Cinéma

Dimanche 19 novembre 2006 7 19 /11 /2006 21:44

Retour au Gaumont République et en Corée pour Ivre de femmes et de peinture de Im Kwan-taek, de très belles images pour narrer l’histoire d’un artiste aux prises avec le pouvoir, la société, le commerce, la tradition ou l’obligation d’originalité; la condition de l’artiste dans toute sa splendeur et tout son désespoir.

Et puis écouté sur France Musique le troisième volet des Greniers de la mémoire consacrés à Serge Reggiani et à sa détresse alcoolique. Entendu Le Petit Garçon, cette chanson qui n’a rien à voir avec ma vie, présente ou passée, et qui pourtant à chaque fois me fait pleurer et ça n’a pas raté, j’aimerais bien que quelqu’un m’explique pourquoi.

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Mardi 21 novembre 2006 2 21 /11 /2006 17:32

De nouveau à l’Agora du Cinéma Coréen, hier soir, pour Le jour où le cochon est tombé dans le puits de Hong Sang-soo. Kuy-young Beaumont, à la française, ou Beaumont Kuy-young, à la coréenne, n’est pas enthousiaste. Ce film est ennuyeux et l’histoire bien compliquée. S’il ne tenait qu’à elle, pas de film de Hong Sang-soo dans ce festival. Mais c’est le chouchou des critiques de cinéma français et donc pas possible d’y échapper, impossible de faire une présentation de films coréens en France sans un film de lui; un peu comme Jean-Luc Godard dans les festivals de cinéma français à l’étranger, ça c’est moi qui le dis.

Et comme elle a raison, plus l’histoire avance et plus je m’ennuie, moins j’y comprends quelque chose. Et cela dure presque deux heures.

A la fin, je suis au fond du trou. Avec le cochon.

Par michel perdrial - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 21 janvier 2007 7 21 /01 /2007 20:43

Trois fois au cinéma ce ouiquennede, activité favorisée par le festival Télérama et ses billets à trois euros permettant de voir les « meilleurs » films de l’année et par la Fnaque offrant une entrée gratuite pour deux à une avant-première.

Commencé au Melville (festival Télérama), petit public grisonnant de vendredi après midi, par Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris, histoire d’une famille bien atteinte, entassée dans un minibus Volkswagen, en route vers un concours de mini miss, comédie assez réjouissante sur les névroses familiales et le mode de vie américain.

Terminé au Melville (festival Télérama) par Volver de Pedro Almodovar, public nombreux et varié de dimanche après-midi, l’une des caissières énervée par la présence  inhabituelle de cette masse de spectateurs (ce qui prouve qu’en temps ordinaire le cinéma est trop cher), criant à plusieurs reprises que « ceux qui zont leur billet se rangent derrière la barrière ». Almodovar, bien, forcément, à la hauteur de sa réputation, dans cette histoire de femmes qui ont beaucoup à se plaindre des hommes.

Entre les deux, dimanche matin, à l’Ugécé de Saint-Sever (avant-première Fnaque), projection de La vie des autres de Florian Henckel von Donnersmark, évocation très réaliste des mœurs de la police politique (Stasi) en République Démocratique Allemande, film à la réalisation peu inventive et à la musique assez soûlante mais qui raconte bien l’horreur froide du régime communiste est-allemand.

A l’entrée de l’Ugécé, une quinquagénaire bourgeoise seule, ayant en main un ticket gratuit pour deux, abordée poliment par un homme du même âge et du même milieu, sans ticket, lui demandant s’il pouvait profiter de la deuxième entrée gratuite, le pauvre se faisant envoyer promener d’un « On ne demande pas ce genre de chose, cela ne se fait pas, c’est à moi de proposer cette entrée si j’en ai envie », une sale coche, cette femme, comme je n’ai pas hésité à le dire.

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Mardi 23 janvier 2007 2 23 /01 /2007 16:34

Jamais encore, depuis douze ans qu’il existe, n’avais mis les pieds dans ce Festival des Cinémas du Sud, jamais tenté par la programmation, trop de bonnes intentions, trop de bons sentiments, mais cette année avec le temps dont je dispose, je m’y risque cette après-midi au Gaumont République pour voir un film taïwanais de Yee Chih-Yen Blue Gate Crossing, une histoire de fille qui ne sait pas encore si elle aime les filles ou les garçons.

Eh bien, une salle remplie de branlotins et de branlotines, l’équivalent de plusieurs classes, conduits là par une seule professeure, et perdus dans cette masse quelques spectateurs venus là de leur propre initiative et le regrettant déjà.

Bruits divers, rots, pets, sonneries de téléphone, gloussements, imitation de la langue chinoise, déplacements, ricanements à propos des broute-minous, une spectatrice excédée s’insurge :

-Vous n’êtes pas chez vous devant votre télé !

Peine perdue et l’enseignante se garde bien d’intervenir.

Et le film dans tout ça ? Une oeuvrette gentillette.

On ne m’y reprendra plus. Cela dit si le souci était de remplir la salle pour se prévaloir d’une bonne fréquentation et continuer ainsi à bénéficier de subventions, ce festival est une réussite.

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Mardi 30 janvier 2007 2 30 /01 /2007 13:30

            Profité des places à trois euros du conseil général pour aller trois fois au cinéma en moins d’une semaine. Deux Melville et un Ugécé.

            Troisième film hier soir au Melville, une petite salle, entièrement emplie de spectateurs, d’autres ont été invités à rentrer chez eux ou à voir autre chose que Lady Chatterley, film de Pascale Ferran ayant reçu le prix Louis-Delluc (meilleur film français deux mille six). Eh bien, il faut croire que l’année deux mille six a été une bien mauvaise année cinématographique en France pour qu’un tel film, longuet, sans imagination, tout à fait un film de télévision, obtienne ce prix qui, dans le passé, a été donné à des films autrement inventifs et intéressants. Reste évidemment l’histoire de David Herbert Lawrence, ici dans la version Lady Chatterley et l’homme des bois.

            Deuxième film, dimanche dernier, le matin, à l’Ugécé, un cinéma que j’aime bien (les lieux) où hélas la programmation ne me conduit pas souvent. Cette fois, envie de m’y risquer pour Little Children de Todd Field.

            La caissière, me donnant le ticket :

            -Vous avez bien vu que c’est en vého ?

            -Heureusement, je ne serais pas là sinon.

            Nous sommes rive gauche, chez les pauvres, qui forcément ne savent pas parler anglais, ni même lire les sous-titres. Spectateurs disséminés dans une grande salle avec un grand écran. Devant moi, viennent s’asseoir deux petites jeunes filles. L’une rousse teinte et bouclée, petites lunettes rectangulaires, l’autre brune, cheveux lisses, au visage fin.

            Dans le film, il est question d’adultère dans une banlieue résidentielle typiquement américaine, avec climat rendu pesant par le retour dans le quartier d’un exhibitionniste juste sorti de prison et dénoncé par ses voisins comme possible et même probable pédophile. Omniprésence dans la première partie de ce film d’une voix off qui explique au crétin de spectateur ce qui se passe dans la tête des protagonistes, gavant. De temps en temps, les deux petites jeunes filles de la rangée précédente s’embrassent, ce qui ne manque pas de me distraire.

            La voix off se fait moins sentir dans la deuxième moitié du film, ouf. Bien sûr, une séquence foute-baule américain. Les deux filles en profitent carrément. C’est toujours la rousse qui enclenche le bouche à bouche.

            Bon, je ne  raconte pas tout. Conclusion de la voix off et du film : « On ne peut pas changer le passé. L’avenir c’est autre chose. » Venir au cinéma pour entendre cela ?

            Premier film, et combien meilleur que les deux autres, Les climats de Nuri Bilge Celan. Dommage que ce soit au Melville dans une petite salle avec un écran ridicule. Il faudrait de plus un appareil de projection numérique pour donner toute sa beauté à ce film tourné en numérique. C’est le réalisateur et sa femme Ebru Ceylan qui jouent l’homme et la femme du film. L’homme et la femme vont se quitter, ils le savent et en sont aussi malheureux l’un que l’autre. Première scène dans les ruines surchauffées d’Antiphellos à Kas. Dernière scène dans la neige glaciale près du mont Ararat. Des enchaînements de séquences subtils, Des cadrages inattendus. Une vraie écriture cinématographique. Et l’infinie tristesse des histoires d’amour qui s’achèvent, quand celui et celle qui se quittent se demandent comment ils en ont arrivés là, pourquoi ce n’est plus le temps où tout allait si bien.

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Mardi 20 mars 2007 2 20 /03 /2007 10:09

            Il giboule, il neigouille, c’est le Printemps du Cinéma, toutes les places sont à trois euros cinquante, l’occasion de poser ses fesses au Melville pour y voir Volem rien foutre al païs de Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe.

            C’est un documentaire sur ceux qui n’aiment pas le travail. J’en fais partie.

            Un film nanti d’un titre catastrophique, clin d’œil à l’un des slogans les plus débiles de l’après soixante-huit, le Volem viure al païs (Je veux vivre au pays) des nationalistes occitans; Brassens a chanté ces imbéciles heureux qui sont nés quelque part. Et ce « rien foutre », comment peut-on employer le verbe « foutre » dans un sens qui n’est pas le sien. Pas travailler, certes mais foutre, oui.

            Bon, le film nous montre quelques politiciens navrants (ce fat sot de Sarko dans ses odes au travail, ce renégat de Michel Rocard fleuretant avec le Medef) et donne la parole à quelques rétifs au labeur salarié : chômeurs contents de l’être et entendant le rester, alternatifs vivant plus ou moins en autarcie à la campagne (travaillant beaucoup en fait mais autrement) et partisans de la reprise individuelle et en bande organisée (autrement appelé vol) comme ce groupe barcelonais d’inspiration anarchiste Dinero Gratis (argent gratuit). Bien sûr, on voit les limites, mais ce film est vraiment salutaire.

            Pendant que se déroule le générique, mes voisines s’interrogent :

            -Bon, qu’est-ce qu’on fait ? On démissionne d’abord et on mange après ou on mange et après on démissionne ?

            Pour ma part, j'ai un autre moyen de ne plus travailler, vivre d'une pension, ce à quoi je suis enfin arrivé après avoir (beaucoup) (trop) travaillé.

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Mercredi 4 avril 2007 3 04 /04 /2007 12:35

Première fois que je me hasarde jusqu’à l’auditorium du musée des Beaux-Arts de Rouen, Marcel Duchamp m’y invite sous forme de deux films de trente minutes chacun : Marcel Duchamp. Le temps spirale d’Alain Jaubert et Marcel Duchamp dans ses propres mots de Lewis Jacob.

Le premier analyse le Nu descendant un escalier et en étudie le sujet (la décomposition du mouvement) en se référant aux tableaux ou dessins d’Uccello, Bruegel et Vinci, aux photos de Muybridge et Marey et aux recherches des Futuristes.

Le second est un montage d’entretiens avec Marcel Duchamp que l’on voit, peu de temps avant sa mort, jouant aux échecs à Cadaqués. Duchamp y raconte sa vie, son œuvre, ce qui l’a conduit « à renoncer aux pinceaux, à explorer la pensée plutôt que la main. »

Deux films pédagogiques, un vidéo-projecteur, quelques mots d’introduction de Laurent Salomé, directeur des musées de Rouen, on se sent un peu à l’école dans cet auditorium aux murs crasseux, on y est même dérangé par certains élèves qui arrivent en retard, s’efforçant de faire grincer le moins possible la porte, cherchant à l’aveuglette un fauteuil encore libre, et par ceux qui partent avant la fin du cours.

D’autres leçons sont à venir (il s’agit d’accompagner l’ouverture de la salle permanente consacrée à l’œuvre de Marcel), on risque de m’y voir si je ne suis pas pris par autre chose le même soir. Il y a toujours à apprendre de Marcel Duchamp qui commençait, à près de quatre-vingts ans, ses entretiens avec Pierre Cabanne par : Je considère que travailler pour vivre est un peu imbécile au point de vue économique. J’espère qu’un jour on arrivera à vivre sans être obligé de travailler. Et ajoutait : J’ai compris à un certain moment qu’il ne fallait pas embarrasser la vie de trop de poids, de trop de choses à faire, de ce qu‘on appelle une femme, des enfants, une maison de campagne, une automobile. Et je l’ai compris, heureusement, assez tôt.

Des entretiens édités par Pierre Belfond en mil neuf cent soixante-sept en un ouvrage sobrement intitulé Duchamp, dont un exemplaire appartenait à mon frère Jacques. Il s’y entendait lui aussi pour tenir le travail aussi loin de lui que possible.

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Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /2008 14:36

            L’an dernier, le Festival de cinéma Télérama (trois euros la place pendant une semaine pour une sélection de films estimés les meilleurs de l’année par ses rédacteurs et par ses lecteurs et lectrices) était suivi par l’opération « Tous au Cinéma » du Conseil Général de Seine-Maritime (trois euros pour tous les films projetés dans les salles du département pendant une semaine). En deux mille sept, il était donc possible d’aller au cinéma dans le Soixante-Seize pour trois euros pendant deux semaines.

            En deux mille huit, plus possible, Jean-Michel Mongrédien, directeur du Melville, l’explique sur le programme de son cinéma : « Cette année le Festival Télérama et l’opération « Tous au Cinéma en Seine-Maritime » se déroulent la même semaine. Vous allez penser que le passeport Télérama dans ce cas n’est plus vraiment utile. C’est vrai. Mais je vous demande quand même d’avoir l’amabilité de le remplir afin qui nous puissions communiquer à Télérama le nombre de passeports délivrés. Il s’agit d’une simple statistique qui entre dans le cadre du partenariat entre l’Association Française des salles Art et Essai et Télérama. »

            Je subodore une histoire d’argent derrière la demande de Jean-Michel Mongrédien, n’en suis pas sûr évidemment. Ce qui est certain, c’est que Télérama ne va pas être content, pas besoin de l’acheter pour remplir le petit papier donnant droit au passeport puisque tous les films sont à trois euros.

            Je ne suis pas ravi non plus. Deux semaines à trois euros, ce n’est pas trop long pour moi qui aimerais avoir le temps d’aller davantage au cinéma quand le prix en devient raisonnable. Didier Marie, président du Conseil Général de Seine-Maritime, s’en fiche, je pense, bon allez, je me calme, voici qu’elle arrive et nous allons au Melville, ce samedi après-midi, pour y voir La Visite de la fanfare d’Eran Kolirin.

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Mardi 29 janvier 2008 2 29 /01 /2008 16:48

            J’en profite de ces places de cinéma à trois euros. Quatre films en quatre jours, au Melville.

            Samedi, avec elle, La Visite de la fanfare d’Eran Kolirin, une fanfare militaire égyptienne spécialisée dans les chansons d’amour échoue dans une ville israélienne sans âme perdue au milieu du désert. Chacun(e) se révèle bloqué(e) par l’Histoire, bloqué(e) dans son territoire et bloqué(e) en lui-même. C’est subtilement traité, loin des poncifs ennuyeux sur les Arabes et les Israéliens, drôle aussi. Je sors content et léger, elle aussi.

            Dimanche, It’s a free World de Ken Loach, une mère célibataire un peu paumée, victime du système économique exploite à son tour les plus pauvres qu’elle. Le propos est didactique et certains épisodes sont hautement improbables. C’est lourdement traité, démonstratif, clichés à l’appui. Je sors déçu.

            Ces deux films sont précédés d’un court-métrage de dessin animé réalisé par le Conseil Général de Seine-Maritime. Une leçon d’éducation civique comme on n’ose même plus en faire à l’école, à la gloire du correctement écologique et qui fait ricaner dans la salle.

            Lundi, La Question humaine de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, un parallèle hardi entre la gestion technique du monde industriel actuel et celle de l’extermination des Juifs par les nazis. L’histoire, assez peu crédible, est angoissante, anxiogène même. Michael Lonsdale, Jean-Pierre Kalfon, Mathieu Amalric sont parfaits dans leur rôle. Je sors de là perplexe, étonné de trouver le soleil sur la ville.

            Mardi, Quatre mois, trois semaines et deux jours de Christian Mungiu, terrible histoire d’avortement dans la Roumanie communiste. L’enfer vécu par les deux jeunes filles est intelligemment mis en scène, l’image finale terriblement efficace : Gabita vient d’avorter, elle est perdue, hagarde, plongée inutilement dans le menu du restaurant, son amie Ottila qui vient de tout subir pour elle et avec elle, se tourne vers les spectateurs et les spectatrices. Que va-t-elle faire du couteau qu’elle a subtilisé à l’avorteur dont elle a aussi le portefeuille et donc le nom et l’adresse ? Je sors de là très cogiteur, sous un ciel gris roumain.

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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /2008 09:41

            Ce n’est que samedi soir que je trouve enfin le temps de m’asseoir au Gaumont, rue de la République, pour la quatrième édition de l’Agora du Cinéma Coréen, ce festival particulièrement sympathique organisé par Kuy-young Beaumont, professeur de l’Université de Rouen, et ses étudiant(e)s coréanisant(e)s. Celle qui me rejoint le ouiquennede est assise à ma droite et Im Sang-soo, non encore arrivé, est espéré à l’issue de la projection de The President’s Last Bang.

            Kuy-young Beaumont explique les soucis du jour. Im Sang-soo exige que son film soit projeté dans sa version intégrale, non censurée, qui n’a été vue nulle part, et celle-ci ne bénéficie pas de sous-titrage en français. Des étudiants munis d’ordinateurs sont donc chargés d’envoyer en direct une traduction française sous l’écran et pourvu que ça marche.

            Ça fonctionne et nous pouvons donc suivre la mise à mort sanglante du président Park Chung-hee et de ses sbires  par des membres de son entourage révoltés par ses méthodes de gouvernement et ses mœurs dissolues, une nuit d’octobre mil neuf cent soixante-dix-neuf.

            Après le générique de fin, Im  Sang-soo apparaît, imperméable, chapeau et lunettes, et madame Beaumont, comme on l’appelle ici, excuse son absence en début de séance, il est passé par Deauville manger une assiette de la mer. Celles et ceux qui ont des questions à poser le font, auxquelles Im Sang-soo répond de façon élaborée en segments traduits par l’hôtesse. Pendant cette traduction, il arpente, revenant vers le micro pour préciser sa pensée.

            Je retiens deux choses : selon lui, la Corée d’aujourd’hui souffre de ses maux d’hier, mal assumés, et les hommes ne valent pas grand chose, contrairement aux femmes.

            Je parle de ça avec elle en rentrant et on a du mal à y voir clair, peut-être parce que ni elle ni moi ne sommes très intéressés par les films mettant en scène des évènements politiques. La programmation du dimanche soir nous sied davantage, deux autres films d’Im Sang-soo Une femme coréenne et Girl’s Night Out, parlant de vie sexuelle et amoureuse, mais hélas elle ne peut y être, repartie à Paris.

            C’est donc seul que je m’installe au dernier rang. Comme la veille, la salle n’est emplie qu’à moins de la moitié de sa capacité, malgré la qualité des films présentés, malgré le prix modique des places. A Rouen (comme ailleurs), beaucoup préfèrent le dimanche soir comater devant la télé.

            Une femme coréenne raconte l’histoire d’un jeune couple marié. L’amour et le désir ne sont plus là. Il a des amantes, elle séduit son jeune voisin, élève de première en rupture de lycée, tandis que son père à lui meurt dans une gerbe de sang, une mort bientôt suivie de celle brutale et spectaculaire du fils adoptif de ce couple désuni. Im Sang-soo arrive à l’issue, sans imperméable, sans chapeau, mais avec lunettes. A la question d’un spectateur un peu scandalisé par la mort de l’enfant, il répond avec une certaine délectation que l’enfant devait mourir et que c’était mieux de le faire vite, qu’il devait mourir comme conséquence inéluctable du mauvais sang répandu par son grand-père, symbole de la Corée qui ne veut pas affronter son passé.

            Girl’s Night Out, second film de la soirée est le premier réalisé par Im Sang-soo en mil neuf cent quatre-vingt-dix-huit. Il montre la vie sexuelle de trois filles en colocation, ce qu’elles en disent, ce qu’elles en font, des filles pleines d’initiative face à des hommes faibles, passifs, perdus. Quand Im Sang-soo réapparaît, il explique que ses propos risquent d’être un peu trop sérieux sortant d’une table où le vin était bon et encore une fois il dit tout le bien qu’il pense des femmes soucieuses des vraies priorités de la vie, l’amour et le plaisir, contrairement aux hommes qui ne songent qu’à la compétition, la lutte, la réussite sociale, des propos qui reflètent assez ma pensée, je n’oublie pas qu’il y a des exceptions.

Par michel perdrial - Publié dans : Cinéma
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