Dimanche 11 mai 2008

            Un soleil radieux brille sur la Normandie lorsque je quitte Rouen ce samedi matin. Je grimpe la côte de Canteleu, traverse la forêt de Roumare et me gare devant l’abbaye Saint-Martin-de-Boscherville un quart d’heure avant l’heure d’ouverture de la vente de livres organisée au profit de ladite par l’Association Touristique de l’Abbaye Romane.

            Encore un village de carte postale, où l’on se lève tôt pour aller au marché. Quelques étalages sont installés sur la place. Le maraîcher fait des affaires. Pas moins de dix femmes de quarante à cinquante ans patientent dans sa file d’attente. Où sont les hommes, je ne sais. Un trentenaire est installé en terrasse face à l’entrée de l’abbaye. Le café porte un joli nom : La Belle de Mai.

            J’entre dans la cour de l’abbaye Au fond, trois tentes dans lesquelles sont posés à même le sol des cartons emplis de livres. Deux hommes finissent de les installer. Un acheteur est déjà là. Je fais le deuxième. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des ouvrages ne m’intéressent pas. Le un pour cent qui reste me suffit bien.

            Je suggère deux améliorations permettant d’accéder plus facilement aux livres. Elles sont retenues.

            -Vous êtes un auxiliaire précieux, me dit l’un des organisateurs.

            On peut m’appeler comme on veut, du moment qu’on ne me demande pas de porter un carton de livres.

            Peu d’acheteurs et d’acheteuses sont présentes au bout d’une heure. La concurrence est faible et j’ai de quoi ne pas repartir déçu. Entre autres, Les Lois de l’hospitalité de Pierre Klossowski en édition originale Le Chemin (chez Gallimard), Nous trois de Jean Echenoz (chez Minuit) et Court voyage par de longs chemins de Gregor von Rezzori (chez Salvy).   
             J’achète aussi pour faire bon poids La Vie quotidienne au Marais au dix-septième siècle de Jacques Wilhelm (chez Hachette). Dans ce livre, je trouve une carte de vœux anglaise signée Nicholas (si je lis bien). Ce Nicholas raconte qu’il vient de publier une nouvelle intitulée Twins Apart et qu’il fait l’enseignant dans le Sussex pour trois cent cinquante filles et garçons entre huit et treize ans, enfants qualifiés par lui de « noisy nice naughty ». Cela m’en rappelle d’autres, bien français ceux-là. La carte est adressée à Madame Serandel (si je lis bien). Elle est à moi, maintenant.

            Avant de rentrer, je souhaite visiter les jardins de l’abbaye mais pas moyen de le faire sans payer cinq euros. Je renonce. En revanche, je fais un tour dans l’église abbatiale. Il y fait une fraîcheur bienvenue. Une « tenue correcte » est exigée.  Je m’y conforme et prends même garde à ne pas franchir les limites de l’ « espace réservée à la divine liturgie », tout en songeant à certaine fois où, dans cette même abbaye, sur la tombe du Canuet (ancien maire de Rouen abusivement enterré ici), accompagné de celle qui me tenait la main alors, je ne fus guère sage, histoire que je ne peux raconter ici mais qu’on pourra peut-être lire un jour ailleurs.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
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