Samedi 4 juillet 2009

Flânant dans les rues de Rouen jeudi dernier avant l’heure de la chaleur, je passe par celle de la Croix de Fer. Sur le mur de la Salle des Ventes, je trouve un avis de décès. La bouquinerie Colportages, sise place du Trente-Neuvième Régiment d’Infanterie est en liquidation judiciaire. Les milliers de livres seront vendus sur place au début de la semaine prochaine.

Bien longtemps que je n’ai mis le pied et l’œil dans cette bouquinerie. Depuis je ne sais combien de mois je m’y heurtais à une porte fermée. Un numéro de téléphone inscrit sur icelle m’eut permis d’en savoir plus si je l’avais appelé.

Autrefois, je la fréquentais sans acheter beaucoup, feuilletant de nombreux livres intéressants au prix plutôt élevé. Avec le libraire guère expansif j’avais peu d’échanges, mais je pouvais là écouter France Culture aussi bien que chez moi.

Ayant rejoint la rive gauche, précisément le marché aux livres et à la brocante de la place des Emmurées, je parle de cette disparition avec un sympathique marchand de l’endroit. Il est au courant mais n’ira pas faire des affaires le jour de la vente aux enchères. Pas le cœur à ça, me dit-il.

Tous ces livres vont partir par lots, je ne sais où. Je ne serai pas là pour voir.

Rentrant par la place de la Cathédrale, je considère l’immense bâche (vingt-cinq mètres sur quinze) sur laquelle est reproduit un paysage photographié par Thibaut Cuisset. Cette photo occulte depuis peu toute la façade du Palais des Congrès en ruine, donnant à ce bâtiment une nouvelle utilité. Elle montre un espace rural bien vert où serpente une route qui va quelque part.

C’est devant cette reproduction géante qu’est posée le lendemain la scène où Mr Lab ! se produit gratuitement en apéritif de la Nuit Impressionniste (comme ça s’appelle). A vingt et une heures trente, le chanteur et guitariste entame sa première chanson devant un public clairsemé, rejoint ensuite par trois musiciens. C’est un concert inhabituel, nous dit le jeune homme, acoustique, et bienvenue à ceux qui ne connaissent pas. J’en suis et ce que j’entends me plaît. A mi-parcours, une violoncelliste vient en renfort. J’en écouterai bien davantage, mais après un peu plus d’une heure de concert Mr Lab ! doit en rester là. Sans doute faut-il débarrasser le parvis du local technique avant que ne soient projetées les images sur la Cathédrale. Je jette un dernier regard sur la route de Thibaut Cuisset, qui serpente entre prés et bois

C’est par cette route qu’elle et moi quitterons la ville ce dimanche (Y a une route. Tu la prends. Qu'est-ce que ça t'coûte ?), ne sais quand reviendrons.

Par michel perdrial - Publié dans : Vagabondages
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Vendredi 3 juillet 2009

Par ce temps de chaleur touffue, une place à l’ombre s’impose en terrasse au Son du Cor bien que le verre d’eau fraîche se transforme vite en bouillon tiédasse. Même lire demande un effort. Je ne sais si c’est la température ou l’épaisseur de l’ouvrage mais j’ai du mal à me concentrer sur N’entre pas si vite dans cette nuit noire d’António Lobo Antunes. J’en suis à la moitié et au fur de la lecture diminue mon plaisir (António, tu ne pourrais pas écrire des livres courts). Je me laisse distraire par les filles peu vêtues qui passent et par la conversation d’à côté.

Des jeunes gens travaillant dans le spectacle font le point sur un projet pour l’an prochain. Il est question de subventions à demander, de prêt de matériel à solliciter, de vigiles (avec ou sans chiens) à envisager, toutes questions qui pourraient se poser dans n’importe quelle activité commerciale.

Rentré chez moi, une visite imprévue me réjouit. A ma porte se trouve celle avec qui je pars bientôt en vacances, venue ce jour à Rouen rencontrer un sien ami. Je la raccompagne à la gare où ensemble nous attendons le train en retard.

Le soir venu, la chaleur est toujours aussi éprouvante avec menace d’orage à la clé. Je rejoins la place des Antilles, de La Part des Anges et des Petites Cuillères réunies afin d’y entendre Mister Moonlight, groupe rouennais des années quatre-vingt, lequel opère son retour. Je ne connais pas mais j’ai fréquenté l’un des musiciens dans une autre vie, lorsque je faisais l’instituteur et lui le parendélève (sans savoir qu’il et avant que je).

Comme il est d’usage aux Terrasses du Jeudi, l’affaire est en deux parties (entre les deux ce sont les bars qui font des affaires, ces concerts ont été créés pour cela). Ici, la première est acoustique, la seconde sera électrique, c’est du rock plus ou moins américain. Le chanteur a parfois des accents de Bob Dylan, son complice « Maintenant, Laurent va vous chanter une chanson » tout à fait la voix de Mark Knopfler. Derrière à la batterie, c’est celui que je connais. Le public apprécie, dont pas mal de cheveux grisonnants (comme sur scène) retrouvant là leur jeunesse. Vers la fin, des milliers de minuscules bestioles volantes vertes s’abattent sur les présent(e)s qui du coup bougent un peu.

Ces insectes énervants m’accompagnent jusqu’à la place du Socrate, des Floralies et du Seize/Neuf réunis. A cet endroit, La Familia délivre sa musique latino-tzigane devant un public plus nombreux. Cette famille, je la connais bien, déjà vue et entendue moult fois. Je l’écoute avec moins de plaisir qu’autrefois, contemplant chacune et chacun dans le public, comment elle ou il se débrouille avec les petites bêtes qui l’embêtent, les stoïques et les hystériques. Le chanteur donne rendez-vous à huit heures trente pour la deuxième session.

Je retrouve mon appartement presque frais et sans importunes bestioles, me demandant si oui ou non j’y retourne dans une heure.

Le moment venu, l’orage répond à ma place.

Par michel perdrial - Publié dans : Chanson
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Jeudi 2 juillet 2009

Hormis celles et ceux qui me connaissent et que je connais ou me croisent suffisamment pour que l’on fasse semblant de se connaître, les seul(e)s qui me disent bonjour espèrent mon argent.

Ainsi hier matin tous les commerçant(e)s en vêtements du centre de Rouen chez qui je suis entré, grand sourire, bonjour, pour ensuite ressortir sans rien acheter, petit sourire, au revoir, les mendiant(e)s aussi que je croise un peu partout, jamais en retard d’un bonjour, et puis cette fille orange qui quête près de la Fnaque pour le Double Vé Double Vé Effe, (avant c’étaient des bleu(e)s, ou des rouges, ou des vert(e)s, sollicitant également pour leur association de bienfaisance).

-Tu me dis bonjour parce que tu as besoin de mon argent, lui dis-je. Pas toi mais l’association qui t’emploie. Sinon tu me croiserais dans la rue, tu ne me verrais même pas.

-Parfois on dit bonjour et les gens ne vous répondent pas, me dit-elle.

-Ce n’est pas ce que je te dis, on ne dit bonjour aux gens que lorsqu’on a besoin de leur argent, tu ne trouves pas ça dommage ?

-Si, me répond-elle.

Et elle ajoute :

-En même temps, on est à Rouen.

Elle a raison, complètement raison.

Par michel perdrial - Publié dans : Vie quotidienne
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Mercredi 1 juillet 2009

J’apprends par le site d’Europe Un que le Tribunal de Cahors relaxe Philippe Pissier dans l’affaire du sein et de la pince à linge, une histoire que j’ai déjà évoquée plusieurs fois. Je résume : il s’agit de mail-art, la Poste parle de pornographie, le procureur y voit un danger pour les mineur(e)s. D’abord, je me réjouis de cette issue, mais Philippe Pissier m’écrit que ce n’est pas aussi simple, que l’affaire continue.

Dans le même temps (autre histoire dont j’ai déjà parlé), malgré le non lieu demandé il y a longtemps par le Parquet, les trois responsables de l’exposition Présumés innocents (qui s’est tenue à Bordeaux il y a neuf ans) sont renvoyés devant le Tribunal. Si le procureur de Bordeaux ne fait pas appel, ils devront répondre des délits de « diffusion et représentation d'images et de messages à caractère violent ou pornographique mettant en scène des mineurs ou susceptible d'être vus par ces derniers ». Les trois suspects présumés innocents sont Henry-Claude Cousseau, directeur de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, Marie Laure Bernadac, commissaire de la récente exposition Picasso et ses maîtres et Stéphanie Moisdon, professeur d'histoire de l'art.

Ces atteintes à la liberté peuvent paraître peu de chose si l’on compare la situation française à l’iranienne, en écho à ce qui se passe actuellement au pays des ayatollahs. Il n’empêche que cela marque le constant regain de puritanisme qui caractérise la plupart des sociétés en ce début de siècle.

A propos de l’Iran, j’ai pris grand plaisir à lire, publié en poche chez Dix/Dix-Huit, Lire Lolita à Téhéran d’Azar Nafisi. L’auteure raconte dans ce livre comment, ayant dû démissionner de l’Université de Téhéran sous la pression des autorités, elle a réuni clandestinement dans son appartement sept de ses étudiantes pendant deux ans autour de grandes œuvres de la littérature occidentale. Parmi celles-ci Lolita qui suscite bien des débats : Mitra prend une pâtisserie et nous avoue qu’elle se pose des questions. Pourquoi des histoires comme celles de Lolita et Madame Bovary, si tristes, et si tragiques, nous rendent-elles heureuses ? N’est-ce pas un péché que d’avoir du plaisir à la lecture de telles horreurs ?

En ce qui concerne Lolita, je suis certain que le publiant aujourd’hui dans les pays dits de la liberté, Nabokov serait poursuivi pour apologie de la pédophilie, si tant est qu’il ait eu l’audace de l’écrire et un éditeur pour en prendre le risque.

Par michel perdrial - Publié dans : Ordre moral
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Mardi 30 juin 2009

Je n’aime pas, mais alors pas du tout, les toiles de Daniel Authouart, peintre célèbre (comme l’écrit Paris Normandie), cependant quand l’autre jour, me garant rue Verte, allant chercher à la gare celle qui est aujourd’hui à Marseille, je découvre ce qu’est devenu son mur peint, mon sang ne fait qu’un tour, et puis un autre tour, et puis un autre tour (comme pourrait l’écrire Félix Phellion).

Un panneau publicitaire à images défilantes de la maison Decaux (celle qui a offert des petits vélos rouges à la ville de Rouen) est en effet installé sur le mur peint de l’immeuble où se trouve le café de l’Arrivée, un bâtiment en décrépitude sis au numéro trente-trois de la rue Verte face à la gare.

Sur le pignon de ce trente-trois rue Verte, on peut voir depuis un peu plus de vingt ans un immeuble en construction fait des briques en bois d’un jeu d’enfant. Dans la trouée de ciel bleu s’engage un avion rouge (vrai jouet piloté par un véritable ours en peluche) concrètement planté dans le mur. L’œuvre est signée Authouart. En bas à gauche, il est écrit que ce mur a été peint en novembre mil neuf cent quatre-vingt-huit par Daniel Authouart avec la participation de Philippe Brossard, Sabine Moulin et Roger Thiéry.

 Depuis quand ce foutu panneau publicitaire cachant une partie de l’œuvre a-t-il été ajouté, je ne sais. L’accord de l’artiste a-t-il été sollicité et obtenu, cela m’étonnerait.

Ce qui m’étonne aussi c’est qu’à ma connaissance personne ne semble offusqué, personne ne semble avoir protesté.

Par michel perdrial - Publié dans : Commerce
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Lundi 29 juin 2009

Dimanche matin, aux aurores, c’est seul que je vais à Bois-Guillaume pour le vide-grenier qui se tient sur le terrain de foute et s’il est un lieu dans une commune dont j’oublie la localisation, c’est bien le terrain de foute. J’aperçois un quidam. Je m’arrête, baisse la vitre côté passager, demande où. L’homme d’origine arabe ne sait pas, mais on lui a dit d’aller tout droit par là.

-Tu m’emmènes ? me demande-t-il avant que j’aie le temps de faire ma proposition.

Un sens unique nous empêche d’aller tout droit. Nous voilà tous les deux dans un labyrinthe pavillonnaire. Quand nous en émergeons, je m’apprête à tourner à droite mais il me remet dans le gauche chemin. Le terrain de foute est au bout.

-Je vais vous laisser là, lui dis-je, je préfère me garer un peu plus loin pour repartir facilement.

S’il est une chose que je déteste, c’est de rester bloqué quelque part.

Ce sont les sportifs qui organisent ce déballage. De grandes allées bien alignées accueillent quatre cents exposants sur deux terrains reliés par un chemin pentu. Côté acheteurs, il y a affluence et donc concurrence. Je repère deux redoutables convoiteurs de livres que je m’efforce de devancer. Avec un certain succès, puisque bientôt j’ai dans mon sac nombre de livres et de revues, parmi lesquels Claus Wickrath, recueil de photos d’icelui publié chez Taschen, Le Jardin parfumé (Manuel d’érotologie arabe du Cheikh Nefzaoui) publié chez Philippe Picquier, La Luxure (Fragments d’un autoportrait en luxurieux) de Michel Polac publié chez Textuel (je crois que c’est ce livre qui lui a valu le même genre d’ennuis qu’à Cohn-Bendit, à moins que ce ne soit son Journal), Un an de Jean Echenoz aux Editions de Minuit, Le blasphémateur, recueil de nouvelles d’Isaac Bashevis Singer paru chez Stock, trois numéros de la mythique revue Le Fou parle et le numéro neuf de cette revue féminine dont j’avais oublié l’existence Ah ! Nana, entièrement consacré à l’inceste (tel qu’on l’évoquait en mil neuf cent soixante dix-huit).

Ma plus belle trouvaille, je la fais dans un carton tout juste sorti d’une voiture, un livre épais dont la couverture illustrée ne porte aucun nom, juste la reproduction d’une peinture reconnaissable entre toutes.

-C’est un livre introuvable, me dit le vendeur.

-Disons un livre rare, lui dis-je.

-Oui un livre rare, je l’ai acheté à New York.

Il le feuillette devant moi, me montrant certaines reproductions qui ne sont dans aucun autre livre. Ce livre a l’air de tellement lui plaire que je crains tout à coup qu’il n’ait envie de le garder. J’objecte l’état moyen pour obtenir un prix raisonnable. Pour quatre euros, ce Jean-Michel Basquiat, publié par le Whitney Museum of American Art, est à moi (un ouvrage que l’on vend actuellement au Etats-Unis cent cinquante dollars neuf et pas moins de trente-neuf dollars d’occasion), fourni avec les traces de peinture laissées par le vendeur qui doit être artiste. S’y ajoutent des cheveux, des empreintes digitales colorées, des mines de crayon de couleur. Tout cela convient bien à une monographie consacrée à Basquiat, me dit celle que je trouve chez moi en rentrant, revenue indemne de sa fête nocturne dans les bois de Clamart, mais je n’en suis pas encore là.

Plus que content, je parcours une fois encore les allées de ce vide-grenier où Ali rencontre Pierre-Henri et où Anne-Sophie discute avec Aminata ou avec Kevin. J’enregistre dans ma mémoire quelques savoureux échanges.

Un acheteur à la vendeuse :

-C’est pour ma femme.

La vendeuse :

-Parfait, maintenant vous allez pouvoir lui dire que vous avez pensé à elle et acheter plein de choses pour vous.

Une femme enceinte à son mari qui regarde une couette pour bébé couleur pastel :

-C’est un mec que j’ai dans le ventre, tu vas pas m’en faire une gonzesse !

Un vendeur à une femme très Bois-Guillaume qui demande ce que c’est que ça :

-C’est des boules de geisha, ça sert contre le stress.

Un vendeur qui laisse pour un euro un vieux lecteur de cédés à un homme à la peau noire :

-De toute façon, ça me débarrasse.

L’acheteur, glissant son acquisition dans un sac en plastique :

-Oui, vous vous débarrassez de la merde et nous on achète la merde.

Par michel perdrial - Publié dans : Vagabondages
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Dimanche 28 juin 2009

Elle est encore avec moi samedi matin pour aller vider les greniers de Pont-de-l’Arche et d’Incarville.

A Pont-de-l’Arche, cela se passe au bord de la Seine. Dès l’arrivée, je repère un livre que je cherche depuis un moment, qui m’est passé sous le nez (comme on dit), emporté par un autre, il y a peu au Clos-Saint-Marc : Les Disparus de Daniel Mendelsohn. L’auteur y raconte pourquoi et comment il part à la recherche du passé de sa famille, une famille juive installée à New York n’ayant pas répondu à l’appel au secours de l’oncle resté en Pologne, mort là-bas en mil neuf cent quarante et un avec sa femme et leurs quatre filles. J’ai lu et entendu le plus grand bien de ce livre et de son auteur.

Cet ouvrage se présente sous la forme d’un pavé de six cent cinquante pages. Il coûte vingt-six euros et je l’emporte pour un euro.

-C’est bizarre que tu aies envie d’acheter ça, me dit-elle.

C’est le titre et la couverture de mauvais goût, illustrée de photos des temps anciens, qui la laissent sceptique. Le livre a l’apparence d’un beste selleure prévu pour la plage. Il est de plus édité par Flammarion. Je lui dis ce qu’il en est, ne la convainquant qu’à moitié.

Deux pots de confiture (framboises et figues) complètent le butin archépontain. Voulant aller au plus vite à la voiture, je me perds dans des petites rues que je parcours pour la première fois. C’est l’occasion de quelques découvertes, dont une maison qui, au lieu d’un quelconque Sam Suffit, se nomme Sacco et Vanzetti. Ces deux noms ne disent rien à celle qui m’accompagne. Je lui raconte en quelques mots l’histoire des deux anarchistes, le film des années soixante-dix, la chanson de Joan Baez.

-Si l’on cherche des terroristes à Pont-de-l’Arche, on saura où les trouver, me dit elle.

A Incarville, cela se passe autour de la mairie. Nous ne trouvons rien. Je prends le chemin de Léry où ma sœur n’est pas là. Mon beau-frère nous offre un thé et un café dans l’immense jardin.

De retour à Rouen, avant qu’elle ne retourne à Paris pour une fête nocturne dans le bois de Clamart, je lui dis à nouveau mon contentement d’avoir trouvé Les Disparus.

-Tu es sûr vraiment que c’est un livre intéressant ? me dit-elle.

Je lui lis un des éloges de la quatrième de couverture : « Entre épopée et intimité, méditation et suspense, tragédie et hilarité, Les Disparus est un livre merveilleux. ». Pas de quoi la rassurer, bien au contraire.

Elle ne l’est que lorsque je lui en donne l’auteur : Jonathan Safran Foer.

Par michel perdrial - Publié dans : Vagabondages
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Samedi 27 juin 2009

Vendredi matin, un peu avant dix heures, j’arrive là où ce ouiquennede le Secours Populaire fait son salon du livre au profit des déshérités(e)s. La porte est entrouverte au numéro huit de la rue de la Pie, à deux pas de la maison natale de Pierre Corneille. Je la pousse, on me dit que oui ce n’est pas encore l’heure mais je peux entrer.

C’est petit. Sont casés là autant de livres que l’on peut y mettre. Certains sont intéressants mais rien qui me concerne vraiment. J’achète néanmoins, paru chez Denoël Gonthier en édition de poche l’an mil neuf cent soixante-dix-huit, Le Grand Bazar de Daniel Cohn-Bendit.

Selon la quatrième de couverture, « le bondissant rouquin de Nanterre » y rapporte, dix ans après Mai Soixante-Huit, « l’itinéraire des aventuriers gauchistes à la recherche d’une nouvelle morale révolutionnaire. » Je veux bien. C’est surtout le livre dans lequel François Bayrou est allé chercher les arguments de sa mauvaise querelle avec le moins bondissant rouquin lors des dernières européennes, un livre épuisé, qui n’est pas prêt d’être réédité.

Je rentre à peine qu’elle me téléphone pour me dire à quelle heure elle arrive après sa fête parisienne. Un peu avant dix-huit heures, je la récupère à la gare et nous filons à Sotteville-lès-Rouen pour l’ouverture du vingtième festival des arts de la rue.

Cela commence place de l’Hôtel-de-Ville où la troupe Générik Vapeur déambule. Sous le titre Drôles d’oiseaux et Art Blaxon, sept voitures dégoulinantes de peinture suivent un tracteur paon. Elles se promènent parmi la foule puis sont suspendues à d’énormes pinces à linge. Sous leurs ventres sont placardées des affiches dont certaines montrent des personnages ou des évènements politiques. Tournent autour de ces voitures, aussi coloré(e)s qu’elles, les comédien(ne)s trempé(e)s dans la peinture de la troupe Ilotopie. S’ensuivent jet d’eau, arc-en-ciel, feu d’artifice et jet de papiers dorés et c’est fini. C’est joli et un peu vain.

On va se remettre dans le bois de la Garenne, sous les arbres où sont installés plusieurs restaurants exotiques. Nous optons pour la cuisine indienne, kafta et pâtes, avec pour dessert les cerises rapportées de Paris (qu’elle est allée chercher dans l’arbre en déchirant sa robe).

Nous essayons, dans le bois, plusieurs spectacles avant de nous arrêter devant Les Horsemen, trois chevaux et cavaliers dus aux Goulus, du faux humour anglais bien réussi, croisons un peu plus tard Maurice et Jules le coq géant et son cavalier, une déambulation due à la Compagnie Ekart et retournons place de l’Hôtel-de-Ville pour Kamchàtka de la troupe espagnole Kamchàtka.

Une dizaine d’émigré(e)s à valises démodées découvrent leur nouveau monde, ce qui est l’occasion pour celle qui m’accompagne de faire un câlin à une jolie fille et pour moi de serrer dans mes bras mon cousin des Balkans.

C’est l’heure d’aller boire un verre de sangria à la Bodega, établissement temporaire qui démontre qu’on peut faire d’une lugubre cour d’école un lieu chaleureux. S’y trouvent, parmi la nombreuse clientèle, plusieurs habitué(e)s d’un bar de Rouen que je connais bien. Je soupçonne certain(e)s de ne voir aucun des spectacles de Vivacité. Pour notre part, ce sera tout. Demain, elle retourne à Paris pour une folle fête et un festival de théâtre de rue n’est pas fait pour qui va seul.

Par michel perdrial - Publié dans : Théâtre
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Vendredi 26 juin 2009

Jeudi soir, avant de partir pour la soirée d’ouverture des Terrasses du Jeudi, je regarde France Deux avec l’espoir d’en savoir plus sur l’expulsion des Sans-Papiers parisiens de la Bourse de Travail par la milice de la Cégété. Espoir déçu, le sujet est escamoté, juste quelques images de tous ces Africain(e)s s’apprêtant à passer la nuit sur le trottoir. Je ne sais rien de plus que ce que j’ai lu hier dans Libération sous la plume de Cordélia Bonal :

« Après plusieurs semaines de menaces, la CGT a donc envoyé ce matin «quelques dizaines de militants», qui n'ont pas fait les choses à moitié. Les témoins — occupants, passants ou commerçants — décrivent tous la même scène, très brutale: vers 12h30, alors que le gros des occupants était, comme chaque mercredi, parti manifester place du Châtelet pour réclamer des régularisations, une trentaine de gros bras «au crâne rasé», brassard orange au bras, ont débarqué armés de «bâtons» et de «bonbonnes de lacrymo», le visage protégé par des masques et des «lunettes de piscine».

«Ils ont remonté la rue en rang, arrivés à la porte de la Bourse du travail ils ont crié "On y va! on y va!", ils sont rentrés dans le bâtiment et ont balancé les lacrymo», raconte Nicolas qui remontait la rue à ce moment là et a appelé la police, comme d'autres. Une jeune fille, Nadia, dit aussi avoir vu «une vraie milice. Leurs bâtons, c'étaient des planches». D'autres parlent de «commando», de «chaises qui volaient», montrent les vitres cassées.

Sous le choc, Konté, un occupant qui ce matin n'était pas parti à la manifestation, justement pour garder le bâtiment, raconte: «Ils savaient qu'on est peu nombreux le mercredi. On était dans la cour quand ils sont arrivés, ils nous ont lancé tellement de gaz qu'on a dû sortir, on n'a pas eu le choix.» La police est arrivée «dix minutes plus tard» mais sans rentrer dans le bâtiment, faute, explique-t-on, de réquisition du propriétaire, en l'occurrence la mairie de Paris. Les policiers seront rejoints par les CRS, tandis que les pompiers évacuent plusieurs blessés légers. »

C’est la preuve que derrière la façade présentable de cette boutique syndicale persistent les sales habitudes des staliniens, vieilles habitudes, je les ai vus à l’œuvre, qui tabassaient les étudiant(e)s dans les années soixante-dix. Je m’en souviens fort bien.

J’éteins la télé et rejoins les quais bas rive gauche. Sur l’énorme scène se tiennent les deux garçons de Dead Rock Machine. Je les vois à peine du pont Boieldieu. Le soleil déclinant m’éblouit. Je descends l’escalier de pierre et me heurte à deux vigiles d’Universal Security qui filtrent l’entrée, fouillant les sacs. Cela commence à ressembler à une sale manie. Aucun concert de l’Armada l’an dernier n’était ainsi sous contrôle, mais ici c’est le patron du Cent Six qui commande. J’attends que les deux gus aient la tête dans le sac et je me glisse entre eux sans avoir à montrer le parapluie que je cache au fond de mon sac à dos.

Dead Rock Machine, c’est de l’électro-rock. Ça s’écoute. De loin en ce qui me concerne. Je ne veux pas me niquer les oreilles. J’ai déjà mal à un pied. Je m’installe contre les barrières près des abreuvoirs, considérant les longues files d’attente des assoiffé(e)s.

Je reste là pour le duo de pop rock anglaise The Ting Tings. Les branlotin(e)s s’accumulent devant la fille blonde et son complice. Je vois ça de loin, m’intéressant davantage à ce qui se passe dans la foule. Une fille en robe rouge au téléphone éclate en sanglots. Une autre fille passe, allongée sur un brancard, le pied sanglant. Les deux vigiles quittent leur poste pour des tâches plus urgentes et peut-être plus utiles. Avant que cette deuxième partie ne s’achève, je remonte sur le quai haut pour mieux voir la suite.

Après The Ting Tings, une partie du public reflue et quitte les lieux par l’escalier maintenant couvert de verre cassé. Après une assez longue attente, tandis que les nuages se font menaçants, c’est l’heure du didjai Etienne de Crécy, bien connu pour ses jeux de lumière. Neuf cubes s’allument et s’éteignent selon une programmation étudiée. Lui, petit bonhomme, se tient dans le cube du milieu.

Je me lasse vite et, empruntant le pont Boieldieu balayé par le vent, je regagne mon logis. A peine entré, les premières gouttes claquent sur le toit. Le son et lumière d’Etienne de Crécy (que j’entends jusqu’ici) est remplacé par celui de l’orage. La nature est bien plus impressionnante. Quelques coups de tonnerre font trembler les murs et moi-même. Le courant disjoncte. Je songe à celle qui aime les orages et qui doit être contente s’il se passe la même chose à Paris. Je songe aussi aux Africain(e)s virés par les monstres de la Cégété, dans la rue, sous la drache. Je dors assez peu. Après un dernier orage, je me lève. Il est un peu plus de six heures. Michael Jackson a eu une crise cardiaque. The Rock Machine is dead. J’en connais dont la jeunesse vient de mourir avec lui.

Par michel perdrial - Publié dans : Chanson
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Jeudi 25 juin 2009

Il fait si chaud, ce mercredi à Paris, que je ne peux faire autrement. Aux Halles, j’entre chez Couique pour acheter une glace. Comment vous appelez ça déjà ? dis-je à la débutante qui apprend le métier sous la surveillance de la meilleure employée du mois. Elles me le rappellent en chœur mais au moment où j’écris j’ai à nouveau oublié. En revanche, je me souviens de son prénom à l’autre : c’est Aloïs. J’en prends une au caramel. Je la déguste (si l’on peut dire) en terrasse avec pour voisins de sympathiques ouaiches.

De là, je vais m’asseoir à l’ombre, près de l’église Saint-Séverin, et reprend la lecture de N’entre pas trop vite dans cette nuit noire, vite emporté dans le sinueux flux mental de Maria Clara. Dix-sept heures sonnent. Encore une heure avant le rendez-vous avec celle que je dois retrouver près des fontaines mouvantes de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle. Je décide d’aller musarder chez Mona Lisait, rue Saint-Martin.

A peine ai-je repéré un livre consacré aux femmes photographes que la voici qui me saute dessus. Eh bien, que fais-tu ici ? Et toi ?

Elle me raconte rapidement son voyage d’hier à Lyon pour un entretien, son deuxième entretien à Paris aujourd’hui, et oublions tout ça, me dit-elle, allons voir Araki.

Cela se passe chez Templon. La porte est ouverte au fond de la cour. Nous sommes accueillis par une fille nue sévèrement ligotée. L’exposition est sobrement et explicitement intitulée Bondages. Les photos présentées sont en droite ligne avec celles du passé dont je possède bon nombre de reproductions grâce à Tokyo Lucky Hole, le pavé publié autrefois chez Taschen, un ouvrage que j’ai fait découvrir à celle qui m’accompagne

Araki approche de ses soixante-dix ans. Il poursuit l’exploration de ses phantasmes avec une nouvelle série de filles attachées, suspendues, exhibées, martyrisées, souvent accompagnées de lézards en plastique, certaines au pubis touffu, d’autres au pubis glabre, fleur et fruit introduits pour deux d’entre elles. Ces photos numériques en couleurs, grand format, nous séduisent. Nous nous asseyons sur le banc de la salle principale. Nous sommes seuls avec Araki.

Quand arrive une jolie blonde solitaire, nous quittons la galerie Daniel Templon pour aller fêter la fin de ses examens dans notre restaurant chinois préféré, à volonté.

Par michel perdrial - Publié dans : Expositions
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