Persiflages, moquages et autres énervages
(mâtinés de complimentages et de contentages)
Journal de bord de Michel Perdrial
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Par ce temps de chaleur touffue, une place à l’ombre s’impose en terrasse au Son du Cor bien que le verre d’eau fraîche se transforme vite en bouillon tiédasse. Même lire demande un effort. Je ne sais si c’est la température ou l’épaisseur de l’ouvrage mais j’ai du mal à me concentrer sur N’entre pas si vite dans cette nuit noire d’António Lobo Antunes. J’en suis à la moitié et au fur de la lecture diminue mon plaisir (António, tu ne pourrais pas écrire des livres courts). Je me laisse distraire par les filles peu vêtues qui passent et par la conversation d’à côté.
Des jeunes gens travaillant dans le spectacle font le point sur un projet pour l’an prochain. Il est question de subventions à demander, de prêt de matériel à solliciter, de vigiles (avec ou sans chiens) à envisager, toutes questions qui pourraient se poser dans n’importe quelle activité commerciale.
Rentré chez moi, une visite imprévue me réjouit. A ma porte se trouve celle avec qui je pars bientôt en vacances, venue ce jour à Rouen rencontrer un sien ami. Je la raccompagne à la gare où ensemble nous attendons le train en retard.
Le soir venu, la chaleur est toujours aussi éprouvante avec menace d’orage à la clé. Je rejoins la place des Antilles, de La Part des Anges et des Petites Cuillères réunies afin d’y entendre Mister Moonlight, groupe rouennais des années quatre-vingt, lequel opère son retour. Je ne connais pas mais j’ai fréquenté l’un des musiciens dans une autre vie, lorsque je faisais l’instituteur et lui le parendélève (sans savoir qu’il et avant que je).
Comme il est d’usage aux Terrasses du Jeudi, l’affaire est en deux parties (entre les deux ce sont les bars qui font des affaires, ces concerts ont été créés pour cela). Ici, la première est acoustique, la seconde sera électrique, c’est du rock plus ou moins américain. Le chanteur a parfois des accents de Bob Dylan, son complice « Maintenant, Laurent va vous chanter une chanson » tout à fait la voix de Mark Knopfler. Derrière à la batterie, c’est celui que je connais. Le public apprécie, dont pas mal de cheveux grisonnants (comme sur scène) retrouvant là leur jeunesse. Vers la fin, des milliers de minuscules bestioles volantes vertes s’abattent sur les présent(e)s qui du coup bougent un peu.
Ces insectes énervants m’accompagnent jusqu’à la place du Socrate, des Floralies et du Seize/Neuf réunis. A cet endroit, La Familia délivre sa musique latino-tzigane devant un public plus nombreux. Cette famille, je la connais bien, déjà vue et entendue moult fois. Je l’écoute avec moins de plaisir qu’autrefois, contemplant chacune et chacun dans le public, comment elle ou il se débrouille avec les petites bêtes qui l’embêtent, les stoïques et les hystériques. Le chanteur donne rendez-vous à huit heures trente pour la deuxième session.
Je retrouve mon appartement presque frais et sans importunes bestioles, me demandant si oui ou non j’y retourne dans une heure.
Le moment venu, l’orage répond à ma place.