Samedi 28 juin 2008

            Grande foule ce jeudi soir au Musée des Beaux-Arts de Rouen pour le vernissage de l’exposition Charles Frechon, peintre de l’Ecole dite de Rouen, petit maître de l’impressionnisme, et du beau monde, bien vêtu pour l’occasion, tous et toutes membres de la bourgeoisie bourgeoisante de la ville et de ses environs, et quelques autres un peu fripé(e)s, dont moi.

            Dès l’ouverture, je file dans la dernière des salles d’exposition pour y être tranquille et pour remonter le temps, aller de la fin au début de Charles.

            Il finit bizarrement avec des sous-bois orange et des neiges bleues, auparavant grande période à la manière de Monet et début à la manière de Seurat. Ça ne peut que plaire au plus grand nombre des présent(e)s, même si certain(e)s autour de moi se permettent quelques piques :

            -Il peignait bien mais il savait pas dessiner.

            -Ils ont tous fait des meules à cette époque-là.

            D’autres regardent surtout le Rouen d’autrefois :

            -La rue Saint-Maur, là où on a failli, tu sais, où on a glissé sur une flaque d’huile ou d’essence…

            Je croise une famille dont la nombreuse marmaille est ravie :

            -Oh, dit l’un, c’est le même tableau que chez Bonne Maman.

            -Idiot, lui répond un autre, c’est çui-là qu’est chez Bonne Maman, elle l’a prêté pour l’exposition.

            La première salle est consacrée aux dessins au fusain. J’apprends là que Charles Frechon a eu pour professeur Philippe Zacharie. Comme Duchamp, me dis-je.

            Ce qui me fait songer à ce qu’écrit, sur le catalogue printemps été du Musée, l’ancienne Officielle de la Culture rouennaise, Catherine Morin-Desailly, qui est là ce soir. La nouvelle est là aussi (Laurence Tison) et la maire Valérie Fourneyron, les traits tirés, qui fait visite accélérée avec le maître des lieux Laurent Salomé.

            « L’œuvre d‘art est un rendez-vous »  disait Marcel Duchamp, en voici donc deux majeurs… », voilà ce qu’osait dire la sénatrice quand elle était aux affaires municipales, à propos de Roger Tolmer et Charles Frechon.. Je ne doute pas que Madame le Maire va tenir le même genre de propos, la droite et la gauche locales sont, dans le domaine culturel, de la même eau tiède.

            Et vraiment, je n’ai pas envie de l’entendre, la raseuse de médiathèque. Je reste sous la verrière pendant les discours, près du Martyre de Sainte Agnès de Joseph-Désiré Court, tellement restauré par le mécénat de la fondation Béhennepé-Paribas qu’il fait neuf et peint d’hier.

            Une coupe de champagne, quelques petits fours et me voici dehors. Square Verdrel, je considère l’imposant buste de Jean Revel (mil huit cent quarante-huit/ mil neuf cent vingt-cinq), auteur des Contes normands, une sorte de Maupassant de deuxième zone, totalement oublié aujourd’hui. Il n’en est pas dans la peinture comme dans la littérature. Charles Frechon, sorte de Monet de deuxième zone, est aujourd’hui encensé au Musée des Beaux-Arts de Rouen, lui dont les tableaux ne devraient pas quitter le salon de Bonne Maman.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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Vendredi 27 juin 2008

            La vie est belle et cruelle. Anton Dvorak, après le décès à la naissance de sa fille Josefa, compose la première version de son Sabat Mater, puis deux ans plus tard, après la mort à un mois d’intervalle de ses deux autres filles Ruzena et Otakar, la seconde version.

            C’est la première version d’icelui (dont le texte, du treizième siècle, est attribué au moine franciscain Jacopone da Todi et évoque la douleur de Marie après la mort de son fils Jésus) qui est au programme du chœur accentus, ce mercredi soir à l’Opéra de Rouen.

            Je suis au premier balcon. Une voisine à gauche trouve qu’ « il y a des noms de partout, dans les choristes de Laurence Equilbey ». Un voisin derrière se réjouit de la durée restreinte du concert, il va pouvoir regarder la deuxième mi-temps du match. Tout cela est habituel. L’inattendu vient de la présence de plusieurs caméras de télévision captant la prestation. L’une en embuscade derrière les choristes tient la chef de chœur dans son viseur. Une deuxième suit les entrées et les sorties de scène. D’autres, j’imagine, que je ne vois pas du balcon, filment les choristes, les quatre solistes et Brigitte Engerer, qui tient le piano.

            En apéritif sont donnés six chants bibliques du même Dvorak.

            Laurence Equilbey et son chœur accentus, ainsi que leurs invité(e)s, solistes et pianiste, déclenchent moult applaudissements à l’issue du Sabat Mater. Des applaudissements différents de ceux que provoque accentus à chacun de ses passages, quelque peu surjoués, qui incitent la chef à bisser la fin de l’œuvre « ce qui ne se fait pas, mais c’est la création de cette première version à Rouen alors je vais le faire ». Tout cela parce que la télévision.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Jeudi 26 juin 2008

            C’est confirmé, Fourneyron (Valérie), nouvelle maire de gauche, met par terre la médiathèque d’Albert (tiny), ancien maire de droite. Ce qui est déjà construit sera rasé. Plus d’argent dans les caisses, paraît-il, et mauvais emplacement choisi (le vilain quartier de Grammont, rive gauche). Il y a peu, la même défendait un projet de médiathèque aussi mal située (sur les ruines de l’Ecole Normale, rive gauche). Aujourd’hui, elle n’en veut plus de médiathèque, c’est démodé, Internet et le numérique ont tué tout ça et puis il y a de si jolies petites bibliothèques (avec quelques chaises pour s’asseoir) un peu partout, comme dans toute ville moyenne qui se respecte. Une médiathèque à Rouen vous n’y pensez pas ? On n’est pas à La Rochelle ici !

            J’imagine le chambard si le mauvais constructeur était de gauche et le bon démolisseur de droite.

            Je ne sais pas par quelle malédiction Rouen et son agglomération subissent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale autant de navrant(e)s politicien(ne)s. Le Canuet, Fabius, Robert (tiny), Albert (tiny), Zimeray, j’en oublie, et Fourneyron maintenant. Un Palais des Congrès en ruine, un pont levant qui ne se lève que tous les cinq ans, un métro coûteux au lieu d’un tramouais, une future salle de musique actuelle sur un terrain inondable et une médiathèque par terre, c’est une partie du bilan, là aussi j’en oublie, et tellement d’argent perdu que plus rien n’est possible, la ville va continuer à vivoter mollement.

            Cela dit, je ne suis pas surpris. Ce n’est pas pour rien qu’aux dernières municipales rouennaises, j’ai voté contre Albert (tiny) et ses sarkozistes sans voter pour Fourneyron et ses socialo-écolo-communistes.

par michel perdrial publié dans : Politique rouennaise
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Jeudi 26 juin 2008

            Nouveaux obstacles à la bonne marche, des panneaux Decaux amovibles se multiplient depuis quelques jours sur les places et dans les rues piétonnières de Rouen. Certains montrent d’un côté la laide affiche de l’Armada, de l’autre une affiche porteuse d’un slogan citoyen (comme on dit maintenant), autrement dit d’une petite leçon de morale. D’autres montrent leurs slogans bien pensants sur les deux faces. Je ne sais pas à qui on doit ça, à la nouvelle municipalité de gauche ou à l’ancienne de droite, l’opération étant peut-être déjà dans les tuyaux (comme on dit aussi maintenant) avant l’élection dernière.

            Cette navrante opération est sans doute provisoire mais le panneau Decaux peut prendre racine, au moins dans les têtes, c’est une bonne publicité pour la maison Decaux.

            Les emplacements sont judicieusement choisis. L’un des panneaux est planté sous l’arbre devant l’église Saint-Maclou. Pas un(e) touriste ne peut sortir son appareil devant le chef d’œuvre gothique flamboyant sans l’avoir sur sa photo.

            « Ne laissez plus couler l’eau courante » intime l’une de ces affiches. L’eau courante coule, elle est faite pour cela. «Ne laisser plus couler l’eau » aurait été plus judicieux ou alors « Ne laissez plus courir l’eau coulante ». Je suis à la disposition de qui s’occupe de ça pour améliorer les slogans de la prochaine opération d’éducation civique municipale. Du moins quand on commencera par donner l’exemple du côté de l’Hôtel de Ville. Aujourd’hui, cinq jours après la Fête de la Musique, la rue touristique où j’habite est toujours semée de débris de bouteilles de bière, sans que le moindre balayeur avec tuyau d’eau courante ou coulante ne soit en vue.

            « On n’est pas là pour se faire écraser » proteste une autre de ces affiches, copiant piteusement Boris Vian. Bien placée elle aussi, rue Saint-Romain, une rue où la bite filtrant le passage des voitures, mise en place par l’ancienne municipalité, est hors d’usage depuis de nombreuses semaines, transformant cette rue piétonnière en nouvelle voie rapide pour automobilistes pressé(e)s. Le piéton et la piétonne ont intérêt à tenir le haut du pavé, c’est une vraie mise en danger de la vie d’autrui. L’adjoint chargé de la circulation, un écologiste je crois, va peut-être faire quelque chose car je suis d’accord on n’est pas là pour se faire écraser. Cependant, à tout hasard, j’ai fait mienne une paire de béquilles abandonnée dans une poubelle.

par michel perdrial publié dans : Politique rouennaise
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Mercredi 25 juin 2008

            Sur France Culture le matin de ce mardi, j’écoute Jude Stefan évoquer les livres de ses bibliothèques : « Il y en a partout, ils envahissent l’appartement comme des rats. Tout cela pour que le jour où vous n’y êtes plus, une petite nièce les brade à n’importe qui. » Propos dont je me souviens l’après-midi à la terrasse du Son du Cor où je regarde les jolies filles qui passent en lisant dans Les jouets vivants de Jean-Yves Cendrey Les livres pèsent, singulièrement ceux qu‘on ne lira jamais mais dont on a besoin d’être encombré toute sa vie. Au-delà de six mois d’absence, les livres manquent, qu’ils soient lus, à lire, ou simplement à dépoussiérer. Les livres embarrassent, ce n’est pas la moins intéressante de leurs fonctions, et je m’en veux encore de m’être séparé de beaucoup, la veille d’un déménagement de plus, soudain victime d’une fringale de légèreté qui m’amena à des centaines de sacrifices imbéciles.

            Sitôt levé le camp du Son, je me rends à la bouquinerie Le Rêve de l’Escalier.

            Sur le trottoir, devant la boutique, je trouve, soldé, sur la page chaque jour un livre de chez Z’éditions consacré à Daniel Biga (interrogé par Jean-Luc Pouliquen) avec des images d’Ernest Pignon-Ernest et un cahier de photos où l’on croise, outre les trois cités, Ben Vautier et Robert Filliou.

            Dans la vitrine, j’aperçois le Journal japonais de Richard Brautigan, publié chez L’incertain, qui doit être le seul livre de cet écrivain que je ne possède pas encore et où on trouve des choses comme celle-ci Je l’aime bien ce chauffeur de taxi/ qui fonce dans les rues sombres/ de Tokyo/ comme si la vie n’avait aucun sens./ Je me sens pareil. Cet exemplaire est dédicacé « A ma chère Agnès que j’aime tant. Maman ».

            Sur la pile des livres qui viennent d’arriver, je découvre un grand et gros livre jaune Les Monstres, une histoire encyclopédique des phénomènes humains, qui recense géants, nains, obèses, femmes à barbe, frères siamois, hommes et femmes à cornes, sirènes, culs-de-jatte, manchots, hommes-troncs, hermaphrodites, albinos, hommes animaux, hommes à deux têtes, femmes à quatre jambes, hommes machines et tutti, dans sa nouvelle édition, revue et augmentée (comme on dit) de deux mille sept au Cherche Midi. L’auteur, c’est Martin Monestier et j’en connais une à qui ça va plaire.

            Bien sûr je repars avec ces trois livres payés par mon avoir, devenus miens grâce à Jean-Yves Cendrey et à Jude Stefan, ce dernier écouté ce matin sur France Cul citant Pierre Reverdy « La vie est grave, il faut gravir » (la citation exacte est La vie est une chose grave, il fait gravir), formule attrayante peut-être pour l’écrivain d’Orbec et pour beaucoup d’autres, mais pas pour moi qui n’aie jamais rien vu de sérieux dans cette aventure et qui suis partisan du moindre effort. La vie est belle, il faut buller.

par michel perdrial publié dans : Littérature
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Mardi 24 juin 2008

            J’écoute sur France Culture la rediffusion d’un entretien avec Albert Cossery mort tranquillement à presque quatre-vingt-quinze ans dans la chambre du sixième étage de l’Hôtel de Louisiane, rue de Seine, à Paris, où il ne faisait pas grand chose depuis mil neuf cent quarante-cinq, lui qui n’était jamais plus heureux que lorsque quelqu’un(e) s’échappait de l’esclavage salarié après avoir lu Les Fainéants dans la vallée fertile ou tout autre de ses livres.

            Je n’en ai que deux dans ma bibliothèque, dans de vieilles éditions de poche, le précédent nommé et Mendiants et orgueilleux, les plus connus donc, et connus de moi il y a longtemps par la lecture d’Henry Miller, autre ennemi du travail et autre ami des marges et de celles et ceux qui y mènent belle et libre vie.

            Cela me laisse le plaisir d’avoir à trouver les six autres au hasard de mes pérégrinations, puis de les lire à la terrasse de quelque café, en suivant des yeux les jeunes filles qui passent, autre plaisir d’Albert Cossery qui l’exerçait quotidiennement au Café de Flore : « Elles sont à l'âge où vous leur pardonnez tout, et je ne peux pas aimer une fille sans pouvoir tout lui pardonner... » ai-je lu de lui quelque part..

            Albert Cossery n’est pas seul pour l’entrevue avec les journalistes de France Culture. Il y a là Roger Grenier, Sophie Leys (la photographe auteure de L’Egypte d’Albert Cossery) et Joëlle Losfeld (l’éditrice ayant récupéré les droits de tous ses livres), ces deux dernières chargées de traduire le chuintement d’outre-tombe émis par l’écrivain interrogé après sa trachéotomie. Dommage que France Cul n’ait pas dans ses archives un document plus ancien avec la vraie voix du Voltaire du Nil (comme certain(e)s l’appellent).

            Il me faut chercher ailleurs pour trouver quelques bonnes formules de ce dandy nonchalant, vivant un peu de la vente de ses livres, un peu de dons d’amis, loin des nécessités matérielles qui étouffent chacun(e), dont moi, ainsi « Quand vous achetez une voiture, vous devenez esclave, vous vous constituez prisonnier », ce qui me fait penser que je dois appeler le garage pour une révision de la mienne avant les vacances, « Marcher, marcher, c'est une chance de pouvoir marcher et de regarder la vie. Si j'avais un appartement et si je devais penser aux draps, je serais déjà mort » et qu’il va falloir que je lave les miens avant la fin de la semaine.

            Dans un mail qui ne m’est pas destiné, Yves Simon écrit : « Albert Cossery est mort à quatre-vingt-quinze ans ce matin vingt-deux juin à Paris sixième, dans sa chambre de l'Hôtel de la Louisiane. Lui qui aimait tant le soleil n'aura connu qu'une journée de l'été deux mille huit. Il a été retrouvé par un ami qui lui apportait des fruits et les journaux, étendu sur le plancher de la chambre. Il n'était pas tombé. Sans doute que sentant l'heure arriver, il s'est allongé tranquillement lui-même dans la nuit. »

par michel perdrial publié dans : Littérature
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Lundi 23 juin 2008

            Elle et moi, on se lève encore une fois avec les mouettes ce dimanche. D’autres sont déjà au travail qui, avec leurs balayeuses motorisées, effacent les traces de la Fête de la Musique. J’entends les bouteilles de bière qui roulent sur le pavé de la rue Saint-Romain.

            Quand nous sortons, je constate sans surprise que ma rue échappe au nettoyage, trop étroite pour les engins mécanisés, trop cachée pour le coup de balai. Les flaques de pisse seront lavées par la prochaine pluie, les débris de bouteilles cassées emportés par les pieds des touristes mal chaussés.

            Elle aussi est mal chaussée et c’est décidé : aujourd’hui, elle s’oblige à acheter une paire de chaussures à son goût dans l’un des vide-greniers du coin.

            A Barentin, après quelques hésitations, nous trouvons la jolie route forestière qui mène à Fresquienne. Les vendeurs et vendeuses sont installés sur le stade. Je trouve là l’ouvrage réalisé en deux mille un pour le bicentenaire du Musée des Beaux-Arts de Rouen, un livre copieusement illustré qui recense les généreux donateurs sous le titre Deux siècles de dons exceptionnels et à le feuilleter rapidement une évidence s’impose sans ces dons ce musée serait assez pitoyable.

            Deuxième arrêt à Petit-Couronne, une charmante hôtelière me permet de laisser ma voiture dans la cour de son établissement. Humant l’air parfumé par les industries environnantes, nous parcourons, séparément, les deux rues du centre où cela se passe. Elle me rejoint bientôt, avec aux pieds sa nouvelle paire de chaussures.

            Ultime étape à Sotteville-lès-Rouen, avenue du Quatorze-Juillet, sous une chaleur orageuse et sur des trottoirs poussiéreux. Elle trouve là une seconde paire de chaussures et attire mon attention sur un étalage qui propose en vrac de nombreux livres à cinquante centimes, trois pour un euro. Le vendeur m’interpelle. C’est Adji qui tenait bouquinerie rue Bouvreuil à Rouen, que j’ai côtoyé aussi quand il faisait le percussionniste dans la classe maternelle de l’école Pompidou à Bois-Guillaume où je faisais l’instituteur l’année de la grande grève des retraites. Je suis toujours heureux de le croiser. Je cherche quels trois livres je vais bien pouvoir emporter.

            Parmi ceux que je retiens, un manuel de Savoir manger pour savoir vivre, tiré de la médecine et de la sagesse chinoises, publié aux Editions du Rouergue. J’apprends dans ce livre que la viande de bœuf est particulièrement indiquée contre l’anorexie.

            Un peu plus loin, j’enlève, pour cinq euros les deux, un Claude Monet et Giverny publié aux Editions du Chêne et un Jane Birkin publié chez Henri Veyrier avec de grandes et belles images d’elle jeune dans les années soixante, quand elle jouait dans des films idiots que j’allais voir au cinéma Eden à Louviers avec l’espoir qu’elle y figure nue, tout ce sperme répandu pour elle dans mes nuits moites et solitaires de branlotin.

           

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
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Lundi 23 juin 2008

            Début de soirée samedi soir, après avoir dîné dans le jardin où nous parviennent des échos de musique irlandaise, elle et moi nous lançons dans le son. C’est la Fête de la Musique et nous nous souvenons de celle de l’an dernier à Annecy, puis à Genève où les festivités duraient trois jours.

            Nous allons au hasard, fuyant comme la peste le rock bourrin toujours bien représenté en cette circonstance. Place du Lieutenant-Aubert, c’est un autre rock qui nous est offert avec les jeunes gens du groupe Wacky Walrus et leur chanteuse bien douée. Hélas, la petite en est à ses dernières chansons et nous partons de là un peu frustrés.

            Sur le terrain de boules du Son du Cor, nous trouvons une autre fille et ses musiciens, perruque verte sur moquette verte, Hélène et les Garçons coiffeurs, c’est la sœur de Marcel et son Orchestre, c’est dire si on trace.

            Un peu plus loin, on croise le mec qui était bourré la semaine dernière. C’est lui qui le dit, et il a un certain nombre de copains et de copines.

            -Le métal c’est mon enfance, s’épanche un autre derrière nous.

            On arrive place Saint-Marc où je sais trouver un bon groupe de percussion dont les frappeurs hélas se mettent bientôt en pause. Pas loin d’eux, une scène est dédiée à la musique râpeuse, on file.

            Noue retournons place du Lieutenant-Aubert entendre les quatre jeunes garçons qui ont pris la suite de Wacky Walrus. Je ne sais pas leur nom mais c’est de la bonne musique, avec chanteur à l’aise, quelque peu dandy. Des compositions personnelles et une reprise du Velvet Underground et on y va.

            Rue Saint-Nicolas, nous croisons une petite bourrée. Ce sont les vielles à roue du groupe Galaor. Un peu ça va. Néanmoins, dis-je à celle qui m’accompagne, si sur une île déserte je n’avais comme choix de musique que la bourrée ou le rap, je choisirais la première.

            Sous les ruines du Palais des Congrès, un groupe de rigolos chante « Tu peux te lécher le coude », tout juste bon pour une fin de soirée étudiante et il y a percudanse devant le lycée Saint-Saëns, un peu trop au point, cela sent le spectacle pour lequel on a répété toute l’année.

            Devant la bouquinerie d’Elisabeth Brunet est installé Zouk Zombies for fat Mamas, je commence à me perdre dans mes notes, je ne sais plus si c’est eux qui chantent Téléphone avec des perruques rouges, ce qui est sûr c’est qu’un peu plus loin d’autres nommés Hydroxyde chantent, mal, Indochine.

            Rue de l’Hôpital, quatre enfants de Marie répandent de la chanson pieuse. Allez Louia ! ce que fait aussi à sa manière plus rodée un groupe de gospel, place de l’Hôtel de Ville. Nous poursuivons jusqu’au bistrot du Pont de l’Arquet, devant lequel il y a musique fanfaronne, retour ensuite aux envoûtantes percussions de la place Saint-Marc qui incitent certain(e)s bien doué(e)s à se lancer dansant dans le rond central.

            Ça commence à bien faire, on rentre, nous faisant un chemin parmi de plus en plus de mecs qui étaient bourrés la semaine dernière.

            C’est une bonne soirée mais pas de découverte aussi excitante que l’an dernier à Annecy où nous étions restés scotchés devant les Fils de William, une musique déjantée, un chanteur fou, deux délicieuses chanteuses sortant du couvent des Oiseaux, Ludivine et Ségolène, « bonjour, je m’appelle Cindy et j’aime les dauphins ».

par michel perdrial publié dans : Chanson
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Samedi 21 juin 2008

            Jeudi soir, c’est Théâtre de sang, le spectacle de fin d’année des classes de théâtre du Conservatoire rouennais pour lequel je suis onzième en liste d’attente. J’appelle le Théâtre de la Chapelle Saint-Louis. J’apprends que je suis remonté en neuvième place.

            Maurice Attias, le professeur organisateur de cette soirée, m’explique, dans un mail reçu la semaine dernière, que dans la salle ne sont réservées que deux places par élève pour les membres de la famille. Cela fait quand même vingt-huit sièges sur cent huit. Je n’ai pas été assez rapide, n’ayant pourtant pas attendu le dernier moment pour me manifester auprès de ce théâtre bien trop petit. Il me propose généreusement une place, que je refuse, je ne peux pas passer avant les autres.

            La jeune femme au téléphone me dit que je peux venir et attendre sur place, peut-être certaines personnes ayant réservé ne viendront-elles pas. Attendre est toujours une torture pour moi, qui plus est quand je ne suis sûr de rien. Je lui que non, merci.

            Sur mon agenda, ce jeudi soir, est également noté la venue de François Gibault pour le festival Avoc’art. Je suis un peu tenté car il est président de la Société des études céliniennes et administrateur de la fondation Dubuffet. Cependant, je me doute qu’il est surtout là pour vendre son livre Cave Canem, à l’image de son prédécesseur Emmanuel Pierrat, et puis j’ai du mal à supporter la mielleuse amabilité avec laquelle les avocats s’adressent les uns aux autres.

            Ce qui me conduit au troisième choix de la soirée, le vernissage, à l’Ecole des Beaux-Arts, de la dernière exposition de la saison Le densité du papillon (pourquoi ce titre, je ne sais) qui « s’interroge sur les rapports qu’entretiennent la vidéo et la peinture » indiquent les deux commissaires. Le peintre, c’est Janusz Stega et le vidéaste, c’est Jean-Baptiste Decavèle, une salle pour chacun. J’y trouve, chez le peintre surtout, un air de déjà vu.

            Aussi vais-je prendre un verre à l’extérieur. Je discute avec une amie de celle qui n’est pas là puis avec la bibliothécaire du lieu, fort marrie d’avoir sa bibliothèque masquée par les gradins du Feydeau de plein air que l’on joue en ce mois de juin dans le jardin de l’Aître Saint-Maclou.

            Elle vient de voir à Paris L’Art du sacré et Peter Doig et partage mon point de vie sur l’une et l’autre de ces expositions, énervée par la première, enchantée par la seconde.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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Vendredi 20 juin 2008

            Quand je sors de l’exposition Peter Doig au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, je passe par la salle, qui me laisse indifférent, où est présentée la moitié de l’exposition en stéréo Times between Spaces de Jonathan Monk. L’autre moitié est en face au Palais de Tokyo et comme il n’est pas encore l’heure qu’arrive celle avec qui j’ai rendez-vous dans ce palais, je prends un café rue Pierre-Premier-de-Serbie, tout en lisant la biographie de Stefan Zweig par Catherine Sauvat, publiée chez Folio.

            Pas le temps d’aller jusqu’au suicide, dix-neuf heures approche, me voici assis sur un banc en béton à l’intérieur du Palais de Tokyo. L’un à ma gauche, l’autre à ma droite, deux jeunes hommes profitent d’une prise électrique pour travailler avec leur ordinateur. Je surveille la porte d’entrée. La plupart de celles et ceux qui viennent ici se dirigent vers la terrasse du restaurant ou vers la boutique où sont proposés les produits dérivés. Quelqu(e)s un(e)s franchissent le portillon qui mène à la super exposition Superdome qui rassemble sous un même nom, dans cinq vastes salles, cinq expositions différentes.

            Elle arrive, souriante après sa longue journée de travail et pas mal de soucis annexes. Aujourd’hui, c’est elle qui m’invite et ça la rend contente.

            J’apprends que le Superdome est un mythique stade de la Nouvelle-Orléans utilisé pour le foute-balle de là-bas, les Stones, Jean-Paul Deux et les réfugié(e)s de l’ouragan Katrina.

            L’autre moitié de l’exposition de Jonathan Monk vaut la première, pas la peine de s’attarder. Il y a à côté, bien plus excitantes, quatre œuvres de la démesure. Chaque entrée dans une nouvelle salle provoque chez nous une réaction qui peut se traduire par Ouaou !

            Un éléphant grandeur nature fait l’équilibriste sur sa trompe. C’est Würsa (à dix-huit mille kilomètres de la terre), une installation de Daniel Firman. Acrobate, cet éléphant, tel qu’il pourrait l’être en vrai s’il se trouvait vraiment à dix-huit mille kilomètres de la terre, une histoire de gravité.

            Un canon géant à azote comprimé projette des bouteilles de bière (vides et sans étiquettes) à six cents kilomètres heure contre une plaque de tôle bien épaisse où se marque en un petit cercle le choc répété. Au sol, le grand cercle vert de milliers d’éclats de verre témoigne de la violence de ce choc. C’est Afasia One, une installation d’Arcangelo Sassolino. Elle et moi attendons que ça pète mais c’est trop long. L’explosion, terrifiante, nous surprend alors que nous sommes derrière la plaque de tôle.

            Une armée de trois cents têtes noires de Dark Vador, en formation militaire, reliées à un ordinateur central, sous une musique tonitruante tombant du plafond, nous fait face. C’est Last Manœuvres in the Dark, une installation de Fabien Giraud et Raphaël Siboni, qui me fait à peu près le même effet que l’étoile de matraques de Céhéresses de Kendell Geers vue chez Yvon Lambert, il y a quelques mois.

            Un colossal tas d’ordures occupe les trois quarts de la dernière salle. Sous cette montagne de déchets, un tunnel cylindrique permet d’aller on ne sait où. C’est Dump, une installation de Christoph Büchel. Evidemment, elle a envie d’aller voir ce qu’il y a au bout du tunnel et de m’entraîner dans l’aventure. Je suis sauvé par le vigile qui nous annonce une liste d’attente interminable, pas possible avant vingt-trois heures et mon train est à vingt et heures vingt. Elle peste, en vain.

            Aussi, avant que les ordures ne nous submergent, que l’éléphant ne nous choit dessus, que les Dark Vador ne nous fasse un mauvais sort et que le canon à bouteilles de bière ne nous prenne pour cible, nous allons pique-niquer en face, dans le parc du Musée Galliera où elle m’offre, de son jardin, un petit radis rose.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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