Vendredi soir au Conservatoire, c’est Hommage à Boris Vian avec une Nuit blanche au Tabou. Nuit blanche n’exagérons pas, on se couche tôt dans la maison, les musicien(ne)s et choristes sont jeunes, en provenance pour certain(e)s du collège Fontenelle et du lycée Jeanne d’Arc.
Je me revois à leur âge, lycéen à Louviers collé devant la vitrine de la librairie Vandevoorde où sont exposés les premiers Boris Vian publiés en poche par Christian Bourgois chez Dix/Dix-Huit, les achetant l’un après l’autre avec l’argent de poche durement gagné chez mon père, l’arboriculteur. Les chansons, c’est plus tard que je les découvre, sûrement dans cette ferme communautaire des Baux-Sainte-Croix, près d’Evreux, mon adresse pendant les deux ans passés à l’Ecole Normale au début des années soixante-dix.
C’est un peu pour cela que je suis là ce soir.
La directrice du lieu exubére un petit discours où elle vante la chance d’étudier la musique et le chant en deux mille huit dans son établissement et non comme elle au même âge obligée de subir des heures de solfège « même pas le droit d’être en apnée », et place à la musique avec le premier mouvement de la Symphonie en ut majeur de Georges Bizet.
Ensuite c’est Boris Vian. Un extrait d’une émission de radio d’époque, consacrée au joueur de trompinette et au Tabou, tombe des enceintes. Elle s’achève par les premières notes de l’hymne de cette cave mythique de la rue Dauphine (combien de fois suis-je passé devant ?), détruite à mon grand scandale, il y a quelques années, sans que personne ne s’en étonne, Ah ! si j’avais un franc cinquante ! Les choristes et instrumentistes du Conservatoire l’attrapent au vol et la mènent à la fortune. La java des bombes atomiques suit, puis une série de chansons écrites pour Henri Salvador, la peu connue Barcelone, la mieux connue Complainte du progrès, un extrait de Juliette Gréco parlant de Boris Vian, un autre de lui-même réglant d’une idée lumineuse le problème de la circulation automobile à Paris et c’est Le déserteur.
Tout cela dans une ambiance décontractée et rigoureuse à la fois, les chœurs préparés par Pascal Hellot et les arrangements dus à Marc Meyer, chef d’orchestre et accessoirement chanteur, qui connaît bien son Boris Vian et se félicite d’être le premier à célébrer ce soir avec un an d’avance le cinquantenaire de sa mort.
Est-ce que j’ai passé une bonne soirée ? La question de se pose pas. Elle en est absolument incapable : il y a trop de vent (Boris Vian).