Deux
vernissages le même soir, quasiment à la même heure, comment faire ? Le premier est celui de l’exposition des photos de Jem Southam à la Galerie du Pôle Image, à « dix-huit heures
précises » indique le carton d’invitation. Le second est celui des œuvres de Bernard Ollier au Musée des Beaux-Arts de Rouen à dix-huit heures trente. Je tente les deux.
A dix-huit
heures précises, je suis rue de la Chaîne, où Jem Southam est présent, costume clair et moustache, très anglais, très gentleman. Quelques personnes passent de photo en photo et ça discute en
anglais. Laurence Tison, l’adjointe à la Culture, se fait un peu attendre. Je n’ai pas envie de manquer le rendez-vous du Musée, surtout que je sais qu’Hélios Azoulay en est. J’abandonne les
photos de Jem Southam que je reviendrai voir un jour où hélas il n’y sera plus.
Pas de
filtrage aujourd’hui au Musée. Mon carton reste dans ma poche. Il y a là bien plus de monde, dont un certain nombre de membres de l’Association des Amis du Musée. Le traiteur est fin
prêt.
Laurent
Salomé, directeur des Musées de Rouen, passe devant moi et me regarde. Je lui dis bonjour.
-Vous ne
seriez pas Michel Perdrial ? me demande-t-il.
-Ciel, je suis
démasqué.
-Oui, je suis
d’autant plus content de vous voir que vous nous avez bien rincé, ces derniers temps.
-C’est
vrai.
-Il faudra que
vous veniez voir Fréchon. Ce sont des paysages certes, mais plus intéressants que vous le pensez.
-Oui, je
viendrai bien sûr.
Nous en
restons là. Bernard Ollier est arrivé, costume clair décontracté. Il discute avec sa femme et une amie de celle-ci, je pense.
-Il y a des
jeunes ici, constate-t-il désignant un groupe d’étudiant(e)s de l’Ecole des Beaux-Arts.
-Oui, répond
l’amie, ils sont arrivés tous ensemble. Je les ai photographiés. Ils sont mignons tout plein.
Ici aussi on
attend. Madame le maire, dit la rumeur, mais c’est l’adjointe à la Culture qui finit par arriver. Elle s’excuse d’être en retard car retenue par l’autre vernissage. Un retard justifie l’autre.
J’aurais donc pu rester au premier vernissage. Oui, mais suis-je capable d’entendre deux discours de Laurence Tison le même soir ?
Après elle,
Laurent Salomé dit quelques mots, puis l’artiste dit qu’il n’a rien à dire. Tout le monde doit passer, au terme d’un petit parcours labyrinthique, par les salles où sont exposées les œuvres. Pas
question ce soir de foncer directement sur le buffet. Je constate une nouvelle fois l’inadéquation entre la plupart des invité(e)s du Musée et l’art contemporain. C’est d’autant plus flagrant ce
soir que l’œuvre mérite attention, effort et réflexion. Là aussi, il faudra que je revienne.
L’opinion
majoritaire des Amis du Musée est celle que résume une dame entre petit four et champagne :
-C’est beau,
il faut le faire, mais bon…
Bernard Ollier
signe quelques livres, achetés par de vrais amateurs, d’une petite écriture ornée de graphismes compliqués en bon obsessionnel qu’il est. Les beauzarteux et beauzarteuses se jettent sur chaque
plat de petits fours comme moineaux affamés ; on a de l’appétit à cet âge et on ne mange pas tous les jours à sa faim. Hélios Azoulay vient boire vite fait une coupe de
champagne.
-Je suis ravi
de vous entendre à nouveau si vite, lui dis-je.
-Ne parlez pas
trop tôt, me répond-il.
-Alors, disons
que je suis ravi de la perspective de vous entendre à nouveau.
C’est pour
bientôt, quelques délicieux chocolats encore et je me dirige vers l’auditorium où doit se tenir la lecture-concert : textes de Bernard Ollier, musique d’Hélios Azoulay.