Lundi 2 juin 2008

            Un dimanche menacé par le ciel orageux mais rien ne craque. Je peux avec elle aller de vide-greniers en vide-greniers, près de Rouen d’abord, à Mont-Saint-Aignan (village) et à Franqueville-Saint-Pierre, puis à Léry dans l’Eure où il s’agit aussi de dire bonjour à ma sœur et à son mari qui tiennent boutique pour la journée.

            Ce n’est pas une journée faste. Peu de cédés et peu de livres à mon goût. Dans ma besace, il y a quand même le premier tome d’Auschwitz et après de Charlotte Delbo, paru en mil neuf cent soixante-dix aux Editions de Minuit : Aucun de nous ne reviendra.

            -J’ai l’impression que tu fais plus de trouvailles intéressantes quand je ne suis pas là, me dit-elle.

            Elle se trompe complètement, tout est affaire de hasard. Ce même dimanche, après son départ, je visite un ultime vide-greniers, celui du Grand-Quevilly et ne trouve rien à y acheter.

            La veille, avant son arrivée, je suis également revenu bredouille de Saint-Etienne-du-Rouvray où je me trouvais avant même l’ouverture au public.

            Au prix où est l’essence aujourd’hui, ces pérégrinations de ouiquennede représentent un beau gaspillage. Reste le plaisir de côtoyer dans la même journée les riches de Mont-Saint-Aignan (village) et les miséreux de Léry/ Val-de-Reuil.

            Etrange organisation ce vide-greniers de Saint-Etienne-du-Rouvray installé dans le parc Henri-Barbusse, un jardin entouré de grilles. Samedi matin à sept heures tout le quartier est embouteillé par des centaines de voitures ne pouvant entrer que par vague de cinq ou six. En attendant leur tour, quasiment tous les automobilistes laissent tourner le moteur en toute inutilité. Certains le laisse même tourner quand ils déchargent. Pourtant beaucoup, cela se voit notamment à ce qu’ils vendent, sont pauvres.

            S’ils ont ainsi la tête dans le sable, me dis-je, ce n’est pas qu’ils se soient levés trop tôt, ni que les pauvres ne réfléchissent pas (la même attitude se constate chez les riches), c’est juste que la catastrophe qui se profile fait trop peur. Il vaut mieux ne pas la regarder en face.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
commentaires (0)    recommander
Mardi 27 mai 2008

            Je ne trouve jamais le plus court chemin pour aller de Rouen à Montville. Ce dimanche matin, une nouvelle fois je m’égare. Je suis seul dans la voiture. Celle qui fait habituellement la copilote est exceptionnellement retenue à Paris. C’est donc contre moi que je fulmine.

            D’autres qui fulminent, ce sont les futur(e)s exposant(e)s de ce vide-greniers organisé par l’Union Musicale de Montville. Leurs voitures sont immobilisées en une longue file d’attente qui obstrue jusqu’à la rue principale du village, un bel exemple d’inorganisation. Je me gare avant l’embouteillage et traverse le terrain de golf miniature pour rejoindre l’endroit  où sont installés les premiers arrivés.

            L’un des organisateurs s’égosille au micro :

            -Mesdames et messieurs, avancez avec votre voiture jusqu’au hêtre.

            Qui aujourd’hui sait encore ce qu’est un hêtre ? Il corrige :

            -Jusqu’à l’arbre avec des feuilles rouges.

            J’achète un lot de bougies tout en considérant les exposants qui s’installent. La tension est vive. Une fille invective sa mère, dont c’est pourtant la fête. Deux voisins d’occasion sont prêts à en venir aux mains. Je suis moi-même un peu énervé, cela m’arrive parfois. Ce n’est pas la musique que diffuse l’Union Musicale de Montville qui peut adoucir les mœurs, en ce qui me concerne tout au moins : je déteste la Compagnie Créole.

            Je retrouve le sourire en apercevant par terre une image que je connais bien, celle de la religieuse d’Enigme, le tableau d’Alfred Agache, en illustration de couverture d’un ouvrage publié par le Musée des Beaux-Arts de Rouen en mil neuf cent quatre-vingt-quatorze et intitulé Guide des Collections (dix-huitième, dix-neuvième et vingtième siècles). Impossible de l’avoir à bas prix, la vendeuse n’est pas accommodante. Je l’obtiens pour le prix que m’en aurait fait un bouquiniste honnête : au tiers du neuf.

            J’y trouve avec plaisir la reproduction de plusieurs de mes tableaux préférés : Enigme bien sûr, Rigolette de Joseph-Désiré Court, Dans un café de Gustave Caillebotte, Les Enervés de Jumièges d’Evariste-Vital Luminais, Portrait de femme d’André Derain, d’autres encore. J’y trouve aussi des tableaux et des sculptures que je n’ai jamais remarqués lors de mes visites. Comment se fait-il que je n’aie pas vu dans les salles du Musée des Beaux-Arts de Rouen la jeune fille longiligne sculptée par Antoine Bourdelle sous le titre Le Fruit ? Serait-elle remisée dans la réserve ? Le premier dimanche de juin ou celui de juillet, j’irai m’en assurer.

            Figure également dans ce catalogue, la reproduction du Groupe des Six, peint par Jacques-Emile Blanche, avec en son centre Marcelle Meyer, honorée il y a peu par Alexandre Tharaud à l’Opéra de Rouen.

            Le commentaire indique que c’est à l’initiative de la pianiste qu’a été composé ce premier volet d’un triptyque en hommage à Erik Satie (les deux autres parties n’ont jamais été peintes). Il cite en conclusion le salut exalté de Max Jacob : Marcelle Meyer, estafette/ célèbre, ô musique, en tes fêtes/ le génie des jeunes prophètes !

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
commentaires (0)    recommander
Lundi 19 mai 2008

            Avec elle, le projet d’une grande virée vide-greniers ce dimanche, Le Mesnil-Esnard, Boos, Heudebouville, Igoville et Rouen (île Lacroix) avec pique-nique prévu à Vironvay sur le banc du panorama sur la Seine. Tout est prêt, les sandouiches confectionnés par ses soins, le réveil réglé sur six heures.

            Nous sommes réveillés plus tôt par l’orage. Il se transforme en pluie soutenue et continue. C’est foutu. Pas forcément dommage, puisque le programme bien programmé est remplacé par la lecture à voix haute du Kamasutra catalan avec suite prévisible.

            En fin de matinée, la pluie cesse. Avec elle, je parcours l’île Lacroix, puis seul, le boueux terrain communal du Mesnil-Esnard et le parking d’Intermarché à Boos. Je reviens de là avec une moisson éclectique de cédés à un euro : Alain Souchon, René Aubry, Hubert-Félix Thiéfaine, Lou Reed, Paco de Lucia et un Jacques Higelin de la haute époque Bébé Hache Soixante-Quinze « Hey hey, je suis amoureux d’une cigarette ». Aussi un cédé de P J Harvey, ne me plaît pas, vais le revendre.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
commentaires (0)    recommander
Lundi 12 mai 2008

            Dimanche matin, il est un peu plus de sept heures, je roule vers Andé et son vide greniers. J’écoute Vivre sa ville sur France Culture. Le sujet du jour est la nuit des barricades d’il y a quarante ans à Paris. Les pavés volent, les cocktails Molotov éclatent, les grenades lacrymogènes explosent. Je me gare en bord de Seine à Saint-Pierre-du-Vauvray pour, à l’exemple de Bashung, « éviter les péages », précisément celui mis en place par les organisateurs à l’entrée du champ transformé en lieu de parcage. Je coupe le moteur et la radio. Je passe brusquement de l’émeute parisienne au calme de la campagne normande. Sur la Seine, un homme seul dans un canot pèche. Cela me fait songer à une remarque de Denis Grozdanovitcht dans son Petit traité de désinvolture : quelles que soient les circonstances, révolution, guerre, catastrophe de tout ordre, il y a toujours à proximité immédiate de l’évènement un homme qui s’en fiche et continue à pécher.

            Je traverse un pré à l’odeur d’herbe fraîchement coupée et me voici à pied d’œuvre. Que vois-je ici par terre ? Cinq ouvrages de la collection « Les Archives d’Eros » publiée par les éditions Astarté, émanation de la galerie Les Larmes d’Eros dirigée par Alexandre Dupouy et en bonus Le Kamasutra catalan d’un anonyme du quatorzième siècle publié chez Anatolia/ Le Rocher. J’interroge le vendeur sur leur prix et je constate que je me trouve dans la pire des situations, celle qui met face à face un acheteur qui sait qu’il n’est pas prêt de retrouver pareille aubaine et un vendeur qui connaît le prix de ce qu’il vend (chaque Astarté neuf est au prix de vingt-deux euros).

            Le vendeur m’annonce dix euros par Astarté ou cinquante euros pour les cinq plus l’Anatolia. Je tente le coup de la même chose pour quarante euros. Il finit par accepter. Je lui propose un chèque. Il ne peut, n’ayant pas de compte en banque. Je fouille un peu partout dans mes poches et mon sac à dos et mets la main sur trente-cinq euros en billets. Je n’ai pas d’autre billet, lui dis-je, omettant de lui parler des pièces dans mon porte-monnaie. Il me laisse alors le tout pour trente-cinq. Ce n’est pas donné mais j’ai quand même fait une affaire, tout en restant presque honnête.

            Bientôt, je quitte Andé et reviens à Rouen pour explorer le vide-greniers du quartier Saint-Eloi. Là, le livre est moins cher, presque offert. Deux euros pour le gros volume titré Censures et interdits, publié aux Presses Universitaires de Rennes et un euro pour le non moins gros Esquisses et nouvelles esquisses viennoises de Peter Altenberg publié chez Actes Sud. Quand trouverai-je le temps de lire tout ça ? C’est ce que je me demande en décidant de ne pas rester plus longtemps, fatigué par le trop grand nombre d’acheteurs et d’acheteuses, spécialement par ceux et celles qui se servent de la poussette de leur enfant comme d’une voiture bélier.

            Lundi matin, je reprends à la même heure le chemin d’Andé et cette fois, elle m’accompagne pour le deuxième jour du vide-greniers. Moins d’étalages que la veille sont installés. Elle trouve néanmoins une calculatrice pour remplacer celle achetée récemment et déjà en panne et m’offre un cédé de Mark Knopfler. J’achète un livre publié à La Différence où se côtoient des photos de Pierre Bérenger et un texte de Michel Butor. Son titre est Naufragés de l’arche. Les naufragés sont les animaux empaillés de le Galerie de Zoologie du Jardin des Plantes de Paris. Cet ouvrage date de mil neuf cent quatre-vingt-un. Je crois que les empaillés ont été sauvés depuis.

            Les haut-parleurs diffusent des chansons niaises avec en grain de sel un titre du dernier cédé de Bashung. C’est Jean-Claude Wappler de La Ferrière-sur-Risle qui anime l’endroit. Il a un beau camion sono et un faux air (qu’il cultive) de Nino Ferrer. Le désir d’être artiste mène à tout.

            Je demande à celle qui me tient la main où elle souhaite poursuivre la matinée et elle choisit Portejoie. C’est tout près, un très beau village tout en longueur au bord de la Seine. Nous marchons sur le chemin de halage, faisons une pause dans l’herbe, cueillons de la citronnelle. On est toujours bien à Portejoie, qui mérite son nom mais n’est pas exempt de drame. C’est là, me rappelle-t-elle, qu’Achille Zavatta s’est suicidé.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
commentaires (0)    recommander
Dimanche 11 mai 2008

            Un soleil radieux brille sur la Normandie lorsque je quitte Rouen ce samedi matin. Je grimpe la côte de Canteleu, traverse la forêt de Roumare et me gare devant l’abbaye Saint-Martin-de-Boscherville un quart d’heure avant l’heure d’ouverture de la vente de livres organisée au profit de ladite par l’Association Touristique de l’Abbaye Romane.

            Encore un village de carte postale, où l’on se lève tôt pour aller au marché. Quelques étalages sont installés sur la place. Le maraîcher fait des affaires. Pas moins de dix femmes de quarante à cinquante ans patientent dans sa file d’attente. Où sont les hommes, je ne sais. Un trentenaire est installé en terrasse face à l’entrée de l’abbaye. Le café porte un joli nom : La Belle de Mai.

            J’entre dans la cour de l’abbaye Au fond, trois tentes dans lesquelles sont posés à même le sol des cartons emplis de livres. Deux hommes finissent de les installer. Un acheteur est déjà là. Je fais le deuxième. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des ouvrages ne m’intéressent pas. Le un pour cent qui reste me suffit bien.

            Je suggère deux améliorations permettant d’accéder plus facilement aux livres. Elles sont retenues.

            -Vous êtes un auxiliaire précieux, me dit l’un des organisateurs.

            On peut m’appeler comme on veut, du moment qu’on ne me demande pas de porter un carton de livres.

            Peu d’acheteurs et d’acheteuses sont présentes au bout d’une heure. La concurrence est faible et j’ai de quoi ne pas repartir déçu. Entre autres, Les Lois de l’hospitalité de Pierre Klossowski en édition originale Le Chemin (chez Gallimard), Nous trois de Jean Echenoz (chez Minuit) et Court voyage par de longs chemins de Gregor von Rezzori (chez Salvy).   
             J’achète aussi pour faire bon poids La Vie quotidienne au Marais au dix-septième siècle de Jacques Wilhelm (chez Hachette). Dans ce livre, je trouve une carte de vœux anglaise signée Nicholas (si je lis bien). Ce Nicholas raconte qu’il vient de publier une nouvelle intitulée Twins Apart et qu’il fait l’enseignant dans le Sussex pour trois cent cinquante filles et garçons entre huit et treize ans, enfants qualifiés par lui de « noisy nice naughty ». Cela m’en rappelle d’autres, bien français ceux-là. La carte est adressée à Madame Serandel (si je lis bien). Elle est à moi, maintenant.

            Avant de rentrer, je souhaite visiter les jardins de l’abbaye mais pas moyen de le faire sans payer cinq euros. Je renonce. En revanche, je fais un tour dans l’église abbatiale. Il y fait une fraîcheur bienvenue. Une « tenue correcte » est exigée.  Je m’y conforme et prends même garde à ne pas franchir les limites de l’ « espace réservée à la divine liturgie », tout en songeant à certaine fois où, dans cette même abbaye, sur la tombe du Canuet (ancien maire de Rouen abusivement enterré ici), accompagné de celle qui me tenait la main alors, je ne fus guère sage, histoire que je ne peux raconter ici mais qu’on pourra peut-être lire un jour ailleurs.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
commentaires (0)    recommander
Lundi 5 mai 2008

            Sud Ouest, c’est le nom du journal de là-bas, une sorte de Paris Normandie. Chaque jour, la page des prévisions météorologiques, parfois fautive, montre qu’on n’est pas dans le sud mais vraiment à l’ouest, elle et moi, pour notre semaine de vacances. Il pleut le plus souvent. Le vent souffle froid. On s’en fiche. Nous profitons de la moindre éclaircie, suivant un itinéraire assez improvisé : Saint-Hilaire-de-Riez, Saint-Gilles-Croix-de-Vie, Bretignoles-sur-Mer, Talmont-Saint-Hilaire, Jard-sur-Mer, île de Ré, prudent contournement de La Rochelle, Fouras, Rochefort, île d’Oléron, île d’Aix et c’est le premier mai. Avant la fin, c’est la journée à La Rochelle, avec passage par la rue du Collège et arrêt au numéro vingt-six.

            Encore le temps de traîner un peu sur le chemin du retour, c’est le deux mai, à Sées d’abord, puis au Bec-Hellouin où je vais débusquer mon ami moine dans sa lingerie. Il nous en raconte de bonnes sur certains nouveaux habitants du village et sur d’anciens évènements d’avant le temps où je vivais là-bas, de quoi rentrer avec des piles bien rechargées. Un petit supplément d’énergie le soir même à Rouen au Hangar Vingt-Trois avec Orchestra Baobab, la nuit peut venir, celle du deux au trois mai, maudit anniversaire.

            Il y a treize ans, dans des circonstances qui resteront à jamais inconnues, Jacques Perdrial, mon frère, mourrait à La Rochelle, au vingt-six de la rue du Collège.

            Je feuillette les cinq recueils de poèmes qu’il a publiés (mal, à compte d’auteur) entre mil neuf cent soixante-seize et mil neuf cent quatre-vingt-six : poèmes de la jambe de bois, relations un, relations deux, « les animots », poèmes et chansons pour la madone de cuir, tous les chats qui sont blancs et qui ont les yeux bleus sont sourds.

            Dans le premier recueil, ce texte intitulé … :

            vous m’avez connu

            en ai-je eu besoin

            je suis dans la rue

            j’écris des chansons

            (c’est avec vos vies)

            vous ne chantez pas

            vous êtes les gens

            chez vous il y a

            peut-être quelqu’un

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
commentaires (0)    recommander
Jeudi 24 avril 2008

            Je l’attends devant la fontaine Saint-Michel ce mercredi à treize heures et dès que l’averse est finie elle arrive, ravie d’être en vacances et de pouvoir errer en ma compagnie, un peu inquiète cependant au sujet de notre rencontre prévue en fin d’après-midi avec Sarane Alexandrian.

            Nous remontons la rue Saint-André-des-Arts et comme il y a de la lumière dans la galerie Kamel Mennour, nous y faisons étape pour découvrir une exposition de photos qui rassemble, sous le titre Far from home, les travaux noir et blanc du Japonais Daido Moriyama et de l’Espagnol Alberto Garcia-Alix. Photos de la Chine, Pékin, pour l’Espagnol (fragments d’architecture, portions de gratte-ciel, poteaux et réseaux de télécommunications, arbres dénudés) et de l’Argentine, Buenos-Aires, pour le Japonais (animaux errants, enfants qui courent, couples enlacés, manège à tout vent, foule en délire).

            Après cette halte bien plaisante, nous repartons par la rue de Buci jusqu’à la rue de Seine. En attendant quatorze heures, nous devisons sur un banc de pierre en forme de livre ouvert près de Carolina, l’étonnante statue de petite fille nue de Marcello Tommasi, datée de mil neuf cent soixante-huit, square Gabriel Pierné.

            Une demoiselle nous ouvre la porte de la galerie Loevenbruck où l’on rend hommage à Edouard Levé avec un nouvel accrochage de ses photos chaque semaine. On en est à Séries reconstitutions : Vie quotidienne. Auparavant, il y a eu d’autres séries de reconstitutions : Rêves, Actualités et les connues Pornographie et Rugby (des acteurs et actrices en tenue de ville miment des scènes/clichés pornographiques ou rugbistiques).

            Déjà passée aussi la série Angoisse, ces photos terriblement angoissantes du village éponyme : « Cherchant son chemin sur un atlas routier, une amie remarque un village nommé Angoisse. L'atlas refermé, elle ne parvient pas à le retrouver. Un mois plus tard, je me rends dans un bureau de poste. Je retrouve Angoisse. Je m'y rends. J'y passe trois jours. Je photographie les lieux : l'entrée d'Angoisse, l'école d'Angoisse, les maisons d'Angoisse. Le terrain de sports d'Angoisse, la base de loisirs d'Angoisse, la discothèque d'Angoisse... Rien d'extraordinaire si ce n'est le nom. Ce village français est moyen : un archétype sans qualités comme en traversent souvent les routes départementales. Pourtant, à regarder de plus près ces rues vides, ces maisons aux façades muettes, ces abords neutres, il suffit de prononcer « Angoisse » pour que les choses se parent d'une inquiétante étrangeté. Le village entier obéirait-il à son nom comme une injonction ? »

            La demoiselle nous offre à chacun un dépliant de cartes postales des images d’Edouard Levé qui, le quinze octobre deux mille sept, après avoir remis à son éditeur P.O.L. le tapuscrit de son dernier livre Suicide évoquant celui d’un ami à lui, a fait de même à l’âge de quarante-deux ans.

            Par la rue de Verneuil (petite pause devant la maison de Gainsbourg toujours aussi joliment graffitée), nous atteignons la rue du Bac. Là, dans la galerie Jean Fournier se tient, sous le titre dans le fonds, l’exposition rétrospective des œuvres de Pierre Buraglio, proche du mouvement Supports/Surfaces.

            Je n’ose pousser la porte. Pierre Buraglio est là derrière, interrogé par la télévision Aime Six. L’une des responsables de la galerie nous fait entrer discrètement. Pendant que Pierre Buraglio parle à la jeune journaliste de ses années maoïstes, nous découvrons ses œuvres, celles datant de la période où il définissait son art par trois interdits (figurer, signifier, exprimer) et un impératif (subvertir). De là, ses assemblages, ses recyclages de matériaux non picturaux, ses détournements (un châssis de peinture devient une fenêtre ou un simulacre de tableau), son emploi d’objets trouvés (papiers d'emballage de Gauloises, tôles émaillées, et cætera), tout cela est bien intéressant.

            Pour aller voir ce que fait Buraglio maintenant, nous franchissons le Seine par le pont Royal et traversons le jardin des Tuileries (une pause photo devant Maman, l’immense araignée de Louise Bourgeois). Nous voici rue d’Alger dans la galerie Marwan Hoss qui présente les œuvres récentes sous le titre C’est alors que… C’est alors que Pierre Buraglio revient à la pratique du dessin et de la peinture. Elle et moi sommes d’accord, c’était mieux avant.

            J’ai rendez-vous avec Sarane Alexandrian à dix-sept heures. Il est temps de se rapprocher par métro de la porte Champerret où il nous accueille chaleureusement dans son bureau bibliothèque. Trop longtemps que je ne l’ai vu, il a été bien malade, et heureusement va beaucoup mieux. Toujours aussi volubile, il nous parle de ses derniers livres publiés, du prochain numéro spécial de Supérieur Inconnu consacré au rêve, m’interroge sur mes écritures du moment, se renseigne sur les activités de celle qui m’accompagne, évoque les diverses personnes qu’il connaît avec lesquelles je suis fâché : Matthieu Baumier (ancien pape de la Nouvelle Fiction), Paul Sanda (nouvel évêque des Rose-Croix), Marie-Laure Dagoit (n’en rajoutons pas), se désole avec moi de l’état de l’édition, de la librairie et de la littérature en général, trouve de quoi quand même être optimiste « C’est formidable », m’offre le catalogue richement illustré de la nouvelle exposition du Musée de l’Erotisme Japon Erotica, La Nouvelle Génération. C’est toujours un plaisir de s’entretenir avec lui.

            Désireux d’en savoir un peu plus sur Molinier, je lui demande s’il l’a bien connu. Connu non, il l’a juste rencontré quand André Breton a organisé l’exposition de ses peintures à Paris.

            -C’était un truand, un tenancier de bordel. Breton était vieillissant quand il s’est entiché de ses peintures. Ça ne vaut pas Bellmer, loin de là. Bellmer, lui, je l’ai bien connu. Et Unica Zurn aussi. C’était un dessinateur extraordinaire. Il est bien plus intéressant que Molinier. Plus pervers aussi.

            D’une formule définitive, il conclut : « Molinier, c’est le Bellmer du pauvre. »

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
commentaires (0)    recommander
Lundi 21 avril 2008

            Pas de pluie prévue dimanche matin, je me lève donc avant le soleil pour aller faire un tour à La Haye-Malherbe et à Surtauville, deux villages de l’Eure proches de Louviers, où il y a vide-greniers.

            Le ciel est d’un rouge orangé des plus esthétiques au-dessus de la côte Sainte-Catherine à l’heure où je rejoins ma voiture. Il ne manque que les éoliennes pour que l’image soit parfaite. Je songe à celle qui ne m’accompagne pas ce jour, dormant par là-haut après une soirée familiale.

            Quasiment pas de voitures sur la route ; il faut néanmoins être vigilant à cette heure où rentrent de discothèques les derniers fêtards. Un jour, je me suis trouvé nez à nez avec l’un d’eux circulant à vive allure et à contresens sur le quai de Rouen et n’ai dû mon salut qu’en choisissant de ne pas changer de file alors que lui choisissait d’en changer.

            Après Pont-de-l’Arche, je prends à droite vers Montaure, traversant la forêt de Bord que le printemps verdit de jour en jour. Après Montaure, c'est La Haye-Malherbe où sont annoncé(e)s deux cent exposant(e)s et où sont installé(e)s beaucoup moins. Devant la Mairie, est disposée, dans un cadre métallique bricolé, la tragique photo d’Ingrid Betancourt captive. Un peu plus loin, une banderole invite à visiter le four à pain sous une formulation inquiétante : « Bienvenue au four, dimanche ». Je ne trouve là rien qui m’intéresse. Je demande à un autochtone comment me rendre à Surtauville et il m’indique la route « par les plaines ».

            Peu d’exposant(e)s également dans cette jolie commune en fête. Manèges forains, concours de pêche dans la mare, défilé de Jeep datant de la Libération, concours de vélos fleuris pour les enfants du village, le comité s’en donne du mal pour animer le pays une fois par an. Rien qui m’intéresse là aussi et je m’apprête à partir. Fouillant un dernier carton, je trouve, parmi un tas de romans à l’eau de rose, La Mécanique des femmes de Louis Calaferte, que j’ai déjà mais que je ne puis pas laisser ainsi en déshérence, d’autant qu’il s’agit de l’édition originale parue en mil neuf cent quatre-vingt-douze chez L’Arpenteur et qu’il ne m’en coûte que cinquante centimes.

            Je ne rentre donc pas bredouille à Rouen où je suis de retour à neuf heures et quart. Je pose ma voiture en son lieu de garage habituel et, à pied, fais le crochet du marché du dimanche matin.  
            Lorsque j’arrive au Clos Saint-Marc, je découvre cinq ou six véhicules de police nationale et municipale garés sur la voie réservée à Teor. Une douzaine de fonctionnaires en uniforme s’agitent autour d’un stand. Certains terminent de l’entourer d’un cordon de sécurité. D’autres interrogent un vendeur que je connais bien, l’un des plus sympathiques bouquinistes et brocanteurs du marché. Il semble mi-amusé mi-inquiet. Je vais voir un autre bouquiniste de ma connaissance :

            -Que se passe-t-il ?

            -C’est Thierry qui a une grenade sur son stand.

            -Une grenade ? En état de marche ?

            Il ne sait pas, n’est pas très rassuré, trouve que le cordon de sécurité est un peu léger, me raconte que Thierry a sans doute acheté un carton quelque part sans savoir qu’il y avait une grenade dans son contenu.

            Je ne reste pas, ne pouvant accéder au stand de Thierry, ni à celui de sa voisine cerné lui aussi par le cordon. Je ne sais donc pas s’il s’en est bien sorti.

            A défaut d’un livre et peut-être influencé de manière subliminale par la présence de tous ces policiers, j’achète, à l’autre bout du marché, un poulet.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
commentaires (0)    recommander
Dimanche 13 avril 2008

            En route, avec elle, dès le petit matin de ce dimanche pour le vide-greniers de La Mailleraye-sur-Seine. Je prends à gauche après Duclair la petite route qui mène au bac. Une chaîne en travers du chemin indique la fermeture de ce service public. Il faut continuer le long de la Seine, traverser par le pont de Brotonne et nous voici enfin à La Mailleraye. Je me gare à l’entrée et à pied nous rejoignons le vide-greniers installé dans la rue principale et le long de la Seine. Pas de livres dans mon sac aujourd’hui à l’issue mais deux pots de confiture achetés à une dame sympathique. « Pomme Banane Kiwi » pour l’un. « Citron Banane Kiwi » pour l’autre.

            Nous décidons de flâner sur la route du retour. Après le pont de Brotonne, j’hésite entre à gauche jusqu’à Villequier ou à droite jusqu’à Saint-Wandrille. J’irais bien saluer Léopoldine et Adèle Hugo dans leurs tombes. Je viens de lire la biographie de la seconde publiée chez Ramsay Poche, une biographie écrite par Henri Gourdin et intitulée Adèle, l’autre fille de Victor Hugo. Maintenant je lis celle d’Henri-Pierre Roché écrite par Scarlett et Philippe Reliquet paru également chez Ramsay sous le titre Henri-Pierre Roché, l’enchanteur collectionneur. Avant j’ai lu la Correspondance de François Truffaut publiée autrefois au Livre de Poche. Une succession de lectures choisies au hasard parmi les centaines de livres qui m’attendent empilés dans mon escalier et dont le lien pourtant évident ne m’est apparu qu’après coup. C’est François Truffaut qui a sorti de l’oubli la seconde fille de Victor Hugo grâce à son film L’Histoire d’Adèle H et qui a fait de même pour Henri-Pierre Roché en adaptant au cinéma ses deux romans Jules et Jim et Deux anglaises et le continent.

            Je m’égare. Villequier ou Saint-Wandrille ? J’opte finalement avec l’accord de ma copilote pour l’abbaye. La messe est pour bientôt. Nous ne nous attardons pas dans l’église et comme la boutique est fermée, pas possible d’y acheter les madeleines convoitées pour compléter les confitures.

            De retour à Rouen, elle achète un petit pain spécial en remplacement. C’est en écoutant David Mac Neil que nous dégustons celui-ci copieusement tartiné de « Citron Banane Kiwi ».

            David Mac Neil chante Boulevard Sébastopol : Le fantôme de Morrison/ Lassé de la Coupole/ Marche en portant sa guitare/ Boulevard Sébastopol (c’est cette adresse qu’elle doit rejoindre comme chaque semaine, la petite chambre au bout du long couloir chez la très vieille dame) Les gens passent/ En bavardant/ J’écris à la terrasse/ En t’attendant (c'est ce que je vais faire jusqu’à son retour samedi prochain).

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
commentaires (0)    recommander
Lundi 7 avril 2008

            Le dimanche est quasi hivernal, mais pas question de manquer le vide-greniers de Bonsecours où je sais trouver chaque année un vendeur travaillant dans l’édition. Elle m’accompagne et nous faisons un léger détour par celui de la Calende au pied de la cathédrale rouennaise. Peu de monde prêt à vendre, certains ne font qu’arriver comme cette connaissance qui, à ma moquerie, me renvoie :

            -Les vrais acheteurs sont déjà passés avec une lampe de poche.

            A Bonsecours, on se lève plus tôt qu’à Rouen. C’est dans un lieu bien animé que nous nous mettons à la chasse de tout ce qu’on cherche sans le trouver et de tout ce qu’on trouve sans le chercher.

            Le vendeur de livres est bien là. Sa librairie temporaire de plein air occupe une bonne longueur d’une des allées centrales. Des milliers d’ouvrages neufs à bas prix sont à ma portée. Tout en cherchant mon bonheur, j’aide à l’installation des cartons emplis de livres. Je me concentre sur trois collections de poche : Biblio, Pluriel et Le Cercle (littérature, sciences humaines et érotisme) et quitte la boutique avec neuf livres dont quelques-uns pour elle.

            Nous poursuivons avec quelques achats ici et là et avant que la pluie et la neige ne se mettent à tomber, je lui propose d’aller saluer José Maria de Heredia en son tombeau. Un tombeau, accroché à la falaise, qu’il partage avec sa mère, son épouse et Hélène (la troisième de ses filles, morte quand j’avais deux ans). Marie, ma préférée des trois filles Heredia, n’est pas enterrée là. Sous le nom de José Maria est écrit, petit échantillon de sa poésie d’un autre âge, Mon âme vagabonde à travers le feuillage frémira…

            C’est après avoir visité plusieurs fois la basilique et le monument Jeanne-d’Arc avec Flaubert, qu’Heredia, séduit par l’endroit, acheta une concession dans le cimetière Notre-Dame de Bonsecours. Plusieurs concessions sont à vendre aujourd’hui dans ce joli cimetière mais je ne songe pas à en acheter une où « le premier qui meurt attend l’autre » comme dans la chanson d’Emily Loizeau que celle qui m’accompagne chantonne en se rapprochant d’un des moutons en pierre de Jeanne d’Arc.

            C’est une de ses marottes. A chaque fois que nous passons par là, elle grimpe au péril de sa vie (au-dessous c’est le vide) sur l’un de ces ovidés et s’y installe à califourchon face au vaste panorama de l’agglomération rouennaise.

            Pendant que je la supplie de redescendre, désireuse de survoler le vaste espace qui s’offre à elle, elle tente de faire décoller l’animal. Le miracle n’a jamais lieu.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
commentaires (0)    recommander
Blog : Voyages sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus