Mardi 20 mai 2008

            Lundi matin je suis au Grand Magasin de la Vierge. Je m’y procure une grande enveloppe matelassée afin d’envoyer à un acheteur lyonnais, vendus via Price Minister, deux livres de Gilles Deleuze consacrés au cinéma L’image-mouvement et L’image-temps. Le cinéma et la philosophie ne m’intéressent pas assez pour que je les lise, encore moins pour que je les garde.

            Traînant un peu dans la boutique, j’y découvre le deuxième disque de Didier Super Ben quoi ? Je l’écoute et décide d’investir l’argent récolté par la vente des livres du docte penseur (producteur de thèses) dans l’achat du cédé du mauvais chanteur (producteur d’horreurs). Deux Gilles Deleuze pour un Didier Super, c’est correct.

            Ma réputation d’intellectuel va en prendre un coup. Ben quoi ?

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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Lundi 19 mai 2008

            J’attends une lettre depuis plus d’une semaine. Elle n’arrive pas. Je m’inquiète. Mercredi quatorze mai, je trouve dans ma boîte un avis de passage de la factrice avec, cochée, la case « Taxée ». Je suis invité à retirer cette missive contre la somme d’un euro trente-huit au bureau de Poste de la Champmeslé à partir du quinze mai.

            Le jeudi quinze mai c’est grève, le bureau de Poste est fermé à l’heure matinale à laquelle je me présente. Je reviens le vendredi à la même heure. L’employée ne trouve pas ma lettre. Elle met ça sur le compte de la grève de la veille, me dit de revenir le lendemain. Samedi matin, je suis de retour. Une autre employée me dit qu’on n’a pas ma lettre. J’insiste. Où est-elle ? Qui l’a perdue ?

            Elle s’associe avec sa collègue pour me dire que ma lettre est repartie à Libourne, là où sont regroupées les lettres qui n’ont pu être distribuées et que ce n’est pas la peine que je revienne. Au bureau de la Champmeslé, on prend le client (comme on dit maintenant à la Poste) pour un imbécile.

            Je demande le cahier de réclamations afin d’y inscrire mon mécontentement : la lettre perdue et l’explication mensongère. Il n’y a plus de cahier de réclamations, me disent en chœur les deux employées. Je peux si je veux écrire sur une feuille libre. Je refuse, leur disant que dans ce cas je préfère écrire directement au Directeur Départemental de la Poste.

            Lorsque passe la factrice, je lui narre l’histoire de ma lettre prétendument envoyée à Libourne.

            -Oui, me dit-elle, je me souviens parfaitement de cette lettre. Elle est de petit format. Elle est peut-être tout simplement restée rive gauche, là où nous trions le courrier à distribuer. Je vais regarder. Je vous tiendrai au courant.

            Il y a donc à la Poste au moins une employée qui ne prend pas le client pour un imbécile.

par michel perdrial publié dans : Commerce
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Lundi 19 mai 2008

            Avec elle, le projet d’une grande virée vide-greniers ce dimanche, Le Mesnil-Esnard, Boos, Heudebouville, Igoville et Rouen (île Lacroix) avec pique-nique prévu à Vironvay sur le banc du panorama sur la Seine. Tout est prêt, les sandouiches confectionnés par ses soins, le réveil réglé sur six heures.

            Nous sommes réveillés plus tôt par l’orage. Il se transforme en pluie soutenue et continue. C’est foutu. Pas forcément dommage, puisque le programme bien programmé est remplacé par la lecture à voix haute du Kamasutra catalan avec suite prévisible.

            En fin de matinée, la pluie cesse. Avec elle, je parcours l’île Lacroix, puis seul, le boueux terrain communal du Mesnil-Esnard et le parking d’Intermarché à Boos. Je reviens de là avec une moisson éclectique de cédés à un euro : Alain Souchon, René Aubry, Hubert-Félix Thiéfaine, Lou Reed, Paco de Lucia et un Jacques Higelin de la haute époque Bébé Hache Soixante-Quinze « Hey hey, je suis amoureux d’une cigarette ». Aussi un cédé de P J Harvey, ne me plaît pas, vais le revendre.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
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Dimanche 18 mai 2008

            Samedi dix-sept mai deux mille huit, c’est la nuit des musées, rien de bien excitant dans la programmation rouennaise cette année mais c’est une bonne occasion de voir tranquillement avec celle qui m’accompagne les œuvres de Bernard Ollier exposées au Musée des Beaux-Arts sous le titre Ombres heureuses. Le programme annonce une visite guidée de l’exposition à dix-neuf heures et à vingt heures. À fuir comme la peste, nous disons-nous et nous attendons vingt heures trente pour nous y rendre.

            Las, à peine avons-nous pénétré dans la salle qui donne sur le jardin des sculptures qu’en provenance de la salle voisine où commence ladite exposition, nous entendons la voix aigue et tonitruante d’une guide-conférencière qui prétend expliquer par ah plus bêêêê (à moins que ce ne soit par bêêêê plus ah) le pourquoi et le comment des dessins et des écritures de l’artiste.

            Le sans gène de cette personne n’a pas de borne. Nous nous tenons le plus loin possible d’elle et de ses client(e)s, lisons quelques-unes des morts de peintres écrites par Bernard Ollier et gravées par ses soins (à l’ancienne avec fautes et ratures volontaires en compliquant l’approche), cela dans un format identique à celui des dessins qu’ils côtoient.

            Quand la femme à la voix insupportable entre, suivie de sa troupe, je me dis qu’il est urgent d’écrire, à la manière de Bernard Ollier, une mort de guide-conférencière de musée.

            Elle et moi trouvons refuge dans la grande salle où débute l’exposition. Là se trouvent les dessins de grand format. De loin, ils paraissent pour des plaques métalliques grises. Il faut s’approcher pour en découvrir la vérité, ces milliers de coups de crayon sur papier formant ces Ombres heureuses, oxymore bien venu.

            Une vidéo montre l’artiste en action, grandes chaussettes aux pieds, à genoux sur le papier qu’il balaie de crayonnages. Jamais on ne voit son visage. Pas davantage dans le catalogue édité pour l’occasion. Bernard Ollier est un être secret, qui s’expose très peu. Rien de plus éloigné de lui et de son œuvre que la bruyante visite guidée qui heureusement s’achève. Le silence revient. Il fait bon maintenant s’attarder dans la petite salle rectangulaire, pour voir à loisir chaque dessin et sourire à la lecture de chaque texte.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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Samedi 17 mai 2008

            Après le vernissage à l’Ecole des Beaux-Arts, je passe vite fait chez moi, mets dans ma poche mon billet et en route pour l’Opéra. Au bout de la venelle, je me trouve face à face avec Bernard Ollier et sa femme.

            -Ah, monsieur était à ton vernissage hier soir, lui dit-elle.

            Nous nous saluons. Ils m’expliquent qu’ayant remarqué cette jolie rue hier, ils ont voulu la parcourir tranquillement ce soir. Je leur indique que c’est là que je vis et grâce à l’audace que me donne le verre de vin rosé bu chez les beauzarteux et beauzarteuses, je leur dis que je raconte le vernissage et la lecture-concert de la veille dans mon journal publié sur Internet.

            -Si vous voulez le lire, il suffit de taper Persiflages sur Gougueule.

            -Et donc, vous m’y persiflez, me dit Bernard Ollier.

            -Oh non, je suis très peu persifleur à votre égard.

            -Très peu, bon, je verrai ça.

            Je leur souhaite une bonne promenade et rejoins l’Opéra. J’ai la place Bé Deux au premier balcon, très bien située mais terriblement inconfortable pour qui mesure plus d’un mètre quatre-vingts et possède deux genoux, ce qui est mon cas. C’est le cas aussi de mes deux voisins de droite qui râlent un peu. L’un d’eux connaît bien la maison. Il nomme à l’autre tous les instruments de percussion présents sur scène, au moins une douzaine. Hélas, j’oublie ces noms sitôt entendus. Je remarque ensuite grâce à lui que les musicien(ne)s ont de nouvelles chaises (trois cents euros chacune, précise-t-il).

            Les musicien(ne)s entrent en scène, s’assoient sur leurs chaises neuves et s’accordent. Le chef, ce soir, est Gilbert Amy, ancien élève de Darius Milhaud et d’Olivier Messiaen, à la carrière prestigieuse.

            Le concert commence par Le Tombeau de Couperin, joyeuse musique de Maurice Ravel, bien connue pour son final. Je suis ravi de l’entendre. Cela me rappelle l’année où je vivais à Lyons-la-Forêt. Presque chaque jour, je passais devant la grande bâtisse à pans de bois où est écrit « Dans cette maison, Maurice Ravel a composé Le Tombeau de Couperin ».

            Un piano est ensuite installé pour le Concerto pour piano et orchestre de Gilbert Amy tandis qu’une corde de violon casse. Grand émoi chez les premiers violons, avec échange d’instruments en un ballet improvisé applaudi par quelques spectateurs et spectatrices. La pianiste Marie-Josèphe Jude entre en scène, suivie du compositeur chef d’orchestre. Ce concerto tonique, son auteur et la pianiste sont fort applaudis.

            Pendant l’entracte, je reste sur le promenoir du premier balcon considérant la foule qui en dessous s’agite autour du bar. La moyenne d’âge est à la baisse ce soir. Peut-être parce que mai est le mois des voyages de retraité(e)s . Il en passe sans cesse sous ma fenêtre, en groupes, venant de toutes les régions de France et de tous les pays d’Europe.

            Je regagne ma place inconfortable mais bien située pour la Cinquième symphonie de Ludwig van Beethoven, que j’ai déjà entendue jouée par l’orchestre de l’Opéra de Rouen au Hangar Vingt-Trois pour le festival Octobre en Normandie, il y a plusieurs années. L’affiche du festival représentait quatre pommes en l’honneur du pomme pomme pomme pomme de Beethoven. C’est Oswald Sallaberger qui dirigeait.

            -On le voit plus beaucoup, Oswald, cette année, il est en vacances ? s’inquiète justement une spectatrice.

            Gilbert Amy lève sa baguette et pomme pomme pomme pomme la symphonie avec l’énergie intacte de ses soixante-douze ans jusqu’aux « vingt-neuf mesures ultimes scandant avec un entêtement farouche l’accord parfait victorieux » comme l’écrit Christophe Queval dans le livret-programme.

            C’est un beau succès. Le chef ne le garde pas pour lui. Il fait applaudir les interprètes à tour de rôle, et, tendant pour cela la partition au public, le compositeur. Bravo Ludwig.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Samedi 17 mai 2008

            Ce vendredi après-midi, je bénéficie encore une fois de l’histoire de l’aître Saint-Maclou donnée en nourriture intellectuelle, par un guide rodé, à un groupe de retraités touristes dont l’un n’a qu’une question à poser :

            -Où est-ce qu’on retrouve le car ?

            -Aujourd’hui, ces bâtiments abritent l’Ecole de Beaux-Arts de Rouen, répond le guide.

            C’est précisément la raison de ma présence ici. Je viens vernir les vidéos proposées par Sebastián Diaz Morales, né en Patagonie, vivant à Amsterdam. Les salles sont fermées. Il y a du retard, au moins une demi-heure, dit-on. J’en apprends la cause d’une connaissance avec qui je discute de la parution du Journal de Jean-Patrick Manchette. Le vernissage précédent, celui d’Hospitalités, exposition de travaux d’élèves organisée au Céhachu de Rouen, a lui-même pris du retard par la présence d’un mort dans la chapelle (il a fallu attendre la fin des obsèques).

            J’ai néanmoins le temps de voir en entier The man with the bag, diffusé sur grand écran format cinémascope dans la deuxième salle, un film où pendant quarante minutes un homme fuit, poursuivi par la peur et les aboiements de chien, traînant son sac d’os, son sac de pierres, dans un paysage désolé et désertique à la ligne d’horizon surlignée de blanc, à la lumière irisée, tombant parfois dans la faille ouverte par le filmage double caméra, sauvé finalement par un conducteur de piqueupe, le croit-on tout du moins, car après une longue traversée de lieux urbanisés, le sauveur le ramène à l’hostile point de départ et la course reprend, une fin sans fin tout à fait à mon goût. Certain(e)s entrent après le début du film et quittent la salle avant la fin. Un peu comme de commencer un roman à la page cinquante et de l’abandonner à la cent douzième. Qu’on n’aille pas au bout si l’on n’est pas intéressé, je comprends, mais qu’on commence n’importe où, sans rien comprendre à la situation présentée, je trouve ça bizarre, un effet du zappage télévisuel sans doute.

            Plus le temps de m’attarder devant l’autre film, Oracle, celui de la première salle, présenté sur double écran. Il ne dure que dix minutes mais ce soir je vais au concert et à l’Opéra on n’est jamais en retard. Je préfère profiter du temps qui me reste en buvant un verre de vin rosé, pas mauvais pour une fois, tout en discutant avec l’une et avec un autre.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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Vendredi 16 mai 2008

            Après la foule du buffet de vernissage, nous voici peu nombreux dans l’auditorium du Musée des Beaux-Arts pour la lecture-concert. Je m’installe au premier rang.

            Laurent Salomé, maître des lieux, dit quelques mots pour présenter la musique incidentale d’Hélios Azoulay et les écritures de Bernard Ollier.

            Le premier, avec son enthousiasme habituel, raconte sa rencontre avec le second :

            -Je te donne ma musique et tu me donnes ta littérature.

            C’est la rencontre de l’extraverti et de l’introverti, du volubile et du taiseux, cela promet, d’autant que Mozart est de la partie, compressé et poncifié, et que les deux artistes partagent le goût de la faillite.

            Les textes de Bernard Ollier sont du genre réaliste absurde et ses phrases subtilement subverties de l’intérieur.

            Il nous narre des morts de peintres (ce sont ces mêmes textes qui côtoient au-dessus les dessins obsessionnels de l’artiste) d’une voix assez neutre mais néanmoins expressive, avec pour comparse Marielle Rubens, tandis qu’Hélios Azoulay de la clarinette et de l’enregistrement en sabote la compréhension. La même mort étant lue plusieurs fois et les perturbations décalées, le spectateur finit par connaître le texte en entier.

            Pendant la performance, on entend, provenant du dessus, l’agitation de l’après vernissage. Pourtant, on pourrait se croire dans un funérarium, occupés à quelque cérémonie d’adieu. Marielle Rubens essuie une larme virtuelle (ou réelle, je ne sais). Je médite sur la farce tragique qu’est la vie de chacun(e) et pour ne pas que la mienne soit trop vite interrompue, je fais bien attention, à l’issue, de traverser prudemment la rue, il s’agit de pas finir comme le frère de tel peintre évoqué par Bernard Ollier, renversé par une décapotable à la sortie d’un Musée des Beaux-Arts.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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Vendredi 16 mai 2008

            Deux vernissages le même soir, quasiment à la même heure, comment faire ? Le premier est celui de l’exposition des photos de Jem Southam à la Galerie du Pôle Image, à « dix-huit heures précises » indique le carton d’invitation. Le second est celui des œuvres de Bernard Ollier au Musée des Beaux-Arts de Rouen à dix-huit heures trente. Je tente les deux.

            A dix-huit heures précises, je suis rue de la Chaîne, où Jem Southam est présent, costume clair et moustache, très anglais, très gentleman. Quelques personnes passent de photo en photo et ça discute en anglais. Laurence Tison, l’adjointe à la Culture, se fait un peu attendre. Je n’ai pas envie de manquer le rendez-vous du Musée, surtout que je sais qu’Hélios Azoulay en est. J’abandonne les photos de Jem Southam que je reviendrai voir un jour où hélas il n’y sera plus.

            Pas de filtrage aujourd’hui au Musée. Mon carton reste dans ma poche. Il y a là bien plus de monde, dont un certain nombre de membres de l’Association des Amis du Musée. Le traiteur est fin prêt.

            Laurent Salomé, directeur des Musées de Rouen, passe devant moi et me regarde. Je lui dis bonjour.

            -Vous ne seriez pas Michel Perdrial ? me demande-t-il.

            -Ciel, je suis démasqué.

            -Oui, je suis d’autant plus content de vous voir que vous nous avez bien rincé, ces derniers temps.

            -C’est vrai.

            -Il faudra que vous veniez voir Fréchon. Ce sont des paysages certes, mais plus intéressants que vous le pensez.

            -Oui, je viendrai bien sûr.

            Nous en restons là. Bernard Ollier est arrivé, costume clair décontracté. Il discute avec sa femme et une amie de celle-ci, je pense.

            -Il y a des jeunes ici, constate-t-il désignant un groupe d’étudiant(e)s de l’Ecole des Beaux-Arts.

            -Oui, répond l’amie, ils sont arrivés tous ensemble. Je les ai photographiés. Ils sont mignons tout plein.

            Ici aussi on attend. Madame le maire, dit la rumeur, mais c’est l’adjointe à la Culture qui finit par arriver. Elle s’excuse d’être en retard car retenue par l’autre vernissage. Un retard justifie l’autre. J’aurais donc pu rester au premier vernissage. Oui, mais suis-je capable d’entendre deux discours de Laurence Tison le même soir ?

            Après elle, Laurent Salomé dit quelques mots, puis l’artiste dit qu’il n’a rien à dire. Tout le monde doit passer, au terme d’un petit parcours labyrinthique, par les salles où sont exposées les œuvres. Pas question ce soir de foncer directement sur le buffet. Je constate une nouvelle fois l’inadéquation entre la plupart des invité(e)s du Musée et l’art contemporain. C’est d’autant plus flagrant ce soir que l’œuvre mérite attention, effort et réflexion. Là aussi, il faudra que je revienne.

            L’opinion majoritaire des Amis du Musée est celle que résume une dame entre petit four et champagne :

            -C’est beau, il faut le faire, mais bon…

            Bernard Ollier signe quelques livres, achetés par de vrais amateurs, d’une petite écriture ornée de graphismes compliqués en bon obsessionnel qu’il est. Les beauzarteux et beauzarteuses se jettent sur chaque plat de petits fours comme moineaux affamés ; on a de l’appétit à cet âge et on ne mange pas tous les jours à sa faim. Hélios Azoulay vient boire vite fait une coupe de champagne.

            -Je suis ravi de vous entendre à nouveau si vite, lui dis-je.

            -Ne parlez pas trop tôt, me répond-il.

            -Alors, disons que je suis ravi de la perspective de vous entendre à nouveau.

            C’est pour bientôt, quelques délicieux chocolats encore et je me dirige vers l’auditorium où doit se tenir la lecture-concert : textes de Bernard Ollier, musique d’Hélios Azoulay.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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Jeudi 15 mai 2008

            Beaucoup de monde ce matin à dix heures trente sur le boulevard Clemenceau au départ de la manifestation des fonctionnaires (dont beaucoup d’enseignant(e)s). C’est que sont là aussi moult lycéen(ne)s en pleine forme. Il s’agit de protester contre ce que le gouvernement de droite appelle des réformes et qui mérite le nom de contre-réformes. « On veut pas se faire enculer » scande la jeunesse turbulente. Ce que disent aussi les anciens jeunes en une langue plus châtiée.

            La Haie Fessue, principal syndicat enseignant, a regonflé son ballon et tente de faire avancer sa camionnette dans le flot les branlotins et branlotines. Elle a du mal. D’autant qu’arrive en face une nouvelle vague, celles de élèves du lycée Jeanne-d’Arc. Tout ce beau monde se fait force embrassades. Les syndicats savent qu’ils vont devoir suivre. Ils réussirent toutefois à installer leur banderole unitaire pas trop loin de la tête.

            Quand le cortège démarre, je décide de rester par là, du côté de la tête et de la fête. Je côtoie un drapeau bleu blanc rouge et des Utopistes Debout. Une affichette propose d’échanger Ingrid Bétancourt contre Nicolas Sarkozy. Bonne idée. Qu’est-ce qu’il devient celui là ? .Je n’entends même plus parler de lui depuis que sa femme le garde le plus possible à la maison, le brifant avant chaque sortie : « Surtout, ne fais pas le mariolle ! ».

            Les policiers sont peu visibles. Le service d’ordre lycéen se démène. Un de ses membres porte un ticheurte Kurt Cobain. Trop bien ! La télé est présente, excitant les cris et la radio est là aussi. Un lycéen incite sa copine à causer dans le micro :

            -Vas-y, allez vas-y !

            -Je peux pas, ma grand-mère, elle écoute France Bleu.

            Le parcours, c’est comme d’habitude au début. République (où l’on croise madame la députée-maire vêtue de vert), puis Le Canuet. Au carrefour de Jeanne-d’Arc, flottement, puis descente de la rue dédiée à la Pucelle. Les commerçant(e)s sont étonné(e)s. Dans le bas de la rue, ils ont le temps de réagir comme ils savent le faire, par la trouille : fermeture des rideaux. Cela excite quelques nerveux qui tapent dans les vitrines : rien de grave. Un peu de panique ensuite devant le siège de la régie des transports. Je ne sais pas ce qui se passe. Des énervés, il y en a aussi du côté des non manifestants. Un vieux ventru passe en maugréant « bande de cons » et un jeune employé à cravate veut absolument traverser la foule avec sa voiture d’assureur, il  est maintenu hors d’état de nuire et finit par faire demi-tour.

            Ensuite ça retourne rive gauche, au lieu d’aller au Rectorat ou à la Préfecture. J’arrête là. Je regarde passer les anciens jeunes avec leurs slogans ramollis, dis bonjour à quelques connaissances et puis, salut, à la prochaine.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Jeudi 15 mai 2008

            Après l’orage et sous quelques gouttes, je rejoins l’Opéra de Rouen,  ce mercredi soir, pour le spectacle de danse Text To Speech signé Gilles Jobin, chorégraphe suisse. A peine plus de la moitié des places sont occupées au premier balcon, où se trouve mon fauteuil. La danse incite les Rouennais(e)s à la prudence. Le programme de ce soir est soutenu par la Loterie Romande. Ai-je en main un billet gagnant ou un billet perdant ? Pas très loin de moi, un couple composé d’une fille filiforme à cheveux rouges et d’un garçon tyrannique s’installe. Elle se plaint d’avoir mal au genou. Pense à autre chose, lui répond-il.

            Le rideau ne se lève pas, il est déjà ouvert sur un espace moitié salle de presse moitié studio de danse. Des enceintes diffusent des communiqués de guerre. La Suisse, repaire de terroristes liés à Al Qaïda, est occupée par les Etats-Unis et les protestants du canton de Genève se battent contre les catholiques de la Haute-Savoie. Ces communiqués sont lus en différentes langues par des voix synthétiques grâce à un logiciel de la maison Acapella Group.

            Peu de mouvements sur scène et qui tiennent pour la plupart de la reptation. Je trouve cela extrêmement ennuyeux. Je ne suis pas le seul. Régulièrement, des présent(e)s quittent la salle. Je n’ose faire de même, ne voulant pas déranger mon voisin. J’attends que les cinquante-cinq minutes s’égrènent. Lorsque c’est fait, je n’ai pas la moindre envie d’applaudir. Une partie de la salle le fait, sans enthousiasme.

            J’ai perdu, je déchire mon billet et pars très vite, oubliant mon parapluie.

            Dans l’escalier une spectatrice dit qu’il est bon de voir parfois un spectacle nul car cela permet de mieux apprécier les autres. Je songe, pour ma part, que depuis que j’ai cessé toute activité professionnelle, je ne m’ennuie jamais, sauf certaines fois où je vais au spectacle.

            Ce soir, c’est un bloc d’ennui à l’état pur qui m’a été offert. Il me rappelle celui que je ressentais lors du Conseil d’Ecole que je devais subir chaque trimestre.

par michel perdrial publié dans : Danse
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