Persiflages, moquages et autres énervages
(mâtinés de complimentages et de contentages)
Journal de bord de Michel Perdrial
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Jeudi dernier, je profite du soleil en terrasse au Marégraphe. Sur l’autre rive, des ouvriers s’emploient au montage des deux chapiteaux destinés à la série de concerts hors les murs (comme on dit) du Cent Six. Plus loin, des conducteurs d’engin poursuivent l’aménagement du sixième pont de Rouen. Au-delà de ce pont infranchissable, un paquebot empli de touristes aisé(e)s et chenu(e)s voisine avec la zone industrielle. Première fois de leur vie peut-être que ces nantis stationnent aussi longuement parmi les usines.
En rentrant, je m’arrête à l’Office du Tourisme pour y prendre Rouen Magazine. Rien ne montre à la lecture du journal municipal que la mairie a changé de bord. Rien, sauf l’éditorial signé « Votre Députée Maire Valérie Fourneyron ».
Un éditorial intitulé « Rouen qui ose, Rouen qui gagne… » qu’elle consacre à l’équipe locale de hockey sur glace. Pas étonnant, l’élue est médecin du sport (je ne résiste pas au plaisir de le répéter, la preuve que le sport c’est dangereux, c’est qu’il y a une médecine du sport) Dans ses projets, il y a la menace d’une prochaine organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse.
Que dit-elle au « Cher Monsieur » que je suis ? « En remportant à Briançon leur neuvième titre en Ligue Magnus, les Dragons nous ont offert, à nous Rouennais, une raison supplémentaire d’être fiers de notre ville ». Ah, ces « nous » « nous » « notre », comme on se sent obligé d’être membre de la grande famille rouennaise ! Et comme on doit être content d’avoir une raison supplémentaire (quelles sont les autres ? mystère) d’être fier d’habiter là !
Je ne connais pas grand chose au sport rouennais. Je sais néanmoins que si l’équipe de hockey sur glace gagne c’est parce qu’elle a déjà gagné et qu’étant renommée, elle amène à elle les meilleurs joueurs qui lui permettent de continuer à gagner. A l’inverse, l’équipe de foute ayant l’habitude de perdre n’attire à elle que des joueurs de second choix lui permettant de continuer à perdre ; pas de quoi être fier.
« Rouen, une ville et des habitants qui suscitent chaque jour davantage mon admiration », conclut ingénument la Députée Maire.
Je suis Rouennais puisque j’habite à Rouen mais je ne fais pas partie de ce « nous » cher à Valérie Fourneyron. Pour preuve : la neuvième victoire des Dragons en Ligue Magnus, je m’en fous.