Vendredi 16 mai 2008

            Après la foule du buffet de vernissage, nous voici peu nombreux dans l’auditorium du Musée des Beaux-Arts pour la lecture-concert. Je m’installe au premier rang.

            Laurent Salomé, maître des lieux, dit quelques mots pour présenter la musique incidentale d’Hélios Azoulay et les écritures de Bernard Ollier.

            Le premier, avec son enthousiasme habituel, raconte sa rencontre avec le second :

            -Je te donne ma musique et tu me donnes ta littérature.

            C’est la rencontre de l’extraverti et de l’introverti, du volubile et du taiseux, cela promet, d’autant que Mozart est de la partie, compressé et poncifié, et que les deux artistes partagent le goût de la faillite.

            Les textes de Bernard Ollier sont du genre réaliste absurde et ses phrases subtilement subverties de l’intérieur.

            Il nous narre des morts de peintres (ce sont ces mêmes textes qui côtoient au-dessus les dessins obsessionnels de l’artiste) d’une voix assez neutre mais néanmoins expressive, avec pour comparse Marielle Rubens, tandis qu’Hélios Azoulay de la clarinette et de l’enregistrement en sabote la compréhension. La même mort étant lue plusieurs fois et les perturbations décalées, le spectateur finit par connaître le texte en entier.

            Pendant la performance, on entend, provenant du dessus, l’agitation de l’après vernissage. Pourtant, on pourrait se croire dans un funérarium, occupés à quelque cérémonie d’adieu. Marielle Rubens essuie une larme virtuelle (ou réelle, je ne sais). Je médite sur la farce tragique qu’est la vie de chacun(e) et pour ne pas que la mienne soit trop vite interrompue, je fais bien attention, à l’issue, de traverser prudemment la rue, il s’agit de pas finir comme le frère de tel peintre évoqué par Bernard Ollier, renversé par une décapotable à la sortie d’un Musée des Beaux-Arts.

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Vendredi 16 mai 2008

            Deux vernissages le même soir, quasiment à la même heure, comment faire ? Le premier est celui de l’exposition des photos de Jem Southam à la Galerie du Pôle Image, à « dix-huit heures précises » indique le carton d’invitation. Le second est celui des œuvres de Bernard Ollier au Musée des Beaux-Arts de Rouen à dix-huit heures trente. Je tente les deux.

            A dix-huit heures précises, je suis rue de la Chaîne, où Jem Southam est présent, costume clair et moustache, très anglais, très gentleman. Quelques personnes passent de photo en photo et ça discute en anglais. Laurence Tison, l’adjointe à la Culture, se fait un peu attendre. Je n’ai pas envie de manquer le rendez-vous du Musée, surtout que je sais qu’Hélios Azoulay en est. J’abandonne les photos de Jem Southam que je reviendrai voir un jour où hélas il n’y sera plus.

            Pas de filtrage aujourd’hui au Musée. Mon carton reste dans ma poche. Il y a là bien plus de monde, dont un certain nombre de membres de l’Association des Amis du Musée. Le traiteur est fin prêt.

            Laurent Salomé, directeur des Musées de Rouen, passe devant moi et me regarde. Je lui dis bonjour.

            -Vous ne seriez pas Michel Perdrial ? me demande-t-il.

            -Ciel, je suis démasqué.

            -Oui, je suis d’autant plus content de vous voir que vous nous avez bien rincé, ces derniers temps.

            -C’est vrai.

            -Il faudra que vous veniez voir Fréchon. Ce sont des paysages certes, mais plus intéressants que vous le pensez.

            -Oui, je viendrai bien sûr.

            Nous en restons là. Bernard Ollier est arrivé, costume clair décontracté. Il discute avec sa femme et une amie de celle-ci, je pense.

            -Il y a des jeunes ici, constate-t-il désignant un groupe d’étudiant(e)s de l’Ecole des Beaux-Arts.

            -Oui, répond l’amie, ils sont arrivés tous ensemble. Je les ai photographiés. Ils sont mignons tout plein.

            Ici aussi on attend. Madame le maire, dit la rumeur, mais c’est l’adjointe à la Culture qui finit par arriver. Elle s’excuse d’être en retard car retenue par l’autre vernissage. Un retard justifie l’autre. J’aurais donc pu rester au premier vernissage. Oui, mais suis-je capable d’entendre deux discours de Laurence Tison le même soir ?

            Après elle, Laurent Salomé dit quelques mots, puis l’artiste dit qu’il n’a rien à dire. Tout le monde doit passer, au terme d’un petit parcours labyrinthique, par les salles où sont exposées les œuvres. Pas question ce soir de foncer directement sur le buffet. Je constate une nouvelle fois l’inadéquation entre la plupart des invité(e)s du Musée et l’art contemporain. C’est d’autant plus flagrant ce soir que l’œuvre mérite attention, effort et réflexion. Là aussi, il faudra que je revienne.

            L’opinion majoritaire des Amis du Musée est celle que résume une dame entre petit four et champagne :

            -C’est beau, il faut le faire, mais bon…

            Bernard Ollier signe quelques livres, achetés par de vrais amateurs, d’une petite écriture ornée de graphismes compliqués en bon obsessionnel qu’il est. Les beauzarteux et beauzarteuses se jettent sur chaque plat de petits fours comme moineaux affamés ; on a de l’appétit à cet âge et on ne mange pas tous les jours à sa faim. Hélios Azoulay vient boire vite fait une coupe de champagne.

            -Je suis ravi de vous entendre à nouveau si vite, lui dis-je.

            -Ne parlez pas trop tôt, me répond-il.

            -Alors, disons que je suis ravi de la perspective de vous entendre à nouveau.

            C’est pour bientôt, quelques délicieux chocolats encore et je me dirige vers l’auditorium où doit se tenir la lecture-concert : textes de Bernard Ollier, musique d’Hélios Azoulay.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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