Persiflages, moquages et autres énervages
(mâtinés de complimentages et de contentages)
Journal de bord de Michel Perdrial
(En vacances, retour ici vers le onze août, c'est le moment d'aller fureter dans les archives)
Pour lire mes textes publiés en revue
et me contacter voir en bas de page
La circulation parmi les textes de ce Journal de bord est facilitée
par le moteur de recherche interne situé juste en dessous à droite
J’attends ce lundi soir l’ouverture des portes de la salle de l’Opéra de Rouen en regardant de la terrasse, ouverte pour cause de beau temps, les évolutions virtuoses de trois squaitteurs à casquette. Lorsque ceux-ci font une pause, une future spectatrice du concert s’adresse à eux pour se plaindre de la saleté de la place (boîtes de bière, papiers gras) le dimanche matin précédent.
-C’est pas nous, madame, répond l’un des garçons, on les connaît pas ceux qu’ont fait ça, c’est des bâtards.
-C’est vrai qu’il n’y a pas de poubelle, ajoute la dame bien mise.
-Si madame, il y a une poubelle, elle est là-bas.
La dame ne demande pas son reste (comme on dit) et rejoint la salle de spectacle où je suis maintenant installé. Je consulte le livret programme qui me promet une rencontre entre le lied allemand et la chanson classique persane. Je me dis qu’il y a là risque d’ennui.
Côté jardin, le pianiste Stefan Geier et le baryton Holger Falk, l’un et l’autre en costume gris bien européen. Côté cour, la chanteuse Maryam Alkhondy, le percussionniste Babak Massali et le joueur de santour Farshad Mohammadi, tous trois vêtus à l’iranienne. A eux cinq ils font l’Ensemble Hafez.
Les Occidentaux commencent avec trois lieder de Johannes Brahms et les Orientaux enchaînent avec un morceau écrit par Farshad Mohammadi. C’est pour le festival Voix de Fête (rencontres internationales d’art vocal) et fête est bien le mot qui convient, je m’en rends vite compte, pour cette soirée. Holger Falk tire de sa poche une missive dont il fait lecture au « très cher public ». J’apprends ainsi qui est cet Hafez mis en musique à la fois par des musiciens occidentaux et orientaux : un poète mystique ami du vin et de la liberté sans limite, dont à ma grande honte je n’ai jamais entendu parler jusqu’à ce jour.
Holger Falk chante ensuite quatre autres poèmes d’Hafez mis en musique par Viktor Ullmann et à l’entracte je constate que je ne suis pas le seul à être très agréablement surpris.
A la reprise, Kouchyar Shahroudi, musicien de l’Opéra de Rouen, vient mettre son petit grain de flûte avec un extrait d’une de ses compostions puis Holger Falk donne un poème d’Hafez mis en musique par Franz Schubert. Farshad Mohammadi se livre alors à une éblouissante improvisation au santour (instrument à cordes frappées de la famille des cithares sur table, m’apprend Ouiquipédia). Enfin, piano, santour et percussions se mêlent pour jouer deux compositions de Farshad Mohammadi sur des textes d’Hafez chantés par Maryam Alkhondy à l’envoûtante voix et Holger Falk, en duo.
Le succès est total et mérite un rappel, un poème d’Hafez mis en musique par Robert Schuman. C’est une très bonne soirée et je sors de là heureux d’avoir découvert cet Hafez qui, au quatorze siècle de notre ère, écrivait : Comme les oiseaux leurs buissons/ Comme les chevreuils leurs forêts/ Aiment par prédétermination/ De même suis-je amoureux, seul,/ Du vin, de la taverne, et de la tenancière/ Tout est prédéterminé/ Par la grande Bonté d’Allah/ Hélas, que dois-je faire ?