Samedi 1 décembre 2007

            Vendredi soir, à l’Opéra de Rouen, où j’arrive un peu mouillé pour cause de pluie non anticipée. Le violon est à l’honneur avec un programme d’avant fêtes bâti autour d’Arcangelo Corelli, compositeur romain de l’époque de Stradivarius. C’est avec son Concerto grosso en si bémol majeur, opus six, numéro cinq que débute la soirée sous la direction musicale du violoniste Patrick Cohën-Akenine, les altistes et les violonistes de l’orchestre se tenant debout face à la salle, deux clavecinistes et un joueur de théorbe sont là en renfort.

            Musique dansante, qui fait l’agrément de chacun(e), il en est de même de la suite du programme où figurent quatre musiciens fortement influencés par l’archange du violon : Pietro Locatelli pour le Concerto grosso « Il planto d’Arianna », Francesco Geminiani pour le Concerto grosso d’après « La Follia » de Corelli, Georg Muffat pour Armonico Tributo, sonate numéro cinq en sol majeur et Georg Friedrich Haendel pour le Concerto grosso en mi mineur, opus six numéro trois.

            Personne ne quitte la salle offusqué comme lors d’un récent spectacle de danse et tout le monde applaudit bien fort à la fin du concert. Le chaleureux Patrick Cohën-Akenine ne s’attribue pas tout le succès. Il ne manque pas de saluer tous les musiciens et offre au public en supplément un extrait du Concerto pour la nuit de Noël de Corelli. La boucle est bouclée et c’est vrai, c’est bientôt Noël.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Samedi 24 novembre 2007

            Vendredi soir, je m’approche du parvis de la Cathédrale. Les cabanes sont couvertes de neige synthétique, le sapin illuminé de rouge et les arbres enguirlandés, ça s’appelle marché de Noël. C’est copié des villes du Nord et de l’Est et c’est un bon exemple de l’uniformisation du monde par le petit commerce.

            Demain Albert (tiny), maire, inaugurera ici le championnat rouennais du désir mimétique, si on se faisait tous des cadeaux pour Noël ?

            Pour l’instant, je contourne cette zone sinistrée pour me rendre à l’Opéra qui, période de ce qu’on appelle les fêtes oblige, programme Bach, Rameau et Mozart.

            Kenneth Weiss est l’invité, il dirige l’orchestre tout en jouant du clavecin. La Suite numéro trois en ré majeur de Johann Sebastian Bach pour commencer, suivie du Concerto pour clavecin en ré mineur du même. Je m’ennuie un peu au cours de cette deuxième œuvre, trop de galops de chevaux.

            Après l’entracte, Jean-Philippe Rameau avec des Extraits des suites de danses des Indes Galantes, j’ai du mal encore à m’y intéresser vraiment et pour finir la Symphonie numéro vingt en ré majeur de Wolfgang Amadeus Mozart quand il avait seize ans, comment faire pour ne pas aimer Mozart ?

            Dès la fin du programme, certains spectateurs, proches de la sortie, se précipitent hors de la salle. Je ne pense pas que ce soit par déception. Ils sont juste pressés de récupérer leur manteau, de sortir du parking avant les autres, de retrouver vite fait leur petit chez soi, à se demander pourquoi ils viennent au concert.

            Sur scène, pendant ce temps, c’est le rituel des saluts et des rappels. Saluts et rappels que Kenneth Weiss semble s’attribuer sans en laisser beaucoup aux musiciens de l’orchestre qu’il ne met guère en valeur, notamment ceux qui se sont fait apprécier par un brillant solo, Bertrand Mahieu au violon ou Jean-Christophe Falala (joli nom de musicien) à la flûte traversière par exemple. J’ai l’impression qu’il y a comme une tension entre l’orchestre et son chef claveciniste. Je me trompe peut-être. Quoi qu’il en soit, les musiciens quittent rapidement la scène, sans un dernier salut aux spectateurs, comme il est fait d’ordinaire.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Jeudi 22 novembre 2007

            En soirée, à l’Opéra de Rouen pour y entendre Ludus Modalis, ensemble vocal polyphonique de création récente. Je suis assis à l’orchestre, devant moi un aussi grand que moi qui me gêne. Je surveille les places restées libres et, quand les portes se ferment, j’opère une translation arrière droite qui me place en premier rang de corbeille, à côté d’un jeune homme brun à lunettes qu’il me semble avoir déjà vu quelque part.

            Dix chanteurs et chanteuses sont sur scène, avec le renfort de sept choristes du Conservatoire de Rouen dont certains très jeunes, pour interpréter des œuvres de Roland de Lassus, musicien wallon du seizième siècle  Leur chef, Bruno Boterf, est parmi eux et chante également, tout en dirigeant face au public, une façon, me dit le programme de « faire perdre à l’interprétation tout caractère ostentatoire ». Ce qui est sûr, c’est que c’est très beau.

            Ce soir, Ludus Modalis s’offre une incursion dans le vingt et unième siècle avec deux créations : Sur la lyre à dix cordes de Vincent Bouchot (sur des extraits de psaumes, avec un la medium tenu au synthétiseur) et Au-dessous des étoiles de Thierry Pécou (sur un poème de Paul de Brancion, né en mil neuf cent cinquante et un, une bonne année).

            Cette dernière œuvre interprétée, je vois le jeune homme assis à ma gauche se lever précipitamment et courir vers le plateau. Evidemment, me dis-je, c’est Thierry Pécou, que j’ai déjà vu grimper sur scène en octobre au Conservatoire pour Quelqu’un parle au tango. J’aurais dû le reconnaître mais je ne m’étonne guère de ne pas l’avoir reconnu.

            C’est un de mes travers, impossible pour moi de fixer les traits de quelqu’un(e) avant de l’avoir vu(e) plusieurs fois. Ce qui me vaut régulièrement de saluer dans la rue ou ailleurs des personnes que je sais connaître mais sans savoir qui elles sont ou d’en saluer que je crois connaître alors que je ne les connais pas ou, pis encore, de n’en pas saluer que je connais, ne les ayant même pas reconnues, ce qui doit me valoir au choix une réputation d’impoli, d’hurluberlu ou de petit prétentieux.

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Mercredi 14 novembre 2007

            Rideaux tirés à l’Opéra de Rouen ce mardi soir. Derrière le bar, de lourdes tentures marron isolent cette noble maison de la ville. Je trouve ça dommage. J’aime, avant le spectacle et à l’entracte, considérer de cette hauteur la vie grouillante de l’extérieur, surtout en cette période de foire Saint-Romain, de l’autre côté de la Seine. Un vrai plaisir pour les yeux, dont je suis privé.

            C’est concert ce soir, avec deux virtuoses. Alexandre Tharaud au piano, déjà apprécié l’an dernier à la Halle aux Toiles, partage l’affiche (comme on dit) avec Jean-Guilhen Queyras au violoncelle. Je m’installe au premier balcon. Une nouvelle fois, j’ai la chance d’être côté jardin, d’où sont visibles les touches du piano. Dernière moi est assise une tribu venue de Mont-Saint-Aignan. Je crois reconnaître les parents des jeunes gens rencontrés samedi dernier lors de la manifestation de droite, mais ils sont bien moins distingués que leurs enfants et se laissent même aller à des plaisanteries : « Il y a deux sortes de comique : le comique de répétition et … le comique de répétition. »

            C’est Christophe Queval, dont j’apprécie le goût de l’adjectif, qui signe la présentation des œuvres jouées : la Sonate Arpeggione pour violoncelle et piano et la transcription pour violoncelle et piano de la Sonatine en ré majeur de Franz Schubert, la Sonate numéro un pour violoncelle et piano en ré mineur de Claude Debussy et la Sonate pour violoncelle et piano de Francis Poulenc. Il a pu consulter le dossier médical de chaque compositeur. Tous les trois n’allaient pas très bien : syphilis et accès de dépression pour Schubert, mal implacable et angoisse persistante pour Debussy, dépression récurrente pour Poulenc. De bien bonnes raisons pour chacun de composer de la musique gaie, ce qui est le cas. Je me laisse emmener par le jeu des deux jeunes talents, l’ « aristocratique et sensuel » (c’est le magazine Gramophone qui l’écrit) Alexandre Tharaud et l’énergique et velouté (c’est moi qui l’écris) Jean Guilhen Queyras.

            Gros succès, applaudissements nourris, bravos répétés, le duo offre à chaque rappel un petit supplément au programme, on en est à quatre lorsque le violoncelliste revient sans son instrument, un violoncelle signé Gioffredo Cappa de mil six cent quatre-vingt-seize à lui prêté par la Société Générale.

            A la sortie, une bonne drache m’accueille. Imprudemment, j’ai omis d’emporter un parapluie. C’est donc sur ma tête que les grêlons rebondissent. Ça ne m’empêche pas de penser. Je songe à une émission de France Culture entendue il y a quelques mois, dans laquelle des musiciens parlaient des prestigieux instruments prêtés par des mécènes. Si le mécène juge que le musicien ne mérite plus cet honneur ou qu’un autre le mérite désormais plus que lui, il le lui retire sans tarder. Je me demande comment ce musicien fait pour survivre à une telle humiliation.

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Samedi 10 novembre 2007

            Je suis au premier balcon, deuxième rangée, devant moi s’installent deux couples d’amis d’âge mûr. Dans un éclat de rire, il est question d’un viaduc lié au contournement de Rouen. Il doit passer très près de la propriété d’un de ces couples.

            -On rit mais c’est horriblement désagréable, conclut la dame concernée alors que l’orchestre s’installe.

            Le chef attendu, Dietrich Henschel, n’est pas là, pour quelle raison on ne le saura pas. Oswald Sallaberger, maestro de l’endroit, le remplace au pied levé, comme il est dit par Daniel Bizeray, directeur, et comme il est écrit sur le programme ; à la baguette levée serait plus exact.

            Symphonie numéro cinq en si bémol majeur de Franz Schubert pour commencer, c’est sans surprise et je laisse un peu mon esprit divaguer, tiens la calvitie de ce musicien s’aggrave, celui-ci se laisse pousser une légère barbe et de quel pays peut bien être originaire la nouvelle contrebassiste guère plus grande que son instrument ? Si je lève les yeux, je vois une bonne partie de l’orchestre jouant à l’envers dans le reflet de l’énorme suspension accrochée au-dessus des têtes des spectateurs de premier niveau, c’est bien aussi comme ça.

            Suit Fünf Sätze (Cinq mouvements) d’Anton Webern, œuvre courte et qui en déconcerte certain(e)s. Toux et éternuements ajoutent à l’expressionnisme des cinq mouvements. Réaction involontaire à un malaise ou sabotage délibéré, je ne tranche pas.

            Le gros morceau est pour après l’entracte avec Jane Peters au violon solo, c’est le Concerto pour violon, en ré majeur de Ludwig van Beethoven, une œuvre qui fut bien mal accueillie à sa création et qui continue à susciter la méfiance de certains musicologues, m’apprend la programme. Eh bien, elle me convient tout à fait, c’est un vrai plaisir empli de petites surprises. Jane Peters fait montre d’un tel brio qu’elle éclipse un peu le jeu de l’orchestre et sa direction. Elle fait même oublier aux tousseux d’être malades. Gros succès pour elle qui, en échange des applaudissements, offre en cadeau un petit solo.

            En regagnant mon logis, je passe devant l’entrée des artistes. Les musiciens s’apprêtent à quitter l’Opéra.

            -C’est les vacances pour nous, déclare l’un d’eux. On va aller boire des coups.

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Samedi 27 octobre 2007

            Le piano est de nouveau à l’honneur ce vendredi soir avec, dans le cadre du festival Automne en Normandie, la venue de Boris Berezovsky à l’Opéra de Rouen. Le piano est sur scène, je le vois loin là-bas, perché que je suis au deuxième balcon où j’ai pour siège attribué un strapontin.

            Pour ma chance, de nombreuses places restent inoccupées à l’heure où le noir se fait dans la salle. Je me déplace, occupe un vrai fauteuil, côté jardin, avec vue sur le clavier.

            Deux hommes entrent sur scène : Benoît André, directeur du festival et Daniel Bizeray, directeur de l’Opéra. Ils informent le public du remplacement de la cantatrice Marina Domashenko, malade, par Ekatarina Gubanova. Boris Berezovsky est bien là, lui. Daniel Bizeray profite de l’occasion pour, démonstration à l’appui, inciter les tousseux à agir discrètement.

            Le programme est russe : Modeste Moussorgski, Alexandre Borodine et Sergueï Rachmaninov.

            Boris Berezovsky entre seul en scène et fait honneur à sa réputation de virtuose, puissant quand il le faut, léger à d’autres moments. J’en redemande, mais ce n’est pas prévu. Dans la deuxième partie du concert, il n’est que celui qui accompagne la mezzo-soprano Ekaterina Gubanova, qui est agréable à entendre c’est sûr, mais je rêve d’une soirée uniquement consacrée à Boris.

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Vendredi 26 octobre 2007

            Le programme est éclectique ce jeudi soir à l’Opéra de Rouen. Je suis en haut du premier balcon. Cela commence par Requies, per orchestra da camera de Luciano Berio. Le chef, Gilbert Amy, s’apprête à lancer l’orchestre. Un mouflet gazouillant par deux fois l’en empêche. La troisième est la bonne. Certaines spectatrices devant moi s’agitent. Je perçois ce qu’elles pensent. Elles se disent que l’orchestre n’a pas fini de s’accorder. Au point d’orgue, un téléphone portatif sonne. Décidément la vie n’est pas aussi parfaite qu’elle devrait l’être.

            C’est maintenant Maurice Ravel pour le Concerto pour piano et orchestre, en sol majeur avec au piano l’unanimement reconnu Georges Pludermacher. Quel talent en effet. Je suis idéalement placé pour admirer le jeu de ses doigts courant sur le clavier. Les musiciens de l’orchestre sont à la hauteur. Les applaudissements éclatent en proportion du plaisir reçu. Georges Pludermacher se rassoit et annonce en supplément de programme Ondine du même Ravel. Nouveau tonnerre d’applaudissements. Il revient une troisième fois pour un court morceau qu’il ne nomme pas et que mon inculture musicale m’empêche de connaître.

            Après l’entracte, pendant lequel je contemple la multitude des mélomanes sur fond des lumières colorées de la foire Saint-Romain, c’est la Symphonie numéro un, en ut majeur opus vingt et un de Ludwig van Beethoven.

            Un bien bon concert, me dis-je, rentré chez moi, relisant la présentation par Christophe Queval de chaque œuvre jouée. J’y cherche les formules imagées dont il a le secret : « intense jubilation » « ombres vacillantes » « miroitement harmonique » « lamentation tremblante » « texture fragile » « façon lancinante » « voix fantomatique » « taraudant palimpseste » « obédience lisztienne » « échos maléfiques » « énergie sulfureuse » «  noirceur mortifère » « émotion sereine » « ébouriffantes difficultés » « péroraison échevelée ». Ce n’est qu’un échantillon. Paul Claudel n’a pas été lu par tous, qui écrivait : La crainte de l’adjectif est le commencement du style.

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Mercredi 17 octobre 2007

            Laurence Equilbey est de retour à l’Opéra de Rouen avec ses talentueux chanteurs (vingt) et talentueuses chanteuses (dix-huit). Un choeur dont le nom s’écrit avec une minuscule (est-ce une nouveauté, est-ce depuis toujours, jusqu’à présent j’y mettais une majuscule), je m’aligne sur le livret distribué à l’entrée de la salle pour ce concert Brahms et Wagner et l’écris désormais accentus.

            Je suis au troisième rang du deuxième balcon avec plongée vertigineuse sur la scène. Un peu plus tôt, je suis passé à l’Opéra pour savoir s’il était possible d’échanger cette place contre une meilleure libérée par quelqu’un(e) s’étant déclaré(e) absent(e). Impossible, m’a affirmé l’une des nouvelles hôtesses (l’an dernier, cela l’était).

            Ce qui m’inquiétait, c’est, sur mon billet de deuxième balcon, la mention « la lecture du surtitrage n’est pas garantie ». La nouvelle hôtesse, après s’être renseignée dans le petit bureau derrière, m’a juré craché qu’il n’y avait pas de surtitrage pour ce concert d’accentus.

            Bien assis au troisième rang du deuxième balcon, je constate que le concert est surtitré et que j’ai la chance d’être à une place où l’on peut lire la traduction de l’allemand chanté.

            Avec le chœur accentus dirigé par Laurence Equilbey, la soirée ne peut qu’être parfaite. Elle se déroule en deux temps : avant l’entracte, chœur seul pour Einförmig ist des Liebe Gram (Canon pour voix de femmes) et Deutsche Volkslieder et Weltliche Gesänger (extraits) de Johannes Brahms puis Siegfried Idyll de Richard Wagner dans une transcription de Gérard Pesson ; après l’entracte, chœur et orchestre pour Liebeslieder Walzer (extraits) de Johannes Brahms et orchestre seul pour la version originale de Siegfried Idyll de Richard Wagner.

            Cette deuxième partie est donc entièrement consacrée à l’amour avec les chants de Johannes Brahms et l’œuvre instrumentale de Richard Wagner, cadeau qu’il composa en secret pour l’un des anniversaires de Cosima, de quoi bien déplorer l’absence à mes côtés de celle à qui je téléphone en rentrant et qui me dit avoir écouté le cédé d’accentus trouvé dans un vide-greniers il y a peu, pendant que j’étais au concert.

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Jeudi 11 octobre 2007

            C’est l’Opéra de Rouen qui organise et c’est le Conservatoire qui accueille (on y est mieux qu’à la Halle aux Toiles où avaient lieu l’an dernier les concerts de musique de chambre). C’est une soirée Maurice Ravel et Thierry Pécou.

            Le défunt Maurice Ravel, avec la Sonate pour violon et violoncelle en ut majeur, dont le dernier mouvement s’orne de citations de chansons enfantines qui me rappellent mon ancien métier, et avec le Quatuor à cordes en fa majeur, une œuvre de jeunesse qui ne manque pas de virtuosité avec notamment sa série de pizzicati du deuxième mouvement, encadre le bien vivant Thierry Pécou dont on joue Quelqu’un parle au tango, pour clarinette, basse, violon, violoncelle, piano et percussions, une musique endiablée et paroxystique que je découvre avec plaisir. Le fond de scène est éclairé en rouge et c’est bien la couleur qui convient aux deux compositeurs. Grands applaudissements pour les musiciens. Thierry Pécou vient saluer sans façon. J’aime cette discrétion.

            Auparavant, dans l’après-midi, suis passé par le Pôle Image pour dire bonjour à Barbara Pellerin. Cela m’ennuie de lui avoir fait de la peine avec mon petit point de vue sur ses photos de l’usine Badin de Barentin mais comme je le lui ai dit, qui expose s’expose. On a discuté de cela et, au moment où je partais, elle m’a dit :

            -Je vais vous offrir le catalogue de mon exposition.

            -Je ne pense pas que je le mérite, ai-je objecté.

            -Comme cela, m’a-t-elle répondu, vous pourrez lire la postface d’Emmanuel Hermange et mieux comprendre mon travail.

            Je sais qu’elle a surtout voulu me faire un cadeau.

            En rentrant du concert Ravel Pécou, je me souviens de la présence dans ma discothèque du disque de Daniel Fernández (devenu ensuite Nilda Fernández), ancien professeur d’espagnol dans cette ville où, comme il le chante, Y a une statue verte de la Liberté/ La même qu’à New York/ Mais en papier mâché. C’est une chanson persifleuse intitulée Soixante-seize mille trois cent soixante, autrement dit : Barentin. Elle date de mil neuf cent quatre-vingt-un. Ce matin, je la lui envoie, à Barbara Pellerin, cette chanson.

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Samedi 6 octobre 2007

            Je reprends, ce vendredi soir, le chemin de l’Opéra de Rouen pour la nouvelle saison, dommage que cette année je le fasse seul, l’an dernier j’étais bien accompagné, la voilà maintenant à Paris. C’est le Rigoletto de Verdi que je vais voir et entendre.

            Je suis à l’orchestre et bien content de constater que cette année deux nouveaux écrans de surtitrage sont installés, l’un côté cour et l’autre côté jardin. Ce n’est pas encore parfait mais au moins cela permet d’avoir un œil sur la scène et l’autre sur le texte sans se ruiner les cervicales.

            Derrière moi, un couple s’installe et prend connaissance de la petite brochure rouge distribuée par les placeuses.

            Elle : -J’ai déjà été voir ce qu’il y a sur Rigoletto sur Ouikipédia.

            Lui : -Où ça ?

            Elle : -Ouikipédia sur Internet.

            Lui : -Ah non !

            Le rideau s’ouvre sur une table de banquet sortie d’un film de Peter Greenaway et se referme sur une zone interlope sortie d’un film de Quentin Tarentino, un choix revendiqué par le metteur en scène Guy Joosten et son assistant Carlos Wagner qui vient du monde des beaux-arts et de la danse. Le bouffon Rigoletto (joué et chanté par Victor Torres), victime de la malédiction du vieux comte Monterone, pleure encore Gilda, sa fille poignardée (jouée et chantée par Marina Lodygensky), quand les applaudissements font état d’un grand plaisir du côté du public, je ne suis pas en reste et en ai même mal aux mains.

            Un succès mérité pour tous les participants à cet opéra. Je ne regrette pas ma première soirée dans cette salle vénérable.

            Ah ! comme elle est jolie et charmante Marina Lodygensky, j’adore sa façon de saluer pas encore normalisée par l’habitude du succès, son envie juvénile de partager ses applaudissements avec les musiciens (les pauvres, ils sont dans la fosse) et quel talent oui vraiment.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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