Lundi 24 novembre 2008
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Ce n’est que
samedi soir que je trouve enfin le temps de m’asseoir au Gaumont, rue de la République, pour la quatrième édition de l’Agora du Cinéma Coréen, ce festival particulièrement sympathique
organisé par Kuy-young Beaumont, professeur de l’Université de Rouen, et ses étudiant(e)s coréanisant(e)s. Celle qui me rejoint le ouiquennede est assise à ma droite et Im Sang-soo, non encore
arrivé, est espéré à l’issue de la projection de The President’s Last Bang.
Kuy-young
Beaumont explique les soucis du jour. Im Sang-soo exige que son film soit projeté dans sa version intégrale, non censurée, qui n’a été vue nulle part, et celle-ci ne bénéficie pas de sous-titrage
en français. Des étudiants munis d’ordinateurs sont donc chargés d’envoyer en direct une traduction française sous l’écran et pourvu que ça marche.
Ça fonctionne
et nous pouvons donc suivre la mise à mort sanglante du président Park Chung-hee et de ses sbires par des membres de son entourage révoltés par ses
méthodes de gouvernement et ses mœurs dissolues, une nuit d’octobre mil neuf cent soixante-dix-neuf.
Après le
générique de fin, Im Sang-soo apparaît, imperméable, chapeau et lunettes, et madame Beaumont, comme on l’appelle ici, excuse son absence en début de
séance, il est passé par Deauville manger une assiette de la mer. Celles et ceux qui ont des questions à poser le font, auxquelles Im Sang-soo répond de façon élaborée en segments traduits par
l’hôtesse. Pendant cette traduction, il arpente, revenant vers le micro pour préciser sa pensée.
Je retiens
deux choses : selon lui, la Corée d’aujourd’hui souffre de ses maux d’hier, mal assumés, et les hommes ne valent pas grand chose, contrairement aux femmes.
Je parle de ça
avec elle en rentrant et on a du mal à y voir clair, peut-être parce que ni elle ni moi ne sommes très intéressés par les films mettant en scène des évènements politiques. La programmation du
dimanche soir nous sied davantage, deux autres films d’Im Sang-soo Une femme coréenne et Girl’s Night Out, parlant de vie sexuelle et amoureuse, mais hélas elle ne
peut y être, repartie à Paris.
C’est donc
seul que je m’installe au dernier rang. Comme la veille, la salle n’est emplie qu’à moins de la moitié de sa capacité, malgré la qualité des films présentés, malgré le prix modique des places. A
Rouen (comme ailleurs), beaucoup préfèrent le dimanche soir comater devant la télé.
Une
femme coréenne raconte l’histoire d’un jeune couple marié. L’amour et le désir ne sont plus là. Il a des amantes, elle séduit son jeune voisin, élève de première en rupture de lycée,
tandis que son père à lui meurt dans une gerbe de sang, une mort bientôt suivie de celle brutale et spectaculaire du fils adoptif de ce couple désuni. Im Sang-soo arrive à l’issue, sans
imperméable, sans chapeau, mais avec lunettes. A la question d’un spectateur un peu scandalisé par la mort de l’enfant, il répond avec une certaine délectation que l’enfant devait mourir et que
c’était mieux de le faire vite, qu’il devait mourir comme conséquence inéluctable du mauvais sang répandu par son grand-père, symbole de la Corée qui ne veut pas affronter son
passé.
Girl’s
Night Out, second film de la soirée est le premier réalisé par Im Sang-soo en mil neuf cent quatre-vingt-dix-huit. Il montre la vie sexuelle de trois filles en colocation, ce qu’elles en
disent, ce qu’elles en font, des filles pleines d’initiative face à des hommes faibles, passifs, perdus. Quand Im Sang-soo réapparaît, il explique que ses propos risquent d’être un peu trop
sérieux sortant d’une table où le vin était bon et encore une fois il dit tout le bien qu’il pense des femmes soucieuses des vraies priorités de la vie, l’amour et le plaisir, contrairement aux
hommes qui ne songent qu’à la compétition, la lutte, la réussite sociale, des propos qui reflètent assez ma pensée, je n’oublie pas qu’il y a des exceptions.