Persiflages, moquages et autres énervages
(mâtinés de complimentages et de contentages)
Journal de bord de Michel Perdrial
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Dans le train pour Paris, mercredi matin, je poursuis la lecture d’Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil de Murakami, je m’accroche même, car ce roman diffère peu de ceux à l’eau de rose. L’auteur a fait mieux après le tremblement de terre de Kobe et l’attentat de la secte Aum quand il est revenu vivre au Japon.
Je me laisse distraire par mes voisins en route pour le travail de bureau. L’un s’endort sur Le Figaro, l’autre est déjà à l’ouvrage grâce à son ordinateur. Je ne sais déjà plus quel(le) couturier ou couturière a libéré la femme (au travail s’entend) mais ce serait bien si quelqu’un(e) pouvait un peu s’occuper des mâles, pendant combien de temps encore devront-ils obligatoirement porter la cravate, ce tchador pour homme, comme l’a dit je ne sais qui.
A Saint-Lazare, je prends la ligne treize jusqu’aux Invalides et me joins à la petite foule qui attend l’ouverture du Musée Rodin. Je viens voir les sculptures de Camille Claudel ici exposées. La veille, celle que j’appelais mon amoureuse (si elle a donné suite à son projet) était là, précédée elle-même, la semaine d’avant, par celle que j’appelle mon amoureuse (et que je dois retrouver en fin d’après-midi), la première n’aimant pas que je nomme la seconde ainsi et réciproquement mais que puis-je faire contre le temps qui passe sinon prolonger le présent le plus longtemps possible et garder le passé vivant (ce qui s’exprime ici de façon un peu pompeuse).
J’entre dans la salle de forme rectangulaire où débute l’exposition Camille Claudel. Je n’y suis pas seul, le lieu et la foule présente me font songer à un couloir de métro. Ce sont les audiophones qui causent l’encombrement. Celles et ceux qui s’en munissent marchent au même pas. Je file directement dans la deuxième salle où les œuvres sont éclairées artificiellement puis dans la troisième où l’éclairage est naturel grâce à une verrière. Je navigue de l’une à l’autre. Dans ces deux salles sont les meilleures sculptures exposées, pas nombreuses, et qui m’émeuvent toujours, La Valse et L’Abandon notamment.
Je lis quelques-unes des lettres de Camille et de son entourage exposées sur les murs. Je ne sais qui d’elle ou d’Adèle a eu la vie la plus triste et a été le plus abandonnée par sa famille. J’en parlerai à Paul Claudel et à Victor Hugo, la prochaine fois que je ferai tourner les tables.
Un peu plus tard dans la journée, je passe à la galerie Dina Vierny, rue Jacob, pour l’exposition Jonvelle, une dizaine de très beaux nus grand format répartis dans deux petites pièces.
Je possède deux livres consacrés aux photos de Jean-François Jonvelle jonvelle(s), publié chez Ipso Facto, et Avril Mai Juin (qui contient un tirage de collection numéroté), publié chez La Martinière. Ce dernier m’a été offert en mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf pour mon anniversaire par celle qui a peut-être visité l’exposition Camille Claudel un jour avant moi. Jean-François Jonvelle, l’« obsédé sexuel sentimental », est mort le seize janvier deux mille deux, à l’âge de cinquante-neuf ans, de quoi me conforter, s’il en était besoin, dans mon désir de vivre à fond le moindre moment présent.