Persiflages, moquages et autres énervages
(mâtinés de complimentages et de contentages)
Journal de bord de Michel Perdrial
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Il fait si chaud, ce mercredi à Paris, que je ne peux faire autrement. Aux Halles, j’entre chez Couique pour acheter une glace. Comment vous appelez ça déjà ? dis-je à la débutante qui apprend le métier sous la surveillance de la meilleure employée du mois. Elles me le rappellent en chœur mais au moment où j’écris j’ai à nouveau oublié. En revanche, je me souviens de son prénom à l’autre : c’est Aloïs. J’en prends une au caramel. Je la déguste (si l’on peut dire) en terrasse avec pour voisins de sympathiques ouaiches.
De là, je vais m’asseoir à l’ombre, près de l’église Saint-Séverin, et reprend la lecture de N’entre pas trop vite dans cette nuit noire, vite emporté dans le sinueux flux mental de Maria Clara. Dix-sept heures sonnent. Encore une heure avant le rendez-vous avec celle que je dois retrouver près des fontaines mouvantes de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle. Je décide d’aller musarder chez Mona Lisait, rue Saint-Martin.
A peine ai-je repéré un livre consacré aux femmes photographes que la voici qui me saute dessus. Eh bien, que fais-tu ici ? Et toi ?
Elle me raconte rapidement son voyage d’hier à Lyon pour un entretien, son deuxième entretien à Paris aujourd’hui, et oublions tout ça, me dit-elle, allons voir Araki.
Cela se passe chez Templon. La porte est ouverte au fond de la cour. Nous sommes accueillis par une fille nue sévèrement ligotée. L’exposition est sobrement et explicitement intitulée Bondages. Les photos présentées sont en droite ligne avec celles du passé dont je possède bon nombre de reproductions grâce à Tokyo Lucky Hole, le pavé publié autrefois chez Taschen, un ouvrage que j’ai fait découvrir à celle qui m’accompagne
Araki approche de ses soixante-dix ans. Il poursuit l’exploration de ses phantasmes avec une nouvelle série de filles attachées, suspendues, exhibées, martyrisées, souvent accompagnées de lézards en plastique, certaines au pubis touffu, d’autres au pubis glabre, fleur et fruit introduits pour deux d’entre elles. Ces photos numériques en couleurs, grand format, nous séduisent. Nous nous asseyons sur le banc de la salle principale. Nous sommes seuls avec Araki.
Quand arrive une jolie blonde solitaire, nous quittons la galerie Daniel Templon pour aller fêter la fin de ses examens dans notre restaurant chinois préféré, à volonté.