Samedi 5 juillet 2008

            Je rejoins le quai rive droite ce vendredi vers quatorze heures trente où l’Armada des  voiliers se constitue peu à peu, doublée d’une armée de bateaux promène-touristes venus d’un peu partout, de Bretagne notamment. L’un d’eux nommé Le Rhône se vante en lettres capitales sur sa coque. Il « respecte le facteur quatre de Kyoto ». Les vendeurs et vendeuses officiel(le)s du programme officiel publié par Paris Normandie m’assaillent et me saoulent. Je demande à l’une d’elle combien elle gagne : quatre-vingt-quatre centimes sur les sept euros de chaque exemplaire vendu. Le soleil brille et sur ces quais à cette heure, on crève de chaud.

            Je décide d’aller boire en café en retrait, croisant une bande de militaires à casquette qui farnientent sur les pelouses près de la fac de droit, buvant une boisson aromatisée américaine. Sur la place des ouvriers installent le matériel nécessaire à la messe en plein air de dimanche, la croix est en creux et les chaises en plastique, une sono puissante est accrochée à deux mâts. Je trouve refuge au Café de la Place dont je suis le seul client, un café à l’ancienne, banquettes, miroirs, grande pâle moulinant l’air au-dessus de ma tête. Je peux me croire dans un bateau en partance vers une destination inconnue. L’homme âgé qui tient ce café lit les journaux publicitaires, accoudé à son bar.

            Quand je quitte le navire, le soleil est voilé et un peu d’air frais bienvenu rend les quais de nouveau attirants. L’Orchestre du Grand Turc fait sa balance. C’est devant cette scène que j’ai rendez-vous avec elle à cinq heures.

            Sur la Seine, les vedettes de Bréhat promènent des cheveux gris. Tout le monde attend les nouveaux voiliers annoncés pour seize heures et qui n’arrivent pas. Une grosse dame à casquette Armada, assise sur une bitte, téléphone à son gros mari, assis sur une autre bitte à vingt mètres d’elle :

            -J’sais pas c’qu’y foutent, y z’avaient dit quatre heures et y sont toujours pas là. Et pis les autres derrière avec leur musique, y m’cassent les oreilles.

            Une jolie fille dessine les grues de l’autre rive et la nouvelle rumeur dit que si le pont levant reste levé c’est qu’on ne peut plus le redescendre.

            Arrivent alors les voiliers du jour, seuls si pas très grands et remorqués si de taille imposante. L’un d’eux est poussé contre le quai entre deux autres bateaux par une sorte de barge fumante. L’Orchestre du Grand Truc attaque et je la vois là-bas qui me cherche et je la retrouve et ensemble on écoute le Grand Truc qui égrène ses chansons zazous dont un certain nombre signées Boris Vian, quelques-unes de Nino Ferrer et d’autres aussi, et même une Samba de l’Armada en final, pas terrible celle-là, pendant que le Mir, bateau russe, fait demi-tour sur la Seine.

            Sitôt terminées les chansons, je lui propose de gagner la rive gauche pour voir de près les bateaux italien et russe et ensuite on continue le chemin, on finit par arriver au niveau de la Grande Roue et aujourd’hui même pas besoin de ticket gratuit à aller mendier au stand du département pour y grimper, aussi nous prenons place dans une nacelle et de là-haut, dominant Rouen et son Armada, nous  assistons au demi-tour du navire polonais qui vient de passer sous le pont levant levé.

par michel perdrial publié dans : Armada
commentaires (0)    recommander
Vendredi 4 juillet 2008

            Ce jeudi trois juillet deux mille huit, c’est jour d‘arrivée des premiers voiliers de l’Armada de Rouen et en ce début d’après-midi, je sors de chez moi pour rejoindre le quai de la rive droite.

            Rue Saint-Romain, un panneau racole le passant « Exposition préliminaire à l’Armada » « Une religion chrétienne et la mer ». Ce sont les Mormons qui ne manquent pas une occasion. J’apprends ainsi qu’il existe plusieurs religions chrétiennes. Je ne sais laquelle organise la messe télévisée de l’Armada le six juillet (le sabre et le goupillon ont une amie fidèle : la télévision).

            En bas de la rue Jeanne-d’Arc, des alpinistes installent sur la façade de l’Opéra un immense panneau annonçant le programme de la saison lyrique prochaine.

            Je descends sur le quai où je suis loin d’être seul et considère le pont levant levé. Cela fonctionne donc et chacun(e) a le regard rivé sur la grande porte. Je trouve une petite table bien placée en terrasse du Marégraphe et, à peine mon café commandé, un coup de canon annonce l’arrivée du premier voilier noir et ocre. Une table de filles interpelle une autre table de filles :

            -Hey, les filles, v’là les marins !

            Une femme quitte précipitamment sa table se ruant sur le quai en oubliant sac et parapluie. Le sympathique patron du Marégraphe l’appelle pour les lui rendre.

            -C’est la panique de l’Armada, commente-t-il sobrement.

            A la table voisine de la mienne, un retraité de la marine, chemise blanche et panama de même couleur, petit cigare en bouche, ajuste ses jumelles et surveille l’opération d’accostage, au loin, près du nouveau pont.

            Se présente alors un remorqueur crachant sept puissants jets d’eau. C’est que derrière, c’est du sérieux : l’Amerigo Vespucci, l’imposant bateau école de la marine italienne. Il entre dans Rouen, précédé du cracheur Caporal Chef Henri Jean et convoyé par deux autres remorqueurs le Bon Secours Cinq et le Capitaine Albert Raoul, applaudissements sur les quais, une sono diffuse un petit air de musique militaire. La police portuaire veille. La gendarmerie flotte un peu plus loin. Les deux remorqueurs font pivoter l’immense voilier devant le pont Guillaume-le-Conquérant et c’est l’accostage rive gauche, cependant que sous le pont passe le troisième voilier du jour, blanc et noir.

            Les remorqueurs repartent à grands coups de canons à eau, l’un d’eux fait la toupie sur la Seine, tandis qu’arrive un drakkar à moteur. Je quitte le Marégraphe et me rends rive gauche pour voir l’Amerigo Vespucci et ses militaires de plus près, lesquels ont l’air bien inoffensifs. Comme l’écrivait Boris Vian : Tous amiraux dans la marine, finies les batailles navales.         

            Sur la plateforme d’accostage, Patrick Herr, l’organisateur de la fête, vit son heure de gloire, téléphone rivé à l’oreille, et bientôt grimpe à bord suivi d’une élue grise à écharpe tricolore, d’une miss à bouquet et de journalistes de télévision. Les gradés à casquette plastronnent devant les caméras. Les marins de base bossent. L’un hisse le drapeau de l’Unicef. Un autre installe une bouée au pied de la passerelle Une vingtaine d’entre eux grimpent en haut du mât central et se livrent à de mystérieuses activités.

            Il y a foule sur le quai, on photographie, on filme, on commente. Deux filles apprennent à faire coucou aux marins qui pour l’instant ont autre chose à faire. Lassée, l’une d’elle suggère à sa copine d’aller s’asseoir sur une bitte. C’est un bon début.

par michel perdrial publié dans : Armada
commentaires (0)    recommander
Jeudi 3 juillet 2008

            Suite au billet de mon Journal de bord écrit le jour de la mort d’Albert Cossery, je reçois un mail d’Iléna Lescaut, animatrice de Fenêtres francophones. Elle a eu la chance de rencontrer l’écrivain peu de temps avant sa disparition et a réalisé à cette occasion son ultime interviou le vingt-trois avril dernier, dont le texte est visible sur son site

            Elle me signale l’existence d’une émission de la Télévision Suisse Romande, réalisée avant la trachéotomie, disponible dans les archives de ladite télévision.

            On y voit et entend Albert Cossery à l’âge de septante-huit ans, interrogé en Egypte par Pierre-Pascal Rossi pour l’émission Hôtel.

            Je regarde l’homme élégant au sourire ironique, attablé en bordure de la rue grouillante devant un thé à la menthe, et l’écoute exposer quelques éléments de sa philosophie personnelle, l’air de n’être dupe de rien , pas même de certains de ses propos.

            « Je vis à l’hôtel parce que comme ça je n’ai pas les emmerdements que peut procurer un appartement. »

            « Je n’aime pas la campagne. Je ne peux pas critiquer les arbres. J’aime critiquer les êtres humains. »

            « Il n’y a que les imbéciles qui écrivent chaque jour. Parce qu’ils sont contents de ce qu’ils écrivent. Moi, je ne suis jamais content de ce que j’écris. C’est terrible d’être un écrivain et d’être lucide parce qu’on se rend compte que c’est mauvais. »

            « Je peux aimer une fille jeune sans arrière pensée, sans me dire Ah quelle salope, elle m’a fait ceci ou cela. Une fille jeune peut faire tout ce qu’elle veut, je ne lui en voudrai jamais. On ne peut pas en vouloir à quelqu’un de jeune. Une fille qui vous dit des conneries, vous pouvez supporter tout d’elle. »

            « Ma vie c’est moi, je m’en fous du reste. Je suis avec Albert Cossery, je ne m’ennuie jamais. »

            Ainsi parle l’ « écrivain égyptien de langue française », dénonçant « l’imposture universelle » où nous font vivre gouvernants et possédants.

par michel perdrial publié dans : Littérature
commentaires (0)    recommander
Mercredi 2 juillet 2008

            A l’heure où ses camarades du lycée Colbert du Petit-Quevilly ne pensent qu’aux vacances, Fayçal se trouve convoqué devant le Tribunal Administratif de Rouen avec une Obligation de Quitter le Territoire Français aux fesses. Je suis là, avec quelques autres, pour le soutenir, à l’appel du Réseau Education Sans Frontières.

            Beaucoup d’évènements dans ce domaine depuis mon dernier passage au Tribunal : le ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationale s’est réjoui (à Vichy) d’expulser de plus en plus de Sans Papiers (le lendemain sur France Culture le responsable d’une association présente sur l’aéroport expliquait qu’il voyait arriver au Mali moins d’expulsé(e)s que l’an dernier et que la plupart retournaient très vite en France), le Centre de Rétention de Vincennes a été entièrement détruit par le feu suite à la révolte de ses prisonniers consécutive à la mort de l’un d’entre eux, et une assistante sociale n’a rien trouvé de mieux que de dénoncer un immigré en situation irrégulière (comme ils disent) à la gendarmerie.

            Maître Eolas (pseudonyme d’un avocat au barreau de Paris), dans son Journal d’un avocat lisible via Internet, publie l’intégralité de ce procès-verbal de dénonciation. Extrait :

                « Je suis venue vous dénoncer la situation administrative clandestine d’un ressortissant sénégalais qui vit à N...

               Dans le cadre de mon travail j’ai rencontré par hasard, au 7 rue de ..., chez Madame B..., dont les enfants bénéficient d’une mesure éducative, un individu inconnu.

               Je l’ai interrogé sur sa présence en ces lieux et la durée de son séjour chez la famille dans laquelle j’interviens, tout en l’informant qu’il ne pouvait pas rester à cette adresse, Madame B... vivant une situation financière et familiale fragile.

               De peur de représailles, ma protégée ne répondra pas à vos convocations ni même à vos questions.

               Quinze jours après ma découverte, il vit toujours au 7 rue de ..., appartement 11, 3ème étage.

               J’ai appris au hasard des discussions qu’il n’avait pas de titre de séjour et vivait de façon clandestine en France et à la charge de Madame B...

               C’est un sénégalais âgé de 22 ans environ, mesurant 1.80 m, portant des lunettes de vues rondes en métal. Cheveux crépus très courts, toujours bien habillé, parlant un français très châtié.

               Il dort le matin jusqu’à 12 heures au moins, et sort peu de peur d’être contrôlé par la Police.

               Il arriverait d’Italie depuis l’expiration de son titre de séjour là-bas et serait en France depuis un mois environ. »

            Voilà où on en est. A Rouen, c’est le grand effort avant les vacances judiciaires. La salle d’audience du nouveau tribunal est trop petite pour y asseoir l’ensemble des présent(e)s. Maître Madeline est là pour seize dossiers dont celui de Fayçal.

            D’autres avocats plaident pour d’autres convoqués : un vigile battu par sa femme a dû la quitter et se retrouve expulsable, un autre homme est en France depuis trente-six ans mais le commissaire du gouvernement doute de sa présence continuelle, et cætera

            C’est ensuite aux seize dossiers de Maître Madeline. Le Président lui dit espérer que ses observations seront aussi brèves que celles de ses confrères. Elle doit pourtant entrer dans le détail pour certains dossiers. Le plus hallucinant est celui d’un homme qui a une interdiction de quitter le territoire et se trouve ici pour une obligation de quitter le territoire. Interdiction parce que suspect dans l’affaire de la mort de son voisin du dessus et obligation parce qu’étranger en situation irrégulière. On est quelque part entre Ubu et Kafka.

            Il commence à faire chaud. Le Président demande un peu d’air. On ouvre les portes, On règle mieux la climatisation. C’est enfin au tour de Fayçal qui n’est pas là. Venu d’Algérie, il vit avec sa tante qu’il considère comme sa mère selon la coutume de son pays d’origine. Maître Madeline plaide la nécessité pour lui de poursuivre ses études en France. Le commissaire du gouvernement souffle le froid et le chaud. Il rappelle que Fayçal est majeur, célibataire, sans enfant, avec des parents en Algérie, et arrivé en France à seize ans seulement mais il défend également son droit à pouvoir passer son bac professionnel en France et demande en conclusion pour lui l’annulation de l’Obligation de Quitter le Territoire Français. L’affaire est mise en délibéré comme toutes les autres. La décision sera rendue dans quinze jours ou un mois.

par michel perdrial publié dans : Politique française
commentaires (0)    recommander
Mardi 1 juillet 2008

            Fin mai deux mille huit, l’hebdomadaire Le Point publie un entrefilet sur la médiathèque de Rouen mise en chantier par Albert (tiny), autocrate de droite. Il y est question de Laurent Fabius, chef de l’agglo, qui s’écrie : « C’est une honte ! » et ajoute «  On paiera les dédits qu’il faudra, mais cette médiathèque doit être stoppée ».

            Dès la parution, Fabius s’empresse de dire qu’il ne s’est jamais entretenu avec une journaliste du Point et déclare que c’est à Valérie Fourneyron, nouvelle maire, de décider

            Fin juin deux mille huit, Fourneyron (Valérie) écoute son mauvais génie et décide de détruire la médiathèque, offrant ainsi à la droite sarkoziste locale l’occasion de se refaire une santé et désespérant à gauche et au centre pas mal de monde si j’en juge par ce que je lis ici et là.

            Une médiathèque mal placée c’est sûr, mais ce mardi matin avant de me rendre au marché des Emmurées, je décide d’aller faire un tour là-bas et, partant de la Cathédrale à pied, je ne mets que vingt-cinq minutes pour atteindre le chantier bien que je marche beaucoup moins vite qu’un(e) étudiant(e). J’en entends qui disent que c’est une médiathèque faite pour celles et ceux qui ont une voiture, la preuve que non, et pour qui n’aime pas marcher, il y a le vélo et le bus numéro dix qui part du Théâtre des Arts et passe au bas de la rue de la République.

            Deux grues tournent dans le ciel bleu, un semi-remorque décharge des maillages métalliques, les nombreux ouvriers de la maison Léon Grosse sont en plein travail, occupés à construire ce qui sera rasé, si toutefois celle qui écoute son mauvais génie persiste. J’entre dans le parc Grammont, fais le tour du chantier, de là on se fait mieux une idée de ce qu’est l’architecture de ce bâtiment, due à Rudy Ricciotti.

            Une troisième grue tourne dans le ciel bleu, c’est celle du chantier voisin, l’extension de la clinique Mathilde.

            Entre les deux chantiers, un vigile veille. Je m’enquiers de la raison de sa présence. Il est là pour protéger le tournage du Baltringue, un film avec Vincent Lagaf’. Pas de quoi redorer le blason culturel de la capitale de Haute-Normandie, la ville où l’on met une médiathèque par terre.

            Ce projet de destruction a pour conséquence la réouverture de la poussiéreuse bibliothèque Villon et empêche ainsi le Musée des Beaux-Arts de s’étendre pour exposer certaines des œuvres en réserve et surtout pour s’ouvrir davantage à l’art contemporain mais l’art, à Rouen, c’est aussi Fabius qui s’en occupe.

            Son grand projet donne une idée de sa compétence dans ce domaine : une énième exposition des Impressionnistes.

            Je comprends que certain(e)s jeunes artistes aient depuis quelques jours envie de quitter la ville.

par michel perdrial publié dans : Politique rouennaise
commentaires (0)    recommander
Mardi 1 juillet 2008

            Je viens de garer ma voiture dans l’île Lacroix. J’avise une Renault Cinq couleur jaune Poste décorée de peintures baba coule (flowers, love, etc) et d’autocollants des années soixante-dix (nucléaire, non merci). Elle est immatriculée dans le Cantal. Je suis là à me souvenir de la Méhari dans laquelle je roulais à cette époque, elle aussi couverte d’autocollants (antinucléaires et antimilitaristes), quand je suis interpellé par quelqu’une qui me dit bonjour.

            C’est une ancienne élue de la majorité municipale d’Albert (tiny) qui habite l’île. Je la connais pour l’avoir pratiquée dans des Conseils d’Ecole, sympathique au demeurant, se contentant de prendre des notes et de transmettre à qui de droit. Les réponses aux demandes de l’école venaient plus tard, négatives en général, avec comme argument : plus d’argent dans les caisses.

            Je lui explique mon plaisir à voir cette voiture qui m’en rappelle bien d’autres, dont la mienne d’alors.

            -On ne sait pas à qui elle est, me répond-elle. Elle est là depuis un certain temps.

            -A la même place ?

            -Non, elle change de place. Comme la vôtre puisque vous faites aussi partie de ceux qui viennent ici pour y garer leur voiture.

            -Oui c’est vrai, je profite de l’hospitalité de la commune libre de l’île Lacroix.

            -La commune libre, la commune libre, il n’y en a qu’un ici qui parle de commune libre ! s’exclame-t-elle.

            - C’est possible, je ne sais pas, mais j’en suis quand même un citoyen d’honneur.

            Elle hausse les épaules et disparaît dans son immeuble.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
commentaires (0)    recommander
Lundi 30 juin 2008

            On ne peut pas dire que je ne fréquente pas les stades, m’y voici une fois de plus, ce dimanche matin. Elle me tient la main mais pas question de faire du sport. Il s’agit de parcourir les allées du vide-greniers très organisé de Bois-Guillaume.

            Je croise un de mes anciens élèves, mystérieusement assagi. Sa mère, qui s’en félicite, me remercie d’avoir en quelque sorte supporté son fils quand il était pénible (mais heureusement pas que de ça) et, un peu plus loin, c’est l’ancienne directrice, aujourd’hui retraitée, d’une autre école maternelle où j’ai passé un an, jamais revue depuis, que je trouve là.

            -Je sais très bien qui tu es, lui dis-je, mais je ne me souviens plus de ton prénom.

            -C’est le même que le tien, me répond-elle amusée, qu’est-ce tu deviens ?

            Je lui raconte et elle me dit que ça se voit bien que j’ai décroché complètement du monde de l’Education Nationale. Elle non, elle s’occupe toujours de l’Amicale laïque et vend ce jour au bénéfice d’un projet de voyage en Afrique. Je veux bien faire une bonne action si c’est une bonne affaire mais rien de son étalage ne me retient. 

            Les trouvailles intéressantes sont rares ce dimanche. Elle et moi captons cependant de quoi faire des cadeaux à certaines de nos connaissances d’âge divers.

            Une vendeuse propose deux livres de photos de David Hamilton à quarante euros pièce. C’est fou comme la côte de cet amateur de très jeunes filles a monté depuis qu’il est mal considéré. Un peu plus loin, fouillant dans une boîte pleine de cédés, je découvre celui d’une œuvre de Chopin dont la tranche porte le nom de Frédérique Chopin. Je ne savais pas que Chopin avait une femme portant le même prénom que lui, fais-je remarquer au vendeur, qui ne comprend pas la plaisanterie.

            -Il ne connaît que Frédérique Chopine, sa copine de bar, dis-je finement à celle qui m’accompagne. Je ne recule devant aucun jeu de mots laids, comme chantait Boby et J’espère de gants faire à repasser mieux la prochaine foi d’animal intérêt et principal, comme écrivait Boris.

            J’achète enfin un livre qui me plaît Sous le manteau publié chez Flammarion, une sélection de cartes postales érotiques des Années Folles, tirées de la collection d’Alexandre Dupouy. Je fais mien aussi, pour un ou deux titres, le Best of de Buzy.

            C’est bizarre comme la musique populaire des années quatre-vingt vieillit mal, me dis-je de retour seul à la maison, en écoutant Buzy dont l’une des chansons, Shepard, est cosignée par Frank Langolf, à l’enterrement duquel j’étais, dans la cathédrale de Rouen, il y a combien d’années je ne sais plus.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
commentaires (0)    recommander
Lundi 30 juin 2008

            Samedi, en métro jusqu’à l’Hôtel de Ville de Sotteville-lès-Rouen pour le festival des arts de la rue Viva Cité. Cela commence officiellement à quatorze heures mais dès deux heures moins le quart, au moment où j’arrive avec celle qui m’accompagne, le spectacle est déjà là avec, sur les marches de la mairie une sortie de mariage des plus réussies. J’arrive presque à faire croire à un passant qu’il s’agit d’une fausse cérémonie.

            Nous attendons la compagnie Snob/Ulik pour Glisssssssssendo. Ils et elle arrivent silencieusement monté(e)s sur des plateformes électriques cachées par leurs vêtements noirs et conduites avec les pieds. On fait comme les autres, on suit. Cela a un côté assez désagréable de Joueur de flûte de Hamelin, oublié quand on s’installe autour du rectangle jaune tracé sur la place et que virevoltent les étonnants personnages sous la conduite de l’inquiétante femme aux flambeaux. Chacun joue d’un instrument de musique. L’un d’eux chante une mystérieuse chanson. Se succèdent ensuite des morceaux musicaux sur des chorégraphies pas trop compliquées. Très vite cela lasse. Il manque un scénario.

            Nous décidons d’aller voir ailleurs, dans le bois de la Garenne, mais sous les arbres on ne trouve pas notre plaisir. Beaucoup d’acrobaties faciles, de comiques pas drôles, de discours lourdingues, de mises en scène sans subtilité. Que se passe-t-il ? Il y a deux ans, déjà là tous les deux, on y était ravi. Est-ce nous qui avons changé ? Nous sommes pourtant d’excellente humeur aujourd’hui. Est-ce une année creuse ?

            Au milieu du bois, sans se soucier le moins du monde du festival, une équipe de retraités boulistes se prépare à une coutumière pétanque. Je m’approche et leur demande poliment comment s’appelle leur spectacle :

            -On joue aux boules tout simplement, me répondent-ils.

            J’arrête d’embêter les gens. Sous la grande tente, nous commandons une boisson artisanale aux fruits que nous buvons sous un arbre en regardant au loin un acrobate lanceur de diabolo. Il y a foule autour de lui. Son spectacle est pourtant médiocre.

            Après étude du programme, séduits par la photo d’un imposant chapiteau, celui de la compagnie Tuchenn qui y donne Si la musique doit mourir, nous nous rendons rue du Huit Mai. Nouvelle déception, le chapiteau dans la réalité est minuscule et la musique qu’on y entend ne donne pas envie d’attendre la prochaine séance. Allongés dans l’herbe, entre les barres d’immeubles, nous décidons d’en rester là, après un dernier verre à la Bodega.

            La foule attendant le métro en direction de Rouen nous dissuade de l’emprunter. Nous optons pour le bus numéro dix tandis que déambulent d’immenses girafes rouges, un bus presque vide, climatisé et où opèrent deux contrôleurs.

            Il nous fait passer devant la médiathèque de Rouen que veut détruire Fourneyron (Valérie), nouvelle maire.

            -C’est ça qu’elle veut raser ? On voit déjà le travail de l’architecte, constate-t-elle, écœurée autant que moi.

par michel perdrial publié dans : Théâtre
commentaires (0)    recommander
Dimanche 29 juin 2008

            Vendredi soir au Conservatoire, c’est Hommage à Boris Vian avec une Nuit blanche au Tabou. Nuit blanche n’exagérons pas, on se couche tôt dans la maison, les musicien(ne)s et choristes sont jeunes, en provenance pour certain(e)s du collège Fontenelle et du lycée Jeanne d’Arc.

            Je me revois à leur âge, lycéen à Louviers collé devant la vitrine de la librairie Vandevoorde où sont exposés les premiers Boris Vian publiés en poche par Christian Bourgois chez Dix/Dix-Huit, les achetant l’un après l’autre avec l’argent de poche durement gagné chez mon père, l’arboriculteur. Les chansons, c’est plus tard que je les découvre, sûrement dans cette ferme communautaire des Baux-Sainte-Croix, près d’Evreux, mon adresse pendant les deux ans passés à l’Ecole Normale au début des années soixante-dix.

            C’est un peu pour cela que je suis là ce soir.

            La directrice du lieu exubére un petit discours où elle vante la chance d’étudier la musique et le chant en deux mille huit dans son établissement et non comme elle au même âge obligée de subir des heures de solfège « même pas le droit d’être en apnée », et place à la musique avec le premier mouvement de la Symphonie en ut majeur de Georges Bizet.

            Ensuite c’est Boris Vian. Un extrait d’une émission de radio d’époque, consacrée au joueur de trompinette et au Tabou, tombe des enceintes. Elle s’achève par les premières notes de l’hymne de cette cave mythique de la rue Dauphine (combien de fois suis-je passé devant ?), détruite à mon grand scandale, il y a quelques années, sans que personne ne s’en étonne, Ah ! si j’avais un franc cinquante ! Les choristes et instrumentistes du Conservatoire l’attrapent au vol et la mènent à la fortune. La java des bombes atomiques suit, puis une série de chansons écrites pour Henri Salvador, la peu connue Barcelone, la mieux connue Complainte du progrès, un extrait de Juliette Gréco parlant de Boris Vian, un autre de lui-même réglant d’une idée lumineuse le problème de la circulation automobile à Paris et c’est Le déserteur.

            Tout cela dans une ambiance décontractée et rigoureuse à la fois, les chœurs préparés par Pascal Hellot et les arrangements dus à Marc Meyer, chef d’orchestre et accessoirement chanteur, qui connaît bien son Boris Vian et se félicite d’être le premier à célébrer ce soir avec un an d’avance le cinquantenaire de sa mort.

            Est-ce que j’ai passé une bonne soirée ? La question de se pose pas. Elle en est absolument incapable : il y a trop de vent (Boris Vian). 

par michel perdrial publié dans : Conservatoire
commentaires (0)    recommander
Dimanche 29 juin 2008

            C’est à pied que je rejoins à treize heures trente précises la galerie du Frac Haute-Normandie, ce vendredi vingt-sept juin, pour le premier jour de la vente braderie de livres d’art. Je ne suis pas seul à viser le livre soldé. Sous la pluie, à cinq ou six nous attendons. Dès l’ouverture des portes, sommes rejoints par pas mal d’autres. Les livres et catalogues (à gauche les gratuits, à droite les payants) sont disposés en angle droit contre les murs et dans la pointe on se gêne de façon abominable. Les gens de l’art n’ont pas le sens pratique quand ils jouent aux libraires mais Marc Donnadieu, le directeur, est parfait dans son rôle de caissier.

            Je ne sais pas pourquoi autant de personnes veulent me faire concurrence, ce que je sais c’est que ça ne tarde pas à m’ôter l’envie. J’ai néanmoins le temps d’acheter, pour un tiers de son prix, le catalogue (publié aux Editions Somogy) de l’exposition Combas vue avec elle à Louviers il y a quelques mois. Du côté des gratuits, je m’offre le catalogue de l’exposition Christoforou (vu à la galerie Duchoze avec elle autrefois) du Kunstmuseum de Randers.

            Je profite ensuite de ma présence sur les lieux pour visiter l’exposition Damien Cabanes, sculptures en terre cuite, certaines émaillées, entourées de grands dessins épinglés aux murs au rez-de-chaussée, tableaux à l’étage, dans le style expressionniste et avec prédominance de scènes familiales, femme et enfants, avec ou sans canapé, pas trop à mon goût surtout les sculptures. Je trouve là Jean-Pierre Levaray, l’auteur de Putain d’usine, venu pour les livres bradés mais découragé par le grand nombre d’acheteurs et d’acheteuses potentiel(le)s. Il m’a publié autrefois, quand il avait maison d’édition nommée On @ faim, dans sa revue littéraire (Cahier d’)écriture.

            Ensemble, nous évoquons le dur temps de maintenant.

            Sur le chemin du retour, je m’arrête chez le marchand de primeurs près du magasin Fabio Lucci. J’achète des bananes à quatre-vingt dix neuf centimes le kilo.

            -C’est tout ! s’exclame agressivement le patron.

            -Oui, pour les autres fruits, j’attends que les prix baissent.

            -Demain, je serai sur le marché et j’aurai des cerises à deux euros le kilo. Elles seront à moitié pourries mais comme elles seront pas chères, vous serez content.

            -Il y a une deuxième condition à remplir pour que j’achète autre chose, c’est que le commerçant soit aimable.

            Il me rend la monnaie, un peu énervé.

            J’ai bien du mal à me faire des amis chez les boutiquiers.

par michel perdrial publié dans : Commerce
commentaires (0)    recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus