Persiflages, moquages et autres énervages
(mâtinés de complimentages et de contentages)
Journal de bord de Michel Perdrial
(En vacances, retour ici vers le onze août, c'est le moment d'aller fureter dans les archives)
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Dimanche matin, il est un peu plus de sept heures, je roule vers Andé et son vide greniers. J’écoute Vivre sa ville sur France Culture. Le sujet du jour est la nuit des barricades d’il y a quarante ans à Paris. Les pavés volent, les cocktails Molotov éclatent, les grenades lacrymogènes explosent. Je me gare en bord de Seine à Saint-Pierre-du-Vauvray pour, à l’exemple de Bashung, « éviter les péages », précisément celui mis en place par les organisateurs à l’entrée du champ transformé en lieu de parcage. Je coupe le moteur et la radio. Je passe brusquement de l’émeute parisienne au calme de la campagne normande. Sur la Seine, un homme seul dans un canot pèche. Cela me fait songer à une remarque de Denis Grozdanovitcht dans son Petit traité de désinvolture : quelles que soient les circonstances, révolution, guerre, catastrophe de tout ordre, il y a toujours à proximité immédiate de l’évènement un homme qui s’en fiche et continue à pécher.
Je traverse un pré à l’odeur d’herbe fraîchement coupée et me voici à pied d’œuvre. Que vois-je ici par terre ? Cinq ouvrages de la collection « Les Archives d’Eros » publiée par les éditions Astarté, émanation de la galerie Les Larmes d’Eros dirigée par Alexandre Dupouy et en bonus Le Kamasutra catalan d’un anonyme du quatorzième siècle publié chez Anatolia/ Le Rocher. J’interroge le vendeur sur leur prix et je constate que je me trouve dans la pire des situations, celle qui met face à face un acheteur qui sait qu’il n’est pas prêt de retrouver pareille aubaine et un vendeur qui connaît le prix de ce qu’il vend (chaque Astarté neuf est au prix de vingt-deux euros).
Le vendeur m’annonce dix euros par Astarté ou cinquante euros pour les cinq plus l’Anatolia. Je tente le coup de la même chose pour quarante euros. Il finit par accepter. Je lui propose un chèque. Il ne peut, n’ayant pas de compte en banque. Je fouille un peu partout dans mes poches et mon sac à dos et mets la main sur trente-cinq euros en billets. Je n’ai pas d’autre billet, lui dis-je, omettant de lui parler des pièces dans mon porte-monnaie. Il me laisse alors le tout pour trente-cinq. Ce n’est pas donné mais j’ai quand même fait une affaire, tout en restant presque honnête.
Bientôt, je quitte Andé et reviens à Rouen pour explorer le vide-greniers du quartier Saint-Eloi. Là, le livre est moins cher, presque offert. Deux euros pour le gros volume titré Censures et interdits, publié aux Presses Universitaires de Rennes et un euro pour le non moins gros Esquisses et nouvelles esquisses viennoises de Peter Altenberg publié chez Actes Sud. Quand trouverai-je le temps de lire tout ça ? C’est ce que je me demande en décidant de ne pas rester plus longtemps, fatigué par le trop grand nombre d’acheteurs et d’acheteuses, spécialement par ceux et celles qui se servent de la poussette de leur enfant comme d’une voiture bélier.
Lundi matin, je reprends à la même heure le chemin d’Andé et cette fois, elle m’accompagne pour le deuxième jour du vide-greniers. Moins d’étalages que la veille sont installés. Elle trouve néanmoins une calculatrice pour remplacer celle achetée récemment et déjà en panne et m’offre un cédé de Mark Knopfler. J’achète un livre publié à La Différence où se côtoient des photos de Pierre Bérenger et un texte de Michel Butor. Son titre est Naufragés de l’arche. Les naufragés sont les animaux empaillés de le Galerie de Zoologie du Jardin des Plantes de Paris. Cet ouvrage date de mil neuf cent quatre-vingt-un. Je crois que les empaillés ont été sauvés depuis.
Les haut-parleurs diffusent des chansons niaises avec en grain de sel un titre du dernier cédé de Bashung. C’est Jean-Claude Wappler de La Ferrière-sur-Risle qui anime l’endroit. Il a un beau camion sono et un faux air (qu’il cultive) de Nino Ferrer. Le désir d’être artiste mène à tout.
Je demande à celle qui me tient la main où elle souhaite poursuivre la matinée et elle choisit Portejoie. C’est tout près, un très beau village tout en longueur au bord de la Seine. Nous marchons sur le chemin de halage, faisons une pause dans l’herbe, cueillons de la citronnelle. On est toujours bien à Portejoie, qui mérite son nom mais n’est pas exempt de drame. C’est là, me rappelle-t-elle, qu’Achille Zavatta s’est suicidé.
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