Ce vendredi après-midi, je bénéficie encore une fois de l’histoire de l’aître Saint-Maclou donnée en nourriture intellectuelle, par un guide rodé, à un groupe de retraités touristes dont l’un n’a qu’une question à poser :
-Où est-ce qu’on retrouve le car ?
-Aujourd’hui, ces bâtiments abritent l’Ecole de Beaux-Arts de Rouen, répond le guide.
C’est précisément la raison de ma présence ici. Je viens vernir les vidéos proposées par Sebastián Diaz Morales, né en Patagonie, vivant à Amsterdam. Les salles sont fermées. Il y a du retard, au moins une demi-heure, dit-on. J’en apprends la cause d’une connaissance avec qui je discute de la parution du Journal de Jean-Patrick Manchette. Le vernissage précédent, celui d’Hospitalités, exposition de travaux d’élèves organisée au Céhachu de Rouen, a lui-même pris du retard par la présence d’un mort dans la chapelle (il a fallu attendre la fin des obsèques).
J’ai néanmoins le temps de voir en entier The man with the bag, diffusé sur grand écran format cinémascope dans la deuxième salle, un film où pendant quarante minutes un homme fuit, poursuivi par la peur et les aboiements de chien, traînant son sac d’os, son sac de pierres, dans un paysage désolé et désertique à la ligne d’horizon surlignée de blanc, à la lumière irisée, tombant parfois dans la faille ouverte par le filmage double caméra, sauvé finalement par un conducteur de piqueupe, le croit-on tout du moins, car après une longue traversée de lieux urbanisés, le sauveur le ramène à l’hostile point de départ et la course reprend, une fin sans fin tout à fait à mon goût. Certain(e)s entrent après le début du film et quittent la salle avant la fin. Un peu comme de commencer un roman à la page cinquante et de l’abandonner à la cent douzième. Qu’on n’aille pas au bout si l’on n’est pas intéressé, je comprends, mais qu’on commence n’importe où, sans rien comprendre à la situation présentée, je trouve ça bizarre, un effet du zappage télévisuel sans doute.
Plus le temps de m’attarder devant l’autre film, Oracle, celui de la première salle, présenté sur double écran. Il ne dure que dix minutes mais ce soir je vais au concert et à l’Opéra on n’est jamais en retard. Je préfère profiter du temps qui me reste en buvant un verre de vin rosé, pas mauvais pour une fois, tout en discutant avec l’une et avec un autre.