Lundi 12 novembre 2012 1 12 /11 /Nov /2012 11:58

            Samedi à quatorze heures, avec celle qui me rejoint le ouiquennede je suis au fond de la salle Six de l’Omnia pour la suite de l’Agora du Cinéma Coréen et c’est moins triste que la veille. Sagwa, film de Kang Yi-kwan, raconte l’histoire d’une jeune femme brutalement délaissée, en épousant un autre faute de mieux, et désarçonnée quand réapparaît le premier. Les hommes y sont veules et infantiles, les femmes autoritaires et calculatrices. Elle aime ce film tout comme moi, et en est un peu secouée.

            Avant que nous quittions la salle, une étudiante coréanisante (comme on dit) nous informe que l’on peut avoir grâce à l’Agora des places à cinq euros pour Théâtre des Opérations, une chorégraphie de Pierre Rigal donnée le soir même au Théâtre des Arts et dont les interprètes sont Coréen(ne)s, un spectacle du festival Automne en Normandie, et qu’ensuite pour cinq euros encore, on pourra dîner coréen au Café Noir qui jouxte l’Omnia. Nous nous inscrivons.

            Le soir venu, nous obtenons deux places mal situées à l’extrême gauche de la corbeille mais comme la salle n’est qu’à demi occupée, il nous est facile de migrer pour être bien en face du Théâtre des Opérations. Un prologue longuet, une danse qui tient assez souvent de l’acrobatie, un encombrant décor de science-fiction, c’est ce qu’on reproche à cette chorégraphie quand elle est terminée, mais quelques tableaux nous ont plu.

            Direction le Café Noir où une étudiante nous apprend que ce n’est pas encore prêt et s’excuse. « Ce n’est pas grave » lui disons-nous. On commande deux verres de vin blanc au patron du bar. C’est la première fois que je mets les pieds dans cet endroit que j’associe à la Sénatrice sarkoziste Morin-Desailly (elle y accueillait ses soutiens lors d’élections passées). Au comptoir sont accrochés quelques habitués solitaires qui discutent entre eux à la façon des imbibés chroniques ou bien se tiennent isolé et assommé. L’un est musicien et se vante d’avoir joué pendant trois heures sur une péniche à Paris. Ces gens sont déprimants. Heureusement arrivent les invité(e)s et les organisateurs et organisatrices de la soirée dont Miss Beaumont, la professeure de coréen de l’Université de Rouen.

            Cette nourriture coréenne à volonté, faite à la maison par des jeunes filles du pays, est excellente et bien épicée. Elle mérite un deuxième verre de vin et même un troisième qui nous est offert par l’Agora « pour s’excuser », nous dit la même étudiante. S’excuser de quoi, on ne comprend pas, si ce n’est qu’elle nous avait dit que ça commerçait à dix heures et que ça n’a pas démarré avant onze. L’ambiance monte lorsque le patron envoie la vidéo de Psy, le chanteur sud-coréen qui cartonne avec Gangnam Style. Les filles coréanisantes et les quelques garçons coréanisants transforment le café en théâtre des opérations avec une chorégraphie très au point. « Ah la la » commente Miss Beaumont. Il est minuit et demi quand on rentre.

            Le lendemain dimanche, on retourne à l’Omnia pour y voir, dans la toujours petite salle Six, cette fois presque entièrement occupée, Ha ha ha de Hong Sang-soo, un film que nous apprécions tous les deux, film très littéraire à saynètes où l’on voit encore une fois des garçons « vierges mâles » et des filles tenant la baguette. A l’issue, Miss Beaumont somme l’un de ses collaborateurs, Français parlant coréen et programmateur de l’évènement, de venir répondre aux questions du public, lui laissant peu la parole. Elle nous apprend que les garçons coréens peuvent être frappés par leur mère quel que soit leur âge et raconte l’anecdote d’un qui dans ces circonstances n’a pleuré qu’une fois, à cinquante ans, lorsqu’il a senti que sa mère perdait sa force et allait donc bientôt mourir. Le dialogue est malheureusement interrompu par une employée de l’Omnia qui met tout le monde dehors pour laisser place au film suivant.

            Le temps de boire une tasse de gingembre à la maison et il faut que celle avec qui j’ai partagé ce ouiquennede coréen rentre à Paris.

*

Ce samedi matin, avant qu’elle n’arrive, je passe au Clos Saint-Marc. Le bouquiniste de Rouen bien connu pour le désordre de sa boutique qui vend aussi ici interpelle l’un de ses clients :

-J’ai bien vu comment tu regardais les Roumains hier, j’ai bien vu ce que tu pensais.

Le client :

-Oui, oui, je ne supporte pas ça, et en plus on les loge à l’hôtel.

Le bouquiniste :

-Et c’est nous qui payons.

Le client :

-Ceux qui en veulent en France, y z’ont qu’à les loger chez eux et les nourrir.

*

Ce dimanche matin, je repasse par là avec celle qui me tient la main :

-Ça m’a trotté dans la tête ce que tu m’as dit hier, me dit-elle, parlant de ce bouquiniste dont elle fréquentait la boutique autrefois.

-Oui, lui dis-je, c’est lamentable et si ce genre d’idée est maintenant dans ce genre de tête, cela montre que la société est prête pour la Troisième Guerre Mondiale.

Par michel perdrial
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