Jeudi 22 mai 2008

            Moins de lycéens et de lycéennes que la semaine dernière, mais plein de salariés et de retraités du public et du privé, ça fait beaucoup de monde dans les rues de Rouen ce jeudi matin. Je défile devant avec la Cégété. Je n’ai même pas peur : quarante ans après Mai Soixante-Huit, la Cegété n’est plus tout à fait le syndicat stalinien qu’elle était. Sur sa camionnette, a pris place une bande de branlotin(e)s parmi lesquel(le)s Djembe Man. Le syndicat a même fait fabriquer une belle banderole pour les travailleurs sans papiers. Je croise des pompiers, des ouvrières de chez Carrefour et des travailleuses sociales et laïques de l’Armée du Salut. Un cégétiste porte une grande affiche qui me fait bien sourire. C’est un dessin de Kroll, il est en deux parties : Mai Soixante-Huit, une bande de joyeux drilles chevelus et dévêtus s’éclatent sous l’œil consterné de De Gaulle et de Tante Yvonne, Mai Zéro Huit, Sarkozy et sa Carlitta à poil s’éclatent sous l’œil consterné du bon peuple..

            Tous les manifestant(e)s sont là pour dénoncer la quarante et unième année de travail obligatoire et la contre-réforme des retraites dans son ensemble, celle dont la droite, le patronat et un morceau de la gauche disent que c’est la seule solution. Je pense plutôt que quand une question n‘a qu’une réponse, c’est qu’elle est mal posée.

            Un service d’ordre composé de pseudo-gothiques court partout en toute inutilité, barrant une rue déserte, protégeant un magasin que nul ne songe à piller. Je les trouve un peu inquiétants. Didier Marie et Christophe Bouillon, élus socialistes, font un apparition, vêtus comme pour une communion. Rue du Canuet, le magasin Terre d’Aventures (jeux en tous genres pour jeunots et pour qui n’arrive pas à grandir) annonce à tout le monde sa liquidation totale et garde sa porte ouverte (comme si le gérant souhaitait qu’on en finisse tout de suite).

            Les lycéens et lycéennes scandent un vieux slogan : « Trois pas en avant, trois pas en arrière, c’est la politique du gouvernement ». Doivent pas écouter ce qu’ils crient car aujourd’hui c’est trois pas en arrière et encore trois pas en arrière, la politique du gouvernement de ce fat sot de Sarkozy.

            En haut de la rue Cauchoise, un ouvrier à la peau noire répare la chaussée avec de jolis pavés modèle Quartier Latin d’il y a quarante ans. C’est tentant mais où sont les Céhéresses ? Question pavé, j’ai d’ailleurs ce qu’il faut à la maison : un beau et bon « pavé de Nation », spécialité du boulanger de là-bas, que m’a donné celle que je suis allé voir à Paris hier. Justement il est midi, j’ai faim, je rentre.

par michel perdrial publié dans : Politique française
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Jeudi 22 mai 2008

            Une soirée sans risque, mardi dernier, Alexandre Tharaud est au piano à l’Opéra de Rouen pour un concert hommage à Marcelle Meyer. Je suis en Elle Un au premier balcon, dernière rangée, juste à côté de l’aquarium où se tient l’homme qui se prépare à enregistrer la prestation. De là, le piano semble minuscule mais j’ai bonne vue sur le clavier. Un vieux couple s’installe à ma gauche. Lui est barbu comme un socialiste de mil neuf cent quatre-vingt-un ; elle, accrochée à son téléphone. Elle raconte que dimanche elle ira au Havre pour ses recherches généalogiques. Le mari, devinant l’énervement de l’entourage, lui file un bon coup de coude dans les côtes ; elle se tait. Alexandre Tharaud se dirige vers le piano suivi de sa tourneuse de pages.

            Dire que je ne connais pas Marcelle Meyer. J’ai pourtant déjà dû entendre ou lire son nom à propos du groupe des Six dont elle était, m’apprend le livret-programme, l’égérie. Je découvre aussi qu’elle figure sur le tableau de Jacques-Emile Blanche Hommage à Erik Satie que possède le Musée des Beaux-Arts de Rouen ; il faut que je le regarde bien à ma prochaine visite. « Très loin du conservatoire où son nom même n’était pas évoqué, je l’écoutais des nuits entières. », écrit Alexandre Tharaud, parlant de ses dix-sept ans.

            Marcelle Meyer est morte à soixante et un ans, en jouant du piano. Ce soir, Alexandre Tharaud donne à entendre une sélection du répertoire de cette dame qu’il admire fort. Une heure dix de plaisir, allant de Couperin à Couperin en passant, une ou plusieurs fois, par Chabrier, Rameau, Ravel, Debussy, Milhaud et Poulenc Le public retient son souffle. Bien dommage que certain(e)s prennent la brève interruption entre deux morceaux pour une autorisation de tousser. Cela a toutefois le mérite de réveiller l’abonné qui se tient de l’autre côté de l’aquarium. Alexandre Tharaud semble n’être pour lui qu’un joueur de berceuses ; par trois fois, il sombre. Il n’empêche qu’il d’applaudit à tout rompre (comme on dit) avec tout le monde à la fin.

            Alexandre Tharaud s’en tire avec trois rappels. Bach et Chopin d’abord (deux des composteurs préférés de Marcelle Meyer, nous dit-il) et pour finir encore Chopin avec ce célèbre prélude pillé par Serge Gainsbourg. Je ne peux l’entendre sans que s’y ajoute la voix de Jane Birkin. Je ne sais pas si c’est dommage.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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