Lundi 5 mai 2008

            Sud Ouest, c’est le nom du journal de là-bas, une sorte de Paris Normandie. Chaque jour, la page des prévisions météorologiques, parfois fautive, montre qu’on n’est pas dans le sud mais vraiment à l’ouest, elle et moi, pour notre semaine de vacances. Il pleut le plus souvent. Le vent souffle froid. On s’en fiche. Nous profitons de la moindre éclaircie, suivant un itinéraire assez improvisé : Saint-Hilaire-de-Riez, Saint-Gilles-Croix-de-Vie, Bretignoles-sur-Mer, Talmont-Saint-Hilaire, Jard-sur-Mer, île de Ré, prudent contournement de La Rochelle, Fouras, Rochefort, île d’Oléron, île d’Aix et c’est le premier mai. Avant la fin, c’est la journée à La Rochelle, avec passage par la rue du Collège et arrêt au numéro vingt-six.

            Encore le temps de traîner un peu sur le chemin du retour, c’est le deux mai, à Sées d’abord, puis au Bec-Hellouin où je vais débusquer mon ami moine dans sa lingerie. Il nous en raconte de bonnes sur certains nouveaux habitants du village et sur d’anciens évènements d’avant le temps où je vivais là-bas, de quoi rentrer avec des piles bien rechargées. Un petit supplément d’énergie le soir même à Rouen au Hangar Vingt-Trois avec Orchestra Baobab, la nuit peut venir, celle du deux au trois mai, maudit anniversaire.

            Il y a treize ans, dans des circonstances qui resteront à jamais inconnues, Jacques Perdrial, mon frère, mourrait à La Rochelle, au vingt-six de la rue du Collège.

            Je feuillette les cinq recueils de poèmes qu’il a publiés (mal, à compte d’auteur) entre mil neuf cent soixante-seize et mil neuf cent quatre-vingt-six : poèmes de la jambe de bois, relations un, relations deux, « les animots », poèmes et chansons pour la madone de cuir, tous les chats qui sont blancs et qui ont les yeux bleus sont sourds.

            Dans le premier recueil, ce texte intitulé … :

            vous m’avez connu

            en ai-je eu besoin

            je suis dans la rue

            j’écris des chansons

            (c’est avec vos vies)

            vous ne chantez pas

            vous êtes les gens

            chez vous il y a

            peut-être quelqu’un

par michel perdrial publié dans : Vagabondages
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