Vendredi 23 mai 2008

            Ce matin je sors de la bouquinerie Le Rêve de l’Escalier avec à la main le Céline scandale d’Henri Godard, publié chez Folio, lorsque j’avise devant la Fnaque une file d’attente bien conséquente. Qui sont ces gens ? Je le sais, ayant vu hier l’affiche où Mylène Farmer pose les cuisses écartées vêtue d’un chorte à pois. Je regarde ma montre. Il est onze heures. La Fnaque ouvrant à dix heures, j’imagine le nombre de places déjà vendues pour son concert au Zénith de Rouen, et la même chose au Grand Magasin de la Vierge. A quel prix ces places ? C’est une surprise, impossible de le savoir avant de venir, et ça ne peut pas être moins cher que Charles Aznavour quand même !

            Quelle femme d’affaires avisée Mylène ! Elle a un journal en vente dans les maisons de la presse. Dans chaque numéro, elle dévoile qu’elle ne veut rien dévoiler. Elle vend aussi plein de produits dérivés et des cédés de collection. Elle sait faire cliqueter le tiroir-caisse. Je trouve ça touchant tous ces gens, là sur le trottoir, prêts à lui donner beaucoup de leur argent, rien que pour la voir.

            Un jour je l’ai croisée à Paris. C’était il y a bien longtemps, c'est-à-dire qu’elle était jeune (mais déjà riche). Elle a jailli devant moi d’une voiture luxueuse et s’est engouffrée dans un immeuble luxueux. Ça m’a fait exactement le même effet que mercredi dernier quand j’ai croisé le juge Renaud Van Ruymbeke, ni chaud ni froid.

            Je l’aime bien pourtant Mylène Farmer. Je veux dire ses chansons, ses clips, ses photos. Je les trouve délicieusement pervers. Pas question cependant de me procurer ses cédés au prix fort. Je ne les achète que dans les vide-greniers, pas plus de deux euros, et elle ne touche pas un centime de mon argent.

par michel perdrial publié dans : Commerce
commentaires (0)    recommander
Vendredi 23 mai 2008

            Retour en arrière, mercredi matin je suis à la gare de Rouen avec l’espoir de prendre un train pour Paris. Un espoir compromis par la présence d’un train de type bétaillère à deux niveaux immobilisé voie deux. C’est le train précédant le mien. S’il est encore là c’est qu’il est tombé en panne. C’était déjà le cas hier, m’apprend l’entourage. Les économies sarkoziennes ont leurs conséquences qui font râler le bon peuple mais pas toujours en direction du vrai responsable. La foule des potentiel(le)s voyageurs et voyageuses grossit. Celles et ceux du train en panne descendent. Quand enfin le train en provenance du Havre est annoncé, détourné voie une, c’est la ruée. Je choisis de me rendre en queue de train. Malheur à moi, il y a là un groupe de branlotins et branlotines en voyage. L’une d’elles est munie d’un lecteur de dévédé ambulant. Elle et ses copines regardent une navrante série américaine, voulant sans doute illustrer le proverbe Telle mère, telle fille.

            Je me case le plus loin possible des gêneuses et me plonge dans Treize récits et treize épitaphes de William T Vollmann, un roman (si l’on peut dire) dont je ne comprends pas tout, ce qui me plaît. Je note cette phrase : Le soleil était aussi cuivré qu’un accouplement de mouches dorées.

            Arrivé à Paris, direction le Quartier Latin. Passant devant le Palais de Justice, je vois venir vers moi un homme à petite moustache. Il m’est familier. Je m’apprête à lui dire bonjour quand je me rends compte qu’il s’agit du juge Renaud Van Ruymbeke que je ne connais que de télévision.

            Je fais le tour de mes habituelles librairies d’occasions puis pique-nique dans le jardin médiéval près du Musée du Moyen-Age. Il est temps de me rapprocher de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts. C’est écrit en belles lettres dorées sur la façade du bâtiment à l’architecture imposante et en travaux. Tout cela date d’une époque où l’on y croyait vraiment, me dis-je en franchissant la grille sous l’œil suspicieux de la gardienne. Sur le pavé devant son bureau, une pile de Figaro et de Journal des Finances, gratuits, à la disposition des beauzarteux et beauzarteuses, le genre de détail qui en dit plus qu’un long discours. Je suis là pour voir l’exposition de dessins d’Annette Messager (qui est aussi professeure ici). Ali Baddou l’a invitée à ce propos dans un de ses Matins de France Culture, ça m’a donné envie.

            -Vous traversez la cour, entrez dans la grande verrière et ensuite c’est à gauche, me dit la gardienne

            Superbe, cette verrière en pleine rénovation, Tout autour sont écrits en lettres capitales les noms des artistes du temps de sa construction. Mais où donc est cette exposition ? Je trouve une porte avec un petit mot écrit dessus : Pour ouvrir tirez fort. Je tire fort. Une femme est là assise à une table. Je lui demande. Eh bien, c’est là. Dans le lieu le plus inapproprié pour exposer, une sorte de salle de travail dont deux des tables sont occupées par des secrétaires parlant d’un voyage en Italie.

            -Vous devez écrire votre nom sur ce cahier, me dit l’une d’elle.

            J’écris mon nom sur une sorte de cahier d’écolier. Le total des visiteurs de la veille est indiqué : Quarante-huit.

            Je demande s’il y a un imprimé de présentation de l’exposition .Non, il y a juste un écriteau sur le mur, ne disant à peu près rien. Quant aux dessins d’Annette Messager, cela sent le fond de tiroir, tout un mur de petits Pinocchio, un autre de femmes-monde (tu dessines une femme enceinte et tu remplaces son ballon par un globe terrestre), une vitrine de cartes de France (tu fais une France, si c’est la France nucléaire tu la remplis de dessins de centrales, si c’est la France qui digère tu la remplis d’intestins, tu continues avec d’autres idées du même genre). Il y aussi d’autres choses sur les murs mais je suis tellement déçu que je ne demande pas mon reste. Qu’est-ce qui lui a pris à Ali Baddou ?

            Le seul point positif de ma venue ici, c’est que ça me permet de voir de près à quoi ça ressemble l’Ecole des Beaux-Arts de Paris aujourd’hui. Tout à l’heure, au café La Charrette, rue des Beaux Arts (une rue encombrée de mauvaises galeries d’art), deux professeurs parlant de leurs élèves, l’un disant à l’autre :

            -Oh, cette année, ils ont gentils, assez durs, mais pas du tout au niveau. Je vais leur faire ranger ma réserve. S’ils ne le font pas, ils n’auront pas l’examen.

par michel perdrial publié dans : Expositions
commentaires (0)    recommander
Blog : Business sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus