Mardi 6 mai 2008

            J’attends ce lundi soir l’ouverture des portes de la salle de l’Opéra de Rouen en regardant de la terrasse, ouverte pour cause de beau temps, les évolutions virtuoses de trois squaitteurs à casquette. Lorsque ceux-ci font une pause, une future spectatrice du concert s’adresse à eux pour se plaindre de la saleté de la place (boîtes de bière, papiers gras) le dimanche matin précédent.

            -C’est pas nous, madame, répond l’un des garçons, on les connaît pas ceux qu’ont fait ça, c’est des bâtards.

            -C’est vrai qu’il n’y a pas de poubelle, ajoute la dame bien mise.

            -Si madame, il y a une poubelle, elle est là-bas.

            La dame ne demande pas son reste (comme on dit) et rejoint la salle de spectacle où je suis maintenant installé. Je consulte le livret programme qui me promet une rencontre entre le lied allemand et la chanson classique persane. Je me dis qu’il y a là risque d’ennui.

            Côté jardin, le pianiste Stefan Geier et le baryton Holger Falk, l’un et l’autre en costume gris bien européen. Côté cour,  la chanteuse Maryam Alkhondy, le percussionniste Babak Massali et le joueur de santour Farshad Mohammadi, tous trois vêtus à l’iranienne. A eux cinq ils font l’Ensemble Hafez.

            Les Occidentaux commencent avec trois lieder de Johannes Brahms et les Orientaux enchaînent avec un morceau écrit par Farshad Mohammadi. C’est pour le festival Voix de Fête (rencontres internationales d’art vocal) et fête est bien le mot qui convient, je m’en rends vite compte, pour cette soirée. Holger Falk tire de sa poche une missive dont il fait lecture au « très cher public ». J’apprends ainsi qui est cet Hafez mis en musique à la fois par des musiciens occidentaux et orientaux : un poète mystique ami du vin et de la liberté sans limite, dont à ma grande honte je n’ai jamais entendu parler jusqu’à ce jour.

            Holger Falk chante ensuite quatre autres poèmes d’Hafez mis en musique par Viktor Ullmann et à l’entracte je constate que je ne suis pas le seul à être très agréablement surpris.

            A la reprise, Kouchyar Shahroudi, musicien de l’Opéra de Rouen, vient mettre son petit grain de flûte avec un extrait d’une de ses compostions puis Holger Falk donne un poème d’Hafez mis en musique par Franz Schubert. Farshad Mohammadi se livre alors à une éblouissante improvisation au santour (instrument à cordes frappées de la famille des cithares sur table, m’apprend Ouiquipédia). Enfin, piano, santour et percussions se mêlent pour jouer deux compositions de Farshad Mohammadi sur des textes d’Hafez chantés par Maryam Alkhondy à l’envoûtante voix et Holger Falk, en duo.

            Le succès est total et mérite un rappel, un poème d’Hafez mis en musique par Robert Schuman. C’est une très bonne soirée et je sors de là heureux d’avoir découvert cet Hafez qui, au quatorze siècle de notre ère, écrivait : Comme les oiseaux leurs buissons/ Comme les chevreuils leurs forêts/ Aiment par prédétermination/ De même suis-je amoureux, seul,/ Du vin, de la taverne, et de la tenancière/ Tout est prédéterminé/ Par la grande Bonté d’Allah/ Hélas, que dois-je faire ?

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Mardi 6 mai 2008

            Le beau temps revenu et elle repartie, je sillonne pendant deux jours les routes de Haute-Normandie de vide-greniers en vide-greniers. Première journée à Poses au bord de la Seine puis à Saint-Etienne-du-Vauvray où c’est un jeu de piste pour trouver l’entrée du stade sur la pelouse duquel s’étalent les marchandises. Deuxième journée à Saint-Aubin Epinay, village de carte postale, puis à Romilly-sur-Andelle où la vente s’étend jusqu’au terrain de foute.

            J’achète des livres, des cédés et même des bâtons d’encens, principalement content de l’acquisition, après une négociation sévère avec une jeune femme dure en affaires, du cédé de Clarika Joker et de celui de Brigitte Fontaine Genre humain sur lequel figure cette jouissive chanson Conne Je suis malheureuse/ Parce que je suis conne. (C’est pour elle).

            Un type passe d’étalage en étalage répétant partout son message :

            -C’est bientôt fini les foires à tout. Heureusement. Dans trois ans la loi elle sera passée. Ça peut plus durer. A chaque fois t’es tenté et tu dépenses tout ton fric.

            Pour reposer mes pieds, je pause en terrasse au Son du Cor, lisant le gros roman, publié chez Philippe Picquier, de Wang Anyi Le Chant des regrets éternels et écoutant alentour les discussions sans fin des velléitaires qui fréquentent l’endroit quasiment en permanence. Que feront-ils par cette belle journée ? Iront-ils au bord de la mer dans la voiture de Machin ? Ou à la campagne pour un barbeuque chez Machine ? Ils en parlent pendant une heure ou deux et se séparent sans en avoir décidé.

            Le meilleur est à ma droite, qui déclare :

            -Il va falloir que je me bouge un peu cette année. Je me suis un peu endormi sur mes lauriers.

            Ses lauriers ? Je me demande lesquels.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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