Lundi 19 mars 2007

            Sale temps pour le vide-grenier de la place de la Calende, averses et bourrasques pour les courageux vendeurs parmi lesquels ma fournisseuse habituelle de Guides du Routard à moitié prix. Malgré ces circonstances, il y a foule d’acheteurs, plein de monde avec des livres plein les mains autour de son stand. Cependant qu’elle tente de protéger ses ouvrages de la pluie, certains s’éclipsent sans payer, c’est tellement facile.

            Et tellement minable.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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Mercredi 28 février 2007

            Avant de partir à l’aventure, mettre au garage sa voiture, c’est juste pour la vidange et un peu de révision, la porte du coffre aussi qui ne veut plus obtempérer lorsque j’appuie sur la clé pour la fermeture centralisée.

            -Et elle a combien de kilomètres ? s’enquiert le garagiste que j’ai connu en autre lieu et autre circonstance et en qui j’ai donc un peu confiance.

            -Soixante mille, un peu plus.

            -Et vous avez déjà changé la courroie de distribution ?

            Je lui demande ce que c’est. Il m’explique. Me dit que si je ne la remplace pas par une neuve, elle risque de casser net et que le moteur de ma Twingo en serait pour le coup, plié.

            -Et ça coûte de la remplacer, juge-t-il bon d’ajouter. D’autant plus qu’il faut changer en même temps la pompe à eau.

            Je m’étonne :

            -C’est la première fois que j’entends parler de ce genre de chose.

            Le garagiste m’apprend qu’avant les voitures avaient des chaînes de distribution qui ne cassaient jamais. On les a remplacées par des courroies qui cassent.

            Voilà un progrès qui va me coûter bonbon et aucun moyen de savoir si ce qu’il me raconte est exact, s’il faut vraiment changer cette foutue courroie au bout de cinquante mille kilomètres. La seule personne que je connaisse et qui pourrait me renseigner est aux sports d’hiver.

            Je donne mon accord, pestant contre le vendeur de chez Renault qui ne m’a pas informé de la tare de cette voiture lorsque je l’ai achetée, expliquant au garagiste et représentant de la marque qu’il n’a désormais aucun espoir de me voir choisir un jour un véhicule de cette marque lorsque j’aurai besoin ou envie d’une nouvelle voiture.

            -Chez les autres marques, c’est pareil, se défend-il.

            -Je n’en doute pas mais quitte à être volé une nouvelle fois, je préfère changer de voleur.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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Mardi 27 février 2007

            Le mois dernier, je reçois les vœux de nouvelle année du Théâtre de la Chapelle Saint-Louis, des vœux collectifs envoyés à tout le répertoire dudit théâtre. Une quantité d’adresses électroniques envahit mon écran. Une bonne occasion pour m’en servir à jouer avec le hasard en incitant des inconnu(e)s à découvrir mes blogs. Un petit mail rédigé en ce sens et hop, envoi à tout le monde.

            Quatre destinataires me contactent alors.

            Une première m’annonce : « Ça y est, j’ai  tout lu ». Je crois qu’elle se moque un peu de moi.

            Un deuxième s’insurge : «  Je suis fort désolé pour vous, mais je vis ça comme une agression. » Il me demande de supprimer illico son adresse de mon carnet. Je le fais et il est content.

            Une troisième m’assène en lettres capitales : « Tu ne serais pas un peu narcissique par hasard ???? » Je le lui confirme sans tarder.

            Et un quatrième s’étonne : « Je ne comprends pas pourquoi vous me contactez, je ne m’occupe pas de littérature, je suis pharmacien. »

            Ce dernier n’exerce pas à Yonville et ne se nomme pas Homais mais je suis sûr que Gustave l’aurait beaucoup aimé.

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Lundi 26 février 2007

            Reçu à mon nom un courrier électronique de l’institut de sondage Hip-Sauce :
            « Cher Michel Perdrial, le monde dans lequel nous vivons est vaste, extrêmement vaste. Difficile à saisir, encore plus difficile à atteindre. En êtes-vous si sûr ? La tendance aujourd’hui, c’est la globalisation… et aucun marché n’y échappe. En répondant à nos enquêtes et en donnant votre opinion, vous influencerez l’évolution des marchés mondiaux. »

            Cher institut Hip-Sauce, crois-tu vraiment que ma petite personne ait la moindre influence sur la marche du monde ? Tu te méprends. Et même, si c’était le cas, tu me fais de la peine en pensant que j’aurais envie d'aider la société marchande à mieux s'organiser pour exploiter les faibles et ruiner la planète.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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Jeudi 22 février 2007

            Ça commence par des petits éclairs épisodiques dans l’œil droit, je n’y prête guère attention. Puis une sorte de nuage flottant dans ce même œil, c’est bizarre. Un soir, je pioche un livre au hasard dans les piles d’ouvrages non encore lus, L’aveuglement de José Saramago, l’histoire d’une épidémie de cécité, je l’abandonne rapidement, ennuyeux et également un peu angoissant dans l’état où je me trouve.

            J’espère que ça va guérir, peut-être que je passe trop de temps devant l’ordinateur. Je demande un rendez-vous à l’ophtalmologue, pas possible avant le vingt mars.

            Je reçois le numéro d’hiver de Diérèse où sont publiés trois de mes textes, sous l’un d’eux en bas de page un dessin signé Jean-Paul Gavard-Perret, un portrait, ce pourrait être moi, plus jeune, l’œil droit est recouvert d’une tache d’encre.

            Ce nuage dans l’œil ne veut décidément pas disparaître, j’y pense de plus en plus souvent.

            La nuit suivante, je lis Douleur exquise de Sophie Calle, que m’a offert mon amoureuse pour mon anniversaire, l’histoire d’une rupture qui lui a fait bien mal à Sophie Calle. J’y croise Hervé Guibert et son livre Des aveugles, la photographie d’un Japonais aveugle, le récit d’une jeune femme devenue aveugle en une nuit, le texte de Sophie qui reprend sans cesse le récit de son abandon par l’homme qu’elle aimait devenant page après page de plus en plus pâle jusqu'à être illisible.

            Tous ces hasards ne peuvent en être, j’ai de plus en plus la trouille et je m’entraîne à fermer cet œil droit pour savoir à quoi ça ressemble le monde vu par un borgne.

            Ce matin, j’achète Libération pour son supplément littéraire et j’y trouve un long article sur La folle bestialité, roman policier de Giorgio Todde, par ailleurs chirurgien de l’œil, cela en écoutant sur France Culture le photographe Franck Horvat raconter que la plus grosse peur de sa vie, il l’a eue le jour où il a cru perdre la vue.

            Je n’en peux plus, je fonce chez l’ophtalmologue, elle est absente. Un de ses confrères accepte de me recevoir. Je lui parle du nuage. Il me demande :

            -Ça a commencé par des petits éclairs ?

            Il me dit que j’ai un décollement du vitré de l’œil, que s’il s’agit d’un simple décollement ce n’est pas grave, mais qu’il faut vérifier qu’il n’y a pas déchirure car dans ce cas il faudrait intervenir avec un laser.

            Il me met des gouttes dans l’œil, y appose une sorte de verre de contact et m’examine longuement, je n’en mène pas large.

            -Non, pas de déchirure, me dit-il.

            Cela devrait s’estomper avec le temps, le mieux à faire c’est de ne pas y penser, ça arrive souvent aux myopes, il a un cas par jour en moyenne dans son cabinet.

            En rentrant, je vérifie tout ça sur Internet et j’y lis que le peintre norvégien Edvard Munch a eu une hémorragie du vitré de l'oeil droit, à soixante-sept ans, ce qui a entraîné des corps flottants importants qu'il a représentés dans plusieurs de ses tableaux. Et bien sûr, pour la Saint Valentin, elle m’a offert un ouvrage sur Edvard Munch.

            Je lui explique tout ça lorsque je la retrouve, elle n’en revient pas d’une telle accumulation de coïncidences.

            -Comment tu te sens ? me demande-t-elle.

            -Ça va, je suis juste un peu décollé mais pas déchiré.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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Dimanche 18 février 2007

            Portes ouvertes vendredi et samedi pour les sections d’arts appliqués et de théâtre au lycée Jeanne d’Arc, un véritable chantier que ce lycée en pleine rénovation. Pendant les travaux les études continuent, les élèves sont stockés dans des bâtiments cubiques posés un peu partout dans la cour. Heureusement, par les fenêtres de ces boîtes, l’évasion est possible avec une jolie vue sur les maisons à pans de bois colorés de la rue du Mont et sur la côte Sainte-Catherine.

            Grosse fréquentation pour cette ouverture au public, des familles curieuses et inquiètes contemplent les travaux des élèves et assistent aux représentations théâtrales. Une des charmantes hôtesses de ces portes ouvertes me résume les propos de ces parents amenés là par leur rejeton voulant s’engager, comme ils disent, « dans l’art » : « C'est un peu un artiste et c'est vrai qu'il aimerait bien...mais heu... le futur salaire?? »

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Vendredi 16 février 2007

            Revenant du marché des Emmurées, je croise ce psychologue scolaire qui, depuis que nous ne sommes plus obligés de nous côtoyer professionnellement, met un point d’honneur à ne pas me dire bonjour. Une vieille rancune le tenaille. J’ai osé, par le passé, conseiller à quelques parents de mener leur enfant chez l’orthophoniste sans passer par son intermédiaire.

            Là, sur le pont Boieldieu, il ne déroge pas à sa coutumière impolitesse, ne fait même pas semblant de ne pas me voir, regarde droit devant et continue tranquillement son chemin.

            Que fait-il ? Où va-t-il à une heure où il serait plus utile dans une école ? je ne le saurai pas. Ce que je sais, c’est que le samedi matin, sur le temps scolaire (comme on dit), il reçoit à titre privé et de façon tout à fait conforme aux textes en vigueur (comme on dit également), ceux qui ont les moyens de payer pour être éclairer de sa science.

            Science bien relative, me dis-je en attendant le feu vert au bout du pont, la psychologie scolaire étant à la psychologie ce que la musique militaire est à la musique.

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Mercredi 14 février 2007

            Rouen Magazine rosit ses pages centrales à l’occasion de la Saint Valentin, plein de petits mots dégoulinant d’amour. Davantage de femmes que d’hommes parmi les signataires, évidemment. Les femmes connaissent l’essentiel, les hommes se perdent dans le superficiel (travail, réussite, et autres fariboles).

            La femme aux plus belles jambes d’Hollywood, Une inconnue, Ta princesse, Ton PhiPhi d’Amour, Une amoureuse anonyme, Ton Loulou à toi, La gardienne du Zoo, Ta petite marmotte, Petite Miette, La Belle, Ton ti cœur, Ta petite mésange bleue et même Ton épouse Louloutte, comme c’est mignon tous ces petits noms, ça fait rêver, j’aimerais bien les rencontrer, en savoir un peu plus sur ces interprètes de l’hymne à l’amour, mais pas le temps, j’attends Ma Petite Folle, c’est sa fête aujourd’hui.

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Vendredi 9 février 2007

            Longue déambulation pédestre hier à Paris, accompagné d’une promeneuse de bébé en poussette. De la gare Saint-Lazare à Beaubourg, en passant par la Madeleine, le jardin des Tuileries et les quais de Seine, une plongée dans la ruche humaine, compliquée par la présence de trottoirs à franchir, de scouteurs à contourner, de travaux à éviter, de marches à descendre et à remonter, de portes à franchir. Quoi qu’en désirent ou qu’en disent le Delanoë et ses alliés de couleur verte, la capitale est bien entre les mains des possesseurs de chaises roulantes, ces automobilistes qui chaque jour augmentent impunément la température de la planète, compromettant l’avenir du mignon bébé dans sa poussette.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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Vendredi 2 février 2007

            Après le rendez-vous raté du vingt-six janvier à l’Espiguette, ratage qui n’était dû qu’à la non ouverture de l’établissement à l’heure matutinale choisie par Mister Crocodile pour inviter les lecteurs de son agenda/blog à discuter autour d’une boisson chaude, une deuxième rencontre était programmée ce matin à l’Agora Café et encore plus tôt, huit heures trente, autant dire aux aurores.

            L’établissement étant ouvert, un petit comité d’individus appartenant aux mondes de l’art, de la communication et du spectacle a pu s’y regrouper. Qu’y aurait cru que ces gens se levaient si tôt !

            L’échange de propos a surtout porté sur la vie culturelle rouennaise, ses faiblesses et ses perspectives, avec un développement conclusif sur le plaisir de dire du mal d’autrui.

            Ce rendez-vous étant appelé à devenir pérenne, les occasions de médire ne manqueront pas. Comme quoi parfois ça marche, les invitations de Mister Crocodile.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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