Samedi 17 mai 2008

            Après le vernissage à l’Ecole des Beaux-Arts, je passe vite fait chez moi, mets dans ma poche mon billet et en route pour l’Opéra. Au bout de la venelle, je me trouve face à face avec Bernard Ollier et sa femme.

            -Ah, monsieur était à ton vernissage hier soir, lui dit-elle.

            Nous nous saluons. Ils m’expliquent qu’ayant remarqué cette jolie rue hier, ils ont voulu la parcourir tranquillement ce soir. Je leur indique que c’est là que je vis et grâce à l’audace que me donne le verre de vin rosé bu chez les beauzarteux et beauzarteuses, je leur dis que je raconte le vernissage et la lecture-concert de la veille dans mon journal publié sur Internet.

            -Si vous voulez le lire, il suffit de taper Persiflages sur Gougueule.

            -Et donc, vous m’y persiflez, me dit Bernard Ollier.

            -Oh non, je suis très peu persifleur à votre égard.

            -Très peu, bon, je verrai ça.

            Je leur souhaite une bonne promenade et rejoins l’Opéra. J’ai la place Bé Deux au premier balcon, très bien située mais terriblement inconfortable pour qui mesure plus d’un mètre quatre-vingts et possède deux genoux, ce qui est mon cas. C’est le cas aussi de mes deux voisins de droite qui râlent un peu. L’un d’eux connaît bien la maison. Il nomme à l’autre tous les instruments de percussion présents sur scène, au moins une douzaine. Hélas, j’oublie ces noms sitôt entendus. Je remarque ensuite grâce à lui que les musicien(ne)s ont de nouvelles chaises (trois cents euros chacune, précise-t-il).

            Les musicien(ne)s entrent en scène, s’assoient sur leurs chaises neuves et s’accordent. Le chef, ce soir, est Gilbert Amy, ancien élève de Darius Milhaud et d’Olivier Messiaen, à la carrière prestigieuse.

            Le concert commence par Le Tombeau de Couperin, joyeuse musique de Maurice Ravel, bien connue pour son final. Je suis ravi de l’entendre. Cela me rappelle l’année où je vivais à Lyons-la-Forêt. Presque chaque jour, je passais devant la grande bâtisse à pans de bois où est écrit « Dans cette maison, Maurice Ravel a composé Le Tombeau de Couperin ».

            Un piano est ensuite installé pour le Concerto pour piano et orchestre de Gilbert Amy tandis qu’une corde de violon casse. Grand émoi chez les premiers violons, avec échange d’instruments en un ballet improvisé applaudi par quelques spectateurs et spectatrices. La pianiste Marie-Josèphe Jude entre en scène, suivie du compositeur chef d’orchestre. Ce concerto tonique, son auteur et la pianiste sont fort applaudis.

            Pendant l’entracte, je reste sur le promenoir du premier balcon considérant la foule qui en dessous s’agite autour du bar. La moyenne d’âge est à la baisse ce soir. Peut-être parce que mai est le mois des voyages de retraité(e)s . Il en passe sans cesse sous ma fenêtre, en groupes, venant de toutes les régions de France et de tous les pays d’Europe.

            Je regagne ma place inconfortable mais bien située pour la Cinquième symphonie de Ludwig van Beethoven, que j’ai déjà entendue jouée par l’orchestre de l’Opéra de Rouen au Hangar Vingt-Trois pour le festival Octobre en Normandie, il y a plusieurs années. L’affiche du festival représentait quatre pommes en l’honneur du pomme pomme pomme pomme de Beethoven. C’est Oswald Sallaberger qui dirigeait.

            -On le voit plus beaucoup, Oswald, cette année, il est en vacances ? s’inquiète justement une spectatrice.

            Gilbert Amy lève sa baguette et pomme pomme pomme pomme la symphonie avec l’énergie intacte de ses soixante-douze ans jusqu’aux « vingt-neuf mesures ultimes scandant avec un entêtement farouche l’accord parfait victorieux » comme l’écrit Christophe Queval dans le livret-programme.

            C’est un beau succès. Le chef ne le garde pas pour lui. Il fait applaudir les interprètes à tour de rôle, et, tendant pour cela la partition au public, le compositeur. Bravo Ludwig.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Samedi 17 mai 2008

            Ce vendredi après-midi, je bénéficie encore une fois de l’histoire de l’aître Saint-Maclou donnée en nourriture intellectuelle, par un guide rodé, à un groupe de retraités touristes dont l’un n’a qu’une question à poser :

            -Où est-ce qu’on retrouve le car ?

            -Aujourd’hui, ces bâtiments abritent l’Ecole de Beaux-Arts de Rouen, répond le guide.

            C’est précisément la raison de ma présence ici. Je viens vernir les vidéos proposées par Sebastián Diaz Morales, né en Patagonie, vivant à Amsterdam. Les salles sont fermées. Il y a du retard, au moins une demi-heure, dit-on. J’en apprends la cause d’une connaissance avec qui je discute de la parution du Journal de Jean-Patrick Manchette. Le vernissage précédent, celui d’Hospitalités, exposition de travaux d’élèves organisée au Céhachu de Rouen, a lui-même pris du retard par la présence d’un mort dans la chapelle (il a fallu attendre la fin des obsèques).

            J’ai néanmoins le temps de voir en entier The man with the bag, diffusé sur grand écran format cinémascope dans la deuxième salle, un film où pendant quarante minutes un homme fuit, poursuivi par la peur et les aboiements de chien, traînant son sac d’os, son sac de pierres, dans un paysage désolé et désertique à la ligne d’horizon surlignée de blanc, à la lumière irisée, tombant parfois dans la faille ouverte par le filmage double caméra, sauvé finalement par un conducteur de piqueupe, le croit-on tout du moins, car après une longue traversée de lieux urbanisés, le sauveur le ramène à l’hostile point de départ et la course reprend, une fin sans fin tout à fait à mon goût. Certain(e)s entrent après le début du film et quittent la salle avant la fin. Un peu comme de commencer un roman à la page cinquante et de l’abandonner à la cent douzième. Qu’on n’aille pas au bout si l’on n’est pas intéressé, je comprends, mais qu’on commence n’importe où, sans rien comprendre à la situation présentée, je trouve ça bizarre, un effet du zappage télévisuel sans doute.

            Plus le temps de m’attarder devant l’autre film, Oracle, celui de la première salle, présenté sur double écran. Il ne dure que dix minutes mais ce soir je vais au concert et à l’Opéra on n’est jamais en retard. Je préfère profiter du temps qui me reste en buvant un verre de vin rosé, pas mauvais pour une fois, tout en discutant avec l’une et avec un autre.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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