Samedi 8 juin 2013 6 08 /06 /Juin /2013 13:04

Il y a déjà pas mal de monde quand j’arrive à dix-huit heures devant le Palais de Justice de Rouen où, à l’appel de Ras l’Front, on se réunit en hommage à Clément Méric, l’étudiant mort du coup de poing donné par un nazillon à la sortie d’une vente privée à Saint-Lazare ; parmi les drapeaux : ceux du Parti Communiste, du Parti de Gauche, du Hennepéha, de Sud Solidaires, de l'Unef, des anarchistes, de la Ligue des Droits de l'Homme et de Ras l'Front. Le Parti Socialiste n’est pas là, bien entendu, mais surprenante est l’absence des Verts.

La rue de la Jeanne est bientôt à demi bloquée. Deux Céhéresses s’approchent, accompagnés d’un policier en civil (chemise saumon, lunettes noires, cheveux élégamment coiffés en arrière) qui parle dans le micro de l’un des deux. Ils disparaissent. Comme nous sommes assez nombreux, il est décidé que le rassemblement va devenir manifestation. Avant le départ, la parole est donnée à « un ami de Clément ». Il s’exprime confusément, répétant deux ou trois fois que la seule erreur de Clément est d’être arrivé en retard à cette vente privée. On n’en saura pas plus.

Dans ce genre de manifestation, on ne fait pas dans la nuance, comme le montrent les slogans. C’est le Hennepéha, toujours prompt à récupérer les évènements à son profit, qui tient le mégaphone. Lorsque des slogans différents partent de la foule, la crieuse ex-trotskyste est assez maligne pour les faire siens, les étouffe, puis reprend ceux de sa formation. Je ne me sens jamais à ma place dans cette situation.

Le cortége tourne à gauche, rue du Général-Leclerc, laisse passer une ambulance, remonte la longue file des bus Teor immobilisés. Les passants, dont pas mal de touristes venus pour l’Armada et quelques marins de celle-ci, regardent ça d’un œil indifférent cependant que la Maison de la Chevelure baisse précipitamment son rideau de fer.

Une remontée de la rue de la Rép et nous voici arrivés place de l’Hôtel-de-Ville. Ras l’Front et la Ligue des Droits de l’Homme prennent la parole puis est évoquée la prochaine Gay Pride qui aurait besoin d’être sécurisée. Si on se quittait avec une chanson ? « Des gens qui chantent bien » se regroupent. Le Chant des partisans est proposé. Il est violemment rejeté par « des amis de Clément » car cette chanson antifasciste est aussi une chanson gaulliste. Est alors émise l’idée du Temps des cerises. Cette chanson d’amour est agréée et interprétée affreusement par celles et ceux qui prétendaient savoir chanter.

Je rentre en longeant la façade de l’abbatiale Saint-Ouen, avançant vers une voiture de police. Les policiers qu’elle contient m’observent attentivement, peut-être même me filment-ils.

*

C’est quand même bizarre de se dire anarchiste et d’aller à une vente privée acheter un polo de marque, esclave de la société de consommation.

Par michel perdrial
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