Samedi 21 novembre 2009

Le soleil, jeudi, m’incite à aller m’asseoir en terrasse au Marégraphe où l’on ne m’a pas vu depuis longtemps. Un serveur place une table et une chaise exactement là où j’ai envie d’être puis m’apporte un café verre d’eau. Grâce au ciel (bleu), la musique qu’on y entend est une honnête salsa à faible volume, pas de quoi me gêner. J’achève la lecture de l’essai de Georges Picard De la connerie, en écoutant celles qui se disent à la table voisine :

-Pour un mois de novembre c’est exceptionnel.

-Oui, je disais, on revit, hein !

-Si ça pouvait continuer comme ça jusqu’à Noël.

J’écris sur la connerie, sans doute pour conjurer la mienne à travers l’évocation de celle des autres, écrit Picard. C’est aussi pour cela que je le lis, m’y croisant ici ou là, moins gravement atteint que les autres évidemment.

Une question le laisse sans réponse claire : s’agglutine-t-on par connerie ou devient-on con parce qu’on s’agglutine ? Je sais, et lui aussi, qu’on peut très bien l’être tout seul.

Ma lecture finie, après une courte attente parmi des tousseux et tousseuses, je fais connaissance avec mon nouveau médecin, ma nouvelle médecin, choisie après conseil de ma pharmacienne. Ma première impression est bonne. J’aime qu’elle soit directe et franche. Elle examine mon pied droit, où l’ongle du pouce entend me quitter cet automne. Ce n’est pas grave, il devrait repousser mais ce sera long, un an. Je lui demande si les pieds peuvent grandir au cours de la vie. Oui, mais dans ce cas les mains aussi et c’est une maladie grave. Je regarde les miennes, incapable de savoir si autrefois elles étaient moins longues.

-Il n’y a que les oreilles et le nez qui grandissent pendant toute la vie, me dit-elle, avant de me laisser pour passer au prochain cas de grippe peut-être Hache Un Haine Un.

Suivant son conseil, je maintiens mon ongle baladeur avec un adhésif puis me rend à l’Opéra où s’achève le cycle Philip Glass d’Automne en Normandie.

J’ai une place correcte au premier balcon pour ce concert qui unit et alterne Satie et Glass, suis juste un peu inquiet du nombre élevé de branlotin(e)s cornaqué(e)s, pas loin d’un quart des sièges leur est dévolu à ma droite.

Johannes Debus, directeur musical de la Canadian Opera Company, dirige les musicien(ne)s de l’Orchestre pour Mercure, poses plastiques en trois tableaux du premier puis pour la Symphonie numéro trois pour orchestre à cordes du second, décontracté. J’aime autant Satie que Glass et réciproquement.

A l’entracte, plus que les quelques murmures lycéens, c’est mon vieux voisin rongeur d’ongles que je fuis, trouvant refuge en bout de corbeille parmi de vieilles dames dignes et silencieuses.

Intéressante expérience de voir de près pendant la seconde moitié du concert celles et ceux que l’on a vus de loin pendant la première. Johannes Debus lance la musique composée par Erik Satie pour Entracte de René Clair (je me souviens de la bonne soirée en l’église Saint-Maclou avec Hélios Azoulay) puis le Quatuor Habanera (je me souviens de leur jeu subtil dans Comment Wang-Fô fut sauvé un après-midi au Théâtre Charles-Dullin) vient en renfort pour le Concerto pour quatuor de saxophones et orchestre de Philip Glass. Tout cela mérite beaucoup d’applaudissements.

Ces deux-là, Satie et Glass, je ne m’en lasse pas et suis heureux que cette semaine Jeanne-Martine Vacher consacre, sur France Culture, son émission Les Vendredis de la Musique au répétitif américain, que j’écoute en faisant le récit de ce jour d’avant.

Par michel perdrial - Publié dans : Opéra et Classique
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Vendredi 20 novembre 2009

Mardi après-midi, je demande à la billetterie de l’Opéra de Rouen s’il est possible d’échanger ma place pour le spectacle du lendemain soir contre une mieux située. J’apprends que non, ce n’est plus possible. Je proteste en vain. Rentré chez moi, j’envoie un mail à la responsable :

« Disposant d'une mauvaise place pour le spectacle de mercredi soir, je viens de passer au guichet avec l'espoir de l'échanger contre une meilleure qui se serait libérée. On me dit que ce n'est plus possible. Jusqu'à l'an dernier ce l'était. Pouvez-vous m'expliquer ce qu'il en est? Avec mes remerciements. »

Mercredi, juste avant de partir pour l’Opéra, je reçois la réponse suivante :

« Afin de pouvoir changer votre emplacement dans la salle le soir d’un spectacle il ne faut pas faire éditer votre billet à l’avance. Nous avons la possibilité, lors de certaines représentations, effectivement de « replacer au mieux les billets  des entrées + » mais uniquement lorsqu’ils sont  réservés et non édités. En espérant avoir répondu à votre demande, cordialement. »

Insatisfait, je m’assois au premier rang du deuxième balcon à la pire place que j’aie jamais eue dans cette maison. Aucun endroit pour mettre les genoux, une visibilité réduite par la barre anti suicide, le seul avantage est que je peux facilement lire le surtitrage car je suis perché plus haut que lui.

Ce soir, La Compagnie Anonyme et l’Opéra de Lyon donnent pour le festival Automne en Normandie, un opéra de Philip Glass In the Penal Colony sur un livret de Rudolph Wurlitzer d’après la nouvelle éponyme de Franz Kafka. La mise en scène est de Richard Brunel, la musique de Philip Glass est des plus agréables à entendre (Emmanuelle Bobée, dans le livret programme, trouve qu’elle crée une atmosphère oppressante, je la trouve, quant à moi, enjouée et légère), c’est bien chanté par Stephen Owen (baryton-basse) et Michael Smallwood (ténor), de quoi être content mais putain qu’est-ce que j’ai mal au genou droit, autant que s’il était transpercé par les picots de la herse qui torture les corps de la colonie pénitentiaire.

Je suis d’autant plus furieux que beaucoup de places sont restées libres à l’orchestre et au premier balcon. Pourquoi m’a-t-on refilé ce siège pourri ? Il est vrai que j’aurais pu tenter d’aller m’asseoir ailleurs mais je n’aime pas déranger mes voisin(e)s et pas envie de tomber sur la placeuse de Jouvenet qui me regarde de haut « C’est qui ce mal habillé qui entend avoir une meilleur place ? »

J’applaudis comme il faut puis je réadapte mon genou à la marche en descendant prudemment les escaliers. Dehors, ce sont voitures ronflantes, coups de trompes, vociférations et agitation de drapeaux algériens pour cause de victoire en foute contre l’Egypte. Le nationalisme s’étale là dans toute sa crétinerie. Le foute porte la guerre comme la nuée porte l’orage, aurait pu dire Jaurès, me dis-je accablé.

Ce vacarme m’est épargné dès la clé tournée dans ma serrure. Au matin, j’envoie un dernier message à la responsable de la billetterie de l’Opéra de Rouen :

« Je prends note des nouvelles dispositions. Cela ne m'explique pas pourquoi ce qui était possible jusqu'à l'an dernier ne l'est plus. Hier soir à cause de cela, j'étais à une place exécrable et n'ai pas pu profiter correctement du spectacle alors qu'il y avait de très nombreuses places libres à tous les niveaux. Désormais, je ne ferai plus éditer mes billets en une seule fois, ce qui fait que je dérangerai la billetterie pour chaque spectacle. Avec mes regrets. Cordialement. »

Par michel perdrial - Publié dans : Opéra et Classique
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Jeudi 19 novembre 2009

La faute au onze novembre (un mercredi), j’ai un billet de lundi pour Paris, ce qui est on ne peut mieux car celle qui y fait de lourdes études n’a pas cours cette après-midi. Dans le train qui me rapproche d’elle, je lis, publié en Folio à deux euros, les Notes sur l’affaire Dominici puis l’Essai sur le caractère des personnages de Jean Giono, lequel en mil neuf cent cinquante-quatre a assisté au procès du patriarche accusé du meurtre, deux ans plus tôt, d’un couple d’Anglais (d’une balle chacun) et de leur petite fille (à coups de crosse). Je m’interroge sur le mot personnages, qui en dit long sur la façon qu’avait Giono de voir la réalité du monde. Voici comment il décrit l’une des filles de Gaston : Une est un peu folichonne, a du poivre aux fesses, couche avec les gendarmes. Ce n’est pas tout : Ce qui est inquiétant, c’est son fils. Celui-là est un produit curieux. Il échappe à l’analyse ; c’est un produit nouveau.

Arrivé, je file chez Boulinier où je pêche quelques livres et des cédés de concert un peu rares : un Brassens au Théâtre National Populaire en soixante-six, un double Barbara à l’Olympia le quatre février soixante-neuf et des extraits de la même dans différents lieux de soixante-quatre à soixante-quatorze.

Un incident oppose le patron à un Marseillais qui lui reproche de faire la gueule :

-Vous faites tous la gueule à Paris, je suis content de retourner bientôt à Marseille. Là-bas, on a tous le sourire. Molière quand il a écrit Les Fâcheux il habitait à Paris. Sarkozy aussi il habite à Paris.

Le dernier nom évoqué fâche le patron.

Je paie et continue à fureter chez les libraires du Quartier Latin jusqu’à ce que la fatigue m’amène à reprendre le métro pour attendre en son école celle qui travaille. Confortablement installé dans un fauteuil disagne, j’y termine Giono.

A treize heures, nous cherchons un petit menu rue de Charonne, vite trouvé : harengs pommes à l’huile, choucroute garnie, mousse au chocolat, un pichet de vin rouge. Le café et le thé, c’est ailleurs dans la même rue au Quatre-Vingt-Seize, bar libertaire où elle m’invite, dont les murs des toilettes sont couverts de slogans hostiles au travail. Il faut pourtant qu’elle y aille.

Je repars seul vers les Halles et reprends un passe Pompidou pour tout voir à Beaubourg pendant deux ans (soyons optimiste). Au vestiaire, je croise un jeune Américain qui cherche à parler avec des Français. Il vient de Los Angeles, a trouvé une chambre à Nation pour mille deux cents euros par mois. Il trouve ça cher. L’homme qui me précède lui apprend une nouvelle expression française : se faire arnaquer.

J’inaugure mon nouveau passe en retournant voir les Surréalistes. Trop de monde devant les documents de taille réduite, dont des groupes de branlotin(e)s à qui l’on fait la leçon. Deux filles s’échappent, qui viennent s’asseoir pas loin de moi :

-J’en ai marre de la conférencière, elle nous saoule à s’arrêter devant chaque photo. Comment elle est la vôtre ?

-Ah nous ça va, elle est fraîche.

Une petite salle retient mon attention, qui m’avait échappée lors de ma première visite avec celle qui n’est plus là, comment est-ce possible, où l’on trouve quelques-unes des images pornographiques faites par les surréalistes. J’y note ce propos de Paul Eluard, tiré d’une lettre à Gala de mil neuf cent vingt-neuf Le cinéma obscène, quelle splendeur ! C’est exaltant, une découverte. La vie incroyable des sexes immenses et magnifiques sur l’écran, le sperme qui jaillit. Et la vie de la chair amoureuse, toutes ces contorsions. C’est admirable.

Je vais chez Soulages, à côté, où c’est beaucoup plus calme, puis fais le tour de la partie Art Moderne de la collection permanente. Il est temps de prendre un café verre d’eau à la Mezzanine, en croquant les petits gâteaux à la figue que m’a donnés celle à qui je pense. J’ouvre l’un des livres achetés ce lundi à Paris : De la connerie, un essai publié chez Corti, signé Georges Picard (dont je viens de voir la tête dans le dernier Matricule des Anges, il ressemble à l’autre Picard, l’inventeur du bathyscaphe dont Hergé a tiré son Tournesol), essai payé un euro trente où je lis ceci : Il faut être con comme suif pour attendre de la littérature des émotions que l’on peut se procurer à moindre coût.

Par michel perdrial - Publié dans : Vagabondages
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Mercredi 18 novembre 2009

Encore trop tôt devant l’Opéra de Rouen dimanche après-midi, il est quatorze heures trente, mais cette fois c’est pour la bonne cause. Celle qui m’accompagne n’a pas de place et entend en choper une de dernière minute à cinq euros. Pour réussir, il faut être là avant les autres. Elle est la première dans la file quand je la quitte pour aller rejoindre mon fauteuil au premier balcon, un peu décentré (le fauteuil, pas moi) mais je ne vais pas me plaindre : The Philip Glass Ensemble doit donner Music in Twelve Parts, une polyphonie à douze voix constantes, durée prévue cinq heures entractes compris.

Elle arrive déjà, un billet à la main que lui a vendu cinq euros une femme qui n’y a pas mené son fils pour cause des cinq heures et du boulot pour l’école et comme, surprise, c’est loin d’être complet, la voilà bientôt installée à ma droite, se désolant de ne pouvoir rester jusqu’au bout.

Une voix prévient que France Musique fait une captation du concert et donc de tenir coi les téléphones. Philip Glass entre en scène avec ses six acolytes. Il s’installe au clavier d’un orgue électronique. Face à lui, au clavier aussi, Michaël Riesman qui occupe le poste de direction. En retrait se trouve le troisième clavier tenu par Mick Rossi. En fond de scène, Jon Gibson, Andrew Sterman et David Crowell vont souffler dans les bois. Assise derrière Philip Glass, Lisa Bielawa s’apprête à chanter. Dan Dryden, caché dans la cabine côté cour, va s’occuper du mixage en direct.

C’est parti pour les trois premières pièces (sans arrêt) et tout de suite, celle qui me tient la main et moi sommes conquis par cette musique composée au début des années soixante-dix. Elle nous emmène avec elle, loin. Quand soudain ça s’arrête, le public, désarçonné par le silence, marque un temps avant d’applaudir. Il faut reprendre ses esprits. Personnellement, je viens de tomber de haut.

Vraiment cela nous plaît, la performance vocale et musicale, la composition subtile et envoûtante. Nous échangeons nos impressions sur la terrasse cependant qu’elle fume. On est encore plus contents à la fin de la deuxième partie et elle est navrée de devoir partir à Paris.

Je reste seul, m’offre un café minuscule dans un gobelet en plastique pour la modique somme d’un euro cinquante et aperçois un musicien de ma connaissance.

-Je ne suis pas surpris de vous trouver ici, lui dis-je.

-Je vais vous faire une confidence, me répond-il, je n’aime pas Philip Glass.

-Mais, ajoute-t-il, je suis le conseil de John Cage « si tu n’aimes pas, écoute pendant une minute et si tu n’aimes pas au bout d’une minute, écoute cinq minutes et si tu n’aimes toujours pas, écoute un quart d’heure » et je peux vous dire que là j’aime Philip Glass.

Il regrette que les douze pièces ne soient pas enchaînées (moi aussi) mais physiquement les musiciens et la chanteuse ne pourraient tenir.

-Elle est vraiment très bien cette chanteuse, conclue-t-il avant d’aller saluer quelqu’une.

A la reprise, nous sommes bien moins dans la salle. Sont notamment partis celles et ceux pour qui le conseil de John Cage est resté sans effet. C’est parfait, cela m’évite d’entendre encore une fois « c’est pas mal mais c’est répétitif ».

On en profite pour fermer le deuxième balcon. Sous le contrôle de la papillonneuse, celles et ceux haut perchés sont convoyés plus bas par les placeuses et placeurs.

Plus j’écoute et plus j’apprécie, sensible à davantage de nuances, aux ruptures, aux reprises, au chant de Lisa Bielawa. Celle-ci quitte son siège à la fin de la pièce huit. La neuf est sans elle, un singulier roulement d’orgues.

Au troisième entracte, une de mes connaissances me raconte qu’elle arrive du Havre où elle assistait à un autre spectacle. Elle se réjouit de pouvoir entendre le dernier quart. Philip Glass a cette vertu, de rajeunir considérablement le public de l’Opéra. Cela est particulièrement visible après les trois quarts  Je vais me rasseoir pour la suite.

Pendant que je voyage avec sa musique, je regarde Phil Glass, loin lui aussi. Parfois d’un ample mouvement de tête, il envoie des messages à ses acolytes, que je ne sais déchiffrer, et il faut bien que ça s’arrête.

Le public est debout à l’issue. Les membres du Philip Glass Ensemble saluent modestement. Je rentre par les rues quasi désertes. Il est un peu plus de vingt et une heures.

Par michel perdrial - Publié dans : Opéra et Classique
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Mardi 17 novembre 2009

Samedi soir quatorze novembre, je ne sais pas comment je fais pour être autant en avance à l’Opéra de Rouen. Avec quelques autres, je stationne devant les grilles baissées dans le vent glacial, pestant contre moi-même. Un jeune homme vient tourner la clé qui les remonte. J’entre avant qu’il ne referme la porte vitrée derrière lui. Me voici au chaud tandis que les autres sont toujours contraints au froid. C’est une injustice et comme il est bon d’en profiter.

Une demi-heure plus tard, je suis à ma place au fond du premier balcon. Sur scène, l’un des danseurs de The Batsheva Dance Company bouge au rythme d’une salsa nerveuse. Les arrivant(e)s n’en papotent pas moins. Un couple bourgeois s’installe à ma gauche.

Elle : « Anne, ça va plus avec son mari. Il a essayé de l’étrangler. Elle a dû appeler la police. »

Lui : « Ah bon. »

Le noir se fait et les bavardages cessent. Dix-huit danseuses et danseurs se lancent dans une chorégraphie avec chaises sur une énergique chanson en hébreu. À la fin d’icelle, vêtements et chaussures s’amoncellent sur le sol en un tas qui fait songer à l’horrible époque.

Deca Dance 09 est un florilège de séquences issues des créations de Ohad Naharin pendant la décade mil neuf cent quatre-vingt-dix-huit deux mille huit. Ohad Naharin est le directeur et chorégraphe de The Batsheva Dance Company, présentée comme la meilleure troupe d’Israël. The Batsheva Dance Company a été fondée en mil neuf cent soixante-quatre par la chorégraphe Martha Graham et la baronne Batsheva de Rothschild, d’où son nom.

Tout cela s’enchaîne sans temps mort (cha cha cha, Vivaldi, rock, Beachs Boys, techno et Boléro de Ravel revu par Isao Tomito) et avec une gestuelle bien particulière issue de la technique dite gaga inventée par le chorégraphe.

Vient le moment où je ne regrette pas d’être au balcon. Les interprètes descendent dans la salle et en reviennent avec un(e) partenaire choisi(e) dans le public. Les capturé(e)s s’en sortent plus ou moins bien. L’une, d’âge certain, sélectionnée je ne sais comment pour aller au bout, se paie un beau succès (comme on dit).

Après l’entracte, c’est moins danse collective et tout aussi bien. On applaudit bien fort et je rentre à la maison. Là, je me glisse dans mon lit, l’oreille en éveil, attendant que tourne la clé de celle qui a dû passer par chez ses parents avant de me rejoindre et que la nuit soit à nous.

Par michel perdrial - Publié dans : Danse
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Lundi 16 novembre 2009

Cette politique que l’on subit, ce Tout Puissant de la République qui choisit le Vercors pour renouveler son discours Travail, Famille, Patrie, ce Besson de l’Identité Nationale qui fait encore pire que l’Hortefeux d’avant, cet obscur député de banlieue parisienne qui prétend interdire à Marie N’Diaye de dire ce qu’elle pense, je sens qu’on est de moins en moins à s’offusquer et à protester et que de nos voix discordantes tout le monde s’en fout plus ou moins. La sarkoze est quasi généralisée. Quoi faire ?

Ce samedi à quinze heures, la section locale de la Ligue des Droits de l’Homme appelle à manifester devant le Palais de Justice de Rouen parce que « trop c’est trop ». J’y vais, ne m’attendant pas à passer un moment palpitant.

Mon impression se confirme en voyant les petits écriteaux à slogans simplets que s’accrochent autour du cou les volontaires (je n’en suis pas). Les responsables s’égosillent afin que les quelques dizaines de manifestant(e)s se répartissent de chaque côté de la rue Jeanne-d’Arc en une haie revendicatrice mince et morne.

Qu’est-ce que je fous ici, c’est ce que je me demande tandis qu’arrive un bruyant cortège. Un mariage algérien descend la rue dans des voitures surchargées. Les mariés se trouvent dans une luxueuse limousine blanche. Elle et lui saluent par le toit ouvrant. Derrière, il y a de la musique, des coups de trompe, des danses sauvages sur le macadam, des drapeaux que l’on secoue et un embouteillage conséquent. Tout cela couvre le discours de la Ligue des Droits de l’Homme. Je fais comme les autres de chaque côté de la chaussée, j’applaudis les malheureux qui viennent de se baguer, me disant que si les manifestations ne font pas au moins autant de bruit qu’un mariage de samedi après-midi, elles ne servent à rien. Le calme revenu, quand la Chorale Ternative se prépare à chanter, n’ayant plus envie de m’emmerder, je me tire.

Par michel perdrial - Publié dans : Politique française
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Samedi 14 novembre 2009

Le festival Automne en Normandie est de retour. Deux conséquences pour l’Opéra de Rouen : les spectacles commencent une demi-heure plus tard (ça m’est égal) et leur niveau est en hausse (il en est besoin). Deux publics se côtoient ce jeudi, celui des abonné(e)s de la vénérable maison (dont je suis) et celui des festivaliers et festivalières, plus jeunes et venu(e)s de toute la région. J’ai place tout en haut du premier balcon en Cas Un, juste devant l’aquarium technique, loin du piano posé sur la scène mais avec vue sur le clavier (c’est l’essentiel).

Je ne suis pas là, nous ne sommes pas là, pour n’importe qui. Ce soir, Philip Glass, le maître de la musique à structures répétitives, fait récital de ses œuvres, ce dont se réjouissent chacun leur tour, sur scène au micro, Frédéric Roels, directeur de l’Opéra de Rouen, et Benoît André, directeur du festival Automne en Normandie, merci de ne pas faire de photo.

Phil Glass arrive, chemise et pantalon gris, sans cravate, un peu moins fringant que sur la photo du programme, il a soixante-douze ans. Point ne lui est besoin de partition, il connaît sa musique par cœur (comme on dit). Il annonce au micro trois de ses Metamorphosis, jouées sans arrêt, et je n’ai plus qu’à me laisser porter. A ma gauche, mon voisin, un abonné qui porte un gant noir à la main droite, lutte contre le sommeil. Devant moi, deux festivalières, amoureuses l’une de l’autre, se réjouissent. A l’issue, les applaudissements sont nourris, que Philip Glass interrompt en annonçant Mad Rush. Il boit un verre d’eau et se rassoit. Suivent « jouées sans arrêt » ses huit premières Etudes pour piano, puis Night on the Balcony et Opening, pendant lequel un voyou trois rangs plus bas prend une mauvaise photo.

Le succès est grand auprès de la grosse majorité du public. Quelques rebuté(e)s quittent vite fait les lieux, avant que le compositeur ne joue une courte pièce en rappel. En réponse aux applaudissements et aux quelques ovations debout (dont celles des deux amoureuses de devant), il salue sobrement puis quitte la scène, glassieux.

Dans l’escalier, quelques grincheux et grincheuses parlent de musique d’ambiance et comparent ce que l’on vient d’entendre aux musiquettes de Yann Tiersen, un bête rejet qui ajoute à mon plaisir.

Par michel perdrial - Publié dans : Opéra et Classique
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Vendredi 13 novembre 2009

L’autre mardi, je suis encore à l’Opéra de Rouen où se donne un concert de musique de chambre. Quatre œuvres pour octuor à vents sont au programme, les trois premières nécessitant la présence d’une contrebasse en supplément.

Ce sont des musicien(ne)s de l’Orchestre qui s’y collent. Une feuille volante glissée dans le livret programme indique que Sylvie Chapelle est remplacée par Franck Sibold.

-Y disent qu’elle est pas là, mais y disent pas pourquoi ? s’inquiète mon voisin.

Patrick Taleb y explique que ce type de formation a permis, avant la diffusion par microsillon et téhesseffe, de populariser, en plein air, au café ou en appartement, les grands airs de la musique dite classique. La Suite pour octuor à vents sur Les Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart qui ouvre la soirée en est un bon exemple. Cela a un côté kiosque à musique, pas désagréable et en même temps un peu dérangeant.

Suit ce que le même voisin considère être un truc pour les gamins au prétexte que le titre en est Sérénade enfantine, une composition de deux mille six signée Christophe Patrix dont la première pièce m’évoque le West Side Story de Leonard Bernstein. Cette sérénade est fort applaudie. Le compositeur, de blanc vêtu, monte sur scène pour saluer.

Après l’entracte, ce sont la Sérénade pour instruments à vent opus sept, transcrite pour octuor à vents de Richard Strauss (composée alors qu’il était encore au lycée) et la Sérénade numéro onze en mi bémol majeur pour instruments à vent de Wolfgang Amadeus Mozart. Le public est satisfait et j’applaudis aussi, suffisamment pour obtenir un bonus. L’un des bassonistes nous promet de jolis songes en annonçant un morceau d’Edvard Grieg baptisé Erotique. Bien choisi pour de la musique de chambre, me dis-je.

Derrière moi, une pré-branlotine demande à sa mère « Ça veut dire quoi érotique ? »

-Tais-toi, je t’expliquerai plus tard.

Par michel perdrial - Publié dans : Opéra et Classique
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Jeudi 12 novembre 2009

Occupé à parcourir les rues de Rouen au retour de Marseille pour les besoins de ma petite vie, je demande mon habituel pain noix noisettes rue Saint-Nicolas dans la maison de tradition de Cyril Levouin, artisan boulanger et chef d’entreprise avisé. La vendeuse m’annonce qu’il n’existe plus, remplacé par un plus gros plus cher incluant des raisins.

-Dans ce cas, je vais ailleurs, lui dis-je et la laisse interloquée devant la perte d’un client de si longtemps.

Il suffit que je m’absente dix jours pour que le commerce local en fasse à sa tête.

Autre exemple : voilà le Pub Alexander, rue Martainville, fermé pour quinze jours par décision préfectorale pour tapage. La police y est venue, qui a constaté que « porte et baies grandes ouvertes laissaient passer le son sans retenue » et qu’« une douzaine de personnes attablées à l’extérieur consommaient et vociféreraient sur la voie publique ». Quelle horreur ! Cela dit si j’étais voisin d’un bar ouvert tard le soir, je serais le premier à râler, mais suis pas assez bête pour habiter près de pareil mastroquet. Quel fol ira acheter l’appartement actuellement en vente rue Damiette au-dessus du Petit Bar ?

A l’angle des rues Saint-Lô et des Carmes, près du bar le Disque Bleu qui a repeint façade et ne se prétend plus « drugstore lounge », c’est la maison Auzou qui ouvre sans me prévenir une succursale au nom évocateur « Les macarons de grand-mère Auzou ». Un portrait de l’aïeule sert d’enseigne. Je sais où elle travaille, mamie Auzou, dans une usine à Val-de-Reuil, un cube métallique bien différent des boutiques rouennaises. Sans cesse occupée à fabriquer ses macarons et ses chocolats, parmi lesquels les larmes de Jeanne d’Arc, elle aussi doit pleurer parfois.

D’autres qui s’affichent sans complexe, ce sont Jean-Marc Vynckier, Guillaume Dasilva (architectes d’intérieur) et Jacques-Yves Couturon (architecte), en photo le torse nu, l’air content d’eux-mêmes, sur la façade du Camp du Drap d’Or pour lequel ils travaillent. Cet hôtel, vanté comme le seul quatre étoiles rouennais, doit ouvrir en mars prochain place de la Pucelle. Je plains les riches obligés jusqu’à maintenant d’aller se loger à Cabourg ou à Deauville ou, pire, de déchoir en s’arrêtant dans un trois étoiles pour leur étape rouennaise.

Par michel perdrial - Publié dans : Commerce
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Mercredi 11 novembre 2009

Lundi neuf novembre, je suis réveillé par une voix France Inter suivie d’une idiotie publicitaire. Je me demande ce qui se passe, si mon tuneur, calé sur France Culture, n’est pas soudain victime d’un ramollissement du cerveau..

Que nenni, j’apprends que Radio France fête le vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin en réunissant toutes ses antennes. Hier encore, il y avait France Culture France Musique France Inter France Info France Bleu Le Mouv. Aujourd’hui, il y a Radio France.

Evidemment, on n’allait pas tirer vers le haut celles et ceux qui écoutent les quatre dernières radios, on oblige donc les auditeurs et auditrices des deux premières à supporter la médiocrité France Inter, ce ton faussement enthousiaste, ces informations anecdotiques, ces messages pour le devoir de mémoire et contre les accidents de scouteur sponsorisés par des assureurs, ces journalistes qui coupent la parole aux invités, le Nicolas Demorand qui parle de Berlin comme d’une « grande mégalopole » (à quoi ressemble une petite mégalopole, je me demande). Vers midi arrivent les comiques pas drôles qui font des blagues pas marrantes. Et le soir, je vois qu’il est prévu « La chute du Mur de Berlin pour les Nuls », émission animée par le lourd de Panique au Mangin Palace, une des plus stupides émissions de France Inter.

Je vais craquer. J’envoie un mail à France Cul : « Par pitié, rendez-moi France Culture, je n'en peux plus de la vulgarité de cette journée Mur de Berlin. Pourquoi une seule radio comme dans un pays totalitaire pour fêter ce jour de liberté? »

Ce onze novembre deux mille neuf, je n’ai pas encore la réponse à ma putain de bonne question. Je doute de l’obtenir mais depuis hier j’ai retrouvé ma radio préférée que j’écoute en écrivant, songeant que ça fait aujourd’hui trois ans que je tiens ce Journal de bord persifleur qui se passe de commentaires.

En voici un cependant, pêché le quatorze mars dernier à la suite d’un billet du blog de Laure Leforestier et signé d’un certain Ghost : « Dire qu'il se passe quelque chose dans la vie de Michel Perdrial et que de surcroît cela nous passionne, c'est tout de même très cocasse, vous en conviendrez. »

Assurément.

Par michel perdrial - Publié dans : Radio
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