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Le Journal de Michel Perdrial
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Lundi dernier quand j’arrive à Nantes, la ville bruit de la disparition d’un étudiant à la sortie d’une boîte de nuit proche de la Loire et la pluie se met à tomber, ce qu’elle ne cesse de faire jusqu’au mercredi soir. Ici, on appelle ça « un gros temps de merde ». Je loge à l’hôtel Saint-Patrick près de l’église Saint-Nicolas et de la place Royale encombrée par un marché de Noël et passe pas mal de temps à l’abri, du Musée des Beaux-Arts à la Médiathèque Jacques-Demy, du café de la Cigale à celui du Cercle Rouge (le premier : art déco, classé et fréquenté par les descendants des négriers, le second : art brico, déclassé et fréquenté par les étudiants et commerçants du quartier).
Jeudi matin, ciel bleu et temps froid, malgré une vive douleur au petit orteil gauche due au choc nocturne de mon pied contre le porte-bagages métallique de ma chambre, je rattrape le kilomètre perdu en gagnant la gare maritime devant laquelle je prends la navette pour Trentemoult, village coloré d’anciens marins, avant de faire le voyage dans l’autre sens et de parcourir d’un pied vaillant le sol glissant de l’île de Nantes. Celle qui étudie à Paris est venue ici avec son école et je la suis pas à pas du magnifique Palais de Justice de Jean Nouvel (dans lequel tu sens vraiment sur tes épaules le poids de la condamnation future) au Hangar des Machines de Royal de Luxe où l’on me taxe de sept euros pour une visite décevante. Je fais de nombreuses photos des énormes grues des anciens chantiers navals et des anneaux de Daniel Buren et Patrick Bouchain, sans être dérangé par qui que ce soit, il n’y a qu’un touriste sur l’île à Nantes et c’est moi. Ensuite, toujours à pied, je vais revoir le Lieu Unique, découvert il y a quelques années avec celle qui n’est pas avec moi, payant mes deux euros pour grimper dans la tour Lu, où m’a-t-elle dit, les sons des voix des visiteurs se propagent de façon étonnante, ce que je ne peux vérifier, suis seul pour faire tourner la plate-forme.
Vendredi, jour de mon départ, la ville de Nantes bruit de la disparition d’un deuxième étudiant au même endroit mais un autre jour, et il fait aussi beau que la veille. D’un coup de tramouais, je rejoins l’Erdre que je longe à pied sur le sol salé en direction du centre. Dans le quartier du Bouffay, je déjeune excellemment pour dix euros à la Mangeoire dont le serveur est aussi empressé que timide, puis après avoir récupéré ma valise à l’hôtel Saint-Patrick, je vais attendre mon train au café du Lieu Unique, lisant sur fond de musique electro les Souvenirs de Juliette Drouet qui y narre notamment l’un de ses voyages (bien moins confortable que le mien) avec Victor Hugo dit Toto (« Je voudrais dormir, mon Toto s’y oppose avec raison »). A dix-huit heures trente au Lieu Unique, c’est le vernissage de l’exposition de Nicolas Rubinstein Vous êtes ici, mais je n’y suis plus, en chemin pour Paris dans un véloce tégévé.
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Le Musée des Beaux-Arts de Nantes ne peut rivaliser avec celui de Rouen pour la période ancienne, mais pour la période moderne il lui met la pâtée : Picasso, Dubuffet, Kandinsky, Chaissac, Raysse, Spoerri, Soulages, etc. On peut aussi y ouïr la Cantate des mots camés de François Dufrène. Je retiens deux sculptures : Gorille enlevant une femme d’Emmanuel Fremiet (mil huit cent quatre-vingt sept) et l’autruche mâle naturalisée occupée à faire l’autruche de Maurizio Cattelan (mil neuf cent quatre-vingt-dix-sept), des plus réalistes l’une et l’autre.
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Endroit sympathique que ce Cercle Rouge de la rue des Carmes : murs rouges jaunes verts, bar des années cinquante, tables en formica rouge et jaune, chaises de bois dépareillées, banquette défoncée, luminaires plus ou moins industriels et odeur entêtante d’humidité sale. On peut y lire gratuitement Libération en écoutant, selon la serveuse ou le serveur, Fip ou Miossec. Aux murs, une honorable exposition de photographies carrées en couleur mettant en scène des baigneurs et baigneuses d’une piscine d’extérieur de Toulouse: Immersion à Nakache Plage d’Emmanuel Grimault.
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Le Hangar des Machines de l’Ile : sept euros pour voir quelques machines de petite taille puis l’immense atelier de fabrication des futures grandes machines (payer pour voir des ouvriers travailler, c’est la première fois que je faisais ça).