. Elle examine mon pied droit, où l’ongle du pouce entend me quitter cet automne. Ce n’est pas grave, il devrait repousser mais ce sera long, un an. Je lui demande si les pieds peuvent grandir au cours de la vie. Oui, mais dans ce cas les mains aussi et c’est une maladie grave. Je regarde les miennes, incapable de savoir si autrefois elles étaient moins longues.
-Il n’y a que les oreilles et le nez qui grandissent pendant toute la vie, me dit-elle, avant de me laisser pour passer au prochain cas de grippe peut-être Hache Un Haine Un.
Suivant son conseil, je maintiens mon ongle baladeur avec un adhésif puis me rend à l’Opéra où s’achève le cycle Philip Glass d’Automne en Normandie.
J’ai une place correcte au premier balcon pour ce concert qui unit et alterne Satie et Glass, suis juste un peu inquiet du nombre élevé de branlotin(e)s cornaqué(e)s, pas loin d’un quart des sièges leur est dévolu à ma droite.
Johannes Debus, directeur musical de la Canadian Opera Company, dirige les musicien(ne)s de l’Orchestre pour Mercure, poses plastiques en trois tableaux du premier puis pour la Symphonie numéro trois pour orchestre à cordes du second, décontracté. J’aime autant Satie que Glass et réciproquement.
A l’entracte, plus que les quelques murmures lycéens, c’est mon vieux voisin rongeur d’ongles que je fuis, trouvant refuge en bout de corbeille parmi de vieilles dames dignes et silencieuses.
Intéressante expérience de voir de près pendant la seconde moitié du concert celles et ceux que l’on a vus de loin pendant la première. Johannes Debus lance la musique composée par Erik Satie pour Entracte de René Clair (je me souviens de la bonne soirée en l’église Saint-Maclou avec Hélios Azoulay) puis le Quatuor Habanera (je me souviens de leur jeu subtil dans Comment Wang-Fô fut sauvé un après-midi au Théâtre Charles-Dullin) vient en renfort pour le Concerto pour quatuor de saxophones et orchestre de Philip Glass. Tout cela mérite beaucoup d’applaudissements.
Ces deux-là, Satie et Glass, je ne m’en lasse pas et suis heureux que cette semaine Jeanne-Martine Vacher consacre, sur France Culture, son émission Les Vendredis de la Musique au répétitif américain, que j’écoute en faisant le récit de ce jour d’avant.