Dimanche 25 mai 2008

            Abonné l’an dernier (pour six spectacles) au festival Automne en Normandie, je fais partie des invité(e)s, ce vendredi vingt-trois mai au Hangar Vingt-Trois, pour la présentation du prochain Automne. J’ai le programme en main et j’écoute Benoît André, le directeur dudit festival, énumérer ce que lui aussi nomme des « moments forts », un tic de langage de gens de la culture.

            Il connaît son programme quasiment par chœur, ne se référant à ses notes qu’exceptionnellement, ce qui sidère l’une de mes voisines, passe de la musique à la danse, de la danse au théâtre, de Rouen au Havre, d’Evreux à Dieppe, du Bec-Hellouin à Saint-Valéry-en-Caux, sans se tromper.

            Des échantillons de spectacles sont offerts au public curieux. Quelques éléments du Poème Harmonique interprètent en vieux françouais des chansons traditionnelles. Des danseurs et danseuses de la Compagnie Emio Greco se livrent à une performance physique assez éblouissante..

            Le couple à ma droite organise fébrilement son futur abonnement. Plus calmement, je barre sur mon programme les spectacles que je verrai avec mon abonnement à l’Opéra, puis ceux qui ne m’intéressent pas, puis ceux qui sont donnés trop loin de Rouen (Fécamp, Le Havre, Dieppe, Evreux et cætera). L’opération faite, je constate que je n’ai pas, cette année, intérêt à prendre un abonnement.

            Benoît André invite tout le monde à boire un verre au Marégraphe, une adresse que je connais bien. Xavier Hauville, traiteur, et ses troupes sont à pied d’œuvre. Je choisis vin rouge et profite au mieux du buffet. L’an prochain, non abonné, j’en serai privé.

            Beaucoup d’enseignants sont présents, surtout du secondaire. Ils font les bons abonnés mais quand ils se retrouvent, ils ne parlent pas de sujets culturels, ils parlent de l’école. Ça donne des choses comme ça :

            -Je te souhaite d’avoir un jour la relation que j’ai avec mes élèves cette année.

            Je les évite, préférant rester seul avec mes pensées. Un peu avant minuit, je discute avec un intermittent du spectacle que j’ai croisé la veille dans la manifestation contre la politique de Sarkozy. Il me dit son désarroi de voir que chez les vingt-cinq trente-cinq ans, presque personne ne se retrouve dans la rue, une constatation que j’ai déjà faite et que je mets sur le compte de la vie que l’on mène à cet âge-là, couple établi, enfants, maison, et tutti.

            -Pas dans le milieu du spectacle, me dit-il, ceux dont je parle ne sont pas dans ce genre de vie, et impossible de les faire bouger.

            Il m’annonce ensuite que bientôt, pour protester contre un gouvernement qui les tond chaque jour un peu plus, des artistes et d’autres gens du spectacle vont organiser une manifestation où ils se feront tondre en public. Toutes les chevelures récoltées seront envoyées à la Ministre de la Culture.

            -La prochaine fois que vous me verrez, me dit-il, j’aurai sûrement le cheveu ras.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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Dimanche 25 mai 2008

            Jeudi vingt-deux mai, j’hérite d’un misérable strapontin à l’Opéra de Rouen pour le concert intitulé Dvorak, Schönberg, Mendelssohn.

            L’avantage d’être abonné depuis plusieurs années, c’est que je connais de vue un certain nombre d’autres abonné(e)s, notamment celles et ceux de première catégorie qui louent à l’année le même fauteuil pour quatre cent soixante euros. Je sais que depuis plusieurs spectacles l’une est absente et je parie qu’il en est encore ainsi ce soir. J’échange mon pauvre strapontin contre son fauteuil bien situé, prêt à le lui rendre si elle arrive.

            Elle n’arrive pas et c’est bien installé que j’applaudis pour leur entrée sur scène les musicien(ne)s de l’Opéra, puis le chef du jour : Pierre-André Valade.

            Cela débute par la Sérénade pour vents en ré mineur d’Anton Dvorak, « ouvrage spontané et bon enfant à la verdeur délectable » selon Christophe Queval qui signe les notices consacrées aux œuvres dans le livret-programme. Je me délecte.

            Suit la Symphonie de chambre numéro deux en mi bémol mineur d’Arnold Schönberg, dont la composition s’enlisa, m’apprend le même, « du fait de la grave crise conjugale qu’il traversa alors, avec la désastreuse fugue de son épouse Mathilde puis le suicide de l’amant de celle-ci, le jeune peintre expressionniste Richard Gerstl ». Je reste un peu en dehors.

            Après l’entracte, Pierre-André Valade (qui dirige sobrement) se présente accompagné de Jane Peters, violon solo de l’Opéra de Rouen, pour le Concerto pour violon numéro deux en mi mineur de Félix Mendelssohn Bartholdy.

            Jane Peters donne la mesure de son talent et suscite à l’issue moult applaudissements qui la font revenir plusieurs fois sur scène. Ma voisine explique à son amie qu’elle adore cette musique, qu’elle est une incorrigible romantique. Je me dis que cette expression mérite de figurer dans un nouveau dictionnaire des idées reçues.

            Jane Peters prend alors la parole pour donner le nom de l’œuvre qu’elle va offrir en guise de remerciement, mais si bas que personne n’entend de quoi il s’agit. Qu’importe, j’en profite tout aussi bien que si je le savais, bien placé comme je le suis, face à la violoniste et guère loin d’elle, dans mon fauteuil d’emprunt.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Samedi 24 mai 2008

            Nouveau retour en arrière : mercredi dernier à Paris sortant de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, je contourne le bâtiment et trouve la rue de Lille. L’Institut Néerlandais se trouve au numéro cent vingt et un. Je dois remonter ladite rue, bien longue, quasiment jusqu’au bout pour le trouver, passant pas loin de l’Assemblée Nationale et croisant donc des policiers en gants blancs. C’est l’exposition d’un copieux échantillon d’œuvres en provenance du musée d’art contemporain néerlandais De Pont situé à Tilburg, dans une ancienne filature de laine, qui m’amène en ce lieu.

            Je paie l’entrée quatre euros. Cela me donne droit à un mini-catalogue format livre de poche. Muni de cet éclairage, je parcours les différentes salles du sous-sol et du premier étage où sont exposés les travaux de plus d’un artiste de talent, que je connais (Jean-Michel Alberola, Christian Boltanski, Marlene Dumas, Bernard Frize, Richard Long, Giuseppe Penone, Gerhard Richter, Bill Viola) ou que je ne connais pas encore.

            Je suis seul un bon moment puis je partage l’espace avec quelques autres, peu, et c’est bien ainsi. M’intéressent particulièrement l’installation de Christian Boltanski Les Concessions (des rectangles de tissu noir sont légèrement soulevés sous l’effet d’un ventilateur, dévoilant ainsi, très partiellement, les photos qu’ils cachent), les Deux fontaines, peintures de Thierry De Cordier (portraits d’hommes accablés, le premier intitulé Image de l’ivresse, le second Autodestruction), The First People, quatre grandes huiles sur toile (bébés nus) de Marlene Dumas, Crop une installation de Roxy Pine montrant grandeur plus que nature un champ de pavots (il y a goûté autrefois), les deux bébés peints par Gerhard Richter, façon photographie floue, Adrian Walker, artist, drawing from a specimen in a laboratory in the departement of anatomy at the University of British Columbia, une photo diapositive de Jeff Wall, présentée dans un caisson lumineux, (Adrian Walker dessine un bras momifié posé devant lui) et l’installation vidéo en forme de polyptique Catherine’s Room de Bill Viola (cinq écrans montrent à différents moments de la journée la même femme se livrant à des activités quasi religieuses dans une lumière très étudiée).

            Avant de rejoindre celle avec qui je dois passer la fin de la journée, je reviens vers ce qui m’attire le plus, m’attire et m’effraie tout à la fois, les dessins d’yeux sanglants de Berlinde De Bruykere et ceux d’yeux où germent arbre ou feuille de Giuseppe Penone. De quoi avoir un peu mal aux miens en sortant, mais il fait croire que j’aime ça.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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Samedi 24 mai 2008

            Suite à ma missive de protestation au Directeur Départemental de la Poste (lettre perdue, explication oiseuse), je reçois ce vendredi une lettre du Responsable Clientèle Local (comme ils disent). Aucune explication, aucune excuse, mais il m’avise que ma lettre n’est pas perdue : « Aussi après enquête, je peux vous confirmer que cette lettre taxée est bien en instance au bureau de Poste de la rue de la Champmeslé. » Elle est à ma disposition jusqu’au vingt-neuf mai deux mille huit, ajoute-t-il. Je n’attends pas. Je me présente immédiatement au guichet muni de mon vieil avis de retrait et de la lettre de ce monsieur.

            J’explique mon cas à l’employé. Il cherche ma lettre dans sa bannette. Elle n’y est point. La Poste continue à se moquer de moi. Cette fois-ci, c’est le Responsable Clientèle Local.

            « Il aurait pu nous téléphoner avant de vous répondre », me dit l’employé. A ma demande, il fait état par écrit de mon quatrième passage au bureau de Poste de la Champmeslé : « Monsieur Perdrial s’est présenté aujourd’hui pour le retrait d’une lettre taxée, celle-ci est absente de nos services (lettre non trouvée dans nos instances). »

            Il ne me reste plus qu’à écrire une deuxième fois au Directeur Départemental de la Poste.

par michel perdrial publié dans : Commerce
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Vendredi 23 mai 2008

            Ce matin je sors de la bouquinerie Le Rêve de l’Escalier avec à la main le Céline scandale d’Henri Godard, publié chez Folio, lorsque j’avise devant la Fnaque une file d’attente bien conséquente. Qui sont ces gens ? Je le sais, ayant vu hier l’affiche où Mylène Farmer pose les cuisses écartées vêtue d’un chorte à pois. Je regarde ma montre. Il est onze heures. La Fnaque ouvrant à dix heures, j’imagine le nombre de places déjà vendues pour son concert au Zénith de Rouen, et la même chose au Grand Magasin de la Vierge. A quel prix ces places ? C’est une surprise, impossible de le savoir avant de venir, et ça ne peut pas être moins cher que Charles Aznavour quand même !

            Quelle femme d’affaires avisée Mylène ! Elle a un journal en vente dans les maisons de la presse. Dans chaque numéro, elle dévoile qu’elle ne veut rien dévoiler. Elle vend aussi plein de produits dérivés et des cédés de collection. Elle sait faire cliqueter le tiroir-caisse. Je trouve ça touchant tous ces gens, là sur le trottoir, prêts à lui donner beaucoup de leur argent, rien que pour la voir.

            Un jour je l’ai croisée à Paris. C’était il y a bien longtemps, c'est-à-dire qu’elle était jeune (mais déjà riche). Elle a jailli devant moi d’une voiture luxueuse et s’est engouffrée dans un immeuble luxueux. Ça m’a fait exactement le même effet que mercredi dernier quand j’ai croisé le juge Renaud Van Ruymbeke, ni chaud ni froid.

            Je l’aime bien pourtant Mylène Farmer. Je veux dire ses chansons, ses clips, ses photos. Je les trouve délicieusement pervers. Pas question cependant de me procurer ses cédés au prix fort. Je ne les achète que dans les vide-greniers, pas plus de deux euros, et elle ne touche pas un centime de mon argent.

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Vendredi 23 mai 2008

            Retour en arrière, mercredi matin je suis à la gare de Rouen avec l’espoir de prendre un train pour Paris. Un espoir compromis par la présence d’un train de type bétaillère à deux niveaux immobilisé voie deux. C’est le train précédant le mien. S’il est encore là c’est qu’il est tombé en panne. C’était déjà le cas hier, m’apprend l’entourage. Les économies sarkoziennes ont leurs conséquences qui font râler le bon peuple mais pas toujours en direction du vrai responsable. La foule des potentiel(le)s voyageurs et voyageuses grossit. Celles et ceux du train en panne descendent. Quand enfin le train en provenance du Havre est annoncé, détourné voie une, c’est la ruée. Je choisis de me rendre en queue de train. Malheur à moi, il y a là un groupe de branlotins et branlotines en voyage. L’une d’elles est munie d’un lecteur de dévédé ambulant. Elle et ses copines regardent une navrante série américaine, voulant sans doute illustrer le proverbe Telle mère, telle fille.

            Je me case le plus loin possible des gêneuses et me plonge dans Treize récits et treize épitaphes de William T Vollmann, un roman (si l’on peut dire) dont je ne comprends pas tout, ce qui me plaît. Je note cette phrase : Le soleil était aussi cuivré qu’un accouplement de mouches dorées.

            Arrivé à Paris, direction le Quartier Latin. Passant devant le Palais de Justice, je vois venir vers moi un homme à petite moustache. Il m’est familier. Je m’apprête à lui dire bonjour quand je me rends compte qu’il s’agit du juge Renaud Van Ruymbeke que je ne connais que de télévision.

            Je fais le tour de mes habituelles librairies d’occasions puis pique-nique dans le jardin médiéval près du Musée du Moyen-Age. Il est temps de me rapprocher de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts. C’est écrit en belles lettres dorées sur la façade du bâtiment à l’architecture imposante et en travaux. Tout cela date d’une époque où l’on y croyait vraiment, me dis-je en franchissant la grille sous l’œil suspicieux de la gardienne. Sur le pavé devant son bureau, une pile de Figaro et de Journal des Finances, gratuits, à la disposition des beauzarteux et beauzarteuses, le genre de détail qui en dit plus qu’un long discours. Je suis là pour voir l’exposition de dessins d’Annette Messager (qui est aussi professeure ici). Ali Baddou l’a invitée à ce propos dans un de ses Matins de France Culture, ça m’a donné envie.

            -Vous traversez la cour, entrez dans la grande verrière et ensuite c’est à gauche, me dit la gardienne

            Superbe, cette verrière en pleine rénovation, Tout autour sont écrits en lettres capitales les noms des artistes du temps de sa construction. Mais où donc est cette exposition ? Je trouve une porte avec un petit mot écrit dessus : Pour ouvrir tirez fort. Je tire fort. Une femme est là assise à une table. Je lui demande. Eh bien, c’est là. Dans le lieu le plus inapproprié pour exposer, une sorte de salle de travail dont deux des tables sont occupées par des secrétaires parlant d’un voyage en Italie.

            -Vous devez écrire votre nom sur ce cahier, me dit l’une d’elle.

            J’écris mon nom sur une sorte de cahier d’écolier. Le total des visiteurs de la veille est indiqué : Quarante-huit.

            Je demande s’il y a un imprimé de présentation de l’exposition .Non, il y a juste un écriteau sur le mur, ne disant à peu près rien. Quant aux dessins d’Annette Messager, cela sent le fond de tiroir, tout un mur de petits Pinocchio, un autre de femmes-monde (tu dessines une femme enceinte et tu remplaces son ballon par un globe terrestre), une vitrine de cartes de France (tu fais une France, si c’est la France nucléaire tu la remplis de dessins de centrales, si c’est la France qui digère tu la remplis d’intestins, tu continues avec d’autres idées du même genre). Il y aussi d’autres choses sur les murs mais je suis tellement déçu que je ne demande pas mon reste. Qu’est-ce qui lui a pris à Ali Baddou ?

            Le seul point positif de ma venue ici, c’est que ça me permet de voir de près à quoi ça ressemble l’Ecole des Beaux-Arts de Paris aujourd’hui. Tout à l’heure, au café La Charrette, rue des Beaux Arts (une rue encombrée de mauvaises galeries d’art), deux professeurs parlant de leurs élèves, l’un disant à l’autre :

            -Oh, cette année, ils ont gentils, assez durs, mais pas du tout au niveau. Je vais leur faire ranger ma réserve. S’ils ne le font pas, ils n’auront pas l’examen.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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Jeudi 22 mai 2008

            Moins de lycéens et de lycéennes que la semaine dernière, mais plein de salariés et de retraités du public et du privé, ça fait beaucoup de monde dans les rues de Rouen ce jeudi matin. Je défile devant avec la Cégété. Je n’ai même pas peur : quarante ans après Mai Soixante-Huit, la Cegété n’est plus tout à fait le syndicat stalinien qu’elle était. Sur sa camionnette, a pris place une bande de branlotin(e)s parmi lesquel(le)s Djembe Man. Le syndicat a même fait fabriquer une belle banderole pour les travailleurs sans papiers. Je croise des pompiers, des ouvrières de chez Carrefour et des travailleuses sociales et laïques de l’Armée du Salut. Un cégétiste porte une grande affiche qui me fait bien sourire. C’est un dessin de Kroll, il est en deux parties : Mai Soixante-Huit, une bande de joyeux drilles chevelus et dévêtus s’éclatent sous l’œil consterné de De Gaulle et de Tante Yvonne, Mai Zéro Huit, Sarkozy et sa Carlitta à poil s’éclatent sous l’œil consterné du bon peuple..

            Tous les manifestant(e)s sont là pour dénoncer la quarante et unième année de travail obligatoire et la contre-réforme des retraites dans son ensemble, celle dont la droite, le patronat et un morceau de la gauche disent que c’est la seule solution. Je pense plutôt que quand une question n‘a qu’une réponse, c’est qu’elle est mal posée.

            Un service d’ordre composé de pseudo-gothiques court partout en toute inutilité, barrant une rue déserte, protégeant un magasin que nul ne songe à piller. Je les trouve un peu inquiétants. Didier Marie et Christophe Bouillon, élus socialistes, font un apparition, vêtus comme pour une communion. Rue du Canuet, le magasin Terre d’Aventures (jeux en tous genres pour jeunots et pour qui n’arrive pas à grandir) annonce à tout le monde sa liquidation totale et garde sa porte ouverte (comme si le gérant souhaitait qu’on en finisse tout de suite).

            Les lycéens et lycéennes scandent un vieux slogan : « Trois pas en avant, trois pas en arrière, c’est la politique du gouvernement ». Doivent pas écouter ce qu’ils crient car aujourd’hui c’est trois pas en arrière et encore trois pas en arrière, la politique du gouvernement de ce fat sot de Sarkozy.

            En haut de la rue Cauchoise, un ouvrier à la peau noire répare la chaussée avec de jolis pavés modèle Quartier Latin d’il y a quarante ans. C’est tentant mais où sont les Céhéresses ? Question pavé, j’ai d’ailleurs ce qu’il faut à la maison : un beau et bon « pavé de Nation », spécialité du boulanger de là-bas, que m’a donné celle que je suis allé voir à Paris hier. Justement il est midi, j’ai faim, je rentre.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Jeudi 22 mai 2008

            Une soirée sans risque, mardi dernier, Alexandre Tharaud est au piano à l’Opéra de Rouen pour un concert hommage à Marcelle Meyer. Je suis en Elle Un au premier balcon, dernière rangée, juste à côté de l’aquarium où se tient l’homme qui se prépare à enregistrer la prestation. De là, le piano semble minuscule mais j’ai bonne vue sur le clavier. Un vieux couple s’installe à ma gauche. Lui est barbu comme un socialiste de mil neuf cent quatre-vingt-un ; elle, accrochée à son téléphone. Elle raconte que dimanche elle ira au Havre pour ses recherches généalogiques. Le mari, devinant l’énervement de l’entourage, lui file un bon coup de coude dans les côtes ; elle se tait. Alexandre Tharaud se dirige vers le piano suivi de sa tourneuse de pages.

            Dire que je ne connais pas Marcelle Meyer. J’ai pourtant déjà dû entendre ou lire son nom à propos du groupe des Six dont elle était, m’apprend le livret-programme, l’égérie. Je découvre aussi qu’elle figure sur le tableau de Jacques-Emile Blanche Hommage à Erik Satie que possède le Musée des Beaux-Arts de Rouen ; il faut que je le regarde bien à ma prochaine visite. « Très loin du conservatoire où son nom même n’était pas évoqué, je l’écoutais des nuits entières. », écrit Alexandre Tharaud, parlant de ses dix-sept ans.

            Marcelle Meyer est morte à soixante et un ans, en jouant du piano. Ce soir, Alexandre Tharaud donne à entendre une sélection du répertoire de cette dame qu’il admire fort. Une heure dix de plaisir, allant de Couperin à Couperin en passant, une ou plusieurs fois, par Chabrier, Rameau, Ravel, Debussy, Milhaud et Poulenc Le public retient son souffle. Bien dommage que certain(e)s prennent la brève interruption entre deux morceaux pour une autorisation de tousser. Cela a toutefois le mérite de réveiller l’abonné qui se tient de l’autre côté de l’aquarium. Alexandre Tharaud semble n’être pour lui qu’un joueur de berceuses ; par trois fois, il sombre. Il n’empêche qu’il d’applaudit à tout rompre (comme on dit) avec tout le monde à la fin.

            Alexandre Tharaud s’en tire avec trois rappels. Bach et Chopin d’abord (deux des composteurs préférés de Marcelle Meyer, nous dit-il) et pour finir encore Chopin avec ce célèbre prélude pillé par Serge Gainsbourg. Je ne peux l’entendre sans que s’y ajoute la voix de Jane Birkin. Je ne sais pas si c’est dommage.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Mercredi 21 mai 2008

            Plusieurs semaines que me fait mal le talon gauche, trop de marche pendant les vacances sans doute. Je suis sur le point de consulter le médecin quand je me souviens d’un précédent.

            C’est dans les années soixante-dix, pendant les vacances d’été. Je suis dans le Lot avec une bande de joyeux et joyeuses gauchistes (comme on disait) campant sauvagement au bord de la Truyère. Un jour, comme un imbécile, je saute d’un talus et me fais vivement mal au talon.

            Ça ne passe pas. Je décide de consulter un médecin et, conscient de l’état de saleté dans lequel je suis, je lave à la fontaine d’eau froide le pied concerné.

            Le médecin ne sait pas quoi faire et me demande (ce qui est une des plus grandes hontes de ma vie) de lui montrer, afin de comparer les deux, mon autre pied, noir de crasse.

            Le traitement prescrit, une pommade anti-inflammatoire si je me souviens bien, n’est d’aucune efficacité. Quand je rentre en Normandie, j’ai toujours aussi mal et pour m’énerver un peu plus, je découvre que ma visite inutile au médecin n’est pas remboursée, celui-ci ayant coché la case visite gratuite, peut-être pour se venger de mon pied si sale.

            Je décide d’aller voir la femme de Robert Vasseur, l’homme de la maison en vaisselle cassée à Louviers. Elle est bien connue, elle aussi. Comme rebouteuse. J’ai vu repartir de chez elle, dansant la gigue sur le trottoir, des joueurs de tennis arrivés là sur un pied, rotule déboîtée ou cheville déglinguée (à cette époque, je faisais semblant de jouer au tennis pour draguer les petites jeunes filles de bonne famille).

            Je sonne à la maison des assiettes cassées, rue du Bal-Champêtre. Madame Vasseur m’ouvre prudemment (elle se méfie d’une dénonciation pour exercice illégal de la médecine), me reconnaît, me fait entrer. Je lui explique mon problème.

            -C’est une talonnade, me dit-elle. Je ne peux rien y faire mais pour la soigner vous n’avez qu’à mettre du coton dans votre chaussure au niveau du talon et dans quelques jours, ça ira mieux.

            Ce que je fais, et effectivement je guéris.

            Ce que je fais une nouvelle fois trente-cinq ans  plus tard, et espère guérir.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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Mardi 20 mai 2008

            L’autre semaine, après un café verre d’eau au Son du Cor, je passe devant la galerie Gérard Boudin. J’aperçois les élèves d’une classe d’école élémentaire du centre de Rouen menée là par leur institutrice. Les enfants regardent avec le galeriste les habituelles peintures navrantes exposées en vitrine.

            Eh bien, me dis-je, en voilà une qui prend au sérieux le désir ministériel.

            Me traverse l’esprit l’idée que cette vaillante enseignante est là pour montrer à ses élèves ce qu’est cet art sans intérêt apprécié par la plupart de leurs pères et mères mais je sais bien qu’il n’est est rien. Elle aime cette peinture et elle communique son mauvais goût à ses élèves. Je crains que pour leur faire découvrir la musique, elle n’utilise les disques de Richard Clayderman.

            Il y a au moins un an, France Trois Haute-Normandie annonçait, dans un rapprochement qui est également un bon exemple de l’idée que l’on se fait de l’art contemporain dans certains milieux, la fermeture de la galerie Daniel Duchoze et celle de la galerie Gérard Boudin. La première est aujourd’hui réduite à portion congrue. La seconde est toujours bien ouverte. Ce jour, au détriment d’une trentaine d’enfants.

            Bon, ils n’ont pas tout perdu les moutards. Gérard Boudin a installé sur le trottoir une petite table sur laquelle sont posés autant de verres d’orangeade que de présents. Et puis, il fait si beau, ils sont quand même mieux là qu’enfermés dans une salle de classe.

par michel perdrial publié dans : Ecole
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