Jeudi 15 mai 2008

            Beaucoup de monde ce matin à dix heures trente sur le boulevard Clemenceau au départ de la manifestation des fonctionnaires (dont beaucoup d’enseignant(e)s). C’est que sont là aussi moult lycéen(ne)s en pleine forme. Il s’agit de protester contre ce que le gouvernement de droite appelle des réformes et qui mérite le nom de contre-réformes. « On veut pas se faire enculer » scande la jeunesse turbulente. Ce que disent aussi les anciens jeunes en une langue plus châtiée.

            La Haie Fessue, principal syndicat enseignant, a regonflé son ballon et tente de faire avancer sa camionnette dans le flot les branlotins et branlotines. Elle a du mal. D’autant qu’arrive en face une nouvelle vague, celles de élèves du lycée Jeanne-d’Arc. Tout ce beau monde se fait force embrassades. Les syndicats savent qu’ils vont devoir suivre. Ils réussirent toutefois à installer leur banderole unitaire pas trop loin de la tête.

            Quand le cortège démarre, je décide de rester par là, du côté de la tête et de la fête. Je côtoie un drapeau bleu blanc rouge et des Utopistes Debout. Une affichette propose d’échanger Ingrid Bétancourt contre Nicolas Sarkozy. Bonne idée. Qu’est-ce qu’il devient celui là ? .Je n’entends même plus parler de lui depuis que sa femme le garde le plus possible à la maison, le brifant avant chaque sortie : « Surtout, ne fais pas le mariolle ! ».

            Les policiers sont peu visibles. Le service d’ordre lycéen se démène. Un de ses membres porte un ticheurte Kurt Cobain. Trop bien ! La télé est présente, excitant les cris et la radio est là aussi. Un lycéen incite sa copine à causer dans le micro :

            -Vas-y, allez vas-y !

            -Je peux pas, ma grand-mère, elle écoute France Bleu.

            Le parcours, c’est comme d’habitude au début. République (où l’on croise madame la députée-maire vêtue de vert), puis Le Canuet. Au carrefour de Jeanne-d’Arc, flottement, puis descente de la rue dédiée à la Pucelle. Les commerçant(e)s sont étonné(e)s. Dans le bas de la rue, ils ont le temps de réagir comme ils savent le faire, par la trouille : fermeture des rideaux. Cela excite quelques nerveux qui tapent dans les vitrines : rien de grave. Un peu de panique ensuite devant le siège de la régie des transports. Je ne sais pas ce qui se passe. Des énervés, il y en a aussi du côté des non manifestants. Un vieux ventru passe en maugréant « bande de cons » et un jeune employé à cravate veut absolument traverser la foule avec sa voiture d’assureur, il  est maintenu hors d’état de nuire et finit par faire demi-tour.

            Ensuite ça retourne rive gauche, au lieu d’aller au Rectorat ou à la Préfecture. J’arrête là. Je regarde passer les anciens jeunes avec leurs slogans ramollis, dis bonjour à quelques connaissances et puis, salut, à la prochaine.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Jeudi 15 mai 2008

            Après l’orage et sous quelques gouttes, je rejoins l’Opéra de Rouen,  ce mercredi soir, pour le spectacle de danse Text To Speech signé Gilles Jobin, chorégraphe suisse. A peine plus de la moitié des places sont occupées au premier balcon, où se trouve mon fauteuil. La danse incite les Rouennais(e)s à la prudence. Le programme de ce soir est soutenu par la Loterie Romande. Ai-je en main un billet gagnant ou un billet perdant ? Pas très loin de moi, un couple composé d’une fille filiforme à cheveux rouges et d’un garçon tyrannique s’installe. Elle se plaint d’avoir mal au genou. Pense à autre chose, lui répond-il.

            Le rideau ne se lève pas, il est déjà ouvert sur un espace moitié salle de presse moitié studio de danse. Des enceintes diffusent des communiqués de guerre. La Suisse, repaire de terroristes liés à Al Qaïda, est occupée par les Etats-Unis et les protestants du canton de Genève se battent contre les catholiques de la Haute-Savoie. Ces communiqués sont lus en différentes langues par des voix synthétiques grâce à un logiciel de la maison Acapella Group.

            Peu de mouvements sur scène et qui tiennent pour la plupart de la reptation. Je trouve cela extrêmement ennuyeux. Je ne suis pas le seul. Régulièrement, des présent(e)s quittent la salle. Je n’ose faire de même, ne voulant pas déranger mon voisin. J’attends que les cinquante-cinq minutes s’égrènent. Lorsque c’est fait, je n’ai pas la moindre envie d’applaudir. Une partie de la salle le fait, sans enthousiasme.

            J’ai perdu, je déchire mon billet et pars très vite, oubliant mon parapluie.

            Dans l’escalier une spectatrice dit qu’il est bon de voir parfois un spectacle nul car cela permet de mieux apprécier les autres. Je songe, pour ma part, que depuis que j’ai cessé toute activité professionnelle, je ne m’ennuie jamais, sauf certaines fois où je vais au spectacle.

            Ce soir, c’est un bloc d’ennui à l’état pur qui m’a été offert. Il me rappelle celui que je ressentais lors du Conseil d’Ecole que je devais subir chaque trimestre.

par michel perdrial publié dans : Danse
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