Jeudi 24 janvier 2013 4 24 /01 /Jan /2013 10:13

Réveillé à cinq heures moins cinq par la voix de Paul Léautaud dont France Culture rediffuse nuitamment les Entretiens avec Robert Mallet et laissant derrière moi une ville où l’on ne parle que du mercaptan échappé dès lundi après-midi de l’usine Lubrizol (usine située près du futur éco quartier Flaubert, bonne chance à ses dix mille habitants), je prends le train pour Paris, ville touchée par le gaz mardi matin.

Ce matin, l’air est aussi pur ou impur que d’habitude. Je prends un café près du Book-Off de la Bastille, lisant dans Le Parisien ce que la capitale pense de la ville normande qui pue. La librairie ouverte, le premier livre qui me tombe sous la main (comme on dit) est logiquement L’art de péter de Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut (chez Payot), ouvrage publié pour la première fois en mil sept cent cinquante et un et sous-titré « Essai théori-physique et méthodique à l’usage des personnes graves et austères, des dames mélancoliques et de tous ceux qui restent esclaves du préjugé. »

Après avoir déjeuné au Rallye, le Péhemmu chinois d’à côté, je rejoins le Marais à pied et m’attarde rue Pavée chez Mona Lisait d’où je repars avec le volumineux Dictionnaire Flaubert de Jean-Benoît Guimot (CNRS Editions) et un exemplaire dépenaillé d'Amoralités familières de Maurice Chapelan (publié chez Grasset en mil neuf cent soixante-quatre).

On me voit dans l’après-midi à Châtelet chez Gilda et au Quartier Latin chez Boulinier et les Gibert. La nuit tombée me ramène chez Book-Off, celui de l’Opéra, d’où je repars avec Nous aurons encore de mauvais moments de Rafael Sánchez Ferlosio (Rivages Poche), auteur italo-espagnol comparé en quatrième de couverture à Cioran et Leopardi. C’est ce livre que je lis dans le train du retour, attendu très longtemps dans la froidure de Saint Lazare par la faute d’un autre train ayant un peu brûlé et bloquant la ligne je ne sais où.

Ce recueil de poèmes, aphorismes et notes me déçoit, trop de lieux communs et de certitudes. Pourtant il commençait bien, par Ce qu’il y a de louche, dans les solutions, c’est qu’on en trouve dès qu’on en cherche. Peu avant l’arrivée à Rouen, le contrôleur annonce qu’il a la solution pour les quelques voyageurs ayant raté la correspondance vers Dieppe en raison des quarante minutes de retard, ils y seront conduits en taxi.

*

L’un des côtés amusants de cette histoire de mercaptan, c’est de lire les commentaires des Rois Nés vexés comme des poux que cette histoire n’ait commencé à faire du bruit que lorsque Paris a été touchée, avec notamment la venue en urgence de la Ministre de l’Ecologie Delphine Batho (le nom qu’il faut pour nous y mener).

Eh oui, il faut t’y faire, tu vis dans un trou, au sens propre (si je puis dire) et au figuré.

*

Autre réjouissance : les diatribes anti marseillaises quand l’équipe de foute de là-bas a vu son match contre l’équipe des Rois Nés reporté, alors même que ces Marseillais n’y étaient pour rien, la Préfecture ayant interdit la rencontre.

Rouen a gagné là quelques places dans le classement des villes où ce sont Monsieur et Madame Michu qui font l’opinion.

*

Et voici les mêmes qui veulent sauver Petroplus de la fermeture prêt(e)s à exiger la fermeture de Lubrizol.

*

Rien senti de ce mercaptan « non toxique » qui en a fait vomir, tousser et pleurer plus d’un(e), l’avantage d’habiter au centre ville peut-être. Reste que je la connais bien cette odeur méphitique, l’ayant humée plus d’une fois quand j’habitais à Val-de-Reuil, en provenance de la papeterie d’Alizay dont le département de l’Eure s’occupe en ce moment de sauvegarder l’emploi. Je l’ai évoquée dans un texte intitulé Sérénité, paru en deux mille six dans la revue Diérèse et écrit bien plus tôt quand je vivais là-bas. Ça commence ainsi :

            Le soleil est sur le point de se lever. Marie et moi partons dans la brume vivifiante pour Lyons-la-Forêt où nous attendent Marylène et Marité, suaves enseignantes amantes, qui ont quitté Horlaville hier et sa papeterie voisine dont les vapeurs délétères leur étaient insupportables. Pour elles, un déménagement de plus. Un peu de vie perdue. Beaucoup d’espoirs à vivre. Et fini le mercaptan.

            Je ne savais pas à cette époque que le mercaptan pouvait aller loin.

Par michel perdrial
Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Recherche

Archives

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés