Lundi 25 février 2013 1 25 /02 /Fév /2013 08:40

Le Claude est mort, c’était la nouvelle rouennaise de la semaine dernière. Ce qui m’a fait connaître le prénom de l’homme qui se tenait régulièrement depuis des années à l’angle de la rue du Bec et de la rue du Gros assis sur un pliant, casque à musique sur les oreilles, chien et lapin à ses pieds, espérant des passants qu’ils lui donnent un peu d’argent. Ce que personnellement je n’ai jamais fait. Certains le pensaient sans logis mais je sais qu’il habitait rive gauche. Je le croisais parfois lorsque j’allais travailler à pied à Saint-Sever, lui allant dans l’autre sens avec son matériel. Quand j’ai appris sa mort, je me suis dis que ça faisait longtemps que je ne le voyais plus à sa place habituelle et que cette absence m’était passée inaperçue. D’autres ont l’air de ne pas pouvoir s’en remettre. Ils ont créé un groupe sur le réseau social Effe Bé où ils vident leur cœur. Comble du ridicule, une marche blanche (comme ils disent) a eu lieu ce samedi pour rendre hommage au Claude et à sa ménagerie.

Un autre se tient rue Saint-Romain certains matins, debout devant l’église des Mormons, sans chien ni lapin. Il s’est fait copain avec les commerçants et adresse la parole à qui passe dans l’espoir d’une pièce. Jeudi dernier, m’apercevant, il part dans un grand rire et se met à dire du mal d’un avec qui je suis fâché. Je passe sans lui répondre. Cela faisait des mois qu’on s’ignorait. Il y a je ne sais combien de temps, j’avais répondu à son désir intéressé de parler à qui passe mais avais vite vu à qui j’avais affaire : un type qui classe les commençants de la rue en deux catégories, les bons qui lui donnent de l’argent et les mauvais qui ne lui en donnent pas, et, pire, qui tient des propos poujadistes et xénophobes. Pas plus sans logis que le Claude, ayant même le confort moderne chez lui, dont Internet, s’en servant pour tenir blog sous un pseudonyme grotesque, et accessoirement pour dire du mal de moi sur Effe Bé, le voilà qui se permet de me tutoyer et qui espère que je vais en sa compagnie médire d’un autre. Les rues de Rouen ne sont vraiment pas sûres.

Bien décorées en revanche, avec l’affichette du disparu, un étudiant sorti éméché d’une boite de nuit proche de la Seine fin janvier. Sa photo est partout et me rappelle celles des étudiants de Nantes disparus eux aussi après être sortis éméchés d’une boite de nuit proche de la Loire où l’on a fini par retrouver leurs corps des mois plus tard.

Par michel perdrial
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