Mardi 2 août 2011 2 02 /08 /Août /2011 17:17

S’il en est une qui est moins rapide que l’employée municipale rouennaise déchireuse d’affiche, c’est la journaliste de Paris Normandie qui ne lit qu’après-coup le mail où je l’informais de l’action Inside Out (une idée qui m’est venue samedi matin, la présence de la presse pouvant être bénéfique en cas d’intervention policière). Je lui raconte donc au téléphone dimanche après-midi ce qui s’est passé la veille et lui envoie une photo qui ce lundi matin devient L’image du jour.

L’après-midi, en terrasse au Son du Cor, je lis Le Massacre des illusions, le premier tome du Zibaldone de Giacomo Leopardi publié chez Allia : Il n’existe, il n’a jamais existé, il n’existera jamais un seul peuple, ni peut-être un seul individu, qui ne soit sans cesse gêné, entravé, lésé par le fonctionnement intrinsèquement vicieux de son gouvernement, quel qu’ait été, quel que soit, quel que puisse être celui-ci. A côté de moi, on lit ce qu’on appelle « le journal » ou bien on l’attend impatiemment quand il est, comme on dit, « en mains ». Je tremble d’être reconnu, qu’on me dise « mais c’est vous sur la photo » et qu’on m’empêche de lire le clairvoyant Leopardi. Heureusement, il n’en est rien et j’avance dans ma lecture, en sautant des pages, car Giacomo se répète parfois ou développe trop longuement une idée qui aurait gagné à être synthétisée.

Quelques lettres du disgracieux écrivain reclus dans sa chambre parsèment le Zibaldone. Il s’y laisse un peu aller. Elles me plaisent davantage que ses écrits théoriques.

A Pietro Brighenti, le vingt-deux juin mil huit cent vingt et un : Le monde est fait à l’envers, comme ces damnés de Dante qui avaient le cul devant et la poitrine derrière : les larmes leur coulaient dans la raie des fesses. Et il serait plus ridicule de vouloir le redresser que de se contenter de le regarder et de le poursuivre de nos sifflets.

A Fanny Targioni Tozzetti, le cinq décembre mil huit cent trente et un : Mes amis me scandalisent ; ils ont raison de rechercher la gloire et de vouloir être utiles aux hommes ; mais moi qui ne prétends être utile à personne et qui n’aspire point à la gloire, je n’ai pas tort de passer ma journée allongé sur un sofa, sans lever une paupière. Et je trouve fort raisonnable cette habitude des Turcs et de tous les Orientaux, qui se contentent de rester assis en tailleur tout le jour en gardant l’œil stupidement fixé sur leur ridicule existence.

Rester assis en tailleur tout le jour en gardant l’œil stupidement fixé sur leur ridicule existence, c’est précisément ce que font, devant l’Opéra de Rouen, les dizaines de sympathiques branlotin(e)s à qui j’ai confié la garde de ma trombine, comme dit la journaliste de Paris Normandie, laquelle trombine est toujours en place sur le socle de la statue de Corneille, et intacte, ce mardi matin.

*

Rouen. La Poste centrale fermée pour travaux, celle de la Champmeslé porte close pour cause de rideau métallique bloqué, plus qu’à aller rue Orbe où évidemment la machine à affranchir est en panne. Au retour, j’aperçois deux ouvriers sur le toit de l’Hôtel de Ville, l’un assis dans la gouttière, l’autre en équilibre sur la pente au-dessus d’un vasistas. Aucun n’est attaché. J’en fais trois photos.

Par michel perdrial
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