Persiflages, moquages et autres énervages
(mâtinés de complimentages et de contentages)
Journal de bord de Michel Perdrial
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Je n’aime pas les concerts à deux têtes mais comme j’ai envie de découvrir sur scène Rodolphe Burger, je me rends ce mardi soir dernier au Hangar Vingt-Trois dans le port de Rouen.
Je sens dès l’arrivée qu’il y aura peu de monde et l’entrée dans la salle me le confirme. La capacité d’accueil est diminuée de moitié par un grand rideau noir,
-Ah, c’est pas grand le Hangar Vingt-Trois, déclare un spectateur novice, je pensais que c’était une grande salle.
Son voisin lui explique. Cette moitié de salle est loin d’être emplie.
-Je crois qu’il est pas très connu ce mec-là, commente l’une.
-J’espère qu’il a bien négocié son contrat parce que c’est pas avec notre pognon qu’il va vivre, compatit un autre.
Une drache tambourine sur le toit, des gouttes d’eau me tombent sur les mains. Ce soir, le Hangar Vingt-Trois prend l’eau au propre et au figuré.
C’est alors que Marcel Kanche entre en scène et là je me dis que j’aurais dû n’arriver qu’une heure plus tard. Je reste cependant assis au milieu du quatrième rang en attendant que s’épuise un répertoire mêlant paroles poétiques (comme on dit) et musique planante, dans une absence de mise en scène ponctuée de commentaires qui confinent à l’auto-sabotage, une sorte de dandysme du naufrage par une pâle copie de Bashung (il en a parfois la voix, copiée collée).
-Putain, il a plombé la soirée, entends-je derrière moi, je sais même plus si j’ai envie de rester pour la deuxième partie.
Personnellement, je sais que j’ai envie de rester et, pendant que longuement on s’affaire sur scène à remplacer des instruments par d’autres, je songe à la façon détournée dont j’ai connu les chansonnettes rockeuses de Rodolphe Burger. L’une d’elle, Cheval mouvement, servait d’indicatif à une émission de France Culture, et puis, toujours sur France Cul, j’ai entendu, il y a bien longtemps, une émission à lui consacrée dans la série Le Bon Plaisir (aujourd’hui disparue), apprenant qu’il fut prof de philo et puis fondateur de Kat Onoma à Strasbourg (j’achète depuis les cédés de ce groupe dans les vide-greniers).
Enfin le voici, des cheveux blancs plus qu’il n’en avait sur la dernière photo que j’ai vue de lui dans Libération. Il s’assoit sur un siège rotatif, un verre de rosé à portée de main, et attaque à la guitare et au pilotage d’ordinateur ; avec lui, deux musiciens, un batteur et clavieur/guitariste. Un véritable univers musical et textuel, une voix qui n’appartient qu’à lui, voilà ce qui me convient et pourquoi je suis là et bien content.
A mi-concert, Rodolphe Burger se lève et montre ainsi qu’il peut encore tenir debout. « On n’a pas plumé les pigeons ensemble », chante-t-il, « Alors ensemble, si c’est possible. Mais sans toi » envoie-t-il dans les dents du Tout Puissant de la République (sans jamais le nommé) avant de partir trop vite, la faute à Marcel.
J’espère le revoir un jour à Rouen, devant un public plus nombreux, à l’Exo Sept par exemple, et sans première partie si possible.