Samedi 9 juin 2007

            Tôt le matin au vide-greniers du quartier Saint-Clément, rive gauche de Rouen, je comptais y croiser le comité de soutien à Baya et Romaïssa, élèves de l’école des Pépinières Saint-Julien, les deux fillettes qui avec leurs parents risquent l’expulsion vers l’Algérie, mais rien de visible, il est peut-être trop tôt

            De retour rive droite, je me rends devant la mairie rouennaise pour soutenir Gracieux, élève de l’école Bachelet, et son père. Ils risquent l’expulsion vers le Congo. Là il y du monde : parents, enseignants, camarades de classe de Gracieux, télévision, radio, journaux, adultes solidaires, et pas moins de trois candidates aux élections législatures : Hélène Klein pour le Parti Communiste, Valérie Fourneyron pour le Parti Socialiste et Laure Leforestier pour le Mouvement Démocrate de Bayrou. Les enfants chantent Nomade de Michèle Bernard, une chanson qui parle du droit des enfants à vivre nomades. Sur la place de l’Hôtel de Ville, un bureau et une chaise vide symbolisent l’absence redoutée de ce petit garçon.

            Une mobilisation qui n’est pas prête de s’arrêter, ici ou ailleurs, car pas un jour depuis les élections présidentielles sans que n’arrivent dans ma messagerie des messages d’alerte du Réseau Education Sans Frontières. Le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale arrête, met en rétention, expulse parents et enfants à flux tendu. Tout est devenu possible.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Lundi 28 mai 2007

            J’arrive à treize heures trente au Tribunal Administratif de Rouen, pour me joindre à ceux venus soutenir, à l’appel du Réseau Education Sans Frontières, la famille Pan de Paris, menacée de reconduite à la frontière.

            La salle est pleine. D’autres menacés d’expulsion sont là, certains venus avec chauffeur et escorte, dans un fourgon policier, extraits pour l’occasion du Centre de Rétention de Oissel, un lieu qui ne figure pas sur les dépliants touristiques vantant les charmes de la région rouennaise.

            Beaucoup d’enfants en bas âge sont également présents, nés « des œuvres » (pour reprendre les termes qu’emploiera la représentante de la Préfecture de Rouen) d’étrangers sans papiers. Au lieu de jouer au parc avec leurs camarades en ce jour sans école, ils doivent passer plusieurs heures dans un tribunal.

            Un tribunal où l’on ne chôme pas en ce lundi de Pentecôte. La greffière s’agite et court en tous sens, les avocats s’entretiennent avec leurs clients, on n’attend plus que la juge, c’est quand elle voudra. Elle arrive une heure plus tard, annoncée par la greffière :

            -Madame le juge des reconduites à la frontière.

            Tout le monde debout, c’est obligé et madame la juge enchaîne les dossiers, résumant les données du problème d’une voix qui ne franchit pas le rang des avocats, lesquels en revanche font le nécessaire pour être compris du public bien qu’ils lui tournent le dos.

            Chaque histoire est une triste tranche de vie, exil et clandestinité, auxquels s’ajoutent déménagements multiples, divorces et autres accidents de la vie.

            C’est au tour de la famille Pan, un couple et trois enfants. Les parents ont été récemment embastillés par le préfet de Seine-Saint-Denis alors même que le préfet de Paris était en train d’étudier leur dossier, rendus ensuite à leurs trois enfants, mais assignés à résidence et en même temps convoqués à Rouen. Finalement ils sont là, et des membres parisiens du Réseau Education Sans Frontières ont fait le déplacement, ainsi qu’un journaliste de Rue Quatre-Vingt-Neuf, le site Internet d’information créé par des anciens de Libération et qu’un ancien sans-papiers nommé Alvaro, désormais maire-adjoint du onzième arrondissement, muni de son échappe tricolore. Dans le dossier de cette famille chinoise, une lettre de soutien de Mathieu Amalric qui a ses enfants dans la même école que les petits Pan, ça peut servir. Ces petits Pan de parents chinois sont nés en France et se prénomment Karine, Nathalie et Aristide. Comme le répète l’avocat, on imagine avec quelle chaleur le gouvernement chinois accueillerait ces dissidents de l’enfant unique.

            Les sept dossiers sont mis en délibéré. On attend patiemment le retour de madame le juge des reconduites à la frontière.

            Au bout d’une demi-heure, elle annonce le rejet de cinq des recours. Deux sont acceptés, dont celui de la famille Pan.

            Il est dix-sept heures trente. La juge s’éclipse. Elle a bien travaillé, en ce lundi de Pentecôte. Une jeune femme pleure, elle est enceinte « des œuvres » d’un homme qui risque plus que jamais d’être jeté hors de France.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Lundi 28 mai 2007

            Pendant que les télévisions nous proposent chaque soir des images de caves inondées par les orages, il s’en passe de belles dans la nouvelle France de Sarkozy, en exemple ce témoignage rédigé par des passagers du vol Air France sept cent quatre-vingt-seize en partance de Paris pour Bamako, le vingt-six mai deux mille sept :

            « Quelques minutes avant la fermeture des portes, des cris au dernier rang de l'avion. Deux personnes tentent de contenir un homme d'une quarantaine d'années qui se débat violemment.

            On croit d'abord à une bagarre entre passagers. Certains veulent les séparer mais en sont vite dissuadés par des policiers qui se font alors connaître. S'ensuit une scène d'une grande violence : l'un des policiers pratique un étranglement sur le passager, l'autre lui assène de grands coups de poing dans le ventre. Ses hurlements se transforment en plaintes rauques. Cette tentative de maîtrise dure dix bonnes minutes, peut-être plus, et suscite immédiatement chez les passagers un  mouvement de protestation qui n'a aucun effet sur les violences en cours.

            L'un des passagers filme la scène avec son téléphone, ce qui énerve un peu plus la responsable de l'opération, qui menace d'arrestation les personnes les plus proches et photographie les protestataires.

            Pour tenter de faire taire tout le monde, une policière explique que l'homme n'est pas un simple sans papiers, mais un repris de justice, soumis à la double peine. Cela semble à ses yeux justifier la méthode et toute la violence exercée sur lui.

            Sous les huées des passagers, l'homme finit par être immobilisé et sanglé. Il perd connaissance, yeux révulsés, langue pendante, écume aux lèvres. Un mouvement de panique gagne les policiers. Ils prennent alors la décision de l'évacuer. Autour de nous, de nombreux passagers imaginent que l'homme est mort, ce qui fait encore monter d'un cran l'émotion. Des femmes pleurent, des gens convergent de tout l'appareil, rajoutant à la confusion. C'est alors qu'une bonne dizaine d'agents de la Police des Airs et des Frontières fait irruption dans l'appareil.

           Désigné par la responsable de l'opération, Michel Dubois, qui comme nous tous avait pris part aux protestations, est débarqué pour auditions. D'autres passagers, choqués par cette arrestation, sont à leur tour menacés du même sort.

           A bord, on nous demande vainement de nous rasseoir, de nous calmer mais beaucoup exigent le retour de Michel Dubois. Un des policiers, visiblement dépassé par la situation, nous propose alors un marché : Michel pourrait réembarquer à condition que l'expulsé remonte lui aussi à bord. La balle était donc dans notre camp, nous serions responsable du retard de l'avion, et même de l'éventuelle annulation du vol. Michel devenait clairement une monnaie d'échange.

            Cette proposition inacceptable est d'ailleurs tout de suite contredite par un policier de la Police de l’Air et des Frontières qui annonce la garde à vue de Michel Dubois et réitère ses menaces à l'égard des passagers qui campent sur leurs positions.

            Le commandant de bord finit par faire une annonce, dans laquelle il fait état de "manoeuvres" d'un individu refusant d'être reconduit dans son pays d'origine, et de manifestations d'une minorité de passagers pour expliquer l'annulation du vol. Nulle mention des violences dont nous avions été témoin, ni de l'état de santé du passager pourtant aperçu dans une ambulance stationnée au pied de l'appareil, toujours inconscient et sous assistance respiratoire.

            Nous sommes nombreux, comme Michel Dubois, à être choqués par la barbarie de la scène, par le traitement excessivement violent qui a été infligé sous nos yeux à cet homme, fut-il repris de justice, (ce dont il nous est d'ailleurs permis de douter, puisque afin de ne pas attirer l'attention des autres voyageurs, les policiers avaient d'abord décidé de le faire voyager sans le menotter).

            Nombreux aussi à avoir la désagréable impression d'avoir été pris en otage par les autorités et profondément choqués par l'attitude du Commandant de bord d'Air France qui n'est pas intervenu pour faire cesser ces violences les tolérant même au mépris de la sécurité des passagers qu'il se doit d'assurer et en prenant la responsabilité de faire annuler le vol empêchant du même coup des centaines de personnes de faire le voyage pour lequel elles avaient acheté un billet.

            Nous sommes enfin révoltés d'avoir été contraints de devenir complices des policiers en obéissant aux différentes injonctions et menaces proférées à notre encontre. Devions-nous laisser se dérouler sous nos yeux des actes d'une telle brutalité ?

            Pouvions-nous accepter l'arbitraire de l'arrestation de l'un d'entre nous dont le seul tort avait été de s'indigner et de parler avec les policiers pour tenter de faire cesser la violence ?  Il y a là une pénalisation de la solidarité qui nous semble inadmissible et inquiétante quant à l'état de notre démocratie.

           Nous ne sommes pas assez naïfs pour croire que cette scène est un cas isolé, une bavure en somme. Nous savons qu'elle se reproduit quasi quotidiennement, et nous tenons à manifester notre indignation en relatant les faits le plus exactement possible.

            Michel Dubois a été relâché quelques heures plus tard, mais on l'a informé que des poursuites seraient engagées contre lui. Quant au passager malien, nous n'avons aucune nouvelle de lui, et son état de santé ainsi que le sort qui lui sera réservé dans les prochains jours nous inquiètent au plus haut point. »

            Ce témoignage m’est arrivé par le Réseau Education Sans Frontières qui recense par ailleurs une augmentation du nombre d’arrestations de parents sans papiers d’enfants scolarisés en France.

            Ainsi, à treize heures trente, cette après-midi, à Rouen, a lieu la comparution d’une famille parisienne devant le Tribunal Administratif, j’y serai.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Samedi 19 mai 2007

            C’est l’heure de la récompense pour les retourneurs de veste, Hervé Morin, traître de proximité, député de l’Eure, ancien bras droit (comme on dit) de François Bayrou, nommé ministre de la Défense (le traître majuscule Eric Besson devant se contenter, lui, d’un minable secrétariat d’Etat), et Bernard Kouchner, socialiste hier encore, girouette médiatique, nommé ministre des Affaires Etrangères et Européennes, peu importe sous les ordres de qui, en compagnie de qui (son voisin Hortefeux par exemple, ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale), pourvu qu’enfin il soit de nouveau dans l’actualité, sous l’œil complaisant des caméras.

            Bernard, ta glissade a été progressive, je me souviens que ça a commencé avec le sac de riz porté sur tes robustes épaules à destination des petits Africains affamés, une bien belle image de télévision, de là est née, je crois, ton addiction et comme toute drogue dure, elle t’a mené dans le caniveau.

            Soixante-sept ans, on commençait à t’oublier, tu n’as reculé devant rien pour revenir dans la lumière des projecteurs. Te voilà en très mauvaise compagnie mais je n’en doute pas, à la première crapulerie grave de ce gouvernement de droite dure, tu sauras jouer les indignés et démissionner pour te refaire une vertu.

            Quelle dégringolade, Bernard, je t’ai connu, jeune, juste après Mai soixante-huit, journaliste au magazine Actuel, le mensuel de la contre-culture, et je te retrouve, vieux, aux ordres de Sarko dont le principal objectif est de « liquider les idées de soixante-huit ».

            Jacques Brel ne te connaissait pas quand il a écrit Les Bourgeois, il parlait pourtant de toi.

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Jeudi 17 mai 2007

            Cela s’est passé à la fin du mois de mars dernier, il n’est pas trop tard pour en parler. Une jeune femme africaine, médecin, spécialiste du Sida au Mali est invitée à Paris pour un colloque scientifique international sur le sujet. Elle raconte :

            « Le vingt-neuf mars deux mille sept, j'atterris à six heures vingt à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Au poste de contrôle de police, je suis arrêtée par un policier, sans aucun motif. Il m'amène dans un petit bureau où se trouvent d'autres policiers et des passagers. Il me fait attendre pendant trois heures. Sans un mot. Deux jeunes policières me fouillent ensuite dans les toilettes et, sans explication, me prennent tous mes papiers. Je leur explique, pourtant, le motif de mon voyage, mais elles ne me répondent pas. Un autre policier m'ordonne de signer des papiers sur lesquels est écrit : "Refus d'entrée" Il me dit que ma date de retour dépasse celle du séjour qui figure sur le visa, et que je ne suis pas inscrite pour la prétendue conférence. Je leur explique que dans mon pays, le Mali, il faut présenter un billet d'avion de retour au consulat de France pour obtenir un visa d'entrée, que la Société Bristol-Myers Squibb, qui a pris mon billet, l'a laissé ouvert jusqu'à un mois, et que, lorsque j'ai obtenu un visa de sept jours, j'ai raccourci mon séjour en France, et qu'enfin, les inscriptions définitives à la conférence se font sur place. Mais ils n'ont rien voulu comprendre, ils m'ont enfermée dans une petite pièce. On ne pouvait pas se tenir assis, et on m'a dit que je prendrai le vol Air France du même après-midi sur Bamako...

            J'ai dit aux policiers que j'avais de la famille à Paris. Ils m'ont transférée au centre de rétention de l'aéroport, où je suis restée quatre heures, sans accès à une chambre. Dans l'après-midi, trois policiers sont venus me chercher, m'ont ramenée à l'aéroport pour l'embarquement. Arrivée au contrôle de police des frontières, j'ai cherché à voir un officier de police. Par chance, l'un d'eux s'est arrêté pour écouter mon histoire, et m'a donné raison. Il m'a dit de ne pas embarquer. Il a ordonné aux policiers de mettre un téléphone à ma disposition pour appeler ma famille à Paris et en Afrique.

            J'ai pu appeler mon mari, qui a ensuite avisé sa soeur puis notre beau-frère à Paris. Ils sont immédiatement venus à l'aéroport mais l'heure des visites était dépassée.

            Le lendemain matin, mon beau-frère et ma belle-soeur se sont présentés au centre de rétention pour me faire sortir. On nous a fait savoir que mes papiers étaient restés à l'aéroport et qu'il n'y avait au centre aucun officier disponible pour prendre une décision.

            Après deux heures d'attente, un officier s'est présenté à nous. Mon beau-frère, avec ses décorations de Légion d'honneur et du mérite, s'est porté garant et a demandé au comité d'organisation de la conférence de faxer à la police une copie de mon inscription... C'est comme cela que j'ai retrouvé ma liberté, après plus de trente heures de rétention.

            Les policiers qui m'ont reconduite du centre de rétention au poste de police du terminal, visiblement déçus de me voir revenir pour une libération et pas pour un rembarquement, ont conspué leurs collègues du centre de rétention, accusés de faiblesse.»

            C’est grâce au journal Libération que cette édifiante histoire a pu être connue, ça vaut encore la peine que je l’achète.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Samedi 12 mai 2007

            Sous le parapluie, je rejoins aux aurores la rive gauche de Rouen pour pas moins de trois heures de manifestation, ce samedi matin, devant l’école des Pépinières Saint-Julien. Il s’agit de soutenir, à l’appel des parents et du Réseau Education Sans Frontières, deux des élèves, Baya et Romaïssa, et leurs parents menacés de reconduite à la frontière, suite au rejet de leur demande de régularisation, cela au prétexte que cette famille a deux enfants majeurs restés en Algérie (d’autres familles dans la même situation ont été autorisées à rester en France, dans ce domaine c’est l’arbitraire qui est de mise).

            Je discute avec des parents et des enseignants (mais pas ceux de l’école restés jusqu’à présent très discrets), bravant un temps incertain durant un certain temps. Successivement passent les journalistes : celui de Paris Normandie (au goût du jour : jeune homme bien mis, photographiant lui-même avec un simple numérique les manifestants installés en rang d’oignons), celui de Liberté Dimanche (à l’ancienne : apparence baroudeur, accompagné d’un photographe quêtant la photo d’ambiance) et celle, munie d’un enregistreur, de Hachedéherre, le radio des Hauts de Rouen, cette radio recevra par ailleurs les parents de Baya et Romaïssa ce lundi matin à huit heures trente pour un entretien. D’une fenêtre ouverte de l’école, les camarades de Baya mettent un peu d’animation :

            -Baya, on est avec toi.

            Une réunion aura lieu à l’école lundi soir avec l’objectif d’obtenir la régularisation de cette famille. Rien n’est perdu : Grigori et Leïla, les deux lycéens menacés eux aussi d’expulsion et pour qui un pique-nique a eu lieu il y quelques semaines devant la préfecture de Rouen ont finalement été autorisés à rester en France.

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Mercredi 9 mai 2007

            Eh bien, bon peuple de France, es-tu content ? On t’a fait votailler, pour la forme, tu as choisi ceux qui vont te tondre…écrivait Félix Fénéon en mil huit cent quatre-vingt treize dans La Revue Anarchiste. Et pour avoir bien choisi, il a bien choisi, le bon peuple de France. L’avantage, c’est de savoir d’emblée qu’il n’y a rien à attendre (sauf pour les riches), alors qu’avec la gôche au pouvoir, ce n’est qu’au bout de quelques mois que l’on commence à s’énerver.

            Ce ventre mou de François Hollande, dont le parti a la mauvaise habitude de choisir pour les présidentielles un(e) candidat(e) ne pouvant que mener à la défaite, n’essaie même pas de tout faire pour que les « socialistes » gagnent les législatives, on peut en revanche compter sur lui dès qu’il s’agit d’appeler au calme à la moindre manifestation de rue.

            Je ne suis pas de ceux qui trouvent intéressant de casser des vitrines et de brûler des voitures mais je sais que pendant les cinq ans à venir l’opposition à la politique de l’ami des milliardaires se fera dans la rue et que j’y serai.

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Mardi 8 mai 2007

            Ce type fait président de la république sur le thème travailler plus pour gagner plus qui se précipite à peine élu sur les Champs Elysées au Fouquet’s au sortir duquel son ami Johnny Hallyday annonce, totalement enivré, qu’il reste en France, les riches n’y étant désormais plus persécutés, ce type donc, chantre du travail, à peine élu, qui s’envole vers Malte pour aller se promener sur le palace flottant d’un autre de ses amis milliardaires, Vincent Bolloré, ce type qui, troisième étape, à peine élu, fait virer tous les clients d’un hôtel de luxe des Baux-de-Provence pour s’y installer bientôt avec ses copains, ce type porte la poisse : deux jours qu’il est élu, deux jours qu’il pleut.

            Et c’est entre les gouttes que je parcours les allées du vide-greniers du quartier Saint-Eloi à Rouen. J’en reviens chargé de l’édition de poche de La Montagne de l’âme de Gao Xingjian, d’une douzaine de bougies vert pâle et du Guide du Routard Belgique édition deux mille deux (ça peut toujours servir), tout cela ne m’ayant coûté que deux euros.

            Ce type et moi, nous risquons assez peu de nous rencontrer.

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Lundi 7 mai 2007

Un lecteur m’écrit : « Si on suit ta logique « Tout sauf Sarkozy » jusqu'au bout, tu n'aurais pas dû voter Bayrou au premier tour, puisque aucun sondage ne l'annonçait accéder au second tour… ».

            C’est le paradoxe. Mais un paradoxe qui ne prend sa force que si l’on pense que les sondages n’ont aucune influence sur le vote des électeurs. Or Bayrou est passé du faible score où il stagnait en début de campagne à un score quasi égal à celui de Marie-Ségolène précisément au moment de la parution du sondage l’annonçant potentiel vainqueur au deuxième tour, il a baissé après et on connaît la suite.

            Nous voici, paraît-il, revenus à l’avant soixante-huit. Au pays de l’ordre, du travail, de l’autorité et de la morale. Je me réveille ce matin en mil neuf cent soixante-sept. J’ai seize ans. Et dans un an, je vais bien m’amuser.

            Seize ans comme pas mal de celles et ceux rassemblés hier soir devant la mairie, n’ayant donc pas voté, et qui subiront la sarkoze durant toute leur adolescence (ce devait être la dernière fête avant l’ère Sarkozy), des branlotins et des branlotines tristes, la bouteille d’alcool à la main pour certain(e)s, parti(e)s en cortège dans les rues en criant « Sarko enculé ».

            Je les ai regardé(e)s s’éloigner, la place était cernée par la police, j’imagine la suite.

            J’imagine aussi que tout n’est pas perdu, qu’aux législatives l’opposition pourrait l’emporter et qu’au Sarko serait passée ainsi une camisole de force, mais je n’y crois guère, la gauche est très douée pour perdre les élections.

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Dimanche 6 mai 2007

Remontons un peu le temps. Avant le premier tour de ces fichues présidentielles, il était question de se débrouiller pour arriver à « Tout sauf Sarkozy » et les sondages des deuxièmes tours potentiels donnaient « Royal battue par Sarkozy » mais « Sarkozy battu par Bayrou ».

La conclusion aurait dû être évidente pour tout le monde : une seule tactique « Voter Bayrou au premier tour ».

Ce que j’ai fait, et pour cela me suis entendu dire : Tiens tu es pour Bayrou, mais il est de droite. À chaque fois obligé d’expliquer : Je m’en fous des idées de Bayrou, c’est juste « Tout sauf Sarkozy ».

Je crois qu’on a été un certain nombre à bien comprendre ce qu’il fallait faire: « Tout sauf Sarkozy donc Bayrou ».

Pas assez, malheureusement.

Il en est beaucoup (tellement fiers d’être de gôche) qui l’ont oublié le « Tout sauf Sarkozy », peut-être peu soucieux au fond de nous éviter la sarkoze, cette dangereuse maladie qui ne pouvait être traitée que par le Bayrou de secours. Ils ont opté pour d’autres médecines : les cataplasmes de Buffet, la tisane de Voynet, le gros rouge de Schivardi, les vitamines périmées de Laguiller, la soupe aux orties de Bové, les amphétamines de Besancenot ou… la gelée Royal.

Comme prévu par les sondages d’avant premier tour, la gelée Royal au deuxième tour s’est pris une dégelée royale et Sarkozy est élu.

Je résume : Tous ceux (de gôche) qui n’ont pas voté Bayrou au premier tour ont collaboré à la victoire de Sarkozy.

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