Dimanche 18 mai 2008

            Samedi dix-sept mai deux mille huit, c’est la nuit des musées, rien de bien excitant dans la programmation rouennaise cette année mais c’est une bonne occasion de voir tranquillement avec celle qui m’accompagne les œuvres de Bernard Ollier exposées au Musée des Beaux-Arts sous le titre Ombres heureuses. Le programme annonce une visite guidée de l’exposition à dix-neuf heures et à vingt heures. À fuir comme la peste, nous disons-nous et nous attendons vingt heures trente pour nous y rendre.

            Las, à peine avons-nous pénétré dans la salle qui donne sur le jardin des sculptures qu’en provenance de la salle voisine où commence ladite exposition, nous entendons la voix aigue et tonitruante d’une guide-conférencière qui prétend expliquer par ah plus bêêêê (à moins que ce ne soit par bêêêê plus ah) le pourquoi et le comment des dessins et des écritures de l’artiste.

            Le sans gène de cette personne n’a pas de borne. Nous nous tenons le plus loin possible d’elle et de ses client(e)s, lisons quelques-unes des morts de peintres écrites par Bernard Ollier et gravées par ses soins (à l’ancienne avec fautes et ratures volontaires en compliquant l’approche), cela dans un format identique à celui des dessins qu’ils côtoient.

            Quand la femme à la voix insupportable entre, suivie de sa troupe, je me dis qu’il est urgent d’écrire, à la manière de Bernard Ollier, une mort de guide-conférencière de musée.

            Elle et moi trouvons refuge dans la grande salle où débute l’exposition. Là se trouvent les dessins de grand format. De loin, ils paraissent pour des plaques métalliques grises. Il faut s’approcher pour en découvrir la vérité, ces milliers de coups de crayon sur papier formant ces Ombres heureuses, oxymore bien venu.

            Une vidéo montre l’artiste en action, grandes chaussettes aux pieds, à genoux sur le papier qu’il balaie de crayonnages. Jamais on ne voit son visage. Pas davantage dans le catalogue édité pour l’occasion. Bernard Ollier est un être secret, qui s’expose très peu. Rien de plus éloigné de lui et de son œuvre que la bruyante visite guidée qui heureusement s’achève. Le silence revient. Il fait bon maintenant s’attarder dans la petite salle rectangulaire, pour voir à loisir chaque dessin et sourire à la lecture de chaque texte.

par michel perdrial publié dans : Expositions
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