Jeudi 10 juillet 2008

            Mercredi matin, rive gauche, elle me dit qu’elle aime bien les militaires mais seulement quand ils sont étrangers et nous en essayons une variété nouvelle, celle du sultanat d’Oman présents avec leur voilier le Shabat Oman. Après une aubade à la cornemuse et au djembé, le capitaine donne ses ordres : que les cadets vêtus de ticheurtes numérotés et de chortes bordeaux aillent donc jouer au basket à terre.

            Une distribution gratuite de la brochure à la gloire du navire, le sourire de tous les membres de l’équipage dont l’un allume ici et là des cônes d’encens, nous voici à bord. De là je fais quelques photos d’elle avec en arrière-plan les voiliers voisins et d’en face.

            Nous passons ensuite par l’Artemis civil hollandais et le Kaliakra militaire bulgare pour arriver au Tenacious civil britannique, un voilier dont une grande partie des membres de l’équipage sont des handicapé(e)s, à ce moment chargé(e)s de guider les curieux et curieuses, ce qui nous mène jusque dans les cabines.

            Pour finir, nous assistons sous la tente de l’Arabie Saoudite au spectacle de musique envoûtante et de danse efféminée donné par la troupe Almualaa.

            Le soir, rive droite, nous sommes au concert de l’orchestre de l’Opéra de Rouen qu’elle est heureuse de retrouver maintenant que sa vie à Paris l’empêche de partager mon abonnement. Oswald  Sallaberger, chef d’orchestre, pantalon blanc chemise blanche veste bleu marine, en parfait polyglotte salue les marins du monde entier et emmène un public nombreux, moins que la veille évidemment, dans un voyage bien balisé en deux parties.

            Nous passons d’abord par l’étape Johann Strauss avec une échappée surprise du côté de la musique du film Le Pirate des Caraïbes. Pendant Le Beau Danube bleu, je l’entraîne pour quelques pas de danse. Valser dans un champ de cailloux, ce n’est pas simple, surtout si comme moi on ne sait pas danser.

            Après un court entracte, le voyage reprend avec Wagner (l’ouverture de Tannhäuser), Dvorak (la Symphonie du Nouveau Monde), Bach (Air de la troisième suite), Verdi (ouverture de La Force du destin), Bizet (suite de Carmen), Barber (Adagio), Chostakovitch (Valse jazz numéro deux) et Khatchatourian (Danse du sabre), que des succès de la « musique dite classique », comme dit Oswald, et qui ce soir « est notre musique », parfait programme pour celles et ceux présent(e)s ici, qui ne connaissent pas beaucoup, applaudissent un peu trop vite, mais écoutent dans un silence qu’on ne trouve pas toujours au Théâtre des Arts, les soirs où l’orchestre joue pour l’élitiste bourgeoisie locale, absente du terrain vague.

            Oswald met alors en jeu le public (toujours plus nombreux), et s’y prend bien mieux que Wax Tailor, pour le Mambo de Bernstein puis sort son violon pour le Summertime de Gershwin. Son solo est malheureusement perturbé par le passage de l’hélicoptère de la police. Quand je pense au nombre de bateaux de guerre armés jusqu’aux dents présents dans le port de Rouen et pas un pour descendre ce gêneur !

            Le concert se termine par le Boléro de Ravel pendant lequel un détachement de marins russes envahit la scène. Chaque soldat porte un bouquet que l’on devine pour les musiciennes. La miss baptisée « demoiselle de l’Armada » est là aussi, encruchée, attendant l’apothéose.

            Son bouquet est pour Oswald qui, en bis, donne Le Pirate des Caraïbes, un marin étant pour lui une sorte de pirate, nous dit-il. Sur ces notes, elle et moi nous éloignons pour gagner le quai près du pont levant. Il est l’heure du feu d’artifice, un peu plus beau chaque nuit, au point qu’on en oublie la navrante musique diffusée par la sonorisation, c’est encore la Carmen de Bizet, qui est aux feux d’artifice ce que sont les Tournesols de Van Gogh aux couvercles de boîtes de chocolat.

par michel perdrial publié dans : Armada
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