Mardi 18 mars 2008

 

         De nombreux mois que je n’ai pas mis le pied chez un médecin. Aujourd’hui une toux énervante m’amène à consulter comme on dit. Plus confiance en celui bien connu sur la place de Rouen qui ne sachant me soigner fin deux mille six d’une maladie récidivante m’envoya aux urgences du Céhachu où une interne m’accueillit d’un  « C’est n’importe quoi ! » avant de me donner de quoi me guérir.

         Plus confiance donc, d’autant que ce même médecin, à chaque fois que j’y retournais ne semblait plus du tout savoir qui j’étais. 

         J’en essaie un nouveau. C’est une lectrice d’ici qui me l’a conseillé, il y a pas mal de mois.

         Je ne sais pas s’il est connu sur la place de Rouen. Il n’est plus tout jeune. Il accepte de remplir le formulaire qui fait de lui mon nouveau médecin traitant (comme dit la Sécurité Sociale). Me fait raconter ma vie, mes antécédents personnels et familiaux. Je crois entendre l’ancien, il passe par les mêmes étapes comme un commandant de bord avant le décollage (de la vaccination conseillée au toucher rectal un jour ou l’autre avec menace adjacente d’un traitement contre l’hypercholestérolémie). Je cours des risques, semble-t-il. Suis même étonné d’être encore vivant et je me demande si je le serai toujours au bout de la semaine. Je crois que j’ai un problème avec les médecins.

         J’ai maintenant un sirop pour la toux, il a plutôt bon goût.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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Mardi 18 mars 2008

 

         Je renseigne un imprimé de la délégation de Seine-Maritime de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (Adéhèmedé), la seule association dont je sois adhérent (depuis mil neuf cent quatre-vingt-quatorze). Il s’agit entre autres choses de savoir si je suis favorable à ce que « la loi encadre et autorise, sous certaines conditions, le suicide assisté ou l’euthanasie (demandée bien sûr par l’intéressé) dans les cas de « grande » maladie incurable, de « grand » handicap irréversible, de très grand âge lorsque nous jugeons que notre dignité est atteinte. »

         Bien sûr que je suis favorable à tout ça et même à bien plus. Je trouve l’Adéhèmedé un peu frileuse. Elle avance à petits pas pensant faire ainsi plus facilement bouger les choses. Ça ne bouge pas vite, ni beaucoup. Une nouvelle illustration en est le jugement rendu hier n’autorisant pas Chantal Sébire, cette femme souffrant d’une maladie incurable et douloureuse, à arrêter sa vie librement avec l’aide du médecin prêt à l’aider.

         Ce n’est pas la justice qui est en cause, elle ne peut qu’appliquer les lois. Les responsables de ce manque de liberté sont les politiciens pusillanimes (à gauche comme à droite) soumis à l’influence des curés de toutes les religions (la Boutin en est l’exemple extrême) et à celle de la plupart des médecins qui ne supportent pas l’échec de la médecine (de plus, cathos pour beaucoup).

         Le jour où ça tournera mal pour moi, je ferai ce que je veux.

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Dimanche 17 février 2008

            Ce samedi s’achève pour moi l’année du Morbihan et commence celle de la Moselle. C’est avec celle qui me rejoint en fin de semaine que je fête cet anniversaire par un dîner à la Peña, le restaurant chilien et rouennais de la rue des Augustins, un accueil sympathique, une bougie sur la table, une décoration un peu passe-partout, de la musique qu’on peut ne pas entendre, un bon choix de coquetèles, une cuisine goûteuse avec des plats au nom espagnol que je ne peux retenir et un service attentif, de quoi passer une bonne soirée et même de rattraper la Saint-Valentin empêchée par une distance de cent vingt kilomètres entre nous deux le jour vé.

            Nous sortons de là un peu pompettes et rentrons à pied par la large voie réservée à Teor, le bus qui va vite.

            Ce matin au petit déjeuner, plutôt que de lui faire découvrir Yves Simon et sa chanson Sur les bords de la Moselle/ J’avais un amour/ Qui me faisait des quenelles/ Des patates au four, je choisis d’entendre avec elle un Gérard Manset de circonstance, en deux temps. Matrice d’abord : Renvoyez-nous d'où on vient/ Par le même canal le même chemin/ De l'éternelle douleur/ De la vallée des pleurs/ Renvoyez-nous pour notre bien/ On n'en veut pas plus on demande rien/ Que de nager dans le grand liquide/ Comme un têtard aux yeux vides/ Matrice tu m'as fait/ Dans son lit défait/ Matrice tu m'as fait/ Mal... le mal est fait. Puis Toutes choses : Et toutes choses se défont/ Comme le plâtre des plafonds/ Comme le vin du carafon/ Quand il devient couleur de cendre/ Et qu’on voit le niveau descendre/ Et que la plaie reste sans fond.

            C’est mon anniversaire. J’ai besoin d’être triste pour être gai.

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Jeudi 14 février 2008

            « Faites l’amour, pas les magasins », c’est le judicieux conseil que prodigue le groupe Actions Spontanées contre la Publicité à l’occasion de la Saint-Valentin. En vadrouille à Dieppe ce mercredi, je n’ai aucune difficulté à ne pas les faire ces magasins (comme disent ceux et celles qui ne peuvent s’en passer). Ils sont ici vieillots et repoussants et j’ai pour moi la mer, les bateaux, le soleil, un livre à lire, acheté ailleurs (pas de librairie ni de bouquiniste dans ce pays).

            Je suis un peu triste néanmoins car elle n’est pas à mes côtés ce mercredi et tout aussi absente ce jeudi, retenue dans la capitale par ses études, alors pour ce qui est de faire l’amour, il faut attendre ce ouiquennede au cours duquel, outre la Saint-Valentin (en retard), j’ai un évènement tout à fait personnel à fêter, un an de plus.

            Maladie d’amour, maladie de la jeunesse, chante Henri Salvador qui vient de mourir à presque quatre-vingt-onze ans. Cela me laisse pas mal d’années devant moi, à condition d’avoir la même chance que lui.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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Dimanche 10 février 2008

            Où trouver à Rouen une terrasse bien située et un café pas trop mauvais pour profiter au mieux de la catastrophe climatique quand le soleil brille en février comme autrefois en avril, sans se découvrir d‘un fil mais en lisant dans les meilleures conditions ?

            Je ne vois que le Marégraphe sur le quai rive droite et donc j’y retourne pour la première fois depuis longtemps.

            Las, comme l’an dernier des haut-parleurs déversent sur la clientèle le potage d’une radio privée (Chérie Effème), un mélange de publicités pour les entrepôts de périphérie (fringues, meubles, chaussures, bricolage et tutti) et de chansons de troisième zone (par chanteuses et chanteurs de Zénith). Soûlant, absolument soûlant, impossible de lire. Un lieu idéal gâché par un ajout stupide.

            C’est tout à fait rouennais et cela ne concerne pas que le secteur privé, dans le public c’est du même ordre. Ainsi pour les vélos Cy’clic, on prend le modèle élégant choisi par la ville de Paris et on le gâche par un affreux garde-boue plein et rouge.

            C’est la première fois que je vois circuler autant de ces vélos de location. Six en tout sur le quai rive droite. Utilisés pour la promenade là où on ne peut rouler en voiture, mais pas du tout pour remplacer la voiture.

            Je retourne en ville. Il y a foule rue du Gros-Horloge. Que font là tous ces gens ? Rien. Ils se contentent d’entrer dans une boutique et d’en ressortir avec un sac à la main

            Certains jours, Rouen me désole.

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Lundi 14 janvier 2008

            Ça discute au marché du Clos Saint-Marc. Le sujet du moment, c’est l’interdiction de fumer dans les bars. Ça fait râler le populaire.

            Un type entre deux vins parle de ça avec l’énorme vendeuse de dévédés. Je suis juste là pour écouter.

            -C’est plus la liberté, proteste-t-il. C’est même plus la peine d’écrire Liberté Egalité Fraternité.

            Elle acquiesce, ou elle est d’accord avec lui ou elle a l’espoir de lui vendre l’un de ses dévédés.

            L’entre deux vins se répète plusieurs fois puis achève sa diatribe par une déclaration solennelle :

            -Moi, je suis pour la liberté pour tout le monde, même pour les musulmans.

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Mercredi 9 janvier 2008

            Riche idée d’ouvrir les soldes le jour où Simone de Beauvoir aurait eu cent ans. Aurait été ravie, Simone, de cet hommage. Toutes ces femmes asservies à la consommation compulsive, plein les rues depuis ce matin, plein les magasins, prêtes à se battre entre elles pour un petit morceau de tissu. Pauvres chéries si mal aimées qui compensent par la dépense. Les moins jeunes ont pourtant lu Le deuxième sexe, mais c’était il y a longtemps, et les plus jeunes ne mettent pas les pieds dans une librairie (Je ne parle là que de celles qui courent les soldes comme des maniaques. Il en est d’autres heureusement).

            Cent ans aujourd’hui, bravo Simone, dommage que tu sois morte à soixante-dix-huit ans. Je ne passe jamais rue du Petit Mouton (devenue l’une des plus sales et des plus taguées de Rouen) sans penser à toi.

            C’est que je l’aime bien Simone de Beauvoir, surtout pour sa vie dissolue, ses amants, ses amantes, ses relations avec ses élèves, oh la la, Ouiquipédia la raconte assez bien.

            J’écris cela en écoutant sur France Culture un documentaire d’Amaury Chardeau et Nathalie Battus intitulé Un tee-shirt qui gratte ou la sorcière en morceaux : jouissances féminines. C’est sur l’orgasme au féminin et ça tombe bien pour les cent ans de Simone, le jour de l’ouverture des soldes.

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Lundi 31 décembre 2007

            Une affiche artisanale collée rue de la Champmeslé, le message est sans équivoque : « Viande=Meurtre ». Ce n’est pas signé mais je reconnais bien la griffe des partisans de l’écologie profonde. Ce sont eux aussi qui barbouillent les murs de peinture noire avec leur « Manger de la viande nuit gravement aux animaux » écrit au pochoir.

            Je côtoie parfois l’un de ces fondamentalistes dans un café de Rouen. Il est toujours à l’affût, cherchant quelqu’un(e) à catéchiser :

            -Tu sais, ce n’est pas gentil de manger les animaux, ils sont comme nous, il ne faut pas les tuer. Un jour, tu comprendras ça, toi aussi.

            Je ne pense pas que son amour des animaux englobe celui des rats, des mouches ou des puces et je ne l’ai jamais entendu s’interroger pour savoir si manger des végétaux ne nuirait pas gravement aux légumes.

            Les légumes, c’est sa nourriture exclusive, peut-être est-ce pour cela qu’il est tellement léthargique, pas loin de s’endormir à la fin de sa phrase.

            -Tu comprends, le monde évolue, tu dois évoluer toi aussi, il faut arrêter de tuer les animaux, ne plus être méchant et devenir végétarien.

            Je ne l’entends jamais parler d’autre chose et je fais tout ce que je peux pour l’éviter. Il a néanmoins un bon côté. Il me fait songer à mon prochain repas festif. Que mettre au menu ? Confit de canard, gigot d’agneau, entrecôte saignante ou pavé d’autruche ?  Je suis un animal carnivore et j’aime ça.

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Samedi 29 décembre 2007

            Ça m’arrive de ne pas avoir grand chose à raconter, alors que d’autres jours les sujets d’écriture se bousculent au point que je dois en laisser de côté, ne pouvant pas (ou ne voulant pas) passer tout mon temps à ça. Ainsi, il y a quelques semaines, je n’ai pu évoquer la soirée organisée par le Trianon Transatlantique, à Sotteville-lès-Rouen, où était invitée Annie Thébaud-Mony, l’auteure de Travailler peut nuire gravement à la santé paru aux Editions de la Découverte. C’était bougrement intéressant. Je suis même ressorti de là avec plein de symptômes inquiétants de maladies vraiment mortelles. Bien que je ne travaille plus.

            Hier, dans cette période d’entre deux fêtes où la vie ronronne, c’était un jour sans idée. Je m’en plains auprès d’elle.

            Elle me répond :

            -Tu n’as qu’à écrire quelque chose sur l’absence de Cy’clic dans les rues.

            Je bougonne. J’objecte que je ne vais tout de même par parler tous les jours de ces petits vélos rouennais. Puis, elle partie, je me rends à sa suggestion.

            Sébastien Bailly cite cette partie de mon texte sur Grand Rouen, ce qui me vaut vingt lecteurs ou lectrices supplémentaires et ce qui amène quelques commentaires chez lui. La plupart sont pour confirmer mon propos. L’un, signé Jean Le Pitre, me louange. J’aurais, écrit-il, « le don de rendre passionnant le thème “aujourd’hui j’ai mangé une pomme.” ». Je lis cela le jour où je rentre du marché avec dans mon sac des figues, des dattes et des abricots, tout un assortiment de fruits aussi secs que moi quand je n’ai rien à dire.

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Vendredi 28 décembre 2007

            Sa famille l’a enfin relâchée, elle arrive avec son grand sourire, jeudi un peu après midi, et je l’entraîne aussitôt jusqu’au Musée des Beaux-Arts pour fêter l’entre deux fêtes et surtout son retour. Il y a là depuis peu de quoi se restaurer grâce au Aimebéha « beautiful art and food », une émanation du restaurant Seize/Neuf installée sous la verrière dans la salle des sculptures.

            Elle choisit une salade accompagnée de tartines de saumon, j’opte pour un confit de canard, un petit vin rosé en carafe comme boisson, ensuite une pâtisserie en dessert, tout cela pour pas cher, car ici il n’y a pas de quoi faire de la vraie cuisine. Il n’empêche que c’est bien bon et que comme cadre agréable on ne fait pas mieux. Cela se sait, plus une place de libre, certain(e)s repartent déçu(e)s.

            Le soir, elle m’accompagne du côté du Robec et des bords de Seine pour découvrir quelques illuminations de Noël non encore vues. Nous croisons deux Cy’clic, les vélos en libre-service d’Albert (tiny), maire. C’est ainsi à chacune de mes sorties en ville, j’en croise un ou deux, jamais plus. Une énorme majorité de ces bicyclettes reste au parcage. Le Rouennais, être ingrat, semble bouder son cadeau de Noël.

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