Après la foule du buffet de vernissage, nous voici peu nombreux dans l’auditorium du Musée des Beaux-Arts pour la lecture-concert. Je m’installe au premier rang.
Laurent Salomé, maître des lieux, dit quelques mots pour présenter la musique incidentale d’Hélios Azoulay et les écritures de Bernard Ollier.
Le premier, avec son enthousiasme habituel, raconte sa rencontre avec le second :
-Je te donne ma musique et tu me donnes ta littérature.
C’est la rencontre de l’extraverti et de l’introverti, du volubile et du taiseux, cela promet, d’autant que Mozart est de la partie, compressé et poncifié, et que les deux artistes partagent le goût de la faillite.
Les textes de Bernard Ollier sont du genre réaliste absurde et ses phrases subtilement subverties de l’intérieur.
Il nous narre des morts de peintres (ce sont ces mêmes textes qui côtoient au-dessus les dessins obsessionnels de l’artiste) d’une voix assez neutre mais néanmoins expressive, avec pour comparse Marielle Rubens, tandis qu’Hélios Azoulay de la clarinette et de l’enregistrement en sabote la compréhension. La même mort étant lue plusieurs fois et les perturbations décalées, le spectateur finit par connaître le texte en entier.
Pendant la performance, on entend, provenant du dessus, l’agitation de l’après vernissage. Pourtant, on pourrait se croire dans un funérarium, occupés à quelque cérémonie d’adieu. Marielle Rubens essuie une larme virtuelle (ou réelle, je ne sais). Je médite sur la farce tragique qu’est la vie de chacun(e) et pour ne pas que la mienne soit trop vite interrompue, je fais bien attention, à l’issue, de traverser prudemment la rue, il s’agit de pas finir comme le frère de tel peintre évoqué par Bernard Ollier, renversé par une décapotable à la sortie d’un Musée des Beaux-Arts.