Mercredi 4 juin 2008

            J’ouvre au Son du Cor le roman de Murakami Haruki Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil dont les deux premières phrases sont Je suis né le quatre janvier mil neuf cent cinquante et un. La première semaine du premier mois de la première année de la seconde moitié du vingtième siècle.

            Tiens, me dis-je, voilà un écrivain qui sait compter, pas comme Hugo Victor qui écrivait Ce siècle avait deux ans pour parler de l’année mil huit cent deux.

            Cette date de naissance significative, continue Murakami, me valut d’être prénommé Hajime, ce qui signifie « commencement ».

            Je suis né le deuxième jour de la seconde moitié du deuxième mois de la première année de la seconde moitié du vingtième siècle.

            Je ne crois pas que mes parents s’en soient rendus compte.

par michel perdrial publié dans : Littérature
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Mardi 3 juin 2008

            Nul jour sans que je me réjouisse de n’être plus employé par l’Education Nationale. Pas seulement parce que je suis libéré de l’esclavage salarié. Aussi parce que je ne suis pas obligé d’obéir au fat sot que les inconséquent(e)s ont mis à la tête du pays, ni d’appliquer les textes de son gouvernement, et je songe avec peine à celles et ceux que je connais (ou non) qui doivent subir l’aggravation permanente de la sarkoze dans les écoles, les collèges, les lycées, les universités.

            Ce lundi, Sarkozy et Fillon y vont séparément, chacun essayant de faire de l’ombre à l’autre puisqu’ils ne peuvent plus se supporter. Le Tout Puissant de la République annonce pour bientôt l’allégement des heures de cours dans les lycées (moins de profs à payer) et la formation future des enseignant(e)s à l’Université (plus d’Instituts Universitaires de Formation des Maîtres à financer, accessoirement plus d’argent à verser à certains des apprentis enseignants). Pendant ce temps, celui qui fait figure de premier ministre, accompagné des Céhéresses, du ministre de l’Education et de celle de la Justice, sème la perturbation dans le lycée parisien où il dévoile un plan antidrogue (les drogué(e)s sont forcément des lycéen(ne)s, surtout celles et ceux d’un lycée de périphérie particulièrement contestataire).

            De quoi faire un peu oublier, espèrent-ils, qu’ils sont incapables de résoudre les crises du chômage, de l’énergie, du logement, de la baisse du pouvoir d’achat et cætera.

            Aujourd’hui, Sarkozy se rend en Haute-Savoie sur les lieux d’un accident d’autocar pour se recueillir devant des corps de collégiens morts. Ça, il sait faire. Jeudi, il sera à l’enterrement bling bling du couturier Yves Saint Laurent, fausse gloire de l’époque, qui, selon son compagnon Yves Bergé, a libéré la femme en lui permettant le pantalon (oui mais seulement avec des talons hauts, précisait Saint Laurent quand il était vivant).

            Je croyais que c’était Moulinex qui avait libéré la femme, j’en apprends tous les jours.

            Et j’en ai encore à apprendre comme me le fait remarquer Mister Crocodile qui m’écrit ceci après avoir lu ce qui précède :

            « C'est Chanel qui se vantait d'avoir libéré la femme, et YSL (ou Pierre  Bergé) disait qu'à sa suite il lui avait donné le pouvoir en lui  permettant le port du pantalon. Avant que le tailleur-pantalon ne soit introduit dans les collections d'YSL (en 1972 si je me souviens bien), les employées d'Hélène Lazareff (par exemple, mais c'était comme ça partout) n'avaient pas le droit de porter autre chose qu'une robe ou ne jupe sur leur lieu de travail.

            Bon, c'est peut-être futile, mais je pense que ça a joué son rôle quand même, non? »

            Heureusement qu’il est là pour m’éviter d’écrire trop de bêtises.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Lundi 2 juin 2008

            Un dimanche menacé par le ciel orageux mais rien ne craque. Je peux avec elle aller de vide-greniers en vide-greniers, près de Rouen d’abord, à Mont-Saint-Aignan (village) et à Franqueville-Saint-Pierre, puis à Léry dans l’Eure où il s’agit aussi de dire bonjour à ma sœur et à son mari qui tiennent boutique pour la journée.

            Ce n’est pas une journée faste. Peu de cédés et peu de livres à mon goût. Dans ma besace, il y a quand même le premier tome d’Auschwitz et après de Charlotte Delbo, paru en mil neuf cent soixante-dix aux Editions de Minuit : Aucun de nous ne reviendra.

            -J’ai l’impression que tu fais plus de trouvailles intéressantes quand je ne suis pas là, me dit-elle.

            Elle se trompe complètement, tout est affaire de hasard. Ce même dimanche, après son départ, je visite un ultime vide-greniers, celui du Grand-Quevilly et ne trouve rien à y acheter.

            La veille, avant son arrivée, je suis également revenu bredouille de Saint-Etienne-du-Rouvray où je me trouvais avant même l’ouverture au public.

            Au prix où est l’essence aujourd’hui, ces pérégrinations de ouiquennede représentent un beau gaspillage. Reste le plaisir de côtoyer dans la même journée les riches de Mont-Saint-Aignan (village) et les miséreux de Léry/ Val-de-Reuil.

            Etrange organisation ce vide-greniers de Saint-Etienne-du-Rouvray installé dans le parc Henri-Barbusse, un jardin entouré de grilles. Samedi matin à sept heures tout le quartier est embouteillé par des centaines de voitures ne pouvant entrer que par vague de cinq ou six. En attendant leur tour, quasiment tous les automobilistes laissent tourner le moteur en toute inutilité. Certains le laisse même tourner quand ils déchargent. Pourtant beaucoup, cela se voit notamment à ce qu’ils vendent, sont pauvres.

            S’ils ont ainsi la tête dans le sable, me dis-je, ce n’est pas qu’ils se soient levés trop tôt, ni que les pauvres ne réfléchissent pas (la même attitude se constate chez les riches), c’est juste que la catastrophe qui se profile fait trop peur. Il vaut mieux ne pas la regarder en face.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
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Samedi 31 mai 2008

            Eh bien, finalement, Désiré, le lycéen de Marcel Sembat, passe devant le Tribunal Administratif de Rouen, libéré certes du Centre de Rétention de Oissel, mais le préfet, contrairement à ce qu’avait promis un de ses subalternes au Réseau Education Sans Frontières mercredi dernier, n’a pas renoncé. L’Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière court toujours.

            Me voici donc ce vendredi, à quatorze heures, pour la première fois, dans les nouveaux locaux du Tribunal, avenue Gustave-Flaubert. On entend encore des bruits de perceuse dans le bâtiment, un bel hôtel particulier entièrement rénové. La salle d’audience est climatisée, bientôt emplie par les enseignant(e)s et non enseignant(e)s du lycée. Des élèves sont également venu(e)s mais l’avocat juge préférable de les laisser dehors, bon, de toute façon il n’y plus de place. Les policiers qui viennent d’arriver avec deux prisonniers extraits du Centre de Rétention doivent rester debout. Nous sommes quatre du Réseau et trois de la Cimade (l’association protestante qui a une permanence au Centre de Rétention). L’oncle et la tante de Désiré ont fait le voyage de Paris.

            Monsieur le juge de la reconduite à la frontière ne fait son apparition que peu avant quinze heures. Le jeune avocat de Désiré plaide longuement et efficacement. Il affirme qu’un garçon ayant quitté la Côte d’Ivoire à onze ans et ayant maintenant plus de dix-huit ans est de culture française, indique que tous les camarades de lycée de Désiré ont signé une pétition pour lui, et insiste sur le fait que Désiré, qui vivait à Paris chez son oncle et sa tante, est arrivé à Rouen à la demande du Effecéherre qui l’a repéré pour ses grandes qualités de fouteballeur. Il ajoute que les Girondins de Bordeaux ont déjà un œil sur lui, un argument de choc (Un étranger qui sait jouer au foute est un Français qui s’ignore, ça c’est moi qui le dis).

            Désiré, à l’invitation du juge, prend la parole pour dire que sa vie est en France. L’affaire est mise en délibéré. Tous les soutiens (sauf les trois personnes de la Cimade) s’apprêtent à quitter la salle laissant les deux autres convoqués quasiment seuls devant le juge. Je décide de rester.

            Le juge s’occupe maintenant d’un jeune homme d’une trentaine d’année originaire du Nigeria qui bénéficie d’un interprète. Son avocate plaide rapidement mais efficacement. Elle insiste sur le fait que la vie de son client est en danger. Au Nigeria, il a fait partie du mouvement Emancipation du Delta du Niger, des terroristes selon le gouvernement. Il a ensuite aidé un Hollandais employé d’une compagnie pétrolière, retenu en otage par ce mouvement, à s’évader et est considéré comme traître par son organisation. Il risque deux fois la mort s’il retourne dans son pays.

            Affaire suivante, c’est un Indien d'une trentaine d’années. Il vit dans l’Oise. Il n’a pour avocate que celle de permanence qui ne se foule pas. Elle indique seulement au juge que son client (si on peut dire) a une petite amie française depuis deux ans, parle d’une lettre des parents de cette jeune femme qui disent du bien de lui.

            Affaire suivante, c’est un Chinois. Il n’est pas là. Il est jugé en son absence. Cette fois l’avocate de permanence ne fait même pas le minimum.

            Monsieur le juge de la reconduite à la frontière se retire pour délibérer avec lui-même. Il revient moins d’un quart d’heure plus tard. Pour les trois derniers, l’Obligation de Quitter le Territoire Français est confirmée. Pour Désiré, l’Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière est annulé.

            Dehors les camarades de Désiré exultent. Les deux indésirés vont repartir avec les menottes. Je pense à l’amoureuse du jeune Indien.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Vendredi 30 mai 2008

            Un ciel noir ce jeudi soir à l’heure où je me dirige vers l’Opéra de Rouen, rien à voir cependant avec les nuages du matin, résultat des pneus enflammés, au mépris des poumons de l’habitant(e), par les ouvriers et employés à chasuble jaune fluo des ports du Havre et de Rouen bloquant le pont Guillaume-le-Conquérant, venus là demander des comptes aux socialistes, celles et ceux du Sénat s’étant abstenu(e)s lors du vote de la privatisation. Entre cette colère et celle des marins pêcheurs, l’Armada dans un mois risque de donner lieu à une vraie bataille navale, me dis-je en m’installant en corbeille.

            Dernière soirée danse de la saison dans la noble maison, au programme trois chorégraphies d’Angelin Preljocaj, deux courtes pour duo et une longue pour douzaine de danseurs et danseuses.

            Annonciation met en scène deux jeunes filles, Marie et l’ange, comme décor un simple muret, pour musique Crystal Music de Stéphane Roy et le Magnificat d’Antonio Vivaldi.

            Centaures suit, avec deux garçons sur un plateau nu, décor d’une fin de monde, sur une musique de György Ligeti.

            Après l’entracte, Eldorado, six filles six garçons, chacun(e) doté(e) d’un panneau où se découpe une silhouette lumineuse à tête de fleur, une chorégraphie créée en deux mille sept à la demande de Karlheinz Stockhausen sur son envoûtante musique Sonntags Abschied, la scénographie étant signée de Nicole Tran Ba Vang, une évocation de paradis perdu.

            Trois réussites qui suscitent de nombreux applaudissements. Je sors de là content, ravi à l’idée de retrouver Angelin Preljocaj, dans le même lieu, à la saison prochaine, pour Cendrillon, création pour vingt-six danseuses et danseurs, donnée pour Automne en Normandie.

par michel perdrial publié dans : Danse
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Jeudi 29 mai 2008

            Les membres du Collectif des Sans-Papiers  de l’agglomération rouennaise sont déjà là avec leur musique et leurs chants quand j’arrive à quinze heures près la Préfecture où le Réseau Education Sans Frontières appelle à se retrouver ce mercredi vingt-huit mai deux mille huit. Très vite nous formons un rassemblement conséquent sur le parvis de l’église de la Madeleine.

            Cependant qu’une délégation du Réseau franchit les grilles de la Préfecture, après contrôle policier, pour une rencontre avec les services concernés, une porte-parole égrène au mégaphone le nom des écoliers et étudiants mineurs de l’agglomération dont les parents ont récemment reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français : Khousseila, Eldjia, Baya, Ramla, Melissa, Munhbatar, Anne-Pierrette, Charles-Olivier et ceux des étudiants majeurs qui risquent l’expulsion à tout moment : Timour, Fayçal, Paschal, Seydou Ladis Yvon, Ayakazi…

            Un professeur du Lycée Marcel Sembat de Sotteville-lès-Rouen évoque le cas de Désiré, arrêté lundi dernier dans le train de Paris, placé au Centre de Rétention de Oissel,  devant passer au Tribunal Administratif vendredi à quatorze heures, cela à quinze jours des premières épreuves du Baccalauréat Professionnel qu’il prépare.

            La Chorale Ternative, incomplète mais toujours magistralement dirigée par sa responsable, propose quelques chansons de circonstance.

            Chacun discute ensuite avec ses connaissances cependant que les membres du Collectif des Sans-Papiers reprennent leurs slogans rythmés. Il est justement question du responsable de ce Collectif, lui aussi convoqué au Tribunal Administratif pour une Obligation de Quitter le Territoire, cela après avoir été officiellement employé et payé par le même Tribunal comme interprète lors d’affaires précédentes.

            Le soir venu, regardant le reportage fait par France Trois Haute-Normandie, j’apprends que le Préfet renonce à poursuivre Désiré.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Mercredi 28 mai 2008

            C’est vraiment par simple curiosité, n’ayant pas grand chose à faire ce mardi en fin d’après-midi, que je prends Teor, ce remarquable moyen de transport en commun rouennais, pour grimper jusqu’au Mont aux Malades. C’est la dernière exposition de l’année scolaire à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres (Hihuheffème) de Mont-Saint-Aignan, dans sa galerie La Passerelle. L’Union des Arts Plastiques de Saint-Etienne-du-Rouvray (association d’artistes locaux) a carte blanche pour présenter les travaux de ses membres. Autant dire que ça ressemble à ce qu’on appelle, dans l’Education Nationale, une exposition de travaux de fin d’année et je ne suis pas surpris, dès que j’en ai fait le tour, de constater que tout ça ne m’intéresse pas, cette vingtaine de tableaux et ces deux sculptures de facture banale.

            Bien sûr les présent(e)s ne sont pas de mon avis, et les félicitations fusent en direction des artistes vieillissant(e)s venu(e)s au chevet de leur œuvre : « C’est sympa », « Bravo, vous avez bien bossé ». Peut-être que l’an prochain, ils et elles seront dans la classe supérieure.

            Je me réfugie près du buffet où je goûte le champagne local. Une dame à chapeau me demande si je travaille ici.

            -Non, je suis juste de passage, lui dis-je.

            -Ah, et vous vous intéressez à la peinture ?

            -A l’art en général, oui.

            -A l’art contemporain aussi ?

            -Bien sûr.

            -Ah, moi j’ai du mal avec l’art contemporain, m’avoue-t-elle, mais je sais que ça libère les forces nouvelles de l’humanité.

            Les forces nouvelles de l’humanité ? Je prends la fuite, me fais resservir un peu de champagne tandis que les artistes discutent entre eux, avec ce mélange de complicité et d’animosité qui règne dans ce genre de groupe humain.

            Que va-t-il advenir de leurs tableaux et sculptures ? Ils ont une galerie, rue de la Pie à Rouen, où peut-être ils en vendent. Sûrement pas tout, et je plains leur descendance qui en héritera. Qu’est-ce qu’on va faire des tableaux du grand-père ?

par michel perdrial publié dans : Expositions
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Mercredi 28 mai 2008

            Un qui mériterait deux fois plutôt qu’une d’être reconnu grand romancier c’est Noël Mamère, ancien présentateur de journal télévisé et politicien avisé. Il devrait avoir sa place parmi les plus grand(e)s, à côté de l’écrivain politicien Valéry Giscard (complété d’Estaing par achat de titre tombé en désuétude), le talentueux auteur du Passage, histoire d'amour sur fond de scènes de chasse entre un notaire quinquagénaire et une jeune auto-stoppeuse, que je n’ai pas lu, à côté aussi de l’écrivain présentateur Patrick Poivre (complété d’Arvor par emprunt de pseudonyme), auteur fécond depuis le prématuré Les Enfants de l’aube, écrit à seize ans, que je n’ai pas lu et qui raconte l’histoire d’amour entre Tristan, seize ans, et Camille, dix-sept ans, dans un sanatorium où ils font soigner leur asthme, à côté toujours de l’écrivaine présentatrice Claire Chazal (non complétée), l’émouvante auteure de L’Institutrice, qui narre les amours pudiques d’une jeune institutrice de l’après-guerre rêvant de monter à Paris, que je n’ai pas lu non plus. Oui, Noël, toi aussi tu y as droit.

            Et pourtant, je passe par chez Fabio Lucci ce mardi matin pour m’y fournir en champoint et gel douche à moindre coût et que vois-je sur un rayonnage de ce magasin de discompte, signé Noël Mamère, La Malédiction des justes, un roman dans lequel amours, combats et drames traversent la vie des héros, que je ne lirai jamais, proposé là en pile pour un euro. Un euro pour un livre neuf ! Que vas-tu toucher, Noël, en droit d’auteur sur cette somme dérisoire ? Le sort des grands écrivains d’aujourd’hui est décidément cruel. Celui des champions de l’altermondialisme aussi, te voilà vendu parmi les vêtements de piètre qualité fabriqués en Chine. Malédiction, oui tu peux le dire, deux fois plutôt qu’une.

par michel perdrial publié dans : Commerce
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Mardi 27 mai 2008

            Je ne trouve jamais le plus court chemin pour aller de Rouen à Montville. Ce dimanche matin, une nouvelle fois je m’égare. Je suis seul dans la voiture. Celle qui fait habituellement la copilote est exceptionnellement retenue à Paris. C’est donc contre moi que je fulmine.

            D’autres qui fulminent, ce sont les futur(e)s exposant(e)s de ce vide-greniers organisé par l’Union Musicale de Montville. Leurs voitures sont immobilisées en une longue file d’attente qui obstrue jusqu’à la rue principale du village, un bel exemple d’inorganisation. Je me gare avant l’embouteillage et traverse le terrain de golf miniature pour rejoindre l’endroit  où sont installés les premiers arrivés.

            L’un des organisateurs s’égosille au micro :

            -Mesdames et messieurs, avancez avec votre voiture jusqu’au hêtre.

            Qui aujourd’hui sait encore ce qu’est un hêtre ? Il corrige :

            -Jusqu’à l’arbre avec des feuilles rouges.

            J’achète un lot de bougies tout en considérant les exposants qui s’installent. La tension est vive. Une fille invective sa mère, dont c’est pourtant la fête. Deux voisins d’occasion sont prêts à en venir aux mains. Je suis moi-même un peu énervé, cela m’arrive parfois. Ce n’est pas la musique que diffuse l’Union Musicale de Montville qui peut adoucir les mœurs, en ce qui me concerne tout au moins : je déteste la Compagnie Créole.

            Je retrouve le sourire en apercevant par terre une image que je connais bien, celle de la religieuse d’Enigme, le tableau d’Alfred Agache, en illustration de couverture d’un ouvrage publié par le Musée des Beaux-Arts de Rouen en mil neuf cent quatre-vingt-quatorze et intitulé Guide des Collections (dix-huitième, dix-neuvième et vingtième siècles). Impossible de l’avoir à bas prix, la vendeuse n’est pas accommodante. Je l’obtiens pour le prix que m’en aurait fait un bouquiniste honnête : au tiers du neuf.

            J’y trouve avec plaisir la reproduction de plusieurs de mes tableaux préférés : Enigme bien sûr, Rigolette de Joseph-Désiré Court, Dans un café de Gustave Caillebotte, Les Enervés de Jumièges d’Evariste-Vital Luminais, Portrait de femme d’André Derain, d’autres encore. J’y trouve aussi des tableaux et des sculptures que je n’ai jamais remarqués lors de mes visites. Comment se fait-il que je n’aie pas vu dans les salles du Musée des Beaux-Arts de Rouen la jeune fille longiligne sculptée par Antoine Bourdelle sous le titre Le Fruit ? Serait-elle remisée dans la réserve ? Le premier dimanche de juin ou celui de juillet, j’irai m’en assurer.

            Figure également dans ce catalogue, la reproduction du Groupe des Six, peint par Jacques-Emile Blanche, avec en son centre Marcelle Meyer, honorée il y a peu par Alexandre Tharaud à l’Opéra de Rouen.

            Le commentaire indique que c’est à l’initiative de la pianiste qu’a été composé ce premier volet d’un triptyque en hommage à Erik Satie (les deux autres parties n’ont jamais été peintes). Il cite en conclusion le salut exalté de Max Jacob : Marcelle Meyer, estafette/ célèbre, ô musique, en tes fêtes/ le génie des jeunes prophètes !

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
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Lundi 26 mai 2008

            Samedi matin, j’écoute les informations sur France Culture et j’apprends que ce jour, dans les grandes villes de France, sont organisées des manifestations contre la politique scolaire du gouvernement. Le choix d’un samedi ayant été fait pour que les parents d’élèves et les élèves des lycées puissent être présents en nombre. Je cherche sur Internet ce qu’il en est à Rouen. Un rassemblement est prévu à quatorze heures trente, place de la Cathédrale.

            Je décide d’y passer et constate que peu de monde occupe la place. Pas de lycéens, très peu de parents, pas beaucoup d’enseignants, cela sent d’emblée le bide. Un membre de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (Effecépéheu) m’apprend qu’aucune information n’a été faite par son organisation dans les écoles. Heureusement, la Chorale Ternative met un peu d’animation avec ses chansons contestataires, certaines un peu cucul, d’autres plutôt bien vues. France Trois Haute-Normandie filme la performance.

            Un cortége se constitue derrière la voiture de la Haie Fessue. Il emprunte la rue du Gros où les consommateurs sont bien plus nombreux que les manifestants, remonte la rue Jeanne-d’Arc où déboulent à grand bruit trois énormes camions de pompier pour un intervention qui s’avère mineure et où apparaît en haut, devant la gare, un autre cortège qui m’intrigue, puis tourne à droite vers la Fnaque.

            J’abandonne là et vais voir quel est cet autre cortège. Je ne suis pas déçu. Il est composé de plusieurs fanfares et de deux troupes de majorettes. Je pensais que la majorette avait totalement disparu de nos régions. Je découvre qu’une ville résiste. Sous mes yeux fort intéressés, les Goélettes de Fécamp puis les Albatros de Fécamp défilent au bénéfice du centre commercial Saint-Sever dont les hôtesses distribuent de jolis ballons colorés aux enfants.

            Le petit commerce et l’Education Nationale vont mal, d’où ces deux cortèges un samedi après-midi à Rouen. Le plus ridicule des deux n’étant pas forcément le second, me dis-je, en rentrant chez moi.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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