Jeudi 19 juin 2008

            De Peter Doig je connais le large tableau du Centre Pompidou représentant un homme à cheveux longs dans un canoë rouge sur un lac désert. Un tableau qui me rend suffisamment songeur pour que j’entre au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris où il est exposé en grande pompe parmi beaucoup d’autres, après la Tate Gallery.

            Sur l’affiche, sur le dépliant, l’homme au canoë rouge Hundred years ago, c’est mercredi, début de l’après-midi.

            Il y a file d’attente, une seule caissière à l’ouvrage, la femme du couple devant moi râle contre les fonctionnaires qui ne sont pas au boulot. Je lui dis qu’ici on est dans un musée municipal mais que tout ce qui va mal, c’est de la faute à Sarkozy, qu’elle n’aurait pas dû voter pour lui. Elle n’en demande pas plus. Son mari tire de sa poche sa carte d’identité. Son nom est celui d’un nobliau à particules multiples. Sans doute ruiné, car il demande un tarif réduit.

            Il y en a d’autres comme eux à l’exposition Peter Doig, souvent vêtus de lin. La peinture contemporaine quand elle est figurative n’effraie pas. Pas sûr cependant qu’on y comprenne quelque chose. C’est le genre de peinture qui incite chacun à émettre un jugement.   
           
Olivier Cena, critique de Télérama, ne s’en prive pas, il flingue Peter Doig dans le numéro du jour, assimilant les citations de Hopper, Gauguin, Monet, Rousseau, Munch et autres à du copier-coller.

            -C’est un homme qui se sent prisonnier, commente un dame à propos du peintre.

            -Celui-là est assez intéressant, ajoute une autre à propos d’un tableau.

            Les habillés en lin font leur marché. J’ai du mal dans un premier temps à savoir si j’aime ça ou non et si c’est de la bonne ou de la mauvaise peinture. Je cherche la distance nécessaire et pas seulement pour voir les tableaux, tous de grande taille. Il me faut un peu de recul.

            Oui cela me plaît, par exemple Gasthof zur Muldentalsperre avec ses deux personnages à tête d’Ensor, Figures in red boat avec ses six personnages dans une barque sanguinolente, Lapeyrouse wall et son homme solitaire avec ombrelle de tête, Reflection (What does your soul look like) qui montre le reflet entier du corps d’un personnage dont on ne voit que le bas des jambes.

            J’aime aussi les tableaux de barres d’immeuble derrière des rideaux d’arbres, celui du policier qui appelle en vain au bord du lac, celui du camion qui emporte un autostoppeur invisible sur une route nocturne (une huile sur sacs postaux), d’autres encore.

            Ce qui me séduit surtout, c’est leur inquiétante atmosphère.

            Olivier Cena trouve que « Peter Doig ne peint pas, il illustre ». Il se plaint que son œuvre « ne suscite aucun sentiment particulier (…). Elle ne dit rien de l’humain, rien du monde. Elle ne pense pas. Elle ne ressent pas. Elle ne signifie pas. ».

            C’est justement cela qui m’intéresse, je la trouve à l’image du monde actuel, plus encore à celle du monde de demain.

            L’homme solitaire dans son canoë rouge, je ne le vois pas cent ans en arrière mais plutôt dans cent ans, sur la planète ravagée.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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Jeudi 19 juin 2008

            Etrange exposition que celle organisée par le Centre Pompidou sous le titre Traces du sacré, pas tellement envie d’y aller mais celle que je dois retrouver ce mercredi soir m’a dit qu’il y avait là des œuvres à ne pas manquer, aussi j’y suis en fin de matinée un peu après l’ouverture.

            « A travers une large sélection de peintures, de sculptures, d’installations et de vidéos, Traces du sacré rassemble quelques trois cent cinquante œuvres majeures, dont de nombreuses sont inédites en France, conçue par près de deux cents artistes de renommée internationale. » indique le dépliant offert à l’entrée et c’est bien ça le problème (outre l’idée de consacrer une exposition au sacré) : cette exposition est conçue à l’image d’une vitrine de grand magasin, par un étalagiste.

            Ce qui est proposé à l’étalage est en effet de premier ordre et le parcours labyrinthique, en vingt-quatre salles, chacune abritant un thème, certains gratinés : « Révélations cosmiques », « Au-delà du visible », « Traces des dieux enfuis », « Résonances de l’archaïsme », pour finir par « L’ombre de Dieu ».

            On trouve dans l’une des salles les chevaux de Franz Marc au prétexte que celui-ci a écrit que chez ses équidés, ce qu’il faut prendre en compte, ce sont les « vibrations de la vie intérieure ». Si l’éventail temporel était un peu plus large, je ne doute pas que j’y verrais une cathédrale de Claude Monet.

            J’erre cependant avec plaisir dans le labyrinthe des œuvres majeures et m’arrête particulièrement devant mes préférées du jour : La Nostalgie de l’infini et Le Grand Métaphysicien, deux très beaux Giorgio De Chirico, l’excitant Composition Six de Vassily Kandinsky (venu du Musée de L’Ermitage), les tableaux d’Otto Dix, Emil Nolde, Ernst Ludwig Kirchner et Edvard Munch, les dessins d’André Masson, Nombre la sculpture de Victor Brauner déjà vue au Musée Cantini à Marseille, le Jésus raillé rougissant peint par Robert Smithson, le pendu de Georges Rouault Homo homini lupus.

            Parfois j’entends des voix, ce n’est pas Saint Michel, ce sont celles d’Antonin Artaud et d’Allan Ginsberg. Il y a aussi des images qui bougent, assez traches pour certaines. Marina Abramović se taille sur le ventre une étoile sanglante à cinq branches. Michel Journiac célèbre sa messe aux hosties de boudin de sang humain (le sien).

            Je m’attarde dans la salle des « Offenses » devant trois d’entre elles : le grand Max Ernst La Vierge corrigeant l’enfant Jésus, un Pierre Molinier Sacrilège accroché trop haut (une distraction de l’étalagiste) et le réjouissant Piss Christ d’Andrés Serano, la photographie d’un crucifix immergé dans l’urine (teintée de sang) de l’artiste, une œuvre qui fit un peu scandale lors de sa présentation, en mil neuf cent quatre-vingt-sept, une bonne année.

            J’ai la chance d’être seul dans la salle dévolue à l’installation de Maurizio Cattelan, seul avec Lui (et le gardien qui nous surveille tous les deux), lui ce pieux garçonnet en culotte courte, priant à genoux, tourné vers le mur. Je m’approche, en fais le tour, le voici de face le regard noir, doté de sa petite moustache et de sa grande mèche lui tombant sur le front.

            Seul aussi, car peu d’errant(e)s osent pousser le rideau, dans la presque obscurité de la salle abritant la Pièce pour Saint-Jean de la Croix, installation de Bill Viola évoquant de manière très réaliste le cachot où ledit saint fut emprisonné et torturé.

            Une troisième installation me retient également, Eins, Un, One de Robert Filliou, cercle constitué de milliers de dés jaunes et rouges à faces de un, jetés au sol et qui jamais n’aboliront le hasard.

            Je suis au bout du labyrinthe. Un néon de Jean-Michel Alberola me pousse vers la sortie. Le mot esperance brille, suspendu à un fil. Cela s’appelle esperance à un fil. D’espérance, je n’ai pas besoin pour vivre.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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Mercredi 18 juin 2008

            Tout va bien à la mairie de Rouen, Fourneyron (Valérie), nouvelle maire (de gauche), a retrouvé la grosse télé d’Albert (tiny), ancien maire (de droite).

            Elle l’a installée sur la place de l’Hôtel de Ville pour le foute-balle de l’Euro Deux Mille Huit. Ça sent la bière pissée dans les rues avoisinantes.

            Ce foute-balle pollue quasiment toutes les têtes, même les têtes les mieux faites. Impossible d’être sûr que tel ou telle qui je connais n’est pas atteint(e) et ne va pas tout à coup me dire :

            -T’as regardé le match hier soir ?

            Je me souviens quand j’étais enfant, le foute, comme la pêche à la ligne, ça n’intéressait que les ouvriers. Les cleubes connus étaient tous dans les villes industrielles.

            C’est la télé qui a tout changé. Les compétitions diffusées à longueur d‘année ont fini par faire entrer le microbe dans la plupart des cerveaux, précisément dans la partie également disponible pour la publicité, comme un virus dans un disque dur d’ordinateur.

            Je me revois à l’Ecole Normale d’Evreux. Le professeur de sport tente de me faire jouer au foute. Dès que j’ai (par le plus grand des hasards) le ballon devant le pied, je le passe à l’équipe adverse. Ça énerve tout le monde. Le prof me propose de faire autre chose. C’est parfait, il y a un banc à l’ombre près du terrain et j’ai un livre à lire.

            Aujourd’hui, si j’avais l’âge de me trouver à nouveau dans pareille situation, sûr que je me ferais lyncher.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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Mardi 17 juin 2008

            J’arrive sur le boulevard Clemenceau juste au moment où un autocar de chez Véolia se coince sous un mât dépassant de la remorque d’un camion. Cela donne un peu d’utilité à la police, qui n’est pas là pour ça mais pour (sur)veiller la manifestation de défense des trente-cinq heures et des retraites, toujours unitaire mais avec pas mal d’absents chez les syndicats. Certains boudent pour des raisons de boutique, dont la Haie Fessue qui est restée à l’école. Sont donc là des membres de la Céheffedété, de Sud ou de Solidaires (ce sont les mêmes, ils ont deux noms pour ne pas qu’on les reconnaissent) et de la Cégété. Des enceintes de cette dernière sort Jean-Louis Aubert Juste une illusion/ A peine une sensation/ Rien qu’une impression. Ces gens-là sont plus subtils qu’ils n’en ont l’air.

            Certains groupuscules politiques ont fait le déplacement. La Gauche Révolutionnaire tente de vendre son journal. Le Parti Communiste Français arbore son nouveau slogan révolutionnaire « Vive la vie ».

            Il y a du monde mais je sens bien que ce sont essentiellement les militants purs et durs qui sont là. Les deux principaux syndicats ont battu le rappel pour ne pas être ridicules. Ils ont signé n’importe quoi avec le Sarkozy. Ils se sentent un peu morveux. Chez Solidaires, dont la grosse sono vient de claquer, on a l’air de se demander ce qu’on fait là.

            C’est aussi la question que je me pose et je décide de quitter le cortège après le passage de la Seine. Je discute avec une institutrice de ma connaissance qui n’a pas envie de rester non plus. Elle a des soucis. Un parendélève a envoyé une lettre se plaignant d’elle à l’inspecteur. Le directeur de son école loin de la défendre l’a enfoncée. Elle va faire réparer son vélo. Je vais faire les courses chez Intermarché.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Mardi 17 juin 2008

            C’est Un Printemps au Parc au Grand-Quevilly et j’y suis ce dimanche en fin d’après-midi, malgré le temps incertain, pour Jim Murple Memorial.

            Cela se passe au Parc des Provinces. Je suis assis sur l’un des gradins du théâtre de verdure face à la scène, à mes pieds mon parapluie que j’espère n’avoir pas à ouvrir. Je considère les immeubles alentour, dont l’architecture me plaît et montre qu’on peut faire de l’esthétique pour le collectif. Quant à y habiter, je ne sais si c’est mieux qu’ailleurs.

            Les habitants sont là autour de moi, des couples, des groupes d’ami(e)s, des mémères et des pépères, des familles bien dotées en moutards, des solitaires, quelques rastas, c’est en plein air et c’est gratuit, c'est-à-dire payé par la mairie.

            Je ne connais pas Jim Murple Memorial. Je sais juste qu’il s‘agit d’un groupe qui aime la musique jamaïquaine d’autrefois. Donc ça peut me plaire. Je me souviens du bon concert donné ici il y a quelques années par Stanley Beckford (dont j’apprends la mort en vérifiant l’orthographe de son nom, le trente mars deux mille sept, à l’âge de soixante-cinq ans, à Riverdale en Jamaïque, triste nouvelle qui a mis plus d’un an à me parvenir).

            Les musiciens sont sur scène et dès le premier morceau je sais que je ne me suis pas trompé. Arrive pour la suite, Nadou la petite chanteuse qui, je ne peux dire autrement, assure sacrément. Ska, rocksteady et mento, il y a là de quoi donner l’envie de bouger. Cela bouge pourtant peu, au dam de Nanou qui invite régulièrement à l’action, le dimanche après-midi peut-être ou alors ce temps déplaisant. D’ailleurs voici, pour la fin du concert, les premières gouttes.

            Je me lève, déploie mon grand parapluie noir et me rapproche de la scène pour les chansons de rappel du Jim Murple Memorial, ravi d’être venu l’écouter.

            La pluie s’y met franchement. Ce n’est pas pour cette raison que je ne reste pas pour la suite. C’est que la suite, c’est Mauss.

par michel perdrial publié dans : Chanson
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Lundi 16 juin 2008

            C’est par la Forêt Verte que je rejoins Houppeville, elle à mes côtés, dimanche tôt. Je me gare juste avant le village, à l’entrée d’un chemin qui mène à un cleube hippique. À pied nous faisons les dernières centaines de mètres. Un certain nombre de marchand(e)s d’un jour sont déjà installé(e)s dans les rues et sur les places mais beaucoup ne font qu’arriver ce qui induit une cohabitation difficile entre voitures et piétons. Houppevillais et  Houppevillaises, ne pourriez-vous pas vous lever un peu plus tôt ? Nous repartons avant que tout soit déballé et peut-être quelques bonnes affaires m’échappent-elles.

            Je me gare à Bihorel près de la piscine, et nous voici sur l’hippodrome où là tout est déballé. Elle et moi voulons du temps pour nous avant qu’elle ne reparte à Paris, aussi ne visitons-nous que la moitié des éventaires et filons aux Authieux, troisième et dernière étape.

            Je m’étonne à l’arrivée de la disparition du château. Le vieux bâtiment, ruiné, tagué et squatté, au lieu d’être restauré, a été rasé. Le parc est resté, un peu inutile, mais toujours terrain de jeux pour la jeunesse du coin si j’en juge par les traces qu’elle y laisse. Nous faisons le tour des vendeurs et vendeuses.

             Ce n’est pas encore aujourd’hui qu’elle repartira avec une paire de chaussures.

            Quant à moi, je suis enchanté par ce que je rapporte de ces trois déballages, principalement de l’ouvrage de Roderick Kedward Les Anarchistes (Origines et formation des mouvements libertaires) publié en mil neuf cent soixante-dix par les Editions Rencontres à Lausanne, qu’elle a tenu à m’offrir, il manquait à ma collection de livres consacrés au sujet, du numéro spécial Art et Sexe du magazine Beaux Arts d’août deux mille sept, qu’elle m’avait recommandé à sa parution mais trop tard pour que je puisse le trouver en kiosque, et du cédé d’écoute facile de Pascal Comelade Traffic d’Abstraction illustré par Robert Combas, je ne sais si c’est à ce dernier qu’est due la faute d’orthographe.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
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Dimanche 15 juin 2008

            Prudence s’est cassé le bras, elle a glissé dans la salle de bains le dernier jour de sa croisière, c’est pourquoi elle n’est pas à l’Opéra, ce vendredi soir, pour la présentation aux abonné(e)s de la saison Zéro Huit Zéro Neuf, m’apprend l’une des dames de derrière, et ça m’amuse que Prudence ait fait une imprudence.

            Les placeuses s’agitent ; l’une que j’ai connue il y a quelque temps à L’Echiquier pantalon troué et cheveux orangés devenue blonde et robe longue, la révolte ne dure jamais longtemps quand papa et maman ont de l’argent ; l’autre, privée ce soir de son téléphone de superviseuse, un peu trop aimable avec la bourgeoisie bourgeoisante, elle fait une pause, appelle un placeur, se renseigne sur le score du match de foute, Un Zéro pour l’Italie, l’apprend à la première qui semble autant intéressée qu’elle par ce non évènement. Ces deux filles sont consternantes, me dis-je.

            L’Orchestre dirigé par Oswald Sallaberger donne l’ouverture de Don Giovanni puis Daniel Bizeray, directeur, entre en scène. Il appelle à son côté Laurence Tison, en charge de la Culture au Conseil Régional et à la ville de Rouen, lourde tâche pour une si jeune femme, disent en d’autres termes mes voisines qui, après le discours improvisé de ladite, trouvent qu’elle a de l’avenir, cette petite.

            Le programme de la saison Zéro Huit Zéro Neuf est ensuite commenté par Daniel Bizeray qui, dit-il, vise à l’excellence et se félicite des plus de huit mille abonné(e)s de la saison présente. Je note avec satisfaction que les Ballets de Monaco ne repassent pas par Rouen l’an prochain et que la danse urbaine fait son entrée avec Pokemon Crew et la Compagnie Rêvolution.

            Deux intermèdes savoureux, l’un chanté par Shigeko Hata (qui sera là pour un récital et pour le Requiem de Mozart), l’autre dansé par Sylvain Groud en duo avec le violon de Jane Peters et Oswald Sallaberger sort de sa poche un petit papier soigneusement plié où il a inscrit ses deux citations à ne pas oublier, la bien connue « Sans la musique, la vie serait une erreur. » de Friedrich Nietzsche et, pour parler du concert gratuit donné lors de l’Armada, « La musique est la mémoire de la mer » due à Miguel Angel Asturias, un concert en extérieur dédié à l’amour et à la paix et qui sera « plutôt côté swing que cérémonie »

            Après, c’est cidre et petits fours rustiques. Une dame demande à une autre si elle se réabonne et celle-ci répond :

            -Oui, jusqu’à ma mort.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Samedi 14 juin 2008

            Au Son du Cor en terrasse malgré le temps mauvais, coincé entre deux tables où l’on discute entre artistes et administratifs, je tente de lire La Tombe des lucioles de Nosaka Akiyuki, publié en poche chez Picquier, le récit bien noir des bombardements du Japon par les Américains lors de la deuxième guerre mondiale. Submergé par les propos de mes voisin(e)s, aide à la création, pré-achat, travail en amont, sortie d’atelier, création d’évènement, coproduction, et considérant l’arrivée d’un nuage plus noir que les autres, je lève le camp et avant qu’il ne soit trop tard passe par la mairie où l’on demande avis à l’habitant : Quoi faire à la place du Palais des Congrès aujourd’hui en ruine ?

            Ce n’est pas que j’aie envie de mettre ma petite croix là où il convient de la mettre en réponse à la question : « Etes-vous d’accord avec le projet de reconstruction Espace Monet-Cathédrale ? » ni de noter mon point de vue sur le petit carton avant de le glisser dans l’urne. Je suis juste curieux de lire ce qu’ont écrit mes concitoyen(ne)s sur le cahier de doléances.

            Les Rouennais et les Rouennaises ne sont pas d’accord avec le projet. Ils veulent de l’herbe à la place, qu’ils n’auront pas, le terrain est privé. Quelques perturbateurs suggèrent de réhabiliter le bâtiment actuel. Certains doutent de l’impartialité de la consultation. Que de l’attendu.

            Un habitant écrit que c’est aux élu(e)s de s’occuper de ça, lesquel(le)s sont là pour avoir des idées et prendre des décisions. C’est exactement ce que je pense. Je refuse de soutenir cet exercice de démocratie participative à la Marie-Ségolène.

            Cela dit, si vraiment je peux avoir ce que je veux à la place du Palais des Congrès, je demande une grande médiathèque et comme architecte Frank Gehry.

par michel perdrial publié dans : Politique rouennaise
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Vendredi 13 juin 2008

            Hier je rentre du marché des Emmurées complètement draché, mon parapluie dézingué ne suffisant pas à me protéger de l’averse mais peu m’importe je viens d’y trouver Suicide mode d’emploi, le livre interdit de Claude Guillon et Yves Le Bonniec (auteurs également de Ni vieux ni maîtres), publié en mil neuf cent quatre-vingt-deux aux Editions Alain Moreau.

            Un livre posé avec une quinzaine d’autres sur un meuble, vendu par une brocanteuse à qui j’en demande le prix.

            -Ah, vous n’allez pas faire ça, me dit-elle.

            Je la rassure, elle me verra la semaine prochaine.

            -Il a été interdit ce livre, ajoute-t-elle.

            Je le sais bien, j’en ai déjà un exemplaire chez moi. Je m’inquiète du prix qu’elle va me proposer. À tort, puisque je l’emporte pour deux euros. C’est presque du vol mais c’est elle qui le veut ainsi, dis-je à ma conscience.

            C’est la troisième édition de mil neuf cent quatre-vingt-deux, revue et augmentée, qui est devenue mienne. Au dos, des extraits de presse significatifs tirés du Monde « Un plaidoyer richement informé », du Meilleur (l’un des pires journaux de l’époque) « Un livre abominable », du Quotidien du Médecin « Un ouvrage sérieux sur un sujet tabou » et ce texte signé des deux auteurs : « Qu’on se rassure, nous n’aimons pas la mort. Nous préférons savoir que des enfants s’aiment, qu’un prisonnier s’évade, que des banques brûlent, que la vie en un mot manifeste. »

            Un peu séché, je regarde sur Internet ce que l’on dit de cet ouvrage maudit.

            Je lis sur Ouiquipédia l’histoire de son interdiction, neuf ans après la parution, et apprends qu’« aujourd’hui presque introuvable, il se négocie à partir de deux cent cinquante euros ».

            Pas de trace de lui chez Price Minister. En revanche, j’y trouve un Anti suicide mode d'emploi de Nadia Nadège (un pseudo évidemment) publié aux Editions Vecteurs, dont la couverture démarque celle de Suicide mode d’emploi.

            L’auteure, m’apprend la quatrième de couverture, « est animatrice formatrice dans de grandes entreprises françaises et étrangères. Elle y enseigne des méthodes de développement personnel basées sur la réussite et sur l’optimisme en toutes circonstances ». Tout à fait le genre de personnes qui, quand je les côtoie, me donnent envie de me suicider.

par michel perdrial publié dans : Littérature
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Vendredi 13 juin 2008

            Le neuf juin dernier, j’écrivais ceci : « Vendredi soir c’est au Conservatoire que je me pose pour la soirée Percudanse qui associe les classes de danse et de percussions dirigées, me dit le programme, par des « professeurs émérites ». Que ces professeur(e)s soient à la retraite et continuent à enseigner partiellement, ce qui est la définition du mot émérite, j’en doute ou alors ils ne font vraiment pas leur âge ; qu’ils aient du mérite, ça je n’en doute pas, les apprenti(e)s percussionnistes, danseuses et danseurs s’en sortent plutôt bien. »

            Ce matin dans ma boîte à mails, un message de la professeure ayant rédigé le programme me met gentiment sous les yeux la définition d’émérite, tirée de l’édition deux mille sept du Petit Robert :

            « Un : (vieux) Retraité, honoraire.

            Deux : Figuré (vieux). Qui a une longue pratique de la chose, a vieilli dans son emploi (chevronné, invétéré)

                        Moderne. Qui, par une longue pratique, a acquis une compétence, une habileté remarquable (distingué, éminent, expérimenté). »

            Ça m’apprendra à faire confiance à ma mémoire alors que j’ai, à portée de clavier, tous les dictionnaires souhaités et, à mes pieds, le Petit Robert offert par ma grand-mère pour mon mariage, édition de mil neuf cent soixante-treize. La définition d’émérite dans ce vieux dictionnaire est exactement la même.

            Pour être complet, j’ajoute que, comme ne le dit pas le Petit Robert mais le dit Ouiquipédia, « Dans le domaine de l'enseignement supérieur, l'éméritat est un titre honorifique accordé à certains professeurs admis à faire valoir leur droit à la retraite. Décerné en considération des travaux et des services rendus, ce titre permet également à son bénéficiaire de continuer à exercer quelques activités universitaires ou scientifiques, en particulier en ce qui concerne l'encadrement de doctorants. »

            C’est dire si certain(e)s professeur(e)s sont émérites !

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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