Samedi 10 janvier 2009

            A Paris, mercredi matin, il fait encore plus froid qu’à Rouen, fontaines et bassins sont pris par les glaces et mes doigts s’engourdissent à fouiller dans les bacs de livres d’occasion des deux Gibert et de Boulinier. J’en extrais néanmoins La première main, texte autobiographique largement illustré de Rosetta Loy, paru au Mercure de France dans la collection « Traits et portraits » dirigée par Colette Fellous.

            Je me réchauffe dans mon kebab habituel puis courageusement franchis la Seine. Rue Saint-Martin, chez Mona Lisait, je fais l’emplette de L’Ecole de Paris, riche catalogue d’exposition publié en deux mille par le Musée d’Art moderne de la ville de Paris, cinq euros au lieu des presque trente d’origine pour une Ecole de Paris essentiellement constituée d’admirables étrangers alors bienvenus dans le pays de France.

            Avant de rejoindre celle avec qui je dois passer la soirée, je trouve asile au Centre Pompidou où chacune de mes visites est source de plaisirs inattendus grâce aux accrochages renouvelés. Aujourd’hui, je m’attarde devant un très bel Otto Dix de mil neuf cent vingt Souvenirs de la galerie des glaces à Bruxelles, prostituée nue et soldat aviné démultipliés par les miroirs. Plus loin, dans une salle consacrée aux corps/sculptures dans la photo, je déniche les One Minute Sculptures d’Erwin Wurm (souvenir du Lieu Unique avec elle à Nantes) et deux images de la série La Chute de Denis Darzacq (souvenir de la galerie du Pôle Image avec elle à Rouen).

            Autre nouveauté, plusieurs salles sont consacrées à la dernière donation du collectionneur Daniel Cordier sous le titre Les Désordres du plaisir. De très esthétiques objets, venus des civilisations non occidentales ou dits de curiosités, présentés tels des ready made anonymes selon un mode analogie/contraste, côtoient les travaux de Simon Hantaï, Bernard Réquichot, François Rouen, Dado, Jean Dubuffet, Michel Nedjar (deux masques superbes), Henri Michaux, Robert Mapplethorpe et autres. Deux œuvres me retiennent : Personnages aux cheveux verts, roses et blancs, encre noire et papiers peints, de Gaston Chaissac et Le sens de l’espace, l’inquiétude, photographie digitale signée des frères Gao, accumulation de jeunes corps nus asiatiques placardisés avec une poupée blonde..

            Quand je la retrouve à la porte de Boulle, elle est bien d’accord qu’il faut changer notre programme, trop froid pour aller errer à Belleville. C’est au chaud et mangeant chinois à profusion rue de la Verrerie que nous évoquons la vie.

            Un train Corail parti à l’heure et arrivant de même me ramène à Rouen où il fait étonnamment doux. Il est vingt-trois heures. De la gare à mon domicile, je parcours à pied une grande partie du centre de la ville sans y croiser une seule personne.

Par michel perdrial - Publié dans : Expositions
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