Vendredi 27 juin 2008

            La vie est belle et cruelle. Anton Dvorak, après le décès à la naissance de sa fille Josefa, compose la première version de son Sabat Mater, puis deux ans plus tard, après la mort à un mois d’intervalle de ses deux autres filles Ruzena et Otakar, la seconde version.

            C’est la première version d’icelui (dont le texte, du treizième siècle, est attribué au moine franciscain Jacopone da Todi et évoque la douleur de Marie après la mort de son fils Jésus) qui est au programme du chœur accentus, ce mercredi soir à l’Opéra de Rouen.

            Je suis au premier balcon. Une voisine à gauche trouve qu’ « il y a des noms de partout, dans les choristes de Laurence Equilbey ». Un voisin derrière se réjouit de la durée restreinte du concert, il va pouvoir regarder la deuxième mi-temps du match. Tout cela est habituel. L’inattendu vient de la présence de plusieurs caméras de télévision captant la prestation. L’une en embuscade derrière les choristes tient la chef de chœur dans son viseur. Une deuxième suit les entrées et les sorties de scène. D’autres, j’imagine, que je ne vois pas du balcon, filment les choristes, les quatre solistes et Brigitte Engerer, qui tient le piano.

            En apéritif sont donnés six chants bibliques du même Dvorak.

            Laurence Equilbey et son chœur accentus, ainsi que leurs invité(e)s, solistes et pianiste, déclenchent moult applaudissements à l’issue du Sabat Mater. Des applaudissements différents de ceux que provoque accentus à chacun de ses passages, quelque peu surjoués, qui incitent la chef à bisser la fin de l’œuvre « ce qui ne se fait pas, mais c’est la création de cette première version à Rouen alors je vais le faire ». Tout cela parce que la télévision.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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