Persiflages, moquages et autres énervages
(mâtinés de complimentages et de contentages)
Journal de bord de Michel Perdrial
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C’est la foule des grands soirs, ce jeudi à l’Opéra de Rouen. Philippe Decouflé est au programme et même celles et ceux qui n’étaient pas né(e)s en mil neuf quatre-vingt-douze se souviennent de sa cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver à Albertville. Je me trouve à l’orchestre, sur le côté. Pas très bien placé, il faut le dire. Je ne suis pas le seul. Deux dames que je connais de vue pour être abonnées elles aussi de ce lieu, se plaignent, mais que faire, toutes les places sont occupées jusqu’au dernier des strapontins. C’est aussi qu’il y a parmi les artistes en scène ce soir Christophe Salengro, de la Présipauté de Groland.
Philippe Decouflé se recommande de la bédé, de la comédie musicale, du Bauhaus, de Merce Cunningham, de Tex Avery et de Groucho Marx. Il travaille aussi pour la publicité : Polaroïd, France Telecom, France Deux. Aujourd’hui, il présente sa dernière chorégraphie Sombrero (il y a un jeu de mots).
Le texte est signé par Claude Ponti, la musique est de Brian Eno, la lumière sous la responsabilité de Patrice Besombes et Laurent Radanovic est le régisseur vidéo. Un bon texte, une bonne musique et un spectacle qui repose sur la lumière et les effets d’image. L’ombre qui suit chacun en est le thème. C’est bien agréable à regarder, esthétique, poétique, et cela plaît absolument à tout le monde, ma voisine par exemple qui dit à son amie après de solides applaudissements :
-C’est vivant et plein d’esprit.
Il tient bien le coup Christophe Salengro, danse et joue sans fatigue apparente. Quel âge peut-il avoir ? Il n’est plus tout jeune. En juillet mil neuf cent quatre-vingt-neuf, à Avignon, pendant le Festival, il mangeait à la Tache d’Encre, rue des Teinturiers. J’étais à la table voisine avec celle qui me suivait comme mon ombre cet été-là, une fille qui n’aimait pas le prénom que lui avait donné sa mère. Un jour, elle l’avait même supprimé d’un coup d’effaceur sur son extrait de naissance puis, en imitant l’écriture de l’officier d’état-civil, remplacé par un autre que j’avais longtemps cru le sien. C’est qu’avec ce papier trafiqué, elle avait obtenu une vraie fausse carte d’identité à son nouveau prénom. Je me demande ce qu’elle est devenue et quel prénom elle porte aujourd’hui.
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