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Vendredi 17 mai 2013 5 17 /05 /Mai /2013 11:52

Petits drapeaux sur les vitrines des boutiques rouennaises ce vendredi, les commerçant(e)s font morose Braderie de Printemps par temps d’hiver. En me promenant dans l’actualité de la ville, j’ai l’impression que cette braderie est générale.

Les vingt-quatre heures motonautiques sont moribondes (je ne vais pas m’en plaindre), quelques tentes dressées sur les quais, des calicots posés sans enthousiasme sur les ponts.

Le son et lumière mélangeant Monet et Jeanne d’Arc, prévu sur la façade de la Cathédrale dès le premier juin, devra cohabiter avec un énorme échafaudage.

L’exposition d’Impressionnistes du Musée des Beaux-Arts n’attire guère, moins de monde devant le guichet que devant la boulangerie.

L’Armada propose la même chose que la dernière fois avec en prime un mauvais programme musical, en concert de clôture : Nolwenn Leroy.

Laissez-aller, désenchantement, semblent être le moteur toussotant des organisateurs de ces répétitives festivités locales.

Le seul à garder son désolant enthousiasme, c’est Jacques Tanguy, l’inépuisable guide touristique interrogé le onze mai dernier par Paris Normandie : « Sans oublier les « visites en ville pour ceux qui viennent pour la première fois à Rouen ». Avec les passages obligés : cathédrale, Vieux-Marché… Jamais deux visites ne sont pareilles avec Jacques Tanguy : « J’aime bien m’adapter aux demandes des gens ». »

Cela fait plus de quinze ans que je l’entends passer sous mes fenêtres, je peux certifier qu’il raconte toujours la même chose.

*

Heureusement, nos élus municipaux et les non élus de l’agglo élargie ont eu une bonne idée pour relancer Rouen Parc à Thèmes. Un aréopage s’est rendu à l’aéroport de Boos, composé de ces sommités locales et de journalistes locaux « embedded ». Leur avion s’est posé à Dresde (Allemagne). Ce beau monde est revenu avec un cylindre de vingt-huit mètres de haut et trente-quatre mètres de diamètre dans lequel on montrera aux touristes ébahis un panorama de Rouen au temps de la Jeanne. L’artiste allemand Yadegar Asisi est chargé de la mise en œuvre. Sébastien Bailly de Grand Rouen est revenu « convaincu ». Ça coûte mais ce sera un succès. Quant à moi, je pressens la catastrophe.

*

La Matmut mettra des sous dans l’affaire, comme elle en met partout en Fabiusie. Il faut croire qu’elle demande trop de cotisation à ses adhérents. Je me souviens du temps (années soixante-dix) où la Maif reversait en fin d’année à ses adhérents (dont je suis) l’argent non dépensé.

Par michel perdrial
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Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 10:26

Je suis au Conservatoire ce mardi soir où l’Opéra de Rouen propose concert de musique contemporaine. Autour de moi, on ne parle qu’en rimes. L’un dans la file d’attente : « J’ai pris ma casquette aujourd’hui/ J’en avais pas envie/ Et puis je me suis dit/ Ça m’évitera le parapluie ». Un autre, au téléphone, dans la salle : « C’est pas au Théâtre des Arts/ C’est au Conservatouare ». Ce n’est pourtant pas la Journée de la Poaisie.

La musique contemporaine est représentée par Thierry Pécou (compositeur et pianiste), son Ensemble Variances et son invitée Lisa Bielawa (compositrice et vocaliste). Un effort particulier est fait sur l’éclairage, mât parsemé d’ampoules qu’une dame derrière moi compare à un sapin de Noël et rampes de néons, l’une verticale, l’autre diagonale. Avec ça on peut éclairer de manière variable tout en laissant la salle dans le noir, ce qui incite certain(e)s à utiliser leur lampe de poche téléphone pour lire le programme, ce qui est énervant. Pour les musicien(ne)s c’est vêture noire, y compris pour Thierry Pécou (adieu chemise luxuriante).

Cela commence par un solo de flûte, Gargoyles, composé par Lisa Bielawa. Il est suivi du solo de saxophone de Luciano Berrio Sequenza VIIb et de Cri selon cri (pour piano et violon) de Thierry Pécou. Lisa Bielawa chante ensuite son Incessabili Voce (pour voix, clarinette, saxophone, violon, violoncelle et piano), belle composition et belle interprétation, qui fait fuir deux spectatrices à l’issue. Lisa Bielawa est Américaine. Elle a chanté avec le Philip Glass Ensemble. Le New York Times qualifie sa musique de « recueillie, pointilliste et d’une légère aigreur harmonique ». Légère aigreur harmonique effectivement, on pourrait en dire autant des autres pièces proposées : Birimbaa/ Jaguar (pour violoncelle) de Paul Dessenne, Les Machines désirantes (pour piano, flûte, clarinette, saxophone, violon et violoncelle) de Thierry Pécou et Hymne on die Nacht (pour voix et ensemble) de Claude Vivier.

Quelques-un(e)s partent vite à la fin mais la plupart applaudissent fort, dont moi-même. Dehors il pleut. J’en connais un qui a bien fait d’emporter sa casquette.

*

« Une touche de gastronomie, une note d’œnologie, une goutte d’ovalie et une dose de musique pour une rencontre entre maestros de la baguette, du ballon, du « french-flair » et du piano. Imaginez la préparation d’un plat en direct sur la scène de l’Opéra, la sélection du vin, le choix d’une musique… et une 3ème mi-temps de rêve. », c’est en ces termes que l’Opéra de Rouen invite à une soirée exceptionnelle autour du rugby, de la musique, de la gastronomie et de l'œnologie, Chef, oui chef !, le samedi huit juin à dix-neuf heures, un parfait exemple de confusion des genres, révélateur de la confusion mentale de l’époque.

Dans ce gloubi-boulga, un membre du jury de l’émission culturelle MasterChef, un journaliste gastronomique, un animateur de la radio éducative Béhéfème, un baryton ex-rugbyman, des invités surprise rugbymen internationaux et les musicien(ne)s de l’Opéra de Rouen (être musicien(ne) et être obligé(e) de participer à cette bouffonnerie !).

Pour vingt euros : concert et dégustation de vin. Pour cent cinquante euros : concert et repas de gala sur scène avec les « personnalités » agrémenté d’intermèdes musicaux et sportifs (Ah, pouvoir chanter Il est des nôtres avec Oswald !)

Cette manifestation est placée sous le haut patronage du Ministère des Sports (Fourneyron : Ministre des Sports, Désastre de la Culture).

Par michel perdrial
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Mercredi 15 mai 2013 3 15 /05 /Mai /2013 12:22

Le train se traîne qui me mène à Paris ce lundi et ce n’est pas pour me déplaire, j’ai tout mon temps (comme on dit). J’y lis Festivus festivus, les entretiens de Philippe Muray avec sa courtisane Elisabeth Lévy, dans l’édition Champs Flammarion. Arrivé à Saint-Lazare, je rejoins le quartier de l’Opéra à pied et continue cette lecture captivante et énervante dans ce café que j’aime bien, au bout du passage Choiseul, et dont je note enfin le nom : La Clef des Champs, rue des Petits-Champs.

A l’ouverture de Book-Off , je me débarrasse pour un euro dix de trois livres invendables ailleurs puis fouille un peu dans les rayonnages. Cela fait, d’un coup de métro, je vais à Bastille, où après être passé chez l’autre Book-Off, je déjeune au Rallye, le Péhemmu chinois, d’un confis de canard, pommes sautées, salade, côtes-du-rhône, en considérant le manège des deux habituées qui interrompent régulièrement leur repas pour aller perdre leur argent à un jeu télévisé de tirage permanent.

A pied, je rejoins Châtelet Les Halles. Je bois un café chez Mac Do, assis entre un couple de quinquagénaires québécois s’inquiétant des deux bouteilles de champagne à faire passer à la frontière (je ne les fais pas profiter de mes récentes connaissances en matière d’injures du pays) et deux beurettes (comme on disait autrefois) parlant de leur vie sentimentale. L’une : « Il a changé certes mais ça reste Kevin, il m’a dit de toutes façons ça n’arrivera pas mais si ça arrive tu le sauras » (elle parle de lui couchant avec une autre). L’autre : « C’est normal que tu lui en demandes toujours plus, s’il t’en donne toujours moins. »

Sorti de là, je vais chez Pompidou et m’attarde au niveau Cinq consacré à l’Art Moderne. Une salle y est temporairement consacrée aux dernières œuvres de Bonnard et Matisse dont j’ai lu il y a quelques mois la mutuelle correspondance que m’a offerte celle qui travaille dans cette ville où je baguenaude. Tous deux résidaient sur la Côte d’Azur à cette époque de fin de vie, pendant la Deuxième Guerre Mondiale dont ils ne se souciaient pas (Bonnard ne s’insurgeant que contre les bombardements anglais ayant touché Nice). Une vieille prof d’arts plastiques à la tignasse grise parcourt les lieux au pas de charge en hurlant des commentaires sans intérêt, « Là, c’est César, un artiste qui utilisait des objets de récupération », traînant derrière elle son troupeau de branlotin(e)s, « Allez, dépêchez-vous, on n’a plus qu’un quart heure pour visiter cet étage ». Comment font-ils pour la supporter ?

Je passe la Seine, furète au Quartier Latin où je constate que Boulinier a ouvert une succursale dans les locaux d’un défunt concurrent. De temps à autre passe une voiture claque-sonnante chargée d’amateurs de foute agitant des drapeaux. Il semble que l’équipe du Qatar (en résidence à Paris) soit championne de France.

C’est le bus Vingt-Sept qui me ramène vers Saint-Lazare. Je prends un café Chez Léon où la clientèle du soir est totalement pittoresque, celle d’un bistrot de campagne mélangée à de la jeunesse étudiante. L’une des patronnes revient de courses et raconte que c’est l’émeute du côté du Trocadéro. On s’y bat entre fanatiques du pousse-ballon et Céhéresses.

*

J’étais client du Magasin de la Vierge de Rouen jusqu’à ce qu’il s’exile au Centre Commercial des Docks. Ce lundi, cette grosse boutique et tous les autres Magasins de la Vierge en cessation de paiement soldent à cinquante pour cent et sont pris d’assaut. Le dépeçage est bien raconté sur le blog Les Rétro-Galeries de Mr Gutsy sous le titre Dignité au rabais, ou le délicieux cadavre du Virgin Megastore : «Le temps d'une matinée, oubliant Amazon, oubliant la crise, ils étaient là en chair et en os, en masse, les rats, les nécrophiles, dansant joyeusement sur les cadavres de milliers de salariés, amassant leur butin.»

*

Un qui aimerait être tête de liste aux prochaines municipales de Rouen : c’est Bruno Devaux et comme personne n’y pense à sa place, il se choisit lui-même, ayant (dit-il) toutes les qualités. Evidemment, ses petits camarades sarkozistes de droite et du centre ne le choisiront pas et il va encore faire la tête, Devaux.

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Une qui ne fera pas la tête, c’est la Sénatrice Morin-Desailly. Le Douillet, ayant eu peur de se faire mal, renonce à tenter la Mairie de Rouen..

Par michel perdrial
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Mardi 14 mai 2013 2 14 /05 /Mai /2013 07:52

Quand je sors du lit ce dimanche avant la fin de la nuit, je découvre le tapage, heureusement non perceptible depuis ma chambre, que mettent dans la rue l’un des voisins d’en face et ses invité(e)s : filles qui gloussent, garçons aux rires bestiaux, musique d’étable, tous les mégots jetés par les fenêtres devant ma porte. Je plains les proches voisins, me douche, prends un grand bol de café, mets ma veste d’hiver et sors. À mon programme : cinq vide greniers mais le ciel est chargé de nuages noirs et je me demande si.

Dans l’île Lacroix, on déballe doucement aussi monté-je directement à Mont-Saint-Aignan chez les bourgeois(es) du Village où je fais quelques affaires côté livres : Le Lièvre de Patagonie, les Mémoires de Claude Lanzmann publiés par Gallimard, et Le Convoi du 24 janvier de Charlotte Delbo aux Editions de Minuit. Point de cédés en revanche, bien qu’une vendeuse m’ait proposé La Traviata « Vous qui aimez la musique classique ». C’est que du Village provient une partie du public de l’Opéra, mais on y trouve aussi du populaire comme cette dame qui se plaint du désordre mis par la clientèle dans ses frusques pour bébé en ces termes : « Ils passent leur temps à bourriner dans les affaires ». Du côté du ciel, ça tient, mais tout le monde dit : « Keskiféfroi ».

Quand j’ai fait trois ou quatre fois le tour, je reprends la voiture, redescends à Rouen et monte la côte de Bonsecours. Près de la basilique, on a déballé et là encore la chance est avec moi et quelle ! Au milieu de dizaines de livres à deux euros plus ou moins inintéressants que propose une dame, je découvre la Correspondance générale de Paul Léautaud, livre publié en mil neuf cent soixante-douze par Flammarion. Sans doute son contenu est-il le même que celui des deux tomes publiés ultérieurement par Dix/Dix-Huit mais qu’importe. Léautaud quand il fouillait chez les bouquinistes des bords de Seine et tombait sur un livre de Stendhal l’achetait systémiquement pour qu’il ne tombe pas en de mauvaises mains. J’ai ce même réflexe en ce qui le concerne. Les nuages passent toujours.

Sans prendre le temps d’aller saluer José-Maria de Heredia et sa famille, je poursuis la route jusqu’au Mesnil-Esnard où une partie des exposant(e)s est installée dans une rue balayée par le vent glacé, de quoi avoir envie de pester et justement je trouve pour cinquante centimes, dans une autre rue, plus abritée, le Dictionnaire des injures québécoises d’Yvon Dulude et Jean-Claude Trait, publié au Québec chez Stanké. Trois gouttes d’eau affolent le monde, mais l’alerte est sans suite.

Je vais encore plus loin, à Franqueville-Saint-Pierre, où le déballage est sur le parquigne du Super U, autrement dit en pleine froidure venteuse. Mon attention commence à fléchir. Peut-être est-ce pour cela que, malgré la présence de nombreux livres, je ne déniche pas de pépite.

Il me reste à faire demi-tour et à redescendre (ce qui me prend du temps vu l’embouteillage). Je me gare sur le quai haut rive gauche et retourne à pied dans l’île Lacroix. Il est onze heures et demie, le vide grenier est envahi par une foule digne de la rue du Gros un samedi après-midi. Impossible de voir quoi que ce soit. Le mieux est de rentrer à la maison.

A peine arrivé, j’attrape le balai pour faire glisser les mégots du voisin vers chez lui.

*

Bon, allez, je me mets au québécois : Va donc bourzaille, vlimeux, bôtpipeul, tchéqueur, vire-capot, jappeux, pisseminute, mâche-malo, boulshitteur, badlucké, utopisse, massothérapute, gérant-d’estrade, suppositoère, jaseux.

Par michel perdrial
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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 05:00

-Un peu stressée, me répond celle qui fut fugitivement mon élève, à qui je demande comment ça va dans le couloir du Conservatoire devant la porte de la salle Chevrin où elle entre après avoir ôté son manteau et ses chaussures.

Elle fait désormais partie des élèves de première année de la classe de théâtre dirigée par Maurice Attias qui propose, en ce début de samedi après-midi, une pièce tirée des notes sténographiées par Charlotte Delbo quand elle était secrétaire de Louis Jouvet et que celui-ci était professeur au Conservatoire de Paris. C’était en mil neuf cent quarante, avant que Charlotte Delbo soit déportée à Auschwitz.

Quand le public est autorisé à entrer dans cette salle de travail, sorte de théâtre en miniature, les élèves sont sur scène dans un exercice d’échauffement en forme de soirée dansante puis se succèdent sept classes données par Jouvet dans lesquelles les élèves en noir jouent des scènes de Molière et se font sévèrement critiquer par un Maître usant et abusant de son pouvoir, joué lui aussi par un(e) élève. Le dispositif de cette mise en abîme est subtil et délicieusement pervers. Il doit donner quelque satisfaction à Maurice Attias qui assiste à la succession de leçons depuis la console technique. Il a en tout cas ce qu’il faut pour me plaire.

*

En exergue au spectacle, ce poème de Charlotte Delbo tiré d’Une connaissance inutile :

            Je vous en supplie

            faites quelques chose

            apprenez un pas

            une danse

            quelque chose qui vous justifie

            qui vous donne le droit

            d’être habillés de votre peau et de votre poil

            apprenez à marcher et à rire

            parce que ce serait trop bête

            à la fin

            que tant soient morts

            et que vous viviez

            sans rien faire de votre vie

Par michel perdrial
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Samedi 11 mai 2013 6 11 /05 /Mai /2013 15:32

Ce jeudi d’Ascension, je suis dès l’aurore à l’habituel vide grenier de Pont-de-l’Arche, vaste déballage couvrant les rues du centre et les bords de Seine. Malheureusement, je n’y trouve rien qui vaille en matière de livres et de cédés, n’achetant qu’une cafetière pour deux euros. Je passe ensuite par celui de Martot, tout petit, sans plus de réussite.

C’est bien souvent que je reviens déçu ces derniers temps. Il semble que le livre de qualité devienne rare. Quant aux cédés, ils sont en voie de disparition. Il suffit de voir le rayon de la Fnaque pour le constater. Il est totalement dévasté. Après le concert de Barbara Carlotti au Trianon Transatlantique, m’y rendant pour acheter l’un de ses disques, j’ai dû constater que ce magasin spécialisé n’en proposait aucun. Si plus personne n’achète (ou ne peut acheter) de cédés neufs, comment pourrais-je en trouver d’occasion ?

Ce samedi matin, le temps dracheux m’évite une potentielle nouvelle déception en me dissuadant d’aller au vide grenier de Saint-Pierre-du Vauvray.

*

Ayant retrouvé, lors de mon grand réaménagement de bibliothèque, mes livres de prix (offerts par messieurs les Conseillers Municipaux), Jules Verne, Mark Twain, Jerome K. Jerome, quelle n’est pas ma surprise de constater qu’une main anonyme a remplacé « quatrième prix » ou « troisième prix » par « premier prix », un éclairage assez déplaisant sur l’enfant que j’étais.

Par michel perdrial
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Vendredi 10 mai 2013 5 10 /05 /Mai /2013 08:21

Comme chaque année, le huit mai, Hélios Azoulay propose une soirée consacrée aux musiques composées dans les camps lors de la Deuxième Guerre Mondiale. J’arrive à la Salle Sainte-Croix-des-Pelletiers au moment où l’invitée de deux mille treize, Violette Jacquet-Silberstein, vieille dame énergique dont on devine la santé fragile, descend de voiture accueillie par Hélios.

Après une attente raisonnable, le public est autorisé à entrer dans cette salle que l’on sent le dernier des soucis de la Mairie de Rouen. Six chaises de premier rang, au meilleur emplacement, sont réservées aux élus. Je trouve place à l’une de celles libres d’accès. Ils n’en vient que deux de ces officiels, des inconnus. « C’est des grands en plus » se plaignent les dames assises derrière qui soudain ne voient plus rien.

Le sémillant Hélios Azoulay, chemise mauve, fait son apparition et présente cette Entartete Muzik interdite par les nazis, musique juive, ou bolchevique, ou noire, paradoxalement jouée dans les camps. Malheureusement, aucun programme sur papier n’est à disposition des spectatrices et des spectateurs et tout le monde repartira sans avoir en main de quoi se souvenir des noms des compositeurs ni de ceux des interprètes.

Mes notes succinctes me permettent de citer celui de Gideon Klein dont on entend successivement le rageur Trio à cordes et la remarquable Sonate pour piano, les deux composés à Theresienstadt. Gideon Klein est mort à Auschwitz à l’âge de vingt-cinq ans. Ses œuvres placées dans une valise confiée à un ami n’ont été retrouvées que dans les années quatre-vingt-dix.

La partie musicale s’achève avec une composition d’Hélios Azoulay dédie à Violette Jacquet-Silberstein, l’une des deux musiciennes de l’orchestre des femmes d’Auschwitz encore vivantes (l’autre étant en Angleterre), un quatuor intitulé Rêverie de Mengele, inspiré de la Rêverie de Schuman que l’invitée de ce soir et ses camarades devaient jouer pour le médecin criminel, puis le dialogue s’instaure entre Hélios et Violette.

Celle-ci raconte son arrivée au camp des femmes quand elle n’avait pas encore dix-huit ans et comment sa mère, âgée de quarante ans, fut immédiatement conduite à la chambre à gaz. Elle-même sera sauvée par sa pratique du violon, intégrant l’orchestre créé pour l’agrément des nazis et dirigé par Alma Rosé, nièce de Gustav Mahler. Il n’y avait pas que des Juives dans cet orchestre, précise Violette, on y trouvait aussi quelques Polonaises, prisonnières politiques et néanmoins antisémites, qui avaient le droit de recevoir des colis et refusaient de partager.

Tout ce qu’expose Violette Jacquet-Silberstein est passionnant et heureusement dénué de bons sentiments. « Contrairement à ce que montrent certains films, dit-elle, nous n’avons jamais joué pour accompagner le départ des femmes vers les chambres à gaz », ajoutant : « Mais si on nous l’avait demandé, sans doute l’aurions-nous fait ». Elle raconte aussi comment bien après sa sortie du camp, se rendant à la morgue pour se recueillir devant le corps d’une amie de sa mère décédée à l’hôpital, elle se dit « C’est la première fois que je vois une morte. », puis réalise. « J’en avais vu des centaines de femmes mortes, des milliers, dit-elle, j’ai marché sur des cadavres. »

Violette Jacquet-Silberstein ouvrit ensuite un restaurant à Toulon. Hélios Azoulay raconte comment d’un accident de sous-marin elle fit une chanson, les sous-mariniers privés de tombeaux lui évoquant le sort de ses camarades de captivité. Il nous la fait entendre. Violette avait une belle voix et chantait dans le style néo-réaliste. Aujourd’hui, sa voix est très fatiguée, elle trouve pourtant la force de dire pour finir l’un de ses poèmes « Un printemps couleur jonquille », qui évoque le temps de l’étoile jaune.

Hélas, il ne restera rien de ce dialogue, me dis-je en rentrant sous la pluie, nul n’était là pour le filmer et en faire un document visible sur YouTube.

*

Au sujet de la musique dégénérée, ce propos trouvé au hasard de mes pérégrinations sur le Net : Cela n’aide pas d’être juif et de jouer de la musique nègre, même si vous vous appelez Adolph. (Adolph Ignatievich Rosner, alias Eddie Rosner)

Par michel perdrial
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Jeudi 9 mai 2013 4 09 /05 /Mai /2013 15:15

Tous les onze ans, il suffit d’inverser les deux chiffres de mon âge pour connaître le sien. C’est le cas en cette année deux mille treize, où l’on peut aussi multiplier les deux derniers chiffres de l’année par le premier (cela ne se reproduira pas). Je le lui apprends sur le banc du jardin après être allé la chercher à la gare de Rouen un bouquet de fleurs à la main.

Je lui demande comment elle prend cette année supplémentaire qui lui interdit le tarif réduit dans les Musées et ailleurs. Bien, me dit-elle, et sans vraiment se rendre compte que c’est son anniversaire. Elle le fête néanmoins en m’invitant le soir venu au Kaboul, le restaurant afghan de la rue d’Amiens, où peu de temps après nous entre un couple de retraités australiens, comme nous amateurs de nourritures exotiques et de vins français. Nous y faisons un excellent repas, servis par un jeune homme discret et souriant.

Au matin du huit mai, nous nous levons vaillamment avec l’envie de faire le tour du vide grenier rouennais du quartier Saint-Eloi mais au sortir de la douche, c’est la pluie, retour au lit. Vers neuf heures et demie, une éclaircie nous permet de sortir.

Le mauvais temps a incité certain(e)s inscrit(e)s à ne pas déballer mais on peut quand même trouver de quoi attirer l’attention, ainsi un cédé réédité par Barclay des poèmes d’Aragon chantés par Ferré vendu par une mère et sa fille. Je demande le prix à cette dernière.

-Cinquante centimes, me répond-elle.

-Je le prends, lui dis-je.

-Cinquante centimes pour un disque de Léo Ferré, reproche la mère à sa fille, c’est le prix de la moitié d’une baguette de pain.

-Oui, mais le pain est cher, lui dis-je.

Elle ne se rend pas à mon argument et dit à sa fille qu’elle aurait dû demander plus.

-Il est mort Léo Ferré, il ne va pas s’en formaliser, répond-elle.

-Je suis d’accord avec la demoiselle, dis-je.

Celle-ci me confirme le prix :

-Cinquante centimes mais si vous voulez vous pouvez me donner cinq euros en l’honneur de Léo Ferré.

Lorsque nous rentrons, nous osons le déjeuner au jardin. Le ciel menaçant nous laisse en paix. En début d’après-midi, elle regagne Paris par un train qui mettra deux heures et demie, la faute à des travaux.

*

En fin d’après-midi, j’apprends que Jean-Jacques Hubert, dit Nino, dit Mister D'Jack, le Maire atypique de La Ferrière-sur-Risle (Eure), est mort ce mardi à soixante-sept ans d’une crise cardiaque. Nous ne l’entendrons plus animer le vide grenier d’Andé :

« La foire à tout d’Andé

Souvent imitée

Jamais égalée. »

Par michel perdrial
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Mardi 7 mai 2013 2 07 /05 /Mai /2013 11:30

Ayant récupéré des quatre vide greniers de la matinée, je suis ce dimanche après-midi à l’Opéra de Rouen dans l’attente d’un choix de lieder de Franz Schubert interprétés par Werner Güra, pas loin de la porte côté impair car je vise une bonne chaise. Les ouvreuses discutent en attendant le feu vert quand tout un coup un abonné se précipite dans la salle et en ressort avec un programme à la main. Il se fait rabrouer par les demoiselles et s’éloigne d’un air penaud tandis qu’une spectatrice commente :

-En plus, c’est une personne âgée.

À l’ouverture, je prends le programme que l’on me donne puis choisis une chaise permettant de voir à la fois le piano et le surtitrage. L’étudiant, je me remémore la vie de Schubert, un temps instituteur et mort de la syphilis à trente et un ans.

Le ténor Werner Güra est accompagné par le pianiste Christoph Berner dont tourne les pages une discrète blonde. Lied après lied, il enchante et est applaudi comme il convient à la fin, offrant deux bonus à un public qui sort de là en disant que c’était un bon concert.

Par michel perdrial
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Lundi 6 mai 2013 1 06 /05 /Mai /2013 15:47

C’est sans celle qui se réserve pour son anniversaire que je passe ce premier ouiquennede de mai riche en vide greniers.

Le samedi, j’explore celui de Poses au bord de la Seine où rien n’est pour moi. Au retour, je fais le détour par chez ma sœur et lui échange des pots à confiture contre des pots de confiture.

Le dimanche, je mets le cap sur Heudebouville où l’on est accueilli par les immondes affiches du Parti de la fille Le Pen. L’une d’elles montre une péquenaude déclarant « On est chez nous », elle est surmontée d’un « A bas le racisme anti blanc ». Je ne sais si ces affiches ont été collées en vue de l’affluence prévue ce jour. Ce qui est sûr, c’est que désormais plus personne ne les décolle. Le Maire d’Heudebouville est un Noir.

Le vide grenier est installé sur deux places herbeuses à chaque extrémité du village et dans la longue rue principale qui les relie. Je m’épuise à la parcourir, d’autant que de très nombreux emplacements y restent vacants. De plus, je ne vois apparaître que de la daube en matière de livres, aussi je n’y reste pas. Mon dépit est partagé par d’autres cherchant autre chose qui déclarent que « C’est la misère ».

Par la jolie route qui longe la Seine (Connelles et ses falaises), je rejoins Romilly-sur-Andelle et me gare à mon habitude hors du village près de l’église. Allant à pied vers les écoles et La Poste, près desquels se tient le déballage, je suis surpris de la faible animation dans les rues au point que je crains de m’être trompé de date, mais non, le vide grenier est là, plus intéressant que le précédent mais bizarrement déserté par les acheteuses et les acheteurs. Aucune concurrence pour l’achat des livres, mais parmi ceux-ci aucun qui me fasse défaut.

Je repars par la côte Jacques-Anquetil, plus facile à grimper en voiture qu’à vélo, et me dirige au jugé vers Saint-Aubin-Epinay. A Montmain, après avoir évité une famille de canards traversant la rue (que d’enfants chez cette volaille), j’avise un autochtone portant une baguette sous le bras à qui je demande mon chemin. Il me répond à la normande :

-Il va tout droit. Au rond-point, il tourne à gauche et il y s’ra.

Comme il doit me juger lent à la comprenette, il me répète son explication trois fois.

J’y suis. Je me gare à l’entrée et rejoins le vide grenier par un chemin longeant le ruisseau à sec (il n’est en eau qu’en cas d’orage). Là, on trouve foule d’acheteuses et d’acheteurs mais dans la marchandise pas davantage de quoi me plaire.

Par la côte au muguet, frôlant l’hôtel restaurant L’Epinoy en me souvenant de la nuit passée là l’année de la clavicule cassée avec celle qui doit arriver mardi, je rejoins Saint-Jacques-sur-Darnétal. La route est encombrée de voitures garées des deux côtés. Je suis obligé de me garer loin et dois marcher longtemps avant d’atteindre le terrain du déballage. Il est onze heures. Toutes les familles sont dehors (que de petits canards). Je fouille dans les livres, mais commence à être fatigué. Il est temps de rentrer. Remontant la dernière allée, j’entends l’un disant à un autre :

-C’est de l’ancien ça. Quand tu commences à en acheter, c’est que tu penches du mauvais côté.

*

Je n’aurai pas été loin dans la lecture de l’épais livre de Laurence Sterne, La Vie et les opinions de Tristram Shandy. Abandonnée samedi après-midi à la centième page (sur neuf cents), cette ode à la digression, pour virtuose qu’elle soit, m’a ennuyé. Une seule phrase notée sur mon petit carnet : Hélas nanti de tant de voilure, le pauvre Yorick ne portait pas une once de lest.

Par michel perdrial
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