Vendredi 4 juillet 2008

            Ce jeudi trois juillet deux mille huit, c’est jour d‘arrivée des premiers voiliers de l’Armada de Rouen et en ce début d’après-midi, je sors de chez moi pour rejoindre le quai de la rive droite.

            Rue Saint-Romain, un panneau racole le passant « Exposition préliminaire à l’Armada » « Une religion chrétienne et la mer ». Ce sont les Mormons qui ne manquent pas une occasion. J’apprends ainsi qu’il existe plusieurs religions chrétiennes. Je ne sais laquelle organise la messe télévisée de l’Armada le six juillet (le sabre et le goupillon ont une amie fidèle : la télévision).

            En bas de la rue Jeanne-d’Arc, des alpinistes installent sur la façade de l’Opéra un immense panneau annonçant le programme de la saison lyrique prochaine.

            Je descends sur le quai où je suis loin d’être seul et considère le pont levant levé. Cela fonctionne donc et chacun(e) a le regard rivé sur la grande porte. Je trouve une petite table bien placée en terrasse du Marégraphe et, à peine mon café commandé, un coup de canon annonce l’arrivée du premier voilier noir et ocre. Une table de filles interpelle une autre table de filles :

            -Hey, les filles, v’là les marins !

            Une femme quitte précipitamment sa table se ruant sur le quai en oubliant sac et parapluie. Le sympathique patron du Marégraphe l’appelle pour les lui rendre.

            -C’est la panique de l’Armada, commente-t-il sobrement.

            A la table voisine de la mienne, un retraité de la marine, chemise blanche et panama de même couleur, petit cigare en bouche, ajuste ses jumelles et surveille l’opération d’accostage, au loin, près du nouveau pont.

            Se présente alors un remorqueur crachant sept puissants jets d’eau. C’est que derrière, c’est du sérieux : l’Amerigo Vespucci, l’imposant bateau école de la marine italienne. Il entre dans Rouen, précédé du cracheur Caporal Chef Henri Jean et convoyé par deux autres remorqueurs le Bon Secours Cinq et le Capitaine Albert Raoul, applaudissements sur les quais, une sono diffuse un petit air de musique militaire. La police portuaire veille. La gendarmerie flotte un peu plus loin. Les deux remorqueurs font pivoter l’immense voilier devant le pont Guillaume-le-Conquérant et c’est l’accostage rive gauche, cependant que sous le pont passe le troisième voilier du jour, blanc et noir.

            Les remorqueurs repartent à grands coups de canons à eau, l’un d’eux fait la toupie sur la Seine, tandis qu’arrive un drakkar à moteur. Je quitte le Marégraphe et me rends rive gauche pour voir l’Amerigo Vespucci et ses militaires de plus près, lesquels ont l’air bien inoffensifs. Comme l’écrivait Boris Vian : Tous amiraux dans la marine, finies les batailles navales.         

            Sur la plateforme d’accostage, Patrick Herr, l’organisateur de la fête, vit son heure de gloire, téléphone rivé à l’oreille, et bientôt grimpe à bord suivi d’une élue grise à écharpe tricolore, d’une miss à bouquet et de journalistes de télévision. Les gradés à casquette plastronnent devant les caméras. Les marins de base bossent. L’un hisse le drapeau de l’Unicef. Un autre installe une bouée au pied de la passerelle Une vingtaine d’entre eux grimpent en haut du mât central et se livrent à de mystérieuses activités.

            Il y a foule sur le quai, on photographie, on filme, on commente. Deux filles apprennent à faire coucou aux marins qui pour l’instant ont autre chose à faire. Lassée, l’une d’elle suggère à sa copine d’aller s’asseoir sur une bitte. C’est un bon début.

par michel perdrial publié dans : Armada
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