Lundi 21 avril 2008

            Pas de pluie prévue dimanche matin, je me lève donc avant le soleil pour aller faire un tour à La Haye-Malherbe et à Surtauville, deux villages de l’Eure proches de Louviers, où il y a vide-greniers.

            Le ciel est d’un rouge orangé des plus esthétiques au-dessus de la côte Sainte-Catherine à l’heure où je rejoins ma voiture. Il ne manque que les éoliennes pour que l’image soit parfaite. Je songe à celle qui ne m’accompagne pas ce jour, dormant par là-haut après une soirée familiale.

            Quasiment pas de voitures sur la route ; il faut néanmoins être vigilant à cette heure où rentrent de discothèques les derniers fêtards. Un jour, je me suis trouvé nez à nez avec l’un d’eux circulant à vive allure et à contresens sur le quai de Rouen et n’ai dû mon salut qu’en choisissant de ne pas changer de file alors que lui choisissait d’en changer.

            Après Pont-de-l’Arche, je prends à droite vers Montaure, traversant la forêt de Bord que le printemps verdit de jour en jour. Après Montaure, c'est La Haye-Malherbe où sont annoncé(e)s deux cent exposant(e)s et où sont installé(e)s beaucoup moins. Devant la Mairie, est disposée, dans un cadre métallique bricolé, la tragique photo d’Ingrid Betancourt captive. Un peu plus loin, une banderole invite à visiter le four à pain sous une formulation inquiétante : « Bienvenue au four, dimanche ». Je ne trouve là rien qui m’intéresse. Je demande à un autochtone comment me rendre à Surtauville et il m’indique la route « par les plaines ».

            Peu d’exposant(e)s également dans cette jolie commune en fête. Manèges forains, concours de pêche dans la mare, défilé de Jeep datant de la Libération, concours de vélos fleuris pour les enfants du village, le comité s’en donne du mal pour animer le pays une fois par an. Rien qui m’intéresse là aussi et je m’apprête à partir. Fouillant un dernier carton, je trouve, parmi un tas de romans à l’eau de rose, La Mécanique des femmes de Louis Calaferte, que j’ai déjà mais que je ne puis pas laisser ainsi en déshérence, d’autant qu’il s’agit de l’édition originale parue en mil neuf cent quatre-vingt-douze chez L’Arpenteur et qu’il ne m’en coûte que cinquante centimes.

            Je ne rentre donc pas bredouille à Rouen où je suis de retour à neuf heures et quart. Je pose ma voiture en son lieu de garage habituel et, à pied, fais le crochet du marché du dimanche matin.  
            Lorsque j’arrive au Clos Saint-Marc, je découvre cinq ou six véhicules de police nationale et municipale garés sur la voie réservée à Teor. Une douzaine de fonctionnaires en uniforme s’agitent autour d’un stand. Certains terminent de l’entourer d’un cordon de sécurité. D’autres interrogent un vendeur que je connais bien, l’un des plus sympathiques bouquinistes et brocanteurs du marché. Il semble mi-amusé mi-inquiet. Je vais voir un autre bouquiniste de ma connaissance :

            -Que se passe-t-il ?

            -C’est Thierry qui a une grenade sur son stand.

            -Une grenade ? En état de marche ?

            Il ne sait pas, n’est pas très rassuré, trouve que le cordon de sécurité est un peu léger, me raconte que Thierry a sans doute acheté un carton quelque part sans savoir qu’il y avait une grenade dans son contenu.

            Je ne reste pas, ne pouvant accéder au stand de Thierry, ni à celui de sa voisine cerné lui aussi par le cordon. Je ne sais donc pas s’il s’en est bien sorti.

            A défaut d’un livre et peut-être influencé de manière subliminale par la présence de tous ces policiers, j’achète, à l’autre bout du marché, un poulet.

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
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