Dimanche 4 novembre 2007
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L’automne, c’est en Normandie, et ailleurs aussi, je le vois bien avec celle qui m’accompagne de Sarthe en Anjou et d’Anjou en Mayenne, dans la France profonde où les arbres jouent de leurs couleurs de saison.
Une dernière nuit dans une chambre d’hôtes au hameau de Montaigu à Hambers et on rentre car, sans prendre garde que ce spectacle a lieu pendant les vacances scolaires, j’ai réservé deux places pour la soirée Nighshade/Belladonne organisée par Automne en Normandie au Hangar Vingt-Trois. Il faut mettre fin à une semaine pérégrine pour être à Rouen ce samedi soir.
Une escale à Lassay-les-Châteaux, promenade autour de l’étang près de la principale forteresse puis dans la roseraie, tiens Victor Hugo a passé une nuit là à l’hôtel avec Juliette Drouet, café au coin de la rue, le titre de Ouest France, ce jour, vaut ceux de Paris Normandie : « Pêcheurs : la grogne fait tache d’huile ».
C’est prévu de déjeuner, au soleil, de pommes et de gâteaux et puis tout à coup, près de Camembert, sur la route une pancarte : Ferme Auberge, première à gauche. Il est près de quatorze heures, ce serait bête de ne pas tenter le coup. Je bifurque.
-Je sais qu’on arrive un peu n’importe comment et à n’importe quelle heure, dis-je à l’accorte fermière.
Elle veut bien de nous cependant, et dresse une table pour deux à notre intention. Galette de camembert, quiche au livarot, canard aux pommes, fromages de pays, bourdin aux pommes et charlotte aux noix, un peu de vin d’Anjou ; un bien bon repas fermier qui nous permettra ce soir de ne dîner que d’une pomme.
Repus et contents, nous quittons la Ferme Auberge du Haut de Crouttes où ont lieu de temps à autre des repas de gibier avec « pour le plaisir des oreilles », nous dit notre hôtesse, des trompes de chasse. Le prochain est pour bientôt et ce sera sans nous.
Un dernier arrêt à Orbec qui, selon de panneau à l’entrée, « vaut le détour » et où on doit s’ennuyer à mourir et nous voici de retour à Rouen.
Au quatrième rang du Hangar Vingt-Trois, elle est à ma droite, près d’elle un branlotin accompagné de sa tante.
-Nous sommes au théâââtre, lui dit elle, Cela te sortira de ton monde.
Son monde, ici, se résume à son téléphone qu’il bidouille fiévreusement.
Nighshade/Belladonne, c’est l’œuvre de huit chorégraphes qui brodent sur le strip-tize avec huit professionnel(le)s du genre comme interprètes. La déception est à la hauteur de l’attente, les huit tableaux sont trop dissemblables pour y voir autre chose qu’une succession de variations plus ou moins besogneuses sur sujet imposé. Et quelques-uns de ses tableaux sont franchement navrants, la strip-tizeuse qui s’adresse au public « alors tu veux que je fasse un truc moi aussi, t’es venu pour ça hein ? », la queue qui se dresse en gros plan sur le rideau pendant qu’une autre fille se déshabille, la grosse fille qui disserte sur la libération sexuelle avant d’offrir son strip-tize burlesque, grotesque serait plus exact, pourquoi donc c’est toujours la grosse qui doit faire rire (et de quel rire) le public ?
Le branlotin à côté de celle qui m’accompagne mérite plus que jamais son nom, il se désole qu’ « elle se soit pas déshabillée tout entière » (sa tante : « c’est déjà bien, on a vu ses fesses ») et se trémousse tellement qu’un spectateur devant lui se retourne et lui enjoint de se calmer un peu.
Je sais où devrait se tenir ce spectacle. A la Ferme Auberge du Haut de Crouttes, un soir de fête de la chasse, succès assuré, et nous deux qu’est-ce qu’on fait là ? c’est bien la peine d’être revenus si vite du fin fond de la Mayenne.