La clientèle de la terrasse du bar où je prends un café tous les jours, je ne dis pas le nom, est drôlement représentative de la population française : elle est cent pour cent anti-Sarko. Le moral est bas donc. C’est bon pour les affaires du cafetier.
Les filles d’à côté parlent de ça, de la mauvaise nouvelle à venir. Ce sont des étudiantes cultivées et clairvoyantes. Cependant, il ne se passe guère de temps avant qu’elles changent de conversation :
-Trop jolie ta robe ! Tu l’as eue où ? Chez Zara ?
Les musiciens de l’autre côté, c’est pareil, propos élaborés et subtils sur l’avenir politique immédiat mais tout à coup :
-Ah, tu as vu, Manchester, ils se sont pris trois buts !
Nous en sommes là : votez utile (paraît-il) et vivez futile (c’est sûr).
par michel perdrial
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En chemin à pied par les quais, l’autre jour, en direction du Hangar Vingt-Trois afin d’y ouïr Arno, je passe devant l’attrayante terrasse aux chaises colorées du Marégraphe et fais une amère découverte : l’installation de haut-parleurs extérieurs diffusant l’écœurante radio musicale que l’on devait déjà subir à l’intérieur, une nouveauté digne de la défunte Union Soviétique.
Plus moyen d’aller y boire un café, au Marégraphe, dehors comme dedans, sans subir ce décervelage, une des meilleures terrasses de Rouen pour son emplacement mais interdite à ceux qui ont quelque chose dans la tête. Le bolchevisme est mort, ses navrantes pratiques demeurent, parfaitement intégrées au système marchand.
par michel perdrial
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Elle me raconte qu’il y a quelques jours une quinzaine de lycéens s’est présentée à la porte d’un bar du soir rouennais, bien connu pour ses concerts de musique rock ou electro, et que le filtreur à l’entrée ne voulait laisser entrer que douze des quinze assoiffés, un choix qu’il ne se risquait pas à expliquer, se contentant d’être très clair, ne s’exprimant pas en latin. Les trois refusés étaient de type maghrébin.
-Jamais plus je ne mettrai les pieds dans ce bar, ajoute-t-elle.
Ce qui la choque, ce n’est pas seulement cet acte de racisme, c’est qu’aucun des quinze lycéens n’ait émis la moindre protestation.
-Qu’est-ce que vous avez fait ? leur a-t-elle demandé.
-Rien, ont-ils répondu. On est allé boire un verre ailleurs.
par michel perdrial
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Il fait encore beau (comme dit la corneille) vers dix-huit heures, ce vendredi à Evreux, mais foin de cette terrasse pourtant bien située, au bord de l’Iton, ce qui compte ici au Matahari, c’est l’intérieur et même il s’agit d’y pénétrer par la porte secondaire donnant sur la rue derrière, une première salle en forme de long couloir garnie de canapés défoncés en provenance d’Emmaüs, puis la grande salle de briques rouges meublée d’un long bar sur la gauche et d’une quantité de petites tables rondes, chacune entourée de quatre fauteuils semi-circulaires, le tout éclairé dans les rouges tamisés.
La musique est electro tranquille et les sirops bien glacés dans les verres. Il est bon de faire durer la pause avant d’affronter la ville, préfecture de l’Eure, où, avec un peu de malchance, j’aurais dû habiter, dans l’une de ces rues sans âme, inchangées depuis de lointaines études, bien différentes de celle qui m’abrite aujourd’hui, à Rouen où manque cependant cruellement un café comme le Matahari.
par michel perdrial
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Tiens, voici le soleil revenu, et le numéro d’avril du Matricule des anges, la trop peu connue revue de littérature contemporaine, dans ma boîte à lettres, je vais le lire au Son du Cor avant que l’immeuble cubique qui jouxte le mastroquet ne jette une ombre néfaste sur la terrasse.
Pas très loin de moi, une bonne tablée d’hommes mûrs à la bedaine épanouie discutent de sujets divers et insignifiants. Comme le chante Brassens : « Le pluriel ne vaut rien à l’homme et dès qu’on/ Est plus de quatre on est une bande de cons ».
Il s’avère que l’un d’eux travaille dans une salle de spectacle et précisément dans la fosse d’orchestre.
-C’est génial de travailler dans la fosse, explique-t-il à ses compagnons, surtout quand il y a des jolies filles sur la scène.
Il ajoute que ça va être un vrai bonheur le jour où la minijupe va revenir à la mode.
La minijupe, revenir à la mode ? Oui, bien sûr.
Lui ? Non.
par michel perdrial
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Mister Crocodile fête la sortie du nouveau numéro de la version papier de son guide urbain de l’élite. C’est au Scopitone, un bar qui se revendique des années soixante et soixante-dix, belle couleur orange pour les murs et pochettes de disques de ces années-là comme décoration, mais Mister Crocodile ne mange pas, aujourd’hui, de ces musiques d’autrefois, la soirée sera musiques actuelles comme il aime le dire. Bières, Art, Aimepétrois au menu. En cadeau : un aimant spécialement dessiné pour l’occasion par Emmanuel Kerner.
Certains mixent donc dans un coin cependant que les autres boivent de la bière debout dans des verres en plastique en parlant plus fort que la musique. Il y a aussi un type appuyé contre un mur qui se demande ce qu’il fait là et qui va bientôt partir, c’est moi.
par michel perdrial
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Vendredi 29 décembre 2006
Le nombre de bouffons et de bouffonnes que l’on croise à l’Espiguette certains jours ! Capables de mener pendant une heure des conversations navrantes. Au premier plan, une bande de skaiteurs amenés là par la boutique d’à côté et englués dans leur humour de pompiers et leurs échanges tribaux. Pas loin derrière, des filles qui se vantent de leurs soirées beauferies avec télévision dans le salon, serpentins et chapeaux en carton.
Passer sa jeunesse de cette façon, avant d’être dans quelques années, accouplés et chargés de moutards, filant sur les rails, dans une société sarkosée ou sarkolènisée, vers la catastrophe climatique, la pénurie de matières premières et le terrorisme répandu, c’est un sort qu’on ne peut guère leur envier.
par michel perdrial
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En train d’écrire à l’Echiquier, lorsque mon voisin de table se penche vers moi, s’excusant, pour me demander si je n’ai pas enseigné à l’Université de Caen.
Lui dis que non. Me dit alors qu’il y a quelqu’un là-bas qui me ressemble.
Ce n’est pas la première fois que l’on me trouve ressemblant à quelqu’un de Caen. Aussi à Paris, dans le Quartier Latin, il arrive lorsque je m’y rends que l’on me salue comme quelqu’un de connu dans les parages.
Une fois même, en plein Aubrac, attendant l’aligot en terrasse champêtre, la restauratrice est venue me voir, au nom de sa serveuse timide, pour savoir si oui ou non j’étais professeur de philosophie quelque part dans le centre de la France.
Bien effrayante l’idée qu’il y en ait plusieurs comme moi.
par michel perdrial
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Discussion au bar de la Tonne entre un consommateur et la patronne alors que je lis La Vie et moi de Marcel Lévy, un ouvrage sous-titré Chronique et réflexions d’un raté.
Je suspends la lecture, la patronne disserte sur l’osmose et la symbiose, je n’entends pas tout, me rends compte que j’aurais du mal à expliquer clairement la différence de sens entre ces deux mots, bien que je pressente la symbiose plus forte que l’osmose, si je puis dire ainsi.
De retour à la maison, plongée dans le dictionnaire. C’est bien ça. L’osmose, influence réciproque et la symbiose, étroite union.
Me regarde un peu le nombril pour constater que suis bien plus enclin à la symbiose avec quelques êtres choisis, au féminin s’entend, qu’à l’osmose avec le premier venu, que c’est pour cela qu’au bar de la Tonne ou ailleurs suis toujours fourré dans un livre ou occupé à écrire, évitant de parler avec le voisin sauf si c’est une charmante voisine.
par michel perdrial
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Dimanche 19 novembre 2006
Dans un café qu’il vaut mieux ne pas nommer, cinq mecs clonés, chemise blanche, costume sombre, cheveux brossés vers l’arrière et englués de gel, des gestionnaires de patrimoine; autrement dit: des parasites sociaux.
L’un d’eux s’enquiert auprès du garçon d’un verre de beaujolais nouveau.
Le garçon:
-On n’en a plus, désolé.
Le gestionnaire de patrimoine:
-Ah dommage, il était comment ?
Le garçon:
-Dégueulasse. Enfin, c’était du beaujolais, quoi !
par michel perdrial
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