Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 07:50

Il est temps de passer à l’action. Ma photo géante obtenue après une heure et demie d’attente au Centre Pompidou où JR a installé son photomaton géant est restée roulée depuis le premier juin. Celle qui m’accompagne a la sienne depuis ce vendredi obtenue après trois heures d’attente.

Le contrat est clair. La photo est gratuite et doit être collée sur la voie publique à un endroit qui compte pour celle ou celui qui figure sur l’image. Pour elle ce sera l’église Jeanne d’Arc, place du Vieux-Marché, à proximité immédiate de statue de la sainte (pour des raisons qui lui sont personnelles). Pour moi ce sera le socle de la statue de Pierre Corneille (en raison de mon goût pour la littérature) face à l’Opéra de Rouen/Théâtre des Arts (où j’ai mes habitudes). Deux atteintes au patrimoine local, il s’agit de mettre un peu de piquant à la chose. L’évènement est prévu pour ce samedi à dix-sept heures.

Quand elle arrive vers trois heures avec son affiche sous le bras, c’est pour m’apprendre qu’au dernier moment sa mère a refusé de lui passer le pinceau à colle et la raclette idoine, objets que je ne possède pas. Nous filons chez Intermarché en faire l’emplette.

Dans l’incertitude du sort de nos deux beaux portraits, nous les photographions suspendus à la fenêtre donnant sur la ruelle (avec l’aide d’un touriste de passage), puis à celle du jardin, puis sur la pelouse du jardin, puis sur notre lit. Il est temps de préparer la colle, ce dont elle se charge avec brio.

Nous partons, moi un peu nerveux, elle détendue, munis d’un appareil photo, n’emmenant que mon affiche par prudence. L’intervention policière n’est pas à exclure.

Elle fait quelques photos d’avant l’action, affiche roulée, devant le fier Corneille, en arrière-plan le Théâtre des Arts et l’échantillon de la jeunesse rouennaise qui se tient vautré en permanence sur le parvis (fans de mangas, gothiques et autres). Arrivent, alertés par le réseau social Effe Bé, l’ami Masson et le Major. A l’heure dite, j’attaque Corneille par derrière, les pieds dans la plate-bande parsemée de bouteilles de bière vides.

-On voit que ça fait longtemps que tu n’as pas collé de papier peint, remarque l’un de mes deux amis.

Je n’en ai jamais collé, me contentant de celui présent dans mes différents logements, mais en vérité je ne me débrouille pas si mal et mon rectangle de colle est quasiment parfait. J’y plaque mon portrait et passe au lissage dans l’indifférence des branlotin(e)s occupé(e)s à ne rien faire, tandis que le Major et celle qui m’accompagne font les photos qui seront envoyées à JR via son site Inside Out.

Je demande aux jeunes avachi(e)s de veiller sur mon affiche et tous quatre nous repassons à la maison pour prendre la photo numéro deux et remplir le pot de colle.

A dix-sept heures trente, nous sommes près du bûcher derrière l’église Jeanne d’Arc. Elle grimpe sur le muret délimitant la jardinière au pied de la statue de la sainte. Le jeune père qui y était assis, donnant le biberon, juge préférable de s’éloigner. Le Major et moi-même photographions, tandis que l’ami Masson donne des conseils techniques qui n’empêchent pas l’affiche d’être un peu de traviole. Deux touristes noirs me demandent qui est la jeune fille sur la photo.

-C’est celle qui la colle.

Ils la trouvent très jolie. Je leur explique ce qu’est le projet artistique Inside Out. Des Japonais font des photos. C’est bon, sa photo est en place, la sainte la considère de haut, le regard désespéré.

-On est quand même égocentriques, me dit-elle considérant avec satisfaction son collage.

-Et narcissiques, lui dis-je.

Elle, moi et les deux larrons avons bien mérité d’aller boire un verre.

En nous éloignant, nous faisons une dernière photo quand soudain une jeune femme se rue sur l’affiche et entreprend de la déchirer. Celle qui l’a collée se précipite et tente de l’arrêter. Je photographie la scène de loin. La discussion est animée. La jeune femme ne se départit pas d’un sourire extatique. Une mama black crie quelque chose que l’on n’entend pas. Quand celle dont l’image vient d’être détruite renonce, l’autre achève de la décoller et la jette dans une poubelle proche. Ce n’est pas, comme je le pensais, une catholique indignée mais une brave employée municipale prévenue par on ne sait qui, ne sachant que répéter : « Je fais mon travail ». Inutile de lui parler du projet de JR : « La question n'est pas là, c'est un bâtiment du patrimoine historique et je fais son travail ». Quand à la mama black, elle approuvait, criant que c’était mal de coller une affiche sur une église.

-Bon, on boit un verre quand même, décrète le Major.

La terrasse du Café de Rouen nous accueille. Il est six heures moins cinq, l’heure de l’apéritif. Nous le buvons en discutant de choses et d’autres.

Un peu avant dix-neuf heures, elle et moi retournons devant l’Opéra, ma photo tient bon. Trois policiers arrivent. Je les photographie tandis qu’ils passent devant sans s’en préoccuper.

*

Il n’a pas fallu plus de cinq minutes à la vaillante employée municipale pour agir. Il serait juste que Valérie Fourneyron, Maire socialiste de Rouen, ville où l’affichage libre est sévèrement réglementé, lui attribue une prime de rapidité sur son prochain salaire.

Par michel perdrial
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