Jeudi 25 juin 2009

Sera-t-elle à Paris l’an prochain? Impossible de le savoir encore. C’est donc peut-être la dernière fois que j’ai rendez-vous avec elle dans la capitale en fin d’après-midi. Avant cela, un peu avant dix heures ce mercredi, j’arrive boulevard Saint-Michel où il fait déjà chaud pour un tour rapide des libraires alors que d’autres s’intéressent aux soldes de vêtements (mais pas avec le même enthousiasme qu’à Rouen).

J’ai la chance de trouver chez Boulinier pour bien moins que son prix neuf Irrespektiv le catalogue, dû à lui-même, de l’exposition éponyme de Kendell Geers vue à Lyon en décembre dernier. Suffisamment content, j’en reste là, allant m’installer dans l’un des fauteuils du jardin du Luxembourg. J’y lis N’entre pas si vite dans cette nuit noire d’António Lobo Antunes dans l’édition de poche parue chez Points Seuil. C’est un vrai plaisir, comme tous les livres de cet auteur. Il écrit d’ailleurs toujours le même. Ainsi font les écrivain(e)s les plus intéressant(e)s.

Cet ouvrage coûte dix euros en librairie, un prix conséquent, témoin de l’augmentation que subit le poche depuis quelque temps. J’ai payé mon exemplaire vingt centimes, un prix dérisoire, témoin de la baisse que subit l’occasion dans les vide-greniers.

Je pique-nique puis reprend ma lecture tandis que derrière mon dos s’accordent des musicien(ne)s. Il est près de midi et demi. C’est l’heure du concert donné dans le kiosque. Les deux bus des musicien(ne)s sont garés dans le jardin, immatriculés en Autriche. Ce sont des Tyrolien(ne)s qui jouent de la musique américaine, des marches déjà entendues ici autrefois, jouées par d’autres venu(e)s d’ailleurs.

J’écoute un peu puis, après un café au Malongo, passe la Seine pour me rendre rue Debelleyme, croisant en chemin un Vélib’ repeint en gris pâle parsemé de gros points rouges. Il est accroché au milieu des autres dans l’un des multiples lieux de parcage, attendant le client ou la cliente, plutôt rare si j’en juge par la quantité de vélos immobilisés. Pédaler dans la chaleur n’excite pas foule.

J’entre chez Thaddaeus-Robac où l’on se soucie autant de moi que si j’étais l’homme invisible. Je viens voir Jack Freak Pictures, une exposition d’œuvres récentes de Gilbert et George. Elle se compose de photos mosaïques inspirées par le drapeau britannique. Jeux de miroir et de kaléidoscope occupent les deux salles de la galerie, du Gilbert et George de bonne facture décliné en dix-sept images aux couleurs vives. La seconde salle regroupe les très grands formats. Sur quelques photos, les deux compères apparaissent en pied grandeur nature. Ils ont sacrément vieilli depuis la dernière fois que l’on s’est vu, eux et moi.

Par michel perdrial - Publié dans : Expositions
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Mardi 23 juin 2009

C’est le solstice d’été, l’assurance d’un dimanche rouennais non mortel grâce à la Fête de la Musique, mais avant cela au matin, après très peu de sommeil, je pars avec elle pour Les Authieux-sur-le-Port-Saint-Ouen où se tient un vide-grenier autour d’un château (ou manoir) plus ou moins abandonné. C’est un mauvais choix, rien qui nous intéresse et les déballages ne sont pas encore tous installés du côté du terrain de foute. Sans attendre, nous rejoignons par une route incertaine Le Petit-Couronne où cela se passe mieux, une paire de chaussures d’été pour elle, N’entre pas si vite dans cette nuit noire d’António Lobo Antunes pour moi et un livre sur la peinture moderne pour nous deux.

Nous rentrons avec l’intention de le regarder ensemble dans le jardin mais le temps passant trop vite nous en empêche et le soir je me retrouve seul pour la Fête de la Musique à Rouen, tandis qu’elle en est privée à Paris.

Après avoir ouï sans m’arrêter la vielle à roue de Galaor, rue Saint-Romain, je m’attarde, rue des Arsins, pour écouter un peu le rock honnête de Hors Zone, puis passe par la place des Carmes où, pour le bar des Fleurs, une chorale tente de se faire entendre et j’arrive place de l’Hôtel de Ville au O’Kallaghan.

La bière y coule à flots tandis que sur la plateforme d’un camion un groupe dont j’ignore le nom joue un honnête rock. M’approchant, je constate que la terrasse est cernée de barrières marquées chantier interdit au public. Je ne sais ce qu’ont pu faire les client(e)s de ce bar pour être ainsi enfermé(e)s. Je traverse la rue à la recherche de la liberté. Devant la Mairie, la Fnaque présente un groupe de reggae à la française inconnu de moi dont le chanteur ne cesse de dire qu’il est engagé. Il demande la légalisation de la ganja et ne baissera pas les bras face au fucking président, tout cela sous la protection des vigiles d’Universal Security.

Je prends la fuite, croisant une meute de branlotins et branlotines. Cheminant derrière le mâle dominant, chacun(e) se soûle avec application. Ce ne sont pas les seul(e)s. Un peu plus loin, un jeune garçon croise quelqu’un qu’il connaît :

-Oh, maman, regarde, c’est le surveillant de mon collège.

-Ah bah, bravo, tu pourras lui dire demain que tu l’as vu bourré dans la rue.

Rue Eau-de-Robec, je m’arrête longuement pour entendre une excitée à chaussures blanches, plantée sur un pont où elle gratte sa guitare. Elle interprète, crie, chante, grimace des chansons déjantées, accompagnée au clavier par une à l’air sage, à la basse par un aux cheveux touffus et à la batterie par le père d’un des trois (je suppose). La foule apprécie, les peutes et peutesses, les voisins et voisines, les passants et passantes (parmi lesquels je reconnais le directeur du Trianon Transatlantique). L’extravertie semble se nommer Olivia. Elle va jusqu’au bout de son répertoire et donne rendez-vous pour l’année prochaine.

Je vais voir un peu plus loin, près du restaurant L’Eau Vive, un groupe d’un tout autre genre : les Flying Ducks. Ces quinquagénaires jouent et chantent du folk américain. L’un d’eux ressemble vraiment à Hugues Auffray. Leur public a leur âge et c’est regrettable. Je rebrousse chemin et, place du Lieutenant-Aubert, je trouve celui qui me plaît le plus.

Coincé entre ceux qui sautent sur place agglutinés contre un mur de son et un jeune imbibé qui hurle dans un micro à l’ancienne go Johnny go, coiffé d’un chapeau melon, s’accompagnant à la guitare, imperturbable et sans se soucier de l’absence d’auditoire, avec la voix et le style de Graeme Allwright dans Qui a tué Davy Moore, il chante ce que j’imagine être des compositions personnelles. Je ne sais qui il est, jamais vu sa tête à Rouen. Je l’écoute un long moment assis sur une borne. Il veut y croire encore une fois, chante-t-il.

Par michel perdrial - Publié dans : Vagabondages
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Mardi 23 juin 2009

Celle qui me rejoint le ouiquennede porte encore autour du poignet le collier coloré de la Lesbian and Gay Pride, ce samedi soir, quand nous nous asseyons sur l’une des marches du théâtre de verdure du Parc des Provinces au Grand-Quevilly. Nous sommes là pour Rokia Traoré et bientôt je sens une main sur mon épaule. C’est celle de ma fille venue avec son copain, après que je l’ai prévenue de ce concert gratuit. Alors qu’entre en scène Si Señor, la première partie, elle sort de son sac une bouteille de rosé, mais non merci plus tard peut-être.

La musique est latino, salsa, cha cha cha, très bien quand c’est en espagnol, mais le chanteur passe au français et ça se gâte, encore des chansons écrites à la truelle. On applaudit et les Si Señor s’en vont. Ma fille et son copain ne sont plus avec nous, partis rejoindre des amis à eux.

Tant pis pour le rosé, voici Rokia Traoré, cheveux courts et corps fluide. Il me semble l’avoir déjà entendue une fois au Hangar Vingt-Trois. C’était avant que je commence ce Journal alors autant dire que ce n’est pas sûr. Elle chante, elle danse, elle joue de la guitare, est venue en voisine puisqu’elle vit à Amiens, mais elle court le monde avec ses musiciens et sa choriste, un soir à Zagreb, le lendemain à Milan, deux jours plus tard à Glastonbury, la liste de ses concerts à venir est un voyage à travers l’Europe. Elle parle aussi entre deux chansons, le discours attendu sur le sort de l’Afrique. C’est un peu dommage. Cependant je suis d’accord avec elle pour attendre avec impatience les premiers touristes africains (pourront même passer dans ma rue sans que je m’exaspère).

A la fin, celle qui se serre contre moi est contente elle aussi de ce concert. Nous attendons que soit tiré le feu d’artifice. Celui-ci ne nous déçoit pas. Il est musical, une sélection de classique archi connu (livrée avec les applaudissements) accompagne les lumières dans le ciel. Ce mauvais goût est nécessaire à la réussite de l’opération.

En rentrant à Rouen, nous rattrapons trois filles sur le pont Corneille. L’une d’elle s’égaye, avec des mots imbibés d’alcool, du collier de fleurs autour du cou, croyant que celle qui m’accompagne revient des îles lointaines et ensoleillées. C’est samedi soir, et même déjà dimanche matin.

Par michel perdrial - Publié dans : Chanson
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Lundi 22 juin 2009

Samedi matin, je me lève tôt et direction Oissel pour le vide-grenier, puis Darnétal pour la même raison, quelques livres, quelques cédés et surtout deux kilos de cerises pour deux euros à partager avec celle qui arrive vite dans l’après-midi avec l’intention d’accompagner la Lesbian and Gay Pride de Rouen.

Sur le lit, malgré mes protestations, elle me dessine une bouche au rouge à paillettes et quand la musique se fait entendre dans la rue de la République, nous filons.

Cinq camions à plateforme munis de puissantes sonos portent des grappes de garçons et de filles. Un joyeux cortège pédestre les accompagne. Tenues ébouriffantes, musiques festives, ballons multicolores, sifflets, confettis sont de la partie. Nous nous insérons dans le défilé. Elle récolte un collier arc-en-ciel et j’hérite d’un tract du Hennepéha. Ils sont partout ceux-là (sans autocollants cette fois, mais avec leurs drapeaux).

Devant l’Hôtel de Ville, une femme à écharpe tricolore attend. Celui qui tient le micro sur le premier camion exulte :

-Voici Valérie Fourneyron, maire de Rouen. Applaudissez-la.

Manifestement, ce garçon n’est pas d’ici. La femme à écharpe tricolore m’aperçoit, me fait un signe de la main, en souriant de l’air de celle qui sait que je vais raconter tout ça.

-Je donne la parole à madame Fourneyron.

-Je ne suis pas Valérie Fourneyron, apprend-elle au gaffeur qui ne sait plus où se mettre.

Il lui donne le micro et va se cacher.

-Je m’appelle Hélène Klein, je suis maire adjoint chargée des problèmes de discrimination.

Hélène Klein rappelle que deux mille neuf marque les quarante ans de luttes des homosexuels, lesbiennes, transsexuels et bisexuels pour la reconnaissance de leurs droits et que si un bon bout de chemin est fait, il en reste à parcourir. Elle termine en dénonçant l’homophobie et la lesbofolie.

-Elle a bien dit la lesbofolie ? me demande celle qui me tient la main.

-Oui, c’est ce que j’ai entendu aussi.

L’adjointe au maire passe au camion suivant et refait son discours. Quand elle a fini, on repart par la rue du Canuet, et on tourne à gauche pour descendre la rue Jeanne-d’Arc. L’homme au micro enjoint aux participant(e)s de s’asseoir pour un minute de silence en mémoire des morts du Sida et des agressions homophobes. J’ai horreur d’obéir à ce genre d’injonction mais je fais en sorte de ne pas me faire remarquer, je m’accroupis avec tou(te)s les assis(e)s.

Le cortège prend ensuite la rue du Général-Leclerc, bifurque pour passer par la rue Saint-Etienne-des-Tonneliers où se trouvent la plupart des bars arc-en-ciel de la ville. Il s’arrête sur le parvis de la Cathédrale.

Une des sonos diffuse Vous les copains, je ne vous oublierai jamais. Ce chef-d’œuvre de Sheila me rappelle mon année de sixième, et doua di di doua di dam di di dou. Elle chante avec moi cette immortelle rengaine tout en contemplant les dizaines de jolies filles présentes. Il en est une pas loin qui lui plaît bien.

-Va lui demander son Zéro Six, lui dis-je.

-Je peux pas, me répond-elle, je suis trop timide.

Par michel perdrial - Publié dans : Politique française
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Dimanche 21 juin 2009

Vendredi après-midi, je vais à l’Opéra de Rouen rendre mon billet. Plutôt que d’entendre Elisabete Matos chanter les airs célèbres de Puccini et de Verdi, je préfère aller au Grand-Quevilly pour un concert en plein air au Parc des Provinces.

J’entre par la porte principale. Une gorgone au sein tatoué me fonce dessus. Me dit agressivement que c’est pas par là, que là c’est pour les abonnements. Je le sais bien mais tous les employés sont de ce côté. Je ressors. J’entre par la porte annexe, côté rue Jeanne-d’Arc, dans l’aquarium surchauffé récemment créé pour recevoir le public, où il n’y a personne aujourd’hui. Deux employés font le même chemin par l’intérieur pour me rejoindre. L’un d’eux m’explique une nouvelle fois que l’autre entrée c’est pour les futur abonné(e)s. Je sais, lui dis-je, mais on peut me dire ça autrement, on est de moins en moins aimable à l’Opéra de Rouen Je rends mon billet à l’autre, lui disant que c’est avec plaisir que je serai ailleurs ce soir.

Passant devant la Fnaque, j’aperçois une longue file d’attente composée essentiellement de filles qui serpente à l’intérieur puis à l’extérieur. Elle traverse la rue de la Poterne et se termine devant la vitrine de l’opticien Lempereur. Pour qui ce succès ? Un livre dans les bras d’une des présentes me l’apprend : Guillaume Musso. Il est assis à une table, il signe ses livres.

Le soir venu, je prends la Sud Trois et me gare dans la contre-allée de l’avenue des Provinces au Grand-Quevilly. Dans le parc voisin, c’est le festival de printemps. La Grande Sophie est au programme ce soir. Je m’assois sur l’une des marches du théâtre de verdure au moment où Your Happy End, un duo havrais, commence la première partie. Cela s’écoute sans grande attention. Je me laisse distraire par celles et ceux qui m’entourent, par l’architecture de cette ville que j’apprécie, par les canards qui nagent sur l’étang.

La Grande Sophie entre en scène, robe noire toute simple sur collants noirs. Je connais peu. Je sais juste que ça ne fait pas mal à la tête. C’est parfait, j’ai besoin d’une respiration.

Je me lève et vais vers la scène pour la voir et l’entendre de plus près. Elle enchaîne ses gentilles chansonnettes, bien soutenue par ses musiciens, s’écarte de son répertoire le temps d’un hommage à Barbara, Dis, quand reviendras-tu ? une chanson qui me fait songer à celle qui me tenait autrefois la main, aujourd’hui mère de deux enfants. Elle me l’a chantée plus d’une fois et ne m’écrit presque plus.

Je l’aime bien, cette Grande Sophie, mais quelles niaiseries elle chante ! Je ne sais qui écrit ses paroles, elle sans doute. Elle doit trouver son inspiration dans les livres d’Anna Gavalda.

Par michel perdrial - Publié dans : Chanson
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Samedi 20 juin 2009

Sorti des Docks Soixante-Seize, jeudi après-midi, je rejoins le centre de Rouen pour, à dix-sept heures, être de celles et ceux venus soutenir les résidents du foyer Aftam du Grand-Quevilly.

Travailleurs immigrés logés dans des conditions indignes, hommes d’un certain âge ou d’un âge certain, la plupart originaires d’Afrique Noire, quelques-uns du Maghreb, ils sont là pour raconter comment ils vivent ou plutôt survivent à deux dans un espace réduit sans aération de huit à dix mètres carrés comprenant une plaque chauffante, les deux lits, un sanitaire et une douche. Ils se plaignent des loyers élevés (trois cent trente euros par mois par lit), des déménagements en catastrophe et sous la menace, des emménagements dans des chambres avant la fin des travaux, des humiliations de la part du gérant et d’une absence de dialogue et de concertation avec la direction. Deux d’entre eux portent une banderole « Nous demandons le respect de nos droits fondamentaux et de notre dignité ».

Une voiture de police par le rassemblement alertée se gare à proximité. Les policiers n’en sortent que lorsque le journaliste de la télévision régionale commence à filmer. Ils vont le voir pour lui demander je ne sais quoi, puis retournent s’asseoir dans leur véhicule.

Si j’ai bien compris, les salles collectives de ce foyer ont été supprimées pour construire de petites chambres individuelles supplémentaires à quatre cent quarante euros par mois, ce pourquoi les résidents demandent aussi que soient installés dans un bâtiment voisin un réfectoire, une cafétéria, une salle de télévision et une cuisine. Ils souhaitent aussi des espaces adaptés aux enfants et aux familles, des placards de rangement, un point phone pour recevoir des appels, des douches et des sanitaires collectifs.

Quelqu’un à la préfecture doit recevoir une délégation, six résidents et six soutiens, mais au moment d’entrer il n’est plus question que de trois et trois d’où discussion avec la police. Une policière est de la partie et une nouvelle fois je constate qu’il y a vraiment de jolies filles chez les fliquettes, toujours des blondes bizarrement.

Parmi les soutiens, il n’y a que des gens d’extrême gauche dont pas mal de Hennepéha avec des autocollants partout sur leurs vêtements. Des gauchistes que j’ai du mal à supporter bien longtemps. L’une est en train de dire du mal de Simone de Beauvoir, laquelle, tout en étant l’auteur du manifeste féministe Le deuxième sexe, écrivait aussi à son amant Nelson Algren des choses comme : je veux que tu sois mon mari, je veux être ta petite femme soumise. Elle trouve ça scandaleux. Ces gauchistes me fatiguent avec leurs idées simplistes. Je pars sans savoir combien seront reçus à la Préfecture et pour quel résultat.

Par michel perdrial - Publié dans : Politique française
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Vendredi 19 juin 2009

Jeudi vers quinze heures, je quitte mon logis afin d’aller voir à quoi ça ressemble l’intérieur des Docks Soixante-Seize, ce bien beau centre commercial excentré voulu par Albert (tiny), ancien maire de droite, et inauguré par Fourneyron (Valérie), maire de gauche (paraît-il).

J’ai vu des images à la télévision de cette cérémonie : Madame le Maire descendant un escalier mécanique en compagnie de son mauvais génie, Laurent le Fabuleux. Au pied de l’escalier, des musicien(ne)s de l’Opéra de Rouen donnaient l’aubade, dirigé(e)s par Oswald Sallaberger. La culture prostituée par le commerce et la politique, c’est une vieille histoire.

Je vais à pied, passant par le quai au long duquel les branlotin(e)s découvrent la sexualité. Mon attention, tout à coup, est détournée de ce spectacle par une fumée noire qui monte dans le ciel du côté où je vais. Il ne faudrait pas quand même que les Docks brûlent le jour où je me décide à aller y voir.

Plus j’avance et plus le panache de fumée noire s’épaissit. Je vois maintenant que les Docks sont indemnes. Cela vient de derrière, et là je suis vraiment inquiet, car s’y trouve le Hangar Vingt-Trois. Passé le pont Flaubert, je découvre ce qu’il en est. L’usine Roubois, proche de la salle de spectacle et plus ou moins désaffectée, brûle. La fumée noire monte haut dans le ciel, passe par-dessus les Docks Soixante-Seize et retombe sur la ville. Des pompiers s’occupent à éteindre l’incendie.

J’entre dans le centre commercial. C’est tranquille. Peu de monde dans les immenses allées. Des boutiques sur les côtés, quasi désertes, dans lesquelles je ne mets pas le pied. Je grimpe au premier, c’est la même chose, puis au deuxième, c’est le cinéma Pathé, sous les toits (il y fait trop chaud, m’a-t-on dit). Je redescends, regarde d’un peu plus près la faible clientèle dans les magasins. Je sors mon carnet pour noter : chez Orange personne, chez Subway personne, chez Jeff de Bruges personne, chez Petit Bateau personne, chez Mango trois, chez Esprit ça ne va pas fort non plus. Les cases vides sont obturées par un optimiste « Bientôt ici une nouvelle boutique ». Un vigile me regarde bizarrement. Quelqu’un qui écrit, c’est toujours suspect. Je range mon carnet et quitte les Docks Soixante-Seize.

Bon, ça tiendra bien jusqu’à Noël.

Par michel perdrial - Publié dans : Commerce
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Vendredi 19 juin 2009

Parrainés au Conseil Régional le samedi, convoqués au Tribunal Administratif le jeudi, telle est la vie de Khazal, lycéenne à Flaubert (Rouen) et de Chaliko, lycéen à Ferdinand Buisson (Elbeuf). Leur mère est là, convoquée elle aussi, et leur père mais lui vient d’obtenir des papiers provisoires au titre de réfugié politique.

Kahzal a pour parrain Alain Le Vern, président du Conseil Régional de Haute-Normandie qui n’est pas là, mais la marraine de Chaliko est présente, c’est Christine Fillatre, radicale socialiste, adjointe au maire de Louviers. Nous sommes aussi plusieurs du Réseau Education Sans Frontières et une professeure du lycée Flaubert nous a rejoints.

La convocation est pour onze heures mais cela commence comme souvent par une longue attente. Le Tribunal se présente un peu avant midi d’une façon si discrète que personne ne se lève.

-Asseyez-vous, ironise la Présidente, qui rappelle qu’on se lève ordinairement dans une telle circonstance.

Nous nous levons. Elle nous dit de nous asseoir.

La situation des enfants et de leur mère est résumée par l’une des juges puis maître Gosselin, la jeune avocate de la famille, prend la parole. Elle n’insiste que sur les points principaux du dossier (la procédure étant écrite) et signale la présence dans la salle de la marraine de Chaliko et de la professeure de Khazal. L’une des juges demande des précisions sur la caution qu’apporte cette professeure du lycée Flaubert à la jeune fille. Elle s’est en effet engagée financièrement pour elle et un de ses bulletins de salaire figure au dossier.

La parole est ensuite à madame le Rapporteur Public (qu’on appelait encore il y a peu madame le Commissaire du Gouvernement). Assez confuse, ne sachant pas bien qui de Chaliko ou Khazal est la fille ou le garçon, elle réfute le droit pour ces deux lycéens d’obtenir des papiers au titre d’étudiants, au prétexte que leurs parents sans papiers (et donc sans travail officiel) n’ont pas les revenus nécessaires pour leur payer des études. La loi est ainsi faite, qui a des barèmes pour toutes les activités humaines. Comment font Khazal et Chaliko pour mener actuellement leurs études ? Madame le Rapporteur Public ne se pose pas la question.

A la sortie, Khazal, habituellement si souriante, semble inquiète. Nous la rassurons. Elle et son frère et donc leur mère ont de bons atouts dans leur dossier et parrain et marraine veillent sur eux. Le jugement sera rendu dans deux ou trois semaines et s’il le faut, l’avocate fera appel.

Par michel perdrial - Publié dans : Politique française
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Jeudi 18 juin 2009

La classe d’art dramatique d’orientation professionnelle du Conservatoire à Rayonnement Régional de Rouen présente à la Chapelle Saint-Louis ses travaux de fin d’année, c’est par cette formulation en langue bétonnée que le public est invité à aller y voir. La réservation est indispensable, il y a très peu de place dans ce théâtre. J’en suis, m’étant mieux débrouillé que l’an dernier, assis parmi les parents et grands-parents des comédien(ne)s, les copains et les copines, quelques professionnel(le)s de la profession, et sans doute y a-t-il aussi d’autres vrais spectateurs et spectatrices.

Maurice Attias, professeur, parle un peu des auteurs joués ce soir, uniquement des contemporains : Sarah Kane, Jon Fosse, Martin Crimp et Marius von Mayenburg, dont les scènes sont rassemblées sous le titre Intimité(s). Le plan d’un appartement Effe Un est tracé sur le plateau.

Cela commence par des extraits de 4.48 Psychose et de Manque de Sarah Kane et s’achève par Anéantis de la même. Sarah Kane s’est pendue avec ses lacets dans les toilettes d’un hôpital à l’âge de vingt-huit ans. Sa mort est à l’image de son théâtre. Ne la connaissant jusqu’alors que de nom et réputation, je la découvre ce soir avec l’envie d’en voir plus un jour.

Suivant et précédant les extraits de l’œuvre de Sarah Kane, sont présentés des extraits d’Et la nuit chante et d’Hiver de Jon Fosse, des histoires de couples qui vont bien mal. Là aussi, j’ai envie d’en connaître davantage.

La première partie s’achève sur un extrait de la pièce Le traitement de Martin Crimp et la seconde débute par un extrait de la pièce Le moche de Marius von Mayenburg, deux scènes au comique grinçant.

Les treize apprenti(e)s du Conservatoire se donnent à fond et avec talent pendant ces deux heures vingt-cinq de théâtre. La soirée vaut bien mieux que cette appellation trop modeste de présentation de travaux de fin d’année.

J’applaudis bien fort avec tout le monde. Sur scène, les élèves saluent sagement. L’une est encore chez Sarah Kane, le regard absent, dans ses bras un bébé mort et ensanglanté.

Par michel perdrial - Publié dans : Théâtre
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Mercredi 17 juin 2009

Musique de chambre lundi soir, ce devait être à la Halle aux Toiles, salle mal foutue mais adaptée à un petit effectif de musicien(ne)s. Pour une raison inconnue, c’est à l’Opéra où j’hérite d’une très mauvaise place à l’orchestre : Hemme Quarante-Cinq.

            Je demande à la placeuse si c’est complet.

            -Pas du tout, me répond-elle d’un air pincé.

            -Alors pourquoi donc suis-je à une place aussi déplaisante ?

            -J’en sais rien, je fais pas partie de la billetterie, moua, m’envoie paître cette mijaurée.

            Je me souviens de l’époque pas si lointaine où les placeuses de l’Opéra de Rouen étaient sympathiques. Depuis quelque temps, on y trouve surtout des petites bourges prétentieuses, aimables avec le client bien mis, méprisantes avec les autres. Les garçons placeurs ne sont pas de ce genre, quelques filles travaillant dans les étages non plus, mais ce soir cela se passe en bas où s’épanouissent les pimbêches, dont le sujet favori de conversation est la fripe : Ouah, elle est trop bien ta robe, tu l’as eue où ?

            De ma très mauvaise place, au bout du jardin, j’ai une vue imprenable sur la salle où de nombreux sièges restent inoccupés. En revanche, pour voir la scène, c’est tête à gauche toute, avec risque de torticolis. Quand les portes se ferment, je renonce à me déplacer.

Ce soir, c’est musique pour instruments à vent avec en ouverture celle de La Flûte enchantée arrangée pour octuor à vent par Joseph Heidenreich. Arrangée est le mot, c’est un moment un peu pénible.

La suite est due à Franz Krommer, musicien fort connu de son vivant, ignoré ensuite. Sa Partita pour octuor à vent en fa majeur est un bon exemple d’art pompier qu’il n’était peut-être pas nécessaire de sortir des oubliettes.

Cela s’arrange un peu avec Miladi (Jeunesse) pour sextuor à vent de Leos Janacek et tout à fait avec la Petite symphonie pour flûte, deux hautbois, deux clarinettes, deux cors et deux bassons de Charles Gounod, dont un mouvement est repris en rappel après les applaudissements.

-Heureusement qu’il y avait Gounod, dit une dame en sortant, ce qui est tout à fait mon avis.

Une bonne averse est tombée pendant le concert. Rouen a les pavés tout mouillés. Je rentre rapidement pour éviter de me faire tremper par la suivante. Derrière la Cathédrale, un arc-en-ciel disparaît lentement.

Par michel perdrial - Publié dans : Opéra et Classique
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