Dimanche 14 janvier 2007

Température douce et ciel bleu sur la ville. Magasins (certains) ouverts le dimanche. Par autorisation préfectorale, l’ouverture des magasins. Le bleu du ciel et la douceur de la température, peut-être par réchauffement planétaire.

Comme le suggère un lecteur de Télérama cette semaine, attribuant le propos à Alphonse Allais : Les commerces ouverts le dimanche devraient être exclusivement réservés aux commerçants qui ne peuvent pas faire leurs courses dans la semaine.

Dédaignant les soldes, passé un moment au Pub Station, avec dans les oreilles une musique salsa distillée par Radio Latina, pour y continuer la lecture d’Être sans destin d’Imre Kertész, et comme c’est bizarre de lire une histoire aussi tragique dans une ambiance aussi festive.

Sorti de là pour acheter un pain aux céréales chez le boulanger le plus proche de chez moi, ouvert quant à lui tous les dimanches. Sur son comptoir un écriteau : « Pour cause de flemmingite aiguë, la boulangerie fermera désormais à dix-neuf heures le dimanche. »

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Jeudi 4 janvier 2007

Virée sur la côte, direction Dieppe avec détour par Pourville-sur-Mer. Pluie sur la route. Soleil et vent à l’arrivée.

Petite escale à Pourville. Manifestement, la mer attaque la côte à coups de galets. Le bord de mer se barricade derrière des planches, il ne fait pas le poids. On sent bien le village assiégé et perdant un jour ou l’autre.

A Dieppe, grand vent et grosses vagues, mais rien à craindre pour la ville, lointainement bâtie Un tour du port de pêche, bien calme. Déjeuner foie de lotte et sardines grillées. Petit café gourmand. Un bon bol d’air sur la plage puis glandouillage au café des Tribunaux.

Trois observations liées à la vie locale: La casquette se porte toujours bien à Dieppe. Le chien genre caniche circule emballé dans un manchon souvent de couleur rouge. L’homme va seul acheter le pain à midi (sans doute envoyé par sa femme retenue aux fourneaux).

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Mercredi 27 décembre 2006

Déjeuner au Marégraphe, à la table soixante-seize, celle qui a la meilleure vue sur la Seine, ses ponts anciens et nouveau, ses grues décoratives ou en fonction, ses péniches rares. Au menu, assiette d’entrées froides et biche sauce civet, un petit vin blanc en accompagnement.

Retour par le quai dans la froidure d’hiver, ciel brumeux et nombreuses fumées d’usines à l’horizon. Quelques coureurs et quelques patineurs à roulettes inspirent à pleins poumons les particules délétères contenues dans l’air pollué. On appelle cela faire du sport. Mieux vaut pour sa santé choisir la petite sieste.

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Dimanche 24 décembre 2006

Noël, ça peut commencer par un très beau concert de la Maîtrise du Conservatoire à l’église Jeanne-d’Arc le vingt-trois décembre, suivi d’un réveillon le même jour, sangria sylvaner bordeaux, on se retrouve le matin du vingt-quatre avec un jour d’avance sur tous les autres, quai rive droite de Rouen, à s’aérer l’esprit et se dérouiller les jambes en marchant jusqu’au-delà du nouveau pont. On y croise un peu après onze heures, une tribu de chrétiens évangélistes ou charismatiques, frigorifiés dans leurs gros manteaux qui chantent l’arrivée de Jésus. Sur le quai d’en face, rive gauche, à grands coups de klaxon le père Noël passe sur une moto, à fond la caisse. Quel que soit celui qui arrivera le premier cette nuit, père Noël ou Jésus, il sera en retard sur ceux qui ont fait la fête le vingt-trois décembre.

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Jeudi 21 décembre 2006

Début d’après-midi. Petite attente dans le froid hivernal avant d’entrer dans le tout rénové Gros-Horloge. C’est gratuit et on ne peut s’y tenir qu’à vingt. Grimpette par l’étroit escalier colimaçonné, essai du guide auditif, explications trop pédagogiques pour être intéressantes, oublions cet instrument et passons de salle en salle, oh ! la belle vue sur l’horloge couverte d’or, plus haut les mécanismes, un écran où défilent des images des décennies anciennes avec défilé militaire et passage de voitures sous un Gros-Horloge tout sale, deux petites fenêtres s’ouvrant sur la rue où s’affaire une foule ennoëlisée. Changement d’escalier, on se frôle avec ceux qui descendent, passage de salle en salle et arrivée en haut du beffroi sur le chemin métallique qui en fait le tour. Superbe vue sur la ville. La cathédrale de face dans son entier, le palais de justice rénové lui aussi, plus loin l’abbatiale Saint-Ouen; de l’autre côté, la Seine et son nouveau pont, le soleil orange qui se couche vers Saint-Sever au dessus des laids immeubles de la rive gauche.

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Samedi 2 décembre 2006

Onze heures sur le parvis de la cathédrale, autour de Patrice Quéréel, un bon groupe de curieux s’agglomère afin d’avoir quelques lumières sur les dessous érotiques de la ville. Un regard pour Adam et Eve accrochés à la tour de Beurre et direction le portail nord dit de Saint-Jean où Salomé sur les mains danse afin d’émoustiller les vieillards libidineux et d’en obtenir la tête de Saint Jean-Baptiste.

Entrée dans l’édifice. Sur un vitrail, Sainte Agathe se fait arracher un sein d’un coup de tenaille, semblant en jouir plus qu’en souffrir. Un peu plus loin, sur un tableau, Sainte Cécile meurt doucement, abandonnée et alanguie sur sa couche, se faisant baiser les mains et les pieds.

L’accès au déambulatoire étant interdit ce samedi matin, c’est de loin qu’est évoquée la rencontre en ces lieux du Léon et de l’Emma de Gustave Flaubert dans Madame Bovary, rencontre qui précède la célèbre scène du fiacre rideaux tirés parcourant les rues de la ville.

Direction l’église Saint-Maclou où chacun s’approche de la porte en bois sculpté pour y regarder de près deux braves satyres en érection. Puis tête en l’air on s’efforce d’apercevoir malgré la lumière défavorable une femme nue et échevelée entre les jambes d’une gargouille.

Arrivée devant la façade de l’hôtel d’Etancourt exilée ici au vingtième siècle pour faire place à un triste Monoprix près du Gros-Horloge. Pâris est là hésitant entre Vénus, Athéna et Héra, mais les statues ayant été reposées dans le désordre le malheureux leur tourne le dos.

Pas très loin, rue du Petit Mouton, l’hôtel du même nom où se rencontraient Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir quand celle-ci enseignait au lycée Jeanne-d’Arc, un hôtel à double entrée, moitié maison de passe, moitié maison de pensionnaires. C’est en ce lieu que Jean-Paul et Simone s’essayèrent à l’amour à trois avec Olga.

Traversée de la rue de la République et enfilage de la rue de l’Hôpital jusqu’à l’hôtel particulier où sur une colonnade deux femmes nues bien en chair regardent d’un air concupiscant un endroit précis situé entre elles, se trouvait là un bel homme en érection, qu’a fait disparaître le dix-neuvième siècle avec sa morale néfaste, on ne peut désormais qu’imaginer la scène.

Pour finir, un petit tour au musée des Beaux-Arts, où sous la verrière la statue d’Oreste présente sa nudité décontractée, prés de lui son glaive à la poignée phalloïde. A proximité, et sorti des réserves spécialement pour la promenade érotique, un tableau de Zacharie, professeur de Marcel Duchamp au lycée Corneille, représentant une femme nue visage caché jouant avec des pigeons, tableau dans lequel Patrice Quéréel voit l’inspiration de l’œuvre posthume de Marcel : Etant donné Un La Chute d'eau, Deux Le Gaz d'Eclairage.

Le public déjà bien éclairé peut alors de disperser. S’il veut en savoir plus, n’a qu’à acheter Rouen érotique de Patrice Quéréel paru aux éditions du Perroquet Bleu en vente dans toutes les libraires et l’ouvrage en mains cheminer entre les soixante-neuf stations.

Ouvrir les yeux aussi en déambulant dans la ville pour faire ses propres découvertes et ne pas croire qu’à Rouen l’érotisme ne se conjugue qu’au passé, ainsi récemment Albert (tiny), maire, a fait installer à l’entrée de chaque rue piétonnière, pour en contrôler l’accès automobile, de bien belles bornes érectiles qui après le passage d’un véhicule autorisé sortent de terre avec beaucoup de virilité.

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Jeudi 30 novembre 2006

Course un peu partout à la recherche d’un téléphone, des écouteurs dans les oreilles écoutant France Culture où j’apprends que Sarko (le fat sot) a annoncé sa candidature à la présidentielle dans les journaux régionaux. Il y a une semaine, Sarkolène (la pure hautaine) avait ses meilleurs scores d’élection interne dans les régions. Un seul slogan pour tous les deux: Travail Famille Région.

Passage par la rue du Petit Salut, une bande de jeunes vêtus de rouge marqué Sidaction, collés contre un mur et se faisant remonter les bretelles par un gros barbu, un cautche comme on dit maintenant, sorte de gourou chargé d’électriser ses troupes: Si ça ne vous intéresse pas plus que ça, je vous autorise à rester chez vous, éructe-t-il. Ça n’a pas l’air rose tous les jours dans la charité publique.

Un peu plus loin, rue Alsace-Lorraine, une femme à son compagnon: Donne-moi une bonne raison d’avoir confiance dans l’avenir. Il ne trouve rien à lui répondre.

Finalement, traversée de la Seine et achat du téléphone chez Leclerc à Saint-Sever, le mien en panne depuis longtemps, toujours j’ai remis au lendemain la corvée de le renvoyer au fournisseur, me décidant soudain ce matin, pour découvrir que la garantie est échue depuis quatre jours et que je peux donc m’asseoir dessus, c’est dire qu’aujourd’hui s’il y a quelqu’un qui m’énerve, c’est bien moi.

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Lundi 27 novembre 2006

Passé devant la cathédrale, hier dimanche, revenant de la rive gauche, vers dix-sept heures, parvis encombré de boutiques en bois, pâle copie d’un marché de Noël des contrées du Nord ou de l’Est, occasion supplémentaire pour les commerçants de s’en mettre plein les poches. Entré dans la cathédrale où se tenait un concert à l’occasion de l’ouverture de ce marché. Plus une place pour s’asseoir. Bien plus grand succès que la messe dominicale du matin. Au programme: Tableaux d’une exposition de Moussorgski. La version orchestrée par Maurice Ravel. Jouée par un ensemble de cuivres. Pas resté. Trop de cuivres nuit au plaisir de l’ouïe.

Rive gauche, près du jardin des Plantes, avais déjeuné alsacien, invité à la dégustation d’un baeckeoffe accompagné de riesling. J’ai offert à l’hôtesse le Manuel de survie de David Borgenicht, elle en aura besoin ayant de multiples activités professionnelles et extra professionnelles et étant de surcroît mère d’un adolescent. Elle saura désormais faire face à un taureau qui charge, passer d’une moto à une voiture en marche, sauter du toit d’un immeuble dans un conteneur et se montrer à la hauteur de moult autres événements imprévus. David Borgenicht est également l’auteur du Petit livre des questions stupides, à bon entendeur salut.

 

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Samedi 25 novembre 2006

Ce vendredi soir, hier donc, arrivée à dix-sept heures trente dans la grande galerie de l’école des Beaux-Arts pour le vernissage de l’exposition Bon Voyage associant des artistes issus des écoles d’art de Rouen et de Hanovre. Certaines œuvres bien intéressantes mais trop de monde pour les bien voir.

Discussion en anglais approximatif avec l’une des artistes allemandes qui souhaite confier son œuvre, une valisette, à charge de la faire voyager et d’en rendre compte, hélas payante la valisette.

Comme il s’agit de fêter le quarantième anniversaire du jumelage entre les deux villes, les officiels arrivent et l’adjointe au maire chargée de la culture commence à discourir, il est temps de partir.

Remontée de ville, jusqu’en haut de la rue Beauvoisine, galerie Duchoze, pour le vernissage de l’exposition de peinture et de dessins de Vladimir Velickovic, en présence de l’artiste né à Belgrade en mil neuf cent trente-cinq et ayant été témoin dans son enfance des atrocités commises par les nazis en Yougoslavie.

A l’étage de la galerie des corps peints ou dessinés. Dépecés, décapités, mutilés, pendus à des gibets ou à des crochets. Des scènes de torture dans un univers sombre seulement éclairé de taches et d’éclaboussures rouges ainsi que d’un bleu évoquant des chairs meurtries.

Au rez-de-chaussée, des paysages désolés aux  horizons bouchés, peuplés de corbeaux, posés sur un fil ou sur le sol, charognards semblant attendre qu’on leur livre les corps dépecés de l’étage.

Public varié, de tous les âges. Un quinquagénaire barbu, rougeaud et ventripotent s’affale sur un canapé.

-Eh bien, il y en a des gamines ici aujourd’hui, commente-t-il.

Sont visées: une beauzarteuse et des lycéennes appliquées en art ou en arts appliqués, c’est comme on veut.

J’en connais une beaucoup et les autres un petit peu. Discussion sur l’œuvre de Velickovic. Tout le monde très intéressé, entre attraction et répulsion. On trinque avec nos verres en plastique. Vin rouge ou vin blanc. On ressort forcément de là un peu pompette.

Juste le temps de glisser en métro jusqu’au théâtre des Arts où le festival  Automne en Normandie propose le spectacle La Cité Radieuse dansé par le Ballet de Marseille, une chorégraphie élaborée sous la direction de Frédéric Flamand avec l’architecte Dominique Perrault pour la scénographie. Un dispositif d’écrans de mailles et de tissus métalliques manipulés par les danseurs et relayé par un système sophistiqué de caméras projecteurs donnant des perspectives inattendues à partir de points de vue simultanés. Une utilisation de la vidéo bien plus intéressante que celle que l’on voit trop souvent dans les galeries d’art. On quitte les lieux, ayant passé une bonne soirée.

Retour à la maison, par les rues piétonnières, chantant l’un des airs musicaux de cette Cité Radieuse : «Danse, la nuit est tiède et tu es belle… Perfidia, personne ne connaît ton nom, dans un rayon de lune, tu balances tes hanches au rythme profond...

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Mercredi 15 novembre 2006

L’après-midi au Marégraphe. En terrasse. Non chauffée. Etonnant ce temps, non? Qu’en pensez-vous, madame Michu? Pour un quinze novembre. Ce soleil et cette température.

Tout le monde s’en félicite. Alors que c’est peut-être le signe d’un changement climatique catastrophique. Un café et un verre d’eau. La serveuse queue de cheval: Vous écrivez un livre?

De l’autre côté de la Seine, la foire Saint-Romain bat son plein. C’est jour de congé pour les branlotins et les branlotines qui poussent des cris d’effroi dans les manèges à secouer. Il y en aura peut-être certains à qui cela remettra le cerveau en place.

Auparavant, passé par la bouquinerie Le Rêve de l’Escalier où m’attendait une série de photos érotiques, catalogue de l’exposition A Contrevues organisée au Havre, au Bôkal, en novembre mil neuf cent quatre vingt dix-sept. Une édition originale numérotée cinquante-trois sur cinq cents, fermée d’un joli nœud rose, «Voici du poison dont on ne peut se passer.». Ai également acheté Scènes de la vie d’un propre à rien de Joseph von Eichendorff, publié chez Phébus. Le titre m’a plu. Il m’a fait penser à moi.

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