Rendez-vous samedi après-midi au Grand-Quevilly, devant le théâtre de la Foudre, la Scène Nationale offrant à son échantillon de spectateurs, dans le cadre du parcours précédemment évoqué, la possibilité d’assister gratuitement au spectacle de Carlotta Sagna : Oui oui, pourquoi pas, en effet, dont une phase de l’élaboration a eu lieu en résidence au Centre Culturel Marc Sangnier à Mont-Saint-Aignan.
Il s’agit de se rendre à la Ferme du Buisson près de Marne-la-Vallée. Le voyage est également offert. Le minibus de location s’avère démuni de carte grise. Retour chez le loueur qui avoue qu’il s’agit d’une sous-location auprès d’un concessionnaire de la marque du véhicule. Pas moyen de mettre la main sur cette foutue carte grise et le concessionnaire est fermé. Pendant un moment, oui oui, pourquoi pas, en effet, l’incertitude règne, mais le loueur ne se démonte pas, il donne au conducteur la carte grise d’un autre véhicule, change l’attestation d’assurance sur le pare-brise, et en route avec l’espoir de ne pas croiser la maréchaussée.
Tout se passe bien et grâce à un copilotage brouillon mais efficace, arrivée en avance à la Ferme (Centre d'Art et de Curiosités Culturelles). Une bonne heure de temps libre avant le spectacle, de quoi profiter de la beauté des lieux, ancienne friche industrielle joliment reconvertie, et du chaleureux tumulte du bar. Des gens du spectacle, comme on dit, se reconnaissent et s’embrassent de cette façon exagérée qui leur est propre, comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis longtemps, et même pire, comme s’ils s’aimaient vraiment.
Puis entrée dans la Halle où a lieu le spectacle, l’un des neuf donnés au cours de ce ouiquennede consacré à la danse. Davantage de spectateurs que de places assises, on distribue aux malheureux derniers des coussins pour les aider à poser leurs fesses sur les marches métalliques.
Et voici les danseurs, trois jeunes gens aux dents longues face à un vieil homme désabusé. Deux filles et un garçon qui cherchent à distraire de son Sudoku, l’ancien danseur dont le physique rappelle tout à fait celui d’Alberto Moravia. On comprend vite qu’il s’agit là d’une réflexion sur le rapport entre générations, sur la transmission, sur l’histoire de la danse, sur la vieillesse rapide des danseurs, et tutti.
Les spectateurs sortent de là plutôt contents. Certains avec des bémols, d’autres enthousiastes. Je me situe entre les deux, hé hé. Et plutôt enclin à voir dans le vieux danseur et dans le jeune danseur (multiplié par trois) un seul et même individu aux deux âges de sa vie, débutant inquiet et courageux, vieillard inquiet et courageux, sachant le prix qu’il en coûte d’avoir des rêves et de les réaliser.
Allez, je donne le dernier mot au vieux danseur : « J’en ai marre, je rentre chez moi et je branche le répondeur ». J’en ressortirais bien samedi dix-sept, afin d’y retourner, à la Ferme du Buisson, pour la nuit érotique : performance de séduction, réunion Fuckerware, conférence médico-ludique, défilé de hot couture, initiation à la photo de nu, démonstration de ligotage à la japonaise et autres coquineries, oui oui tout cela me plaît bien, dommage que Marne-la-Vallée soit un peu loin.