Onze heures sur le parvis de la cathédrale, autour de Patrice Quéréel, un bon groupe de curieux s’agglomère afin d’avoir quelques lumières sur les dessous érotiques de la ville. Un regard pour Adam et Eve accrochés à la tour de Beurre et direction le portail nord dit de Saint-Jean où Salomé sur les mains danse afin d’émoustiller les vieillards libidineux et d’en obtenir la tête de Saint Jean-Baptiste.
Entrée dans l’édifice. Sur un vitrail, Sainte Agathe se fait arracher un sein d’un coup de tenaille, semblant en jouir plus qu’en souffrir. Un peu plus loin, sur un tableau, Sainte Cécile meurt doucement, abandonnée et alanguie sur sa couche, se faisant baiser les mains et les pieds.
L’accès au déambulatoire étant interdit ce samedi matin, c’est de loin qu’est évoquée la rencontre en ces lieux du Léon et de l’Emma de Gustave Flaubert dans Madame Bovary, rencontre qui précède la célèbre scène du fiacre rideaux tirés parcourant les rues de la ville.
Direction l’église Saint-Maclou où chacun s’approche de la porte en bois sculpté pour y regarder de près deux braves satyres en érection. Puis tête en l’air on s’efforce d’apercevoir malgré la lumière défavorable une femme nue et échevelée entre les jambes d’une gargouille.
Arrivée devant la façade de l’hôtel d’Etancourt exilée ici au vingtième siècle pour faire place à un triste Monoprix près du Gros-Horloge. Pâris est là hésitant entre Vénus, Athéna et Héra, mais les statues ayant été reposées dans le désordre le malheureux leur tourne le dos.
Pas très loin, rue du Petit Mouton, l’hôtel du même nom où se rencontraient Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir quand celle-ci enseignait au lycée Jeanne-d’Arc, un hôtel à double entrée, moitié maison de passe, moitié maison de pensionnaires. C’est en ce lieu que Jean-Paul et Simone s’essayèrent à l’amour à trois avec Olga.
Traversée de la rue de la République et enfilage de la rue de l’Hôpital jusqu’à l’hôtel particulier où sur une colonnade deux femmes nues bien en chair regardent d’un air concupiscant un endroit précis situé entre elles, se trouvait là un bel homme en érection, qu’a fait disparaître le dix-neuvième siècle avec sa morale néfaste, on ne peut désormais qu’imaginer la scène.
Pour finir, un petit tour au musée des Beaux-Arts, où sous la verrière la statue d’Oreste présente sa nudité décontractée, prés de lui son glaive à la poignée phalloïde. A proximité, et sorti des réserves spécialement pour la promenade érotique, un tableau de Zacharie, professeur de Marcel Duchamp au lycée Corneille, représentant une femme nue visage caché jouant avec des pigeons, tableau dans lequel Patrice Quéréel voit l’inspiration de l’œuvre posthume de Marcel : Etant donné Un La Chute d'eau, Deux Le Gaz d'Eclairage.
Le public déjà bien éclairé peut alors de disperser. S’il veut en savoir plus, n’a qu’à acheter Rouen érotique de Patrice Quéréel paru aux éditions du Perroquet Bleu en vente dans toutes les libraires et l’ouvrage en mains cheminer entre les soixante-neuf stations.
Ouvrir les yeux aussi en déambulant dans la ville pour faire ses propres découvertes et ne pas croire qu’à Rouen l’érotisme ne se conjugue qu’au passé, ainsi récemment Albert (tiny), maire, a fait installer à l’entrée de chaque rue piétonnière, pour en contrôler l’accès automobile, de bien belles bornes érectiles qui après le passage d’un véhicule autorisé sortent de terre avec beaucoup de virilité.