Samedi 10 mai 2008

            Vendredi, je m’apprête à passer une matinée tranquille chez moi. J’ai juste une obligation : sélectionner trois de mes textes pour les proposer à Daniel Martinez, directeur de la revue Diérèse, qui me publie avec une chaleureuse constance depuis l’an deux mille et les lui poster dans la journée. Je m’aperçois alors que la fuite censément arrêtée lundi dernier par le plombier n’est pas endiguée. J’appelle l’agence immobilière qui réussit par une astuce technique à me passer le plombier en chef. « Je vous envoie mon fils », me dit-il.

            -Dans combien de temps ?

            -Dans dix minutes il est chez vous, m’assure-t-il.

            Dix minutes après, on sonne. Qui c’est ? C’est le plombier. Je suis pris d’une sorte de vertige à l’idée que parfois le plombier arrive plus vite que police secours. Il trouve une deuxième fuite dans ma salle de bains et entreprend d’y mettre fin. Pendant ce temps, je relis l’un de mes textes. Ecrit l’an dernier, il narre un problème que j’ai eu à l’œil. Ciel, mon rendez-vous chez l’ophtalmo ! Je me précipite sur mon pense-bête. C’est bien aujourd’hui et dans cinq minutes. Heureusement, son cabinet est à deux minutes de chez moi. J’explique le problème au plombier, lui confie un double des clés et je file. A l’heure pile, l’ophtalmologue, aussi exacte qu’un plombier, appelle mon nom. En dix minutes, elle fait le tour des points à vérifier. « Tout est normal », me dit-elle. Je retourne chez moi. Le plombier en sort. Il est juste dix heures. Je me souviens que j’ai deux livres à vendre. Je vais les proposer à la bouquinerie Le Rêve de l’Escalier.

            Lorsque j’arrive, Michaël Féron, le libraire, est interrogé par deux étudiantes (je suppose) au sujet de l’humour. Il trouve néanmoins le temps de transformer mes deux livres en avoir. Je furète dans la boutique et apprend incidemment d’un autre client que ce samedi a lieu une vente de livres d’occasion à l’abbaye de Saint-Martin-de-Boscherville, de quoi occuper ma prochaine matinée.

            Sortant de la bouquinerie, je fais un détour par l’endroit où est garée ma voiture pour vérifier que tout va bien pour elle. Je suis de retour chez moi à onze heures, juste à temps pour écouter Place de la Toile, l’émission de France Culture consacrée au Ouaibe, dont l’invité est aujourd’hui Rue Quatre-Vingt-Neuf.

            Tout en mangeant, je glisse mes trois textes pour Diérèse dans une enveloppe et je prépare du papier coloré pour écrire à mon amoureuse. France Culture annonce son émission anniversaire de Mai Soixante-Huit en direct de l’Odéon qui fut occupé à cette époque par les étudiant(e)s. « Entrée libre dans la limite des places disponibles » indique le message enregistré. L’occupation dans la limite des places disponibles, une nouveauté intéressante de l’année deux mille huit.

            Quelle matinée agitée ! Pas étonnant que je ne trouve jamais le temps de faire le ménage de mon appartement et que j’ai mal à l’un de mes talons depuis dix jours. Je vais clopin-clopant au Son du Cor où, après l’écriture de ma missive pour Paris, je lis Clopin-clopant d’Annie François, un livre publié au Seuil qui parle du plaisir de fumer la cigarette, une occupation qui m’est totalement étrangère.

par michel perdrial publié dans : Vie quotidienne
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